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La Voie du Milieu

P.A. Payutto

Traduction de Jeanne Schut

Comprendre le principe de l’interdépendance c’est avoir une vision juste des choses (sammāditthi). Cette vision juste est une façon très équilibrée de considérer les situations, elle ne penche pas vers les extrêmes. Ainsi le principe d’interdépendance est une loi qui enseigne la vérité de façon objective et sans préjugés ; on l’appelle « l’enseignement du milieu ». On comprend mieux l’objectif de cette vérité quand on la compare aux points de vue extrêmes d’autres voies. C’est pourquoi je vais présenter certains de ces enseignements, groupés par paires, en citant les paroles du Bouddha et en limitant au maximum les commentaires.

Première paire :

  1. Atthikavāda : l’école qui soutient que tout ce que nous voyons existe vraiment (matérialisme extrême).
  2. Natthikavāda : l’école qui soutient que rien de ce que nous voyons n’existe vraiment (nihilisme).

 « Vénérable Maître, j’entends parler de ‘vision juste, vision juste’ … Comment sait-on que sa vision est juste ? »

« Vois-tu, Kaccāna, ce monde penche généralement vers deux points de vue extrêmes – atthitā (être) et natthitā (non-être). Quand on voit la cause du monde tel qu’il est, avec une compréhension juste, on n’y trouve pas de ‘non-être’. Quand on voit la cessation de ce monde tel qu’il est, avec une compréhension juste, on n’y trouve pas ‘d’être’. Le monde s’attache à des systèmes et il est emprisonné par des dogmes mais le noble disciple ne cherche ni système ni dogmes, il ne s’en délecte pas, il ne s’y attache pas, pas plus qu’à l’orgueil d’être ‘quelqu’un’. Il sait, sans le moindre doute, que seule la souffrance apparaît et seule la souffrance disparaît. Quand le noble disciple perçoit clairement ceci par lui-même, je dis qu’il a la Vision Juste.

« Kaccāna ! Dire ‘tout existe’ est un extrême. Dire ‘rien n’existe’ est un autre extrême. Le Tathāgata proclame un enseignement équilibré qui évite ces extrêmes et selon lequel ‘quand l’ignorance est présente, les formations mentales apparaissent ; quand les formations mentales sont présentes, la conscience sensorielle apparaît …, quand l’ignorance est complètement abandonnée, les formations mentales cessent ; avec la cessation des formations mentales, la conscience sensorielle cesse …’ »

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Un brahmane s’approcha du Bouddha et lui demanda : « Vénérable Gautama, les choses ont-elles une existence réelle ? »
Le Bouddha répondit : « Croire que tout a une existence réelle est une vision extrême matérialiste. »
Question : Alors rien n’existe ?
Réponse : Croire que rien n’existe est la seconde vision matérialiste des choses.
Question : Donc, tout ne fait qu’un ?
Réponse : Croire que tout ne fait qu’un est la troisième vision matérialiste des choses.
Question : Tout est donc une pluralité ?

Réponse : Croire que tout est une pluralité est la quatrième vision matérialiste des choses. Brahmane ! Le Tathāgata proclame un enseignement équilibré qui évite ces extrêmes et selon lequel « quand l’ignorance est présente, les formations mentales apparaissent ; quand les formations mentales sont présentes, la conscience sensorielle apparaît … quand l’ignorance est complètement abandonnée, les formations mentales cessent ; avec la cessation des formations mentales, la conscience sensorielle cesse … »

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Seconde paire :

1. Sassatavāda : l’école de l’éternalisme
2. Ucchedavāda : l’école de l’annihilationisme ou nihilisme.

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