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L’attention aux ressentis avec le Bahiya Sutta

Joseph Goldstein

Traduction de Jeanne Schut

L’attention

L’attention est une qualité de présence toute simple, une conscience de ce qui est, sans interférences, comme cela se produit lorsque nous écoutons une musique que nous aimons : l’esprit est ouvert et attentif, il n’essaie pas de contrôler ce qui va arriver, il ne réfléchit pas aux notes qui viennent de passer. Lorsque nous apprenons à écouter, une grande force se développe en nous. C’est cette qualité de réceptivité qui permet à la sagesse intuitive de s’éveiller.

Le Bahiya Sutta

Dans ce qui est vu, qu’il n’y ait que ce qui est vu,
Dans ce qui est entendu, qu’il n’y ait que ce qui est entendu,
Dans ce qui est ressenti [odeur, goût et toucher], qu’il n’y ait que ce qui est ressenti,
Dans ce qui est connu, qu’il n’y ait que ce qui est connu.
Voilà, Bahiya, comment tu dois t’entraîner à voir les choses.
Et quand, Bahiya, il n’y aura pour toi
Que ce qui est vu dans ce qui est vu
Que ce qui est entendu dans ce qui est entendu
Que ce qui est ressenti dans ce qui est ressenti
Et que ce qui est connu dans ce qui est connu,
Alors, Bahiya, il n’y aura pas de « moi » lié à tout cela.
Et quand, Bahiya, il n’y a pas de « moi » lié à cela,
Il n’y a pas de « moi » là-bas.
Et quand, Bahiya, il n’y a pas de « moi » là-bas,
Alors, Bahiya, il n’y a de « toi » ni ici, ni là-bas ni entre les deux.
Cela, simplement cela, est la fin de la souffrance.

 Avec cette simple et pure connaissance de ce qui est vu, entendu, ressenti ou connu, nous n’évaluons pas, nous ne nous égarons pas dans des pensées liées aux impressions sensorielles. Lorsque nous pratiquons ainsi, nous comprenons la nature impersonnelle des phénomènes – il n’y a pas de « moi » – et nous demeurons indépendants, ne nous attachant à rien dans le monde.

Parfois le souffle peut devenir très fin, voire imperceptible. À ce moment-là, nous ne devons pas respirer profondément pour recommencer à le sentir. Il faut plutôt laisser la respiration attirer l’esprit en profondeur jusqu’à son propre niveau de finesse. C’est comme écouter quelqu’un jouer de la flûte en s’éloignant. La respiration très affinée peut devenir le véhicule qui permettra à l’esprit d’être lui-même plus fin, plus pointu. Lorsque le souffle disparaît vraiment et que nous ne pouvons plus le sentir du tout, posons notre attention sur la posture assise du corps jusqu’à ce que la respiration réapparaisse d’elle-même.

L’attention aux ressentis d’instant en instant

Nous pensons peut-être qu’abandonner les tendances dont parle le Bouddha est une tâche impossible : « Comment pourrais-je jamais me libérer complètement du désir et de l’aversion ? » Mais le Bouddha affirme que nous pouvons le faire et que cela se produit dans l’instant. La question alors est : comment mettre cet enseignement en pratique ? Selon les paroles du sutta :

« Quand on a une sensation agréable, on sait : ‘J’ai une sensation agréable.’ Quand on a une sensation désagréable, on sait : ‘J’ai une sensation désagréable.’ Quand on a une sensation neutre, on sait : ‘J’ai une sensation neutre.’ »

Il s’agit simplement d’une prise de conscience directe et claire de l’aspect « ressenti » de l’expérience. Nous n’avons pas besoin d’analyser, de juger, de comparer ni même de comprendre exactement pourquoi ces ressentis apparaissent. Il suffit de savoir qu’une sensation agréable est ainsi, une sensation désagréable est ainsi, une sensation neutre est ainsi.

Dans les sessions de méditation formelles, on propose parfois de concentrer l’attention uniquement sur la tonalité du ressenti d’instant en instant : « Agréable, agréable, désagréable, agréable, désagréable, » etc. L’essentiel n’est pas de faire cela de façon mécanique mais d’affiner notre conscience de cet aspect du ressenti, qu’il s’agisse de sensations physiques ou d’états d’esprit. Même si on ne pratique ainsi que quelques instants de temps à autre, c’est suffisant pour mettre en lumière la nature très éphémère de nos ressentis. Dans nos moments plus actifs du quotidien, nous pouvons utiliser nos réactions plus nettes de « j’aime » et « je n’aime pas » pour nous souvenir d’orienter notre attention vers les ressentis qui ont occasionné ces réactions. Une réaction est généralement signe que nous n’avons pas été conscients du ressenti qui l’a précédée.

Mais, lorsque nous pratiquons l’attention à ces ressentis au moment où ils apparaissent et que nous sommes aussitôt conscients de leur nature impermanente, ils nous fascinent beaucoup moins et nous devenons moins réactifs. À propos de l’attention aux ressentis, le Bouddha a donné des instructions directes et explicites qui ouvrent la voie à la liberté ultime :

« Quel que soit le ressenti, qu’il soit agréable, désagréable ou ni-agréable-ni-désagréable, on contemple l’impermanence de ces ressentis, on contemple leur disparition progressive, on contemple leur disparition totale. Quand on les contemple ainsi, on ne s’attache à rien dans le monde. Quand on ne s’attache pas, on n’est pas agité. Quand on n’est pas agité, on atteint le nibbana. »

En contemplant les ressentis comme des processus impersonnels qui apparaissent du fait d’un contact avec les six organes des sens (l’esprit étant considéré comme le sixième), nous ne croyons plus que ces ressentis sont nous. À ce moment-là, nous pratiquons l’enseignement essentiel du Bouddha : « Nous ne devons nous attacher absolument à rien, comme étant ‘moi’ ou ‘mien’ ».

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