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Les Udana

Extraits de Rencontres avec le Bouddha

Traduction de Jeanne Schut

Le Bahiya Sutta

Lecture audio et texte

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L’ascète Bahiya reçoit l’enseignement fondamental

Ainsi ai-je entendu. En une certaine occasion, le Bouddha séjournait près de Savatthi, au Bosquet de Jeta, le monastère d’Anathapindika. À ce moment-là, Bahiya, l’homme vêtu d’écorce, vivait à Supparaka, au bord de la mer. Il était estimé, respecté, honoré, révéré et on lui rendait hommage. Il recevait en offrande des vêtements, de la nourriture, un toit et des médicaments en cas de maladie[1]. Mais un jour, alors qu’il s’était retiré dans la solitude, une pensée lui vint à l’esprit : « Il y a dans ce monde des arahants[2] et des personnes qui sont en voie de le devenir : en fais-je partie ? »

À cet instant, un déva, qui autrefois avait été un proche parent de Bahiya, plein de compassion et soucieux de son bonheur, conscient que cette pensée avait traversé l’esprit de Bahiya, s’approcha de lui et dit : « Bahiya, tu n’es ni un arahant ni en voie de le devenir. Tu ne suis même pas la pratique qui te permettrait d’être un arahant ou d’être en voie de le devenir. »
Alors, Bahiya demanda : « Où y a-t-il donc, dans ce monde, des arahants ou des personnes en voie de le devenir ? »
« Bahiya, dans les territoires du nord il y a une ville appelée Savatthi. Là séjourne en ce moment le Bouddha, un arahant qui s’est parfaitement éveillé par lui-même. C’est un véritable arahant et il enseigne le Dhamma qui permet d’atteindre l’Éveil. »

Alors Bahiya, dûment encouragé par le déva, quitta Supparaka sur-le-champ et, en l’espace d’une nuit, parcourut toute la route menant à l’endroit où séjournait le Bouddha, près de Savatthi, au Bosquet de Jeta, le monastère d’Anathapindika. À ce moment-là, un grand nombre de moines pratiquaient la méditation en marchant. Bahiya s’approcha d’eux et demanda : « Vénérables moines, où est donc le Bouddha, l’arahant parfaitement éveillé par lui-même ? Je souhaite voir le Bouddha, cet arahant, parfaitement éveillé par lui-même. »
« Le Bouddha est allé en ville quémander sa nourriture », répondirent-ils.

Bahiya quitta le Bosquet de Jeta en toute hâte et courut vers Savatthi. En entrant dans la ville, il vit le Bouddha qui quémandait sa nourriture, à la fois impressionnant et inspirant. Il émanait de lui une confiance calme et sereine, les sens en paix, l’esprit en paix, ayant atteint une parfaite tranquillité, modéré, les sens maîtrisés : un Grand Être.

Bahiya s’approcha du Bouddha et, arrivé à sa hauteur, il se prosterna, posa la tête sur les pieds du Bouddha et dit : « Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi, l’Éveillé ! Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi qui as atteint l’autre rive ! Ce sera pour moi une bénédiction et un bonheur infinis. »
À ces paroles, le Bouddha répondit : « Ce n’est pas le moment, Bahiya. Nous sommes venus en ville pour quémander notre nourriture. 
Bahiya dit alors au Bouddha : « Mais il est difficile de savoir quels dangers menacent la vie du Bouddha ou quels dangers menacent ma propre vie. Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi, l’Éveillé ! Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi qui as atteint l’autre rive ! Ce sera pour moi une bénédiction et un bonheur infinis. »
Une deuxième fois, le Bouddha répondit : « Ce n’est pas le moment, Bahiya. Nous sommes venus en ville pour quémander notre nourriture. »
Bahiya insista encore : « Mais il est difficile de savoir quels dangers menacent la vie du Bouddha ou quels dangers menacent ma propre vie. Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi, l’Éveillé ! Enseigne-moi le Dhamma, Ô toi qui as atteint l’autre rive ! Ce sera pour moi une bénédiction et un bonheur infinis. »

Alors le Bouddha répondit : « Dans ce cas, Bahiya, voici comment tu dois t’entraîner :

Dans tout ce qui est vu, qu’il n’y ait que ce qui est vu.
Dans tout ce qui est entendu, qu’il n’y ait que ce qui est entendu.
Dans tout ce qui est ressenti, qu’il n’y ait que ce qui est ressenti[3].
Dans tout ce qui est connu, qu’il n’y ait que ce qui est connu.
Voilà comment tu dois t’entraîner.

Quand, pour toi, il n’y aura que ce qui est vu dans ce qui est vu,
que ce qui est entendu dans ce qui est entendu,
que ce qui est ressenti dans ce qui est ressenti,
que ce qui est connu dans ce qui est connu,
alors, Bahiya, il n’y aura pas de ‘moi’ dans ces perceptions.

