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Comment fonctionne la loi d’interdépendance au quotidien

P.A. Payutto

Traduction de Jeanne Schut

1.  L’ignorance engendre les formations mentales intentionnelles

Normalement, quand ils sont face à un objet ou à une situation, les gens interprètent, jugent, conceptualisent, établissent des objectifs et agissent en conséquence de cela, influencés par l’une des quatre prédispositions ou impulsions subconscientes suivantes :

  1. Kāma : le désir de gratification par le biais des cinq sens.
  2. Bhava : le désir d’exister ou la crainte d’exister ; le désir d’exister d’une manière ou d’une autre et de maintenir cet état.
  3. Ditthi : les habitudes, croyances, doctrines et théories auxquelles on est attaché et que l’on chérit.
  4. Avvijā : les idées fausses sur la réalité des choses ; l’ignorance ; l’absence de véritable attention qui permettrait de comprendre les liens de cause à effet, la signification des choses, les valeurs et objectifs authentiques, ainsi que la relation naturelle entre les choses ou les événements ; le manque de discernement de la causalité ; une vision erronée quant à l’existence d’un « moi » qui agit et sur lequel on peut agir ; une compréhension des choses conditionnée par des opinions personnelles ou des fabrications mentales.

Ces quatre prédispositions, en particulier les 3 et 4, sont liées. Quand une personne ne comprend pas clairement la vérité (avvijā), elle a tendance à agir en fonction de sa vision habituelle des choses, de ses croyances, de ses idées et de ses concepts (ditthi), qu’elle tient, pour la plupart, de la société. Les points 3 et 4 influencent également les points 1 et 2 : l’ignorance et les opinions conditionnées par la société déterminent et contrôlent les pensées et les actions des gens : leurs goûts, leurs besoins et comment ils cherchent à les satisfaire ; ces choses sont enfouies dans leur subconscient et dictent leur conduite sans qu’ils en soient conscients.

On croit communément que l’on agit avec un libre arbitre mais c’est une erreur. Si l’on approfondit l’observation et que l’on demande aux gens ce qu’ils veulent vraiment, pourquoi ils veulent ces choses et pourquoi ils agissent d’une certaine manière pour les obtenir, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de véritable liberté de choix. Leur comportement est conditionné par leur éducation, leur culture, leurs croyances religieuses et les conventions sociales. Ces personnes font leurs choix et agissent dans les limites de ces facteurs sociaux ; même quand elles s’éloignent des comportements conventionnels, c’est encore par réaction à ces facteurs. Tout ce à quoi les gens ordinaires s’identifient se retrouve dans les limites de ces quatre prédispositions. Les choses auxquelles on s’identifie sont non seulement privées de toute substance ou « soi » mais elles exercent également une force qui ne peut pas être contrôlée. Par conséquent, tant que l’on subit leur influence, on est privé de toute indépendance.

Ces quatre prédispositions sont appelées āsava, mot que l’on traduit habituellement par « effluents » ou « écoulements », c’est-à-dire quelque chose de purulent qui s’écoule. On parle aussi de taches, de souillures ou de pollutions qui fermentent dans l’esprit. Ces choses s’écoulent dans l’esprit et le polluent quand une personne entre en contact avec des objets des sens. A chaque fois qu’une personne entre en contact avec quelque chose par le biais des sens ou pense à quelque chose, ces āsava envahissent et contaminent l’esprit. L’esprit ne ressent pas ces objets, guidé par la sagesse mais souillé par les pollutions. Cet état de choses empêche une connaissance objective et donne continuellement naissance à des problèmes.

Ces pollutions mentales sont à la base du comportement des personnes non éveillées. Elles sont à l’origine de l’erreur capitale qui consiste à croire que les choses  sont « moi » ou « miennes ». C’est le niveau d’ignorance le plus fondamental. Ces pollutions gouvernent les pensées et les actes des gens sans qu’ils en soient conscients. Elles sont le point de départ de l’interdépendance conditionnée : quand ces pollutions apparaissent, l’ignorance apparaît. L’ignorance est alors ce qui va conditionner les formations mentales intentionnelles par lesquelles les gens agissent avec le sentiment erroné d’un « moi ». On peut dire aussi que les gens ne sont pas libres parce que leur comportement est dirigé par des impulsions « volontaires » complètement conditionnées.

