L’exposition des éléments
Traduction de Jeanne Schut
Ainsi ai-je entendu. Un jour, le Bouddha marchait dans la région de Magadhan et finit par atteindre la cité de Rajagaha. Là, il se rendit chez le potier Bhaggava et lui dit :
– Si cela ne te dérange pas, Bhaggava, je passerai une nuit dans ton atelier.
– Cela ne me dérange pas, Vénérable, mais il y a déjà un ascète errant qui s’y trouve. S’il est d’accord, restez autant que vous le voudrez, Vénérable.
Un homme nommé Pukkusati avait quitté son clan pour mener une vie errante par foi dans le Bouddha. C’est lui qui était ce soir-là déjà installé dans l’atelier du potier. Le Bouddha alla vers le vénérable Pukkusati et lui dit :
– Si cela ne te dérange pas, moine, je passerai une nuit dans l’atelier.
– L’atelier du potier est assez grand, ami. Que le Vénérable reste autant qu’il le voudra.
Alors, le Bouddha entra dans l’atelier du potier, se fit une couche d’herbe dans un coin et s’assit, jambes croisées, le buste bien droit en établissant l’attention davant lui. Il passa presque toute la nuit assis [en méditation] et le vénérable Pukkusati passa aussi presque toute la nuit assis [en méditation]. Alors le Bouddha se dit : « Cet homme se conduit d’une manière qui inspire confiance. Pourquoi ne pas le questionner ? » Il demanda alors au vénérable Pukkusati :
– Qui t’a ordonné, Bhikkhu ? Qui est ton maître ? Quel Dhamma professes-tu ? »
– Ami, il y a un ascète du nom de Gautama, fils du clan des Sakya, qui a renoncé à la vie de famille. Une bonne nouvelle s’est répandue à propos de ce bienheureux Gautama selon laquelle « ce bienheureux est accompli, pleinement éveillé, parfait en sagesse et en vertu, sublime, il a la connaissance de tous les mondes, il est le guide incomparable de ceux qui veulent bien être formés, il enseigne aux dieux et aux humains, il est illuminé et béni. » J’ai été ordonné sous l’autorité de ce bienheureux, ce bienheureux est mon maître ; je professe le Dhamma de ce bienheureux.
– Mais, Bhikkhu, où vit ce bienheureux, accompli et pleinement éveillé, aujourd’hui ?
– Ami, il y a une cité, au nord du pays, du nom de Savatthi. Le bienheureux, accompli et pleinement éveillé, vit là-bas en ce moment.
– Mais, Bhikkhu, as-tu jamais rencontré ce bienheureux auparavant ? Le reconnaîtrais-tu si tu le voyais ?
– Non, ami, je n’ai jamais rencontré le Bouddha et je ne le reconnaîtrais pas si je le voyais.
Alors le Bouddha se dit : « Cet homme de bonne famille a quitté son clan pour mener une vie errante par foi en moi. Pourquoi ne lui enseignerais-je pas le Dhamma ? » Alors le Bouddha s’adressa au vénérable Pukkusati en ces termes :
– Bhikkhu, je vais t’enseigner le Dhamma. Écoute et accorde toute ton attention à ce que je vais dire.
– Oui, ami, répondit le vénérable Pukkusati.
Et le Bouddha commença ainsi :
– Bhikkhu, cette personne se compose de six éléments, six bases de contact et dix-huit sortes d’exploration mentale et il a quatre fondations. Les proliférations mentales ne submergent pas celui qui s’appuie sur ces [fondations] et quand les proliférations mentales ne le submergent plus, on l’appelle un sage en paix. On ne doit pas négliger la sagesse, on doit préserver la vérité, cultiver le renoncement et s’entraîner pour trouver la paix. Tel est le résumé de l’exposition des six éléments.