Quand il n’y a pas de ‘moi’ dans les perceptions,
aucun ‘moi’ ne prend naissance dans ces perceptions.
Quand aucun ‘moi’ naît des perceptions,
il n’y a de ‘moi’ ni ici, ni au-delà, ni entre les deux.
Cela, simplement cela, est la fin de la souffrance.
 

En entendant cette brève exposition du Dhamma de la bouche du Bouddha, l’esprit de Bahiya, l’homme vêtu d’écorce, fut instantanément libéré de toute impureté car il abandonna aussitôt l’attachement qui nourrissait les impuretés. Ayant instruit Bahiya de la sorte, le Bouddha continua son chemin.

Peu de temps après, Bahiya fut attaqué et tué par une vache protégeant son jeune veau. Lorsque le Bouddha, après avoir mangé, retourna à Savatthi accompagné d’un grand nombre de moines, il vit que Bahiya était mort. Il dit alors aux moines : « Moines, mettez le corps de Bahiya sur une litière, emportez-le, incinérez-le et construisez pour lui un mémorial. Votre compagnon sur la voie spirituelle est décédé. »

Les moines répondirent : « Très bien, Vénérable. » Après avoir placé le corps de Bahiya sur une litière, l’avoir emporté et incinéré, après avoir construit pour lui un mémorial, ils retournèrent auprès du Bouddha. Arrivés devant lui, ils se prosternèrent, s’assirent sur le côté et s’adressèrent ainsi au Bouddha : « Le corps de Bahiya a été incinéré, Vénérable, et son mémorial a été construit. Où s’en est-il allé? Dans quelle sphère va-t-il renaître? »

« Moines, Bahiya, l’homme vêtu d’écorce, était sage. Il a pratiqué le Dhamma selon le Dhamma et ne m’a pas ennuyé en me posant toutes sortes de questions. Moines, Bahiya, l’homme vêtu d’écorce, a été totalement libéré[4]. »

Comprenant toute l’importance de ces circonstances, le Bouddha s’exclama alors :

Là où l’eau, la terre, le feu et l’air n’ont plus leur place,
les étoiles ne brillent pas, le soleil ne luit pas,
la lune n’apparaît pas,pourtant l’obscurité ne règne pas.
Et quand un sage, un brahmane par la sagesse
réalise pleinement cela par lui-même,
il est libéré de la forme et du sans-forme,
du bonheur et de la souffrance.

[1] Les 4 « nécessités » qui sont offertes aux ascètes et aux moines mendiants : vêtements, nourriture, un toit et des médicaments.
[2] Un arahant est un être parfaitement éveillé, qui s’est définitivement libéré de la souffrance, qui a atteint le nibbana (nirvana).
[3] Ici, le mot « ressenti » inclut les contacts liés au sens olfactif, au sens gustatif et au toucher.
[4] Il est dit ailleurs, en toile de fond, que, lors d’une précédente incarnation, Bahiya avait été moine et avait fait preuve d’une grande persévérance, ce qui explique que son Éveil ait pu être si rapide.


Upasaka Sutta 

Les disciples laïcs doivent trouver le temps de pratiquer

Ainsi ai-je entendu. En une certaine occasion, le Bouddha séjournait près de Savatthi, au Bosquet de Jeta, le monastère d’Anathapindika. Un jour, un de ses disciples laïcs d’Icchanangalaka arriva à Savatthi pour affaires. Après avoir réglé ses affaires, il alla voir le Bouddha. Il se prosterna devant lui puis s’assit sur le côté. Tandis qu’il était assis là, le Bouddha lui dit : « Eh bien, disciple. Voilà bien longtemps que tu n’avais pas pris le temps de venir me trouver. »

« Cela fait longtemps, Vénérable, que je souhaitais venir vous voir mais, étant occupé par mes devoirs et mes responsabilités, je n’ai pas pu le faire avant. »

Comprenant l’importance de cette circonstance, le Bouddha s’exclama alors :

Heureux celui qui ne possède rien,
qui a la connaissance et maîtrise le Dhamma.
Voyez combien souffrent ceux qui sont pieds et poings liés,
entravés par leur attachement aux autres.


Mogharaja Sutta

La réponse ultime du Bouddha

Le Vénérable Mogharaja
Ô Sakyan, ô Clairvoyant,
déjà deux fois, je vous ai interrogé
mais vous ne m’avez pas répondu.
J’ai entendu dire que vous répondez
lorsqu’une troisième fois, vous êtes interrogé.

Je ne sais pas comment le célèbre Gautama
considère ce monde et l’au-delà,
les sphères de Brahma et des dévas.
Je suis donc venu chercher une réponse
auprès de celui qui a atteint l’autre rive :
Comment considérer le monde
pour que la mort ne nous atteigne pas?

Le Bouddha
Toujours parfaitement présent et attentif,
considérez le monde comme vide, Mogharaja.
Ayant déraciné le concept de « moi »,
vous arriverez ainsi à transcender la mort.
Voilà comment il faut considérer le monde
pour que la mort ne vous atteigne pas.

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