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Étudier ou pratiquer

Extrait du livre d’Ajahn Chah « Méditation et sagesse »

Traduction de Jeanne Schut

Extrait d’une discussion avec un disciple laïc sincère,
un érudit d’Oxford, en Angleterre, en 1979.

Savez-vous où cela s’arrêtera ou allez-vous continuer à étudier ainsi ? C’est bien mais ce n’est pas l’étude extérieure qui compte, c’est l’étude de l’intérieur. Pour étudier l’intérieur, vous devez examiner ces yeux, ces oreilles, ce nez, cette langue, ce corps et cet esprit. Voilà la véritable étude. L’étude des livres est seulement extérieure et il est vraiment difficile d’arriver un jour au bout.

Quand les yeux voient une forme, que se passe-t-il ? Quand les oreilles, le nez et la langue perçoivent des sons, des odeurs et des saveurs, qu’arrive-t-il ? Quand le corps et l’esprit entrent en contact avec des objets tangibles et des états mentaux, quelles réactions se produisent ? Y a-t-il toujours de l’avidité, de l’aversion et des pensées erronées, à ce moment-là ? Nous perdons-nous dans les formes, les sons, les odeurs, les saveurs, les textures et les humeurs ? Voilà l’étude de l’intérieur – et cette étude-là peut aboutir à quelque chose.

Si nous étudions mais ne pratiquons pas, nous n’obtiendrons pas de résultats. C’est comme un homme qui élève une vache : le matin, il l’amène au pré ; le soir, il la ramène à l’étable ; mais il ne boit jamais son lait ! C’est très bien d’étudier, mais ne devenez pas comme cet homme. Vous devez prendre soin de la vache et aussi boire son lait. Pour obtenir les meilleurs résultats, vous devez étudier et aussi pratiquer.

Je vais expliquer cela autrement. C’est comme un homme qui élève des poules mais ne ramasse pas les œufs qu’elles pondent. Tout ce qu’il ramasse, ce sont les fientes des poules ! Voilà ce que je dis à ceux qui élèvent des poules. Attention à ne pas devenir comme eux ! Autrement dit, nous étudions les Écritures mais nous ne sommes pas capables de lâcher les pollutions mentales, nous ne savons pas rejeter de notre esprit l’avidité, l’aversion et les pensées erronées. Étudier sans pratiquer, sans abandonner les pollutions mentales, n’apporte aucun résultat. C’est pourquoi je compare cela à quelqu’un qui élève des poules mais ne ramasse pas leurs œufs, se contentant de ramasser leurs fientes. C’est la même chose.

Le Bouddha voulait que nous étudiions les Écritures puis que nous abandonnions toute attitude nuisible du corps, de la parole et de l’esprit ; il voulait que nous développions la bonté dans nos actions, nos paroles et nos pensées. La véritable valeur humaine s’épanouira à travers nos actions, nos paroles et nos pensées. Si nous nous contentons de parler sans agir en conséquence, la pratique n’est pas encore complète. Ou si nous agissons bien mais que l’esprit n’est pas bon, c’est encore incomplet. Le Bouddha a enseigné qu’il fallait développer la bonté dans les actes, les paroles et les pensées ; développer les bonnes actions, les bonnes paroles et les bonnes pensées. C’est le trésor de la vie humaine. L’étude et la pratique doivent toutes deux être empreintes de bonté.

Les huit facteurs de l’Octuple Sentier du Bouddha – la voie de la pratique – ne sont rien d’autre que ce corps lui-même : deux yeux, deux oreilles, deux narines, une langue et un corps. La voie est là. Et l’esprit est ce qui suit la voie. Par conséquent, l’étude et la pratique existent toutes deux dans notre corps, nos paroles et notre esprit.

Avez-vous déjà vu des Écritures qui parlent d’autre chose que du corps, de la parole et de l’esprit ? Les Écritures n’enseignent que cela, rien d’autre. C’est là que naissent toutes les pollutions. Si vous en êtes conscient, c’est aussi là qu’elles meurent. Vous devez donc comprendre que la pratique et l’étude existent toutes deux ici même. Si nous étudions un minimum, nous pouvons tout savoir. Dans la parole, dire un mot de vérité, c’est mieux qu’une vie entière de paroles erronées. Comprenez-vous ? Je peux aussi le dire autrement : celui qui étudie mais ne pratique pas est comme une louche dans une soupière. La louche est dans la soupière tous les jours mais elle ne connaît pas le goût de la soupe.

Si vous ne pratiquez pas, vous pouvez étudier jusqu’à votre dernier souffle sans jamais connaître le goût de la liberté.

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