Il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de six éléments. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ? Il y a l’élément terre, l’élément eau, l’élément feu, l’élément air, l’élément espace et l’élément conscience. C’est donc en référence à cela qu’il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de six éléments. »
Il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de six bases de contact. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ? Il y a la base du contact avec les yeux, la base du contact avec les oreilles, la base du contact avec le nez, la base du contact avec la langue, la base du contact avec le corps et la base du contact avec le mental. C’est donc en référence à cela qu’il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de six bases de contact. »
Il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de dix-huit sortes de considérations mentales. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ? Quand on considère une forme avec les yeux, on considère une forme qui va donner de la joie, on considère une forme qui va donner de la peine, on considère une forme qui va laisser neutre. Quand on entend un son avec les oreilles … Quand on sent une odeur avec le nez … Quand on goûte une saveur avec la langue … Quand on touche quelque chose avec le corps … Quand on a connaissance de quelque chose avec le mental, on considère un objet mental qui va donner de la joie, on considère un objet mental qui va donner de la peine, on considère un objet mental qui va laisser neutre. C’est donc en référence à cela qu’il a été dit : « Bhikkhu, cette personne se compose de dix-huit sortes de considérations mentales. »
Il a été dit : « Bhikkhu, cette personne a quatre fondements. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ? Il y a le fondement de la sagesse, le fondement de la vérité, le fondement du renoncement et le fondement de la paix. C’est donc en référence à cela qu’il a été dit : « Bhikkhu, cette personne a quatre fondements. »
Il a été dit : « On ne doit pas négliger la sagesse, on doit préserver la vérité, cultiver le renoncement et s’entraîner pour trouver la paix. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ? Comment, Bhikkhu, ne pas négliger la sagesse ? Il y a ces six éléments : l’élément terre, l’élément eau, l’élément feu, l’élément air, l’élément espace et l’élément conscience.
Bhikkhu, qu’est-ce que l’élément terre ? L’élément terre peut être soit interne soit externe. Qu’est-ce que l’élément terre interne ? Tout ce qui, à l’intérieur, nous appartient, qui est solide, solidifié et rattaché – c’est-à-dire les poils sur la tête, les poils du corps, les ongles, les dents, la peau, la chair, les muscles, les os, la moelle, les reins, le cœur, le foie, le diaphragme, la rate, les poumons, le gros intestin, le petit intestin, le contenu de l’estomac, les excréments ou tout autre chose à l’intérieur qui nous appartient, est solide, solidifiée et rattachée – voilà ce que l’on appelle l’élément terre interne. Or l’élément terre interne et l’élément terre externe sont tous deux simplement l’élément terre. Et cela devrait être considéré tel que c’est, avec la sagesse voulue, de cette manière : « Ceci n’est pas mien, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas moi ». Quand on le voit ainsi, tel que c’est, avec la sagesse voulue, on devient désenchanté par l’élément terre et l’esprit se détache de l’élément terre.
Bhikkhu, qu’est-ce que l’élément eau ? L’élément eau peut être soit interne soit externe. Qu’est-ce que l’élément eau interne ? Tout ce qui, à l’intérieur, nous appartient, qui est liquide, liquéfié et rattaché – c’est-à-dire la bile, les mucosités, le pus, le sang, la sueur, le gras, les larmes, la graisse, la salive, la morve, la synovie, l’urine ou tout autre chose à l’intérieur qui nous appartient, est liquide, liquéfiée et rattachée – voilà ce que l’on appelle l’élément eau interne. Or l’élément eau interne et l’élément eau externe sont tous deux simplement l’élément eau. Et cela devrait être considéré tel que c’est, avec la sagesse voulue, de cette manière : « Ceci n’est pas mien, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas moi ». Quand on le voit ainsi, tel que c’est, avec la sagesse voulue, on devient désenchanté par l’élément eau et l’esprit se détache de l’élément eau.
