{"id":1247,"date":"2026-05-06T14:12:26","date_gmt":"2026-05-06T14:12:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1247"},"modified":"2026-05-11T09:23:13","modified_gmt":"2026-05-11T09:23:13","slug":"vivre-avec-un-cobra","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/vivre-avec-un-cobra\/","title":{"rendered":"Vivre avec un cobra"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Chah<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci est un bref entretien donn\u00e9 par Ajahn Chah, en guise d&rsquo;ultimes instructions, \u00e0 une Anglaise d&rsquo;un certain \u00e2ge qui venait de m\u00e9diter deux mois sous sa direction, entre fin 1978 et d\u00e9but 1979.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puissent ces paroles vous aider \u00e0 comprendre les enseignements que vous avez \u00e9tudi\u00e9s ici, \u00e0 Wat Pah Pong. Disons, tr\u00e8s simplement, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la pratique qui lib\u00e8re de la souffrance dans le cycle des naissances et des morts. Pour cela, vous devez garder une chose constamment \u00e0 l&rsquo;esprit : tous les mouvements du mental \u2014 ceux qui vous font plaisir comme ceux qui vous perturbent \u2014 sont aussi dangereux qu&rsquo;un cobra.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cobra est un serpent extr\u00eamement venimeux dont la morsure est fatale. Il en est de m\u00eame de nos \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me : ceux qui nous sont agr\u00e9ables sont venimeux et ceux qui nous sont d\u00e9sagr\u00e9ables sont \u00e9galement venimeux. Ils sont une entrave \u00e0 la libert\u00e9 de notre esprit et font obstacle \u00e0 notre compr\u00e9hension de la V\u00e9rit\u00e9 telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e par le Bouddha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;essayer de maintenir la plus grande vigilance, de jour comme de nuit. Que vous soyez assis, debout ou allong\u00e9e, que vous soyez en train de parler ou de faire quoi que ce soit, vous devez \u00eatre totalement pr\u00e9sente et consciente. Quand cette vigilance sera constante, vous verrez qu&rsquo;elle engendre une compr\u00e9hension claire des choses et que ces deux conditions r\u00e9unies \u2014 vigilance et compr\u00e9hension \u2014 engendrent \u00e0 leur tour la sagesse. Ainsi vigilance, compr\u00e9hension et sagesse s&rsquo;associent pour nous permettre d&rsquo;\u00eatre \u00e9veill\u00e9s de jour comme de nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces enseignements que le Bouddha nous a transmis ne doivent pas rester lettre morte ni \u00eatre seulement compris sur un plan intellectuel. Par la pratique, ils peuvent \u00eatre \u00e9veill\u00e9s et prendre vie en vous. O\u00f9 que nous allions, quoi que nous fassions, ces enseignements devraient nous accompagner. Je veux dire par l\u00e0 que toutes nos actions et nos paroles devraient na\u00eetre de cette source de sagesse. Il est dit que quiconque poss\u00e8de la vigilance et la claire compr\u00e9hension des choses, associ\u00e9es ainsi \u00e0 la sagesse, est proche du Bouddha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand vous rentrerez chez vous, prenez l&rsquo;habitude de tout ramener \u00e0 l&rsquo;observation vigilante des mouvements du mental. Observez avec cette vigilance, ayez une compr\u00e9hension claire des choses, et d\u00e9veloppez cette sagesse. Lorsque ces trois conditions seront r\u00e9unies, vous constaterez un l\u00e2cher-prise du mental. Vous serez consciente du mouvement constant d&rsquo;apparition et de disparition de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous verrez clairement que tout ce qui appara\u00eet et dispara\u00eet n&rsquo;est qu&rsquo;activit\u00e9 mentale. Quand un ph\u00e9nom\u00e8ne mental appara\u00eet, il finit par dispara\u00eetre et il est suivi d&rsquo;un autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui \u00e9voluera de m\u00eame. Dans la Voie du Dhamma, nous appelons ces apparitions et disparitions \u00ab&nbsp;naissances et morts&nbsp;\u00bb \u2014 et puis c&rsquo;est tout, tout est l\u00e0 ! Quand la souffrance est apparue, elle dispara\u00eet et quand elle a disparu, elle r\u00e9appara\u00eet<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il n&rsquo;y a que cette souffrance qui vient et qui s&rsquo;en va. Quand vous arriverez \u00e0 le voir, vous serez capable d&rsquo;\u00eatre constamment consciente de l&rsquo;apparition et de la disparition des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux et physiques. Quand cette conscience sera \u00e9tablie en permanence, vous constaterez qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre que cela. Tout n&rsquo;est que naissance et mort. Ce n&rsquo;est pas comme s&rsquo;il y avait la moindre continuit\u00e9 entre les ph\u00e9nom\u00e8nes. Il y a simplement ces apparitions et ces disparitions, ni plus ni moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette fa\u00e7on de consid\u00e9rer les choses va donner le jour \u00e0 un sentiment de d\u00e9tachement par rapport aux choses de ce monde. Cela se produit quand nous constatons que rien ne vaut vraiment la peine d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sir\u00e9; il n&rsquo;y a qu&rsquo;apparitions et disparitions, une naissance suivie d&rsquo;une mort. C&rsquo;est alors que l&rsquo;esprit arrive au l\u00e2cher-prise, il laisse les choses aller selon leur propre nature. Dans notre esprit quelque chose s&rsquo;\u00e9veille puis s&rsquo;\u00e9teint et nous en sommes conscients. Quand un \u00e9lan de bonheur appara\u00eet, nous le sentons; quand l&rsquo;insatisfaction appara\u00eet, nous le sentons. La conscience du bonheur signifie que nous ne nous identifions pas \u00e0 ce sentiment comme s&rsquo;il nous appartenait. De m\u00eame avec l&rsquo;insatisfaction ou le malheur, nous ne nous identifions pas \u00e0 eux. Quand nous cessons de nous identifier aux sentiments qui nous agitent, quand nous cessons de nous y accrocher, il ne reste que le cours naturel des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous disons donc que toute activit\u00e9 mentale est comme le venin mortel du cobra. Si nous ne lui faisons rien, le cobra passera son chemin. Aussi venimeux soit-il, il ne nous fera aucun mal si nous n&rsquo;en approchons pas; si nous ne nous saisissons pas de lui, il ne nous mordra pas. Le cobra fera ce qu&rsquo;il est naturel de faire pour un cobra. C&rsquo;est aussi simple que cela. Si on est malin, on le laissera en paix. De la m\u00eame mani\u00e8re, vous ne vous saisirez ni de ce qui est bon ni de ce qui n&rsquo;est pas bon \u2014 on laissera simplement les choses suivre leur cours naturel. L\u00e2chez tous les ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux qui vous plaisent ainsi que tous ceux qui vous d\u00e9plaisent, de m\u00eame que vous laisseriez passer le cobra sans intervenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est l&rsquo;attitude que toute personne sens\u00e9e doit avoir quand elle est confront\u00e9e \u00e0 ses diff\u00e9rents \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. Quand de bonnes choses se produisent, elle en prend conscience et