 Une autre définition que l’on peut donner au mot « ignorance » est le manque de discernement des trois caractéristiques universelles, en particulier l’absence de « soi ». Une personne n’est pas consciente que ce qu’elle considère comme un « être », une « personne », un « soi », un « moi » et un « toi », est en réalité un flot de myriades de composants physiques et mentaux reliés et dépendants les uns des autres. L’apparition et la disparition continuelle de ces composants cause le changement perpétuel d’apparence de ce flot. L’existence des gens est un amalgame de pensées, de désirs, d’habitudes, de préférences, d’opinions, de valeurs, de perceptions, de visions et de croyances (à la fois des croyances irrationnelles erronées et d’autres fondées et correctes). Tout cela est le résultat d’une transmission culturelle, d’une éducation et d’une réaction constante à des événements intérieurs et à l’environnement. Quand une personne n’est pas consciente de cela, elle s’identifie, d’instant en instant, à ses composants. Quand une personne s’identifie à ce qui la compose, elle se trompe elle-même et s’aveugle. Ceci la conduit à voir les choses dans le contexte d’un « moi » et donc à croire qu’elle est un agent libre derrière l’action.

2.  Le désir entraîne l’attachement

Voyons maintenant un autre lien difficile à comprendre : le lien entre désir et attachement. C’est une étape qui inclut également la pollution mentale. Les trois types de désirs mentionnés plus haut sont tous des expressions d’une forme unique de désir que l’on retrouve chez toutes les personnes non éveillées. Ce désir est évident quand on observe les fonctionnements les plus profonds de l’esprit, à commencer par l’absence de réalisation du lien d’interdépendance entre les choses. Cette mauvaise compréhension crée un sentiment erroné de « soi » lequel engendre un désir sous-jacent d’existence : le désir de ce moi illusoire d’exister pour toujours. Le désir d’existence n’est pas abstrait ; il est lié au désir d’obtenir des objets sensoriels : une personne désire exister pour pouvoir gratifier ses sens. Une personne veut « être » parce qu’elle veut « obtenir ». Le désir d’objets sensoriels intensifie le désir d’existence.

Quand le désir d’existence est fort mais qu’une personne ne souhaite pas obtenir des objets sensoriels, la réaction est un état d’existence (bhava) insatisfaisant, que l’on n’aime pas, que l’on ne supporte pas. La personne souhaite alors que cet état d’existence cesse mais, dès qu’apparaît ce désir d’extinction, le désir d’acquisition refait surface dans la mesure où apparaît la peur que cette extinction n’apporte pas la satisfaction désirée ; dès lors, le désir d’existence réapparaît.

Il en va de même lorsqu’une personne obtient un objet désirable mais pas de manière satisfaisante ou bien quand elle l’obtient mais souhaite aussitôt obtenir autre chose. Le désir le plus commun – et qui inclut tous les autres désirs – est celui d’obtenir toujours plus. Les êtres humains sont perpétuellement à la recherche d’un bonheur qui puisse surpasser le bonheur de l’instant présent. Les personnes non éveillées évitent constamment l’instant présent. Elles le trouvent difficile à vivre et recherchent donc un état d’existence plus gratifiant. Le désir d’obtenir, le désir d’être et le désir de cesser d’exister continuent ainsi à tourner en rond dans la vie des personnes ordinaires. Du fait que ce cycle est subtil et se produit sans cesse, les gens ne sont pas conscients qu’ils sont toujours en train de se battre pour échapper à l’instant précédent et rechercher une gratification dans l’instant suivant.