Bhikkhu, qu’est-ce que l’élément feu ? L’élément feu peut être soit interne soit externe. Qu’est-ce que l’élément feu interne ? Tout ce qui, à l’intérieur, nous appartient, qui est de feu, enflammé et rattaché – c’est-à-dire ce par quoi on est réchauffé, ce qui vieillit, ce qui est consumé et ce par quoi ce qui est mangé, bu, consommé et goûté se trouve complètement digéré, ou tout autre chose à l’intérieur qui nous appartient, est de feu, enflammée et rattachée – voilà ce que l’on appelle l’élément feu interne. Or l’élément feu interne et l’élément feu externe sont tous deux simplement l’élément feu. Et cela devrait être considéré tel que c’est, avec la sagesse voulue, de cette manière : « Ceci n’est pas mien, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas moi ». Quand on le voit ainsi, tel que c’est, avec la sagesse voulue, on devient désenchanté par l’élément feu et l’esprit se détache de l’élément feu.
Bhikkhu, qu’est-ce que l’élément air ? L’élément air peut être soit interne soit externe. Qu’est-ce que l’élément air interne ? Tout ce qui, à l’intérieur, nous appartient, qui est air, aéré et rattaché – c’est-à-dire les vents ascendants, les vents descendants, les vents du ventre, les vents des intestins, les vents qui circulent dans les membres, l’air inspiré, l’air expiré ou tout autre chose à l’intérieur qui nous appartient, est air, aérée et rattachée – voilà ce que l’on appelle l’élément air interne. Or l’élément air interne et l’élément air externe sont tous deux simplement l’élément air. Et cela devrait être considéré tel que c’est, avec la sagesse voulue, de cette manière : « Ceci n’est pas mien, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas moi ». Quand on le voit ainsi, tel que c’est, avec la sagesse voulue, on devient désenchanté par l’élément air et l’esprit se détache de l’élément air.
Bhikkhu, qu’est-ce que l’élément espace ? L’élément espace peut être soit interne soit externe. Qu’est-ce que l’élément espace interne ? Tout ce qui, à l’intérieur, nous appartient, qui est espace, spacieux et rattaché – c’est-à-dire les trous des oreilles, les narines, l’ouverture de la bouche, et toute [ouverture] par laquelle ce qui est mangé, bu, consommé et goûté est avalé, où cela se retrouve et par quoi cela est excrété par en bas, ou tout autre chose à l’intérieur qui nous appartient, est espace, spacieuse et rattachée – voilà ce que l’on appelle l’élément espace interne. Or l’élément espace interne et l’élément espace externe sont tous deux simplement l’élément espace. Et cela devrait être considéré tel que c’est, avec la sagesse voulue, de cette manière : « Ceci n’est pas mien, je ne suis pas ceci, ceci n’est pas moi ». Quand on le voit ainsi, tel que c’est, avec la sagesse voulue, on devient désenchanté par l’élément espace et l’esprit se détache de l’élément espace.
Alors, il ne reste que la conscience, purifiée et lumineuse. Que connaît-on avec cette conscience ? On connaît : « [Ceci est] agréable » ; on connaît ; « [Ceci est] désagréable » ; on connaît : « [Ceci n’est] ni-désagréable-ni-agréable ». Dépendant d’un contact ressenti comme agréable, apparaît une sensation agréable. Quand on ressent une sensation agréable, on comprend : « Je ressens une sensation agréable ». On comprend : « Avec la cessation de ce même contact ressenti comme agréable, la sensation correspondante – la sensation agréable apparue du fait de ce contact ressenti comme agréable – cessera et disparaîtra. »
Du fait d’un contact ressenti comme désagréable, apparaît une sensation désagréable. Quand on ressent une sensation désagréable, on comprend : « Je ressens une sensation désagréable ». On comprend : « Avec la cessation de ce même contact ressenti comme désagréable, la sensation correspondante – la sensation désagréable apparue du fait de de ce contact ressenti comme désagréable – cessera et disparaîtra. »
