Le Dhamma de la Forêt


Mieux connaître la concentration

Ajahn Chah

Traduit par Jeanne Schut

http://www.dhammadelaforet.org/



Extrait de Tranquille comme un étang de forêt


Dans notre pratique, nous pensons que les bruits, les voitures, les voix, les images, sont des distractions qui viennent nous déranger quand nous voulons être au calme. Mais qui dérange qui ? En fait, c’est nous qui allons les déranger. La voiture, le bruit, ne font qu’exprimer leur nature. Nous entravons les choses à cause d’une fausse idée – la croyance que ces choses sont extérieures à nous – et à cause de notre attachement à un idéal de calme et de tranquillité.

Apprenez à voir que ce ne sont pas les choses qui nous perturbent mais que c’est nous qui allons vers elles pour les perturber. Voyez le monde comme un miroir, un reflet de l'esprit. Quand vous comprenez cela, vous pouvez grandir à chaque instant en voyant que chaque expérience révèle la vérité et apporte une nouvelle compréhension.

Normalement, l'esprit non entraîné est plein d'inquiétudes et d'angoisses. Alors, lorsqu'un peu de tranquillité apparaît grâce à la pratique de la méditation, il est facile de s’y attacher et de confondre les états de tranquillité avec le but ultime de la méditation. Parfois, on peut même penser que l’on a mis fin au désir, à l’avidité et à l’aversion pour ensuite être à nouveau submergé par ces poisons mentaux. En réalité, il est pire d’être piégé par le calme que par l’agitation car on essaiera toujours d’échapper à l’agitation tandis qu’on peut être très content de demeurer dans le calme sans chercher à aller plus loin.

Lorsque la pratique de la méditation profonde donne lieu à des états de félicité extraordinaire, ne vous y attachez pas. Bien que cette paix ait un goût délicieux, elle doit, elle aussi, être considérée comme impermanente, insatisfaisante et impersonnelle. L'absorption n'est pas ce que le Bouddha considérait comme essentiel dans la méditation. Pratiquez sans penser à atteindre un état d’absorption profonde ni aucun état particulier. Il suffit de savoir si l'esprit est calme ou pas, et quel degré de calme ou d’agitation règne à chaque instant. C’est ainsi que la concentration se développera toute seule.

Il faut savoir néanmoins que la concentration doit être fermement établie pour que la sagesse apparaisse. Concentrer l'esprit, c'est comme allumer un interrupteur, et la sagesse est la lumière qui en résulte. Sans l'interrupteur, il n'y a pas de lumière, mais nous ne devons pas perdre notre temps à jouer avec l'interrupteur. On peut dire aussi que la concentration est comme un bol vide et que la sagesse est la nourriture qui le remplit et qui constitue le repas.

Ne soyez pas attaché à un objet de méditation comme un mantra. Sachez à quoi il sert. Si vous parvenez à concentrer votre esprit en utilisant le mantra bouddho, une fois l’esprit concentré, lâchez le mantra. C'est une erreur de penser que cesser de répéter bouddho serait de la paresse. Ce mot signifie « l’éveillé », « celui qui sait », alors, si vous devenez quelqu'un qui sait, pourquoi répéter le mot ?