3.  Le désir est le résultat de l’ignorance

Parce que nous ne comprenons pas la nature interdépendante des choses, il se produit une erreur fondamentale. Soit nous considérons que les choses sont substantielles, c’est-à-dire qu’elles possèdent un noyau stable et permanent – le « moi » –, soit nous voyons les choses comme existant pendant un certain temps de manière stable et substantielle et puis disparaissant. Toutes les personnes non éveillées ont, sans même s’en rendre compte, l’un de ces deux points de vue et c’est à partir de là qu’apparaissent les trois types de désir. A cause de cette croyance, erronée mais profondément ancrée, que les choses possèdent un « soi » permanent et solide, le désir d’existence apparaît, et à cause de l’ignorance et du doute, apparaît la vision opposée que les choses possèdent une substance solide mais que cette substance ou « soi » périt et disparaît, ce qui engendre un désir d’extinction. Ces deux visions erronées donnent l’occasion au désir d’apparaître. Mais si une personne comprend la nature fluide et interdépendante des choses, elle voit qu’il ne peut pas y avoir un soi permanent et solide ; qu’il ne peut pas non plus y avoir un soi objectif et réel qui se dissout et disparaît. Dès lors, le désir n’a plus de fondement. Le désir de plaisir sensoriel résulte également de ces deux visions erronées : ayant peur que le soi ou le plaisir disparaisse, une personne recherche anxieusement la gratification personnelle. Et, parce qu’elle voit les choses comme étant permanentes et solides, elle s’en saisit pour renforcer un sentiment de stabilité.

À un niveau grossier, le désir se manifeste comme la recherche de plaisirs sensoriels, de situations qui apportent ce type de plaisirs, et aussi sous forme d’ennui par rapport à des plaisirs déjà obtenus. Une personne qui n’a pas d’indépendance intérieure ressent de l’ennui et de l’agitation quand elle ne peut pas obtenir des objets gratifiants. Elle recherche constamment autour d’elle de nouvelles formes de plaisir pour échapper à son agitation et à son inconfort.

Quand la personne n’obtient pas ce qu’elle désire, elle ressent déception, découragement et mépris de soi. Le bonheur et le malheur sont ainsi entièrement dépendants des conditions extérieures. Le temps passé sans stimulation ou sans activité devient comme une punition ou un manque de chance. L’ennui, la dépression, la solitude et le mécontentement augmentent, aussi bien au niveau de l’individu que de la société, alors même que le nombre d’objets stimulants augmente et que la recherche de stimulations devient plus grossière et plus débridée. Une observation profonde révèle que les problèmes comme la consommation de drogues et la délinquance juvénile sont le produit d’une impatience, d’un ennui et d’un désir d’échapper à l’état d’existence de l’instant présent.

Les impuretés mentales qui résultent du désir et l’attachement (upādāna) sont de quatre sortes :

  1. Kāmupādāna : attachement à la sensualité ; en conséquence du désir, l’esprit s’attache aux objets désirés. Quand une personne obtient un objet qu’elle désire, elle s’y attache parce qu’elle souhaite être toujours plus gratifiée par lui et parce qu’elle craint de le perdre. L’attachement apparaît quand la personne ressent un moment de gratification et qu’elle essaie ensuite de répéter l’expérience, ou bien quand des objets désirés n’apportent pas la gratification espérée. La perte ou la déception peut alors conduire à une fixation plus grande et à un désir latent. Bien que les objets de désir n’appartiennent pas vraiment à la personne, elle essaie de se persuader que, d’une certaine manière, elle les possède vraiment. L’esprit des personnes ordinaires est donc constamment occupé par des objets de désir et il leur est difficile de trouver l’objectivité, la sécurité et la liberté.
  2. Ditthupādāna : attachement aux opinions ; le désir que quelque chose existe ou soit éliminé donne naissance à des opinions ou des préjugés qui correspondent au désir de la personne. La recherche de gratification pousse la personne à s’attacher à des enseignements, des théories ou des doctrines philosophiques qui vont dans le sens de son désir et l’alimentent. Quand une personne s’attache à un point de vue, elle s’en approprie et s’y identifie. Elle va non seulement penser et agir en fonction de ce point de vue mais elle se sentira personnellement menacée si on lui oppose une opinion différente. Elle sent que ce point de vue opposé risque, d’une certaine manière, de diminuer, d’affaiblir ou de détruire son « moi » et, par conséquent, ressent le besoin de défendre son propre point de vue. Cette réaction crée des conflits relationnels, engendre une étroitesse d’esprit et fait obstacle à la sagesse. La personne est incapable de véritablement bénéficier d’idées et d’enseignements nouveaux ; elle ne peut pas évoluer dans ses connaissances.
  3. Sīlabbatupādāna : attachement à des préceptes moraux et des règles religieuses. Le désir d’acquérir et d’exister, la peur irraisonnée de la dissolution du « moi », et l’attachement à des opinions et des doctrines, donnent naissance à un comportement superstitieux face aux choses considérées comme sacrées et qui promettent l’épanouissement, même quand une personne ne peut rationnellement comprendre le lien entre ces choses et le résultat désiré. La ferme croyance en un « soi » se manifeste extérieurement comme un attachement à des comportements, des règles, des pratiques, des coutumes, des traditions, des cérémonies religieuses et des institutions, sans qu’il y ait une véritable conscience de leur sens, leur objectif et leur valeur. En conséquence, les êtres humains créent de telles règles, coutumes, etc. pour se limiter et se confiner. A la fin, ils deviennent étroits d’esprit et obstinés, et ont du mal à s’améliorer et à profiter véritablement de leur vécu présent.
  4. Attavādupādāna : attachement au concept de soi. La croyance erronée en un soi substantiel est typique de l’esprit non éveillé. Cette croyance est renforcée par les conventions linguistiques qui laissent à penser que chaque chose est une entité distincte et solide. Cette croyance en un soi devient une forme d’attachement quand elle est conditionnée par le désir. Quand une personne désire obtenir quelque chose, elle s’attache à l’idée d’un « moi » qui va posséder l’objet désiré ; si elle désire un état d’existence, elle va s’attacher à un « moi » qui vit dans cet état ; si elle désire ne plus exister, l’attachement au « moi » disparaît mais la peur de l’extinction va ensuite conduire la personne à se battre pour consolider le sentiment de « moi ». Ces formes de désir sont liées à l’idée de possession ou de contrôle : une personne croit qu’il y a un « soi » qui manipule les événements selon ses désirs. Et parce que les événements se produisent effectivement parfois en accord avec ses désirs, la personne croit qu’elle maîtrise les choses. Mais ce contrôle est limité et temporaire. Les différents facteurs auxquels elle s’attache, y compris le soi, ne sont que des conditions isolées dans un processus causal beaucoup plus vaste. En effet, dans ce processus, aucun facteur ne peut véritablement être contrôlé de manière permanente. Les gens interprètent pourtant cette expérience de contrôle partiel comme la preuve d’un « soi » permanent. Quand une personne s’attache à l’idée d’un soi, elle est incapable de considérer les choses dans leur relation interdépendante. Au lieu de cela, elle se trompe elle-même en essayant de faire se conformer les choses à ses désirs. Or, quand une personne n’agit pas en accord avec la loi de causalité et que les choses ne se passent pas comme elle le souhaite, elle se sent oppressée par un sentiment d’inadéquation et de perte. L’attachement à l’idée d’un soi est crucial ; il est la base de toutes les autres formes d’attachement.

Ces quatre formes d’attachement sont liées : un contact avec un objet agréable donne naissance au désir et à l’avidité. Ensuite arrive l’attachement à la sensualité : la personne s’attache à l’objet désiré en pensant qu’elle doit l’acquérir, le ressentir ou le posséder. S’ensuit l’attachement à une opinion ; elle se dit : « Cette chose est bonne. Elle m’apportera le bonheur. La vie aura un sens quand je l’aurai. » Ou bien : « Tout enseignement ayant pour but l’acquisition de cette chose est forcément correct. » De même, apparaît l’attachement aux règles et aux observances : la personne va suivre des règles, traditions, codes moraux, etc. comme un moyen d’acquérir l’objet désiré. Apparaît alors l’attachement à un soi : une entité qui fait l’expérience de l’objet ou qui le contrôle.