Du fait de d’un contact ressenti comme ni-désagréable-ni-agréable, apparaît une sensation ni-désagréable-ni-agréable. Quand on ressent une sensation ni-désagréable-ni-agréable, on comprend : « Je ressens une sensation ni-désagréable-ni-agréable ». On comprend : « Avec la cessation de ce même contact ressenti comme ni-désagréable-ni-agréable, la sensation correspondante – la sensation ni-désagréable-ni-agréable apparue du fait de de ce contact ressenti comme ni-désagréable-ni-agréable – cessera et disparaîtra. » Bhikkhu, tout comme le contact et le frottement de deux bouts de bois engendre de la chaleur et produit du feu et, lorsque les deux bouts de bouts sont séparés et éloignés la chaleur correspondante cesse et disparaît ; de la même manière, du fait de d’un contact ressenti comme agréable … ressenti comme désagréable … ressenti comme ni-désagréable-ni-agréable, apparaît une sensation ni-désagréable-ni-agréable … On comprend : « Avec la cessation de ce même contact ressenti comme ni-désagréable-ni-agréable, la sensation correspondante … cessera et disparaîtra. »
Il ne reste alors que l’équanimité, purifiée et lumineuse, malléable, souple et rayonnante. Supposons, Bhikkhu, qu’un orfèvre habile ou son apprenti prépare un four, chauffe le creuset, prenne un peu d’or avec des pincettes et le mette dans le creuset. De temps en temps il soufflera, de temps en temps il versera quelques gouttes d’eau dessus et de temps en temps il se contentera d’observer. Cet or deviendra raffiné, bien raffiné, complètement raffiné, sans le moindre défaut, débarrassé de tout déchet, malléable, souple et rayonnant. Ensuite, quel que soit le bijou que l’orfèvre voudra en faire, qu’il s’agisse d’une chaîne en or, de boucles d’oreille, d’un collier ou d’une guirlande, il sera parfaitement adapté. De la même manière, il ne reste que l’équanimité, purifiée et lumineuse, malléable, souple et rayonnante.
Le moine comprend alors : « Si je devais diriger cette équanimité, tellement purifiée et lumineuse, à la base de l’espace infini et développer mon esprit en conséquence, cette équanimité qui est mienne, soutenue par cette base, accrochée à cette base, durerait très longtemps. Si je devais diriger cette équanimité, tellement purifiée et lumineuse, à la base de la conscience infinie … à la base de la vacuité … à la base du ni-perception-ni-non-perception et développer mon esprit en conséquence, cette équanimité qui est mienne, soutenue par cette base, accrochée à cette base, durerait très longtemps. »
Le moine comprend alors : « Si je devais diriger cette équanimité, tellement purifiée et lumineuse, à la base de l’espace infini et développer mon esprit en conséquence, celui-ci serait conditionné. Si je devais diriger cette équanimité, tellement purifiée et lumineuse, à la base de la conscience infinie … à la base de la vacuité … à la base du ni-perception-ni-non-perception et développer mon esprit en conséquence, celui-ci serait conditionné. » Il ne crée aucune condition ni ne génère aucune volition tendant soit à l’être soit au non-être. Comme il ne crée aucune condition et ne génère aucune volition tendant soit à l’être soit au non-être, il ne s’accroche à rien dans ce monde. Quand il ne s’accroche pas, il n’est pas agité. Quand il n’est pas agité, il atteint le nibbana personnellement. Il comprend : « La naissance est détruite, la vie sainte a été vécue, ce qui devait être fait a été fait, il n’y aura plus de retour à aucun état d’existence. »
S’il éprouve une sensation agréable, il comprend : « C’est impermanent ; il n’y a rien là dont on puisse se saisir ; il n’y a là aucun plaisir. » S’il éprouve une sensation désagréable, il comprend : « C’est impermanent ; il n’y a rien là dont on puisse se saisir ; il n’y a là aucun plaisir. » S’il éprouve une sensation ni-agréable-ni-désagréable, il comprend : « C’est impermanent ; il n’y a rien là dont on puisse se saisir ; il n’y a là aucun plaisir. »
S’il éprouve une sensation agréable, il s’en sent détaché ; s’il éprouve une sensation désagréable, il s’en sent détaché ; s’il éprouve une sensation ni-agréable-ni-désagréable, il s’en sent détaché. Quand il éprouve une sensation liée au corps, il comprend : « J’éprouve une sensation liée au corps. » Quand il éprouve une sensation liée à la vie, il comprend : « J’éprouve une sensation liée à la vie. » Il comprend : « Au moment de la dissolution du corps, avec la fin de la vie, tout ce qui est ressenti, du fait que l’on ne s’en délecte pas, deviendra aussitôt calme et frais,. » Bhikkhu, tout comme une lampe à pétrole brûle du fait de du pétrole et de la mèche et, quand le pétrole et la mèche sont épuisés, si elle n’est plus alimentée, elle s’éteint par manque de carburant ; de la même manière quand il éprouve une sensation liée au corps … une sensation liée à la vie, il comprend : « J’éprouve une sensation liée à la vie. » Il comprend : « Au moment de la dissolution du corps, avec la fin de la vie, tout ce qui est ressenti, du fait que l’on ne s’en délecte pas, deviendra aussitôt calme et frais. »
En conséquence, un moine qui possède [cette sagesse] possède le fondement suprême de la sagesse. Car ceci, Bhikkhu, est la noble sagesse suprême, en d’autres termes, la connaissance de la destruction de toute souffrance.
Sa libération étant basée sur la vérité, elle est inébranlable. Car, Bhikkhu, ce qui est de nature trompeuse est faux et ce qui n’est pas de nature trompeuse est vrai : le nibbana. En conséquence, un bhikkhu possédant [cette vérité] possède le fondement suprême de la vérité. Car ceci, Bhikkhu, est la noble vérité suprême, en d’autres termes, le nibbana dont la nature n’est pas trompeuse.
Auparavant, quand il était dans l’ignorance, le bhikkhu acquérait et développait des attachements ; à présent, il les a abandonnés, coupés à la racine comme une souche de palmier ; il en a fini avec eux au point qu’ils ne pourront plus réapparaître à l’avenir. En conséquence, un bhikkhu qui possède [ce renoncement] possède le fondement suprême du renoncement. Car ceci, Bhikkhu, est le noble renoncement suprême – en d’autres termes, le renoncement à tous les attachements.
Auparavant, quand il était dans l’ignorance, il ressentait de la cupidité, du désir et de l’avidité ; à présent, il les a abandonnés, coupés à la racine comme une souche de palmier, il en a fini avec eux au point qu’ils ne pourront plus réapparaître à l’avenir. Auparavant, quand il était dans l’ignorance, il ressentait de la colère, de la mauvaise volonté et de la haine ; à présent, il les a abandonnées, coupées à la racine comme une souche de palmier, il en a fini avec elles au point qu’elles ne pourront plus réapparaître à l’avenir. Auparavant, quand il était dans l’ignorance, il vivait dans la non-connaissance et concevait des choses erronées ; à présent, il les a abandonnées, coupées à la racine comme une souche de palmier, il en a fini avec elles au point qu’elles ne pourront plus réapparaître à l’avenir. En conséquence, un bhikkhu qui possède [cette paix] possède le fondement suprême de la paix. Car ceci, Bhikkhu, est la noble paix suprême – en d’autres termes, la pacification de l’avidité, de la haine et de la compréhension erronée des choses.
C’est donc en référence à cela qu’il a été dit : « On ne doit pas négliger la sagesse, on doit préserver la vérité et cultiver le renoncement et on doit s’entraîner à la paix. »
Il a été dit : « Les proliférations mentales ne submergent pas celui qui s’appuie sur ces [fondations] et quand les proliférations mentales ne le submergent plus, on l’appelle un sage en paix. » En référence à quoi cela a-t-il été dit ?
Bhikkhu, « je suis » est une fabrication mentale ; « je suis cela » est une fabrication mentale ; « je serai » est une fabrication mentale ; « je ne serai pas » est une fabrication mentale ; « j’aurai une forme » est une fabrication mentale ; « je n’aurai pas de forme » est une fabrication mentale ; « je pourrai percevoir » est une fabrication mentale ; « je ne pourrai pas percevoir » est une fabrication mentale ; « je ne pourrai ni percevoir ni ne pas percevoir » est une fabrication mentale . La prolifération mentale est une maladie, les fabrications mentales sont une tumeur, les fabrications mentales sont des flèches. Quand on a vaincu toutes les fabrications mentales, Bhikkhu, on est appelé un sage en paix. Et le sage en paix n’est pas né, il ne vieillit pas, il ne meurt pas ; il n’est pas ébranlé et il n’est pas agité. Car il n’y a rien en lui qui pourrait le faire naître. N’étant pas né, comment pourrait-il vieillir ? Ne vieillissant pas, comment pourrait-il mourir ? Ne mourant pas, comment pourrait-il être ébranlé ? N’étant pas ébranlé, pourquoi serait-il agité ?
C’est donc en référence à ceci qu’il a été dit : « Les proliférations mentales ne submergent pas celui qui s’appuie sur ces [fondations] et quand les proliférations mentales ne le submergent plus, on l’appelle un sage en paix. » Bhikkhu, garde en esprit ce bref exposé des six éléments.
Là-dessus, le vénérable Pukkusati se dit :
« En vérité, le Maître est venu à moi ! Le Bouddha sublime est venu à moi ! Le parfaitement Éveillé est venu à moi ! » Il se leva alors de son siège, ajusta sa robe sur son épaule et, se prosternant, il posa la tête sur les pieds du Bouddha en disant :
– Vénérable Maître, j’ai commis une faute lorsque, comme un idiot confus et bafouillant, j’ai osé m’adresser au Bouddha en lui disant « ami ». Vénérable Maître, puisse le Bouddha pardonner ma faute, considérée comme telle pour plus de retenue dans le futur.
– De fait, Bhikkhu, tu as commis une faute lorsque, comme un idiot confus et bafouillant, tu as osé t’adresser à moi en me disant « ami ». Mais puisque tu vois cette faute comme telle et que tu fais amende honorable selon le Dhamma, tu es pardonné. Car c’est progresser dans la Noble Discipline que de voir ses propres fautes comme telles, faire amende honorable selon le Dhamma et s’engager à plus de retenue dans le futur.
– Vénérable Maître, j’aimerais recevoir la pleine ordination de la part du Bouddha.
– Ton bol et tes robes sont-ils au complet, Bhikkhu ?
– Vénérable Maître, mon bol et mes robes ne sont pas au complet.
– Bhikkhu, les Tathagatas ne donnent pas la pleine ordination à ceux dont le bol et les robes ne sont pas au complet.
Alors le vénérable Pukkusati, s’étant délecté et réjoui des paroles du Bouddha, se leva de son siège et, après avoir rendu hommage au Bouddha, il le contourna par la droite et partit chercher un bol et des robes. Tandis que le vénérable Pukkusati cherchait un bol et des robes, une vache égarée le tua.
Plus tard, un petit groupe de bhikkus alla voir le Bouddha et, après lui avoir rendu hommage, ils s’assirent jambes repliées sur le côté et lui dirent :
– Vénérable Maître, Pukkusati, cet homme de bonne famille qui a reçu un bref enseignement du Bouddha, est mort. Quelle est sa destination ? Quelle route va-t-il suivre maintenant ?
– Bhikkhus, Pukkusati était un homme sage. Il pratiquait selon le Dhamma et il ne m’a pas importuné dans l’interprétation du Dhamma. Avec la destruction des cinq liens inférieurs, Pukkusati est réapparu spontanément [dans les Terres Pures] et il atteindra là-bas le nibbana ultime sans jamais revenir.
Voilà ce que dit le Bouddha. Les bhikkhus furent satisfaits et se réjouirent des paroles du Bouddha.