L’attachement empêche toute liberté et toute clarté mentale. Les gens sujets à l’attachement sont incapables de penser de manière raisonnable, d’interpréter correctement les événements, de prendre des décisions sages ou d’agir de manière responsable en relation avec la loi de cause à effet. Au contraire, ils sont sans cesse prisonniers des préjugés, des limitations, des conflits et du stress parce qu’ils s’accrochent à des idées comme « moi » et « le mien ». Quand on s’attache à de telles idées, on a besoin que les choses soient en accord avec ses désirs alors qu’en réalité les choses existent en lien avec des causes et des conditions et ne sont pas assujetties aux désirs des gens. Dès que les choses dévient du résultat désiré, les gens se sentent mal. Quand un objet que l’on chérit est touché par quelque chose, celui qui y est attaché est également touché. Le degré d’impact ou de perturbation est proportionnel au degré d’attachement et d’identification. La souffrance n’est pas la seule conséquence de cet attachement. La vie entière d’une personne et toute l’étendue de son activité sont dirigées par le désir et l’attachement plutôt que par la sagesse.

À la suite de l’attachement, la séquence d’interdépendance s’enchaîne avec le devenir, la naissance, le vieillissement et la mort, et puis le chagrin, les lamentations, etc. Quand une personne fait l’expérience du chagrin, elle cherche à y échapper. Ses pensées, ses choix et ses actions, au lieu d’être basés sur le discernement de la vérité, sont basés sur des habitudes accumulées, des préjugés, des perceptions et des opinions. C’est ainsi que le cycle se retrouve au niveau de l’ignorance et repart pour un tour.

Bien que l’ignorance soit une pollution fondamentale de l’esprit et qu’elle engendre d’autres impuretés mentales, le désir a tendance à être le catalyseur et à jouer le rôle le plus dominant au niveau des comportements extérieurs. C’est pourquoi, dans les enseignements comme les Quatre Nobles Vérités, la source de la souffrance est définie comme étant le désir (tanhā).

Quand l’ignorance ne connaît pas de bornes, autrement dit quand l’esprit est dans un état d’aveuglement et de confusion, l’attachement est sans limites et les actions intentionnelles d’une personne (kamma) ont plus de chances d’être mauvaises que bonnes. Mais si une personne reçoit une formation spirituelle et fait confiance à une voie juste, le désir peut être utilisé à son avantage. Quand l’ignorance est corrigée par des croyances saines, des pensées justes et une compréhension raisonnée, le désir est détourné vers un but vertueux ; il est discipliné et orienté, et il peut mener à des actions saines et des résultats bénéfiques. Si la personne est bien encouragée, le désir peut motiver des efforts pour éliminer l’ignorance et le désir sensoriel. Dans de telles situations, une personne essaie de devenir meilleure, utilise correctement son temps libre, fait des efforts pour atteindre des buts à long terme et vise à obtenir une position sociale correcte ou bien à aller vers des sphères divines après la mort. Les bonnes comme les mauvaises personnes sont sujettes à la souffrance mais seule la méthode qui consiste à transformer l’ignorance et à dépasser le désir sensoriel peut mener à la liberté et à un véritable bonheur.

Le passage suivant démontre comment le désir peut être utilisé avantageusement pour atteindre le but le plus élevé :

Ma sœur, un moine a entendu dire : « Il paraît qu’un certain moine, par la destruction des pollutions, dans cette vie-même entre et demeure dans la libération pure de l’esprit et la libération par la sagesse. » Alors il s’est dit : « Oh, quand réaliserai-je moi aussi la libération pure de l’esprit et la libération par la sagesse ? » Or, un peu plus tard, en s’appuyant sur ce désir, il a abandonné le désir. C’est pour cela qu’il a été dit : « Ce corps est apparu à cause du désir ; et pourtant, en s’appuyant sur le désir, le désir peut être abandonné. »

S’il n’y a pas d’autre alternative que de choisir entre deux formes de désir, on doit choisir le désir qui mène au bien et qui nous pousse à une action constructive. Mais, si c’est possible, on doit éviter les deux formes de désir, celui qui est avantageux comme celui qui est destructeur, et choisir la voie de la sagesse, laquelle est pure, libérée de tout obstacle et libre de toute souffrance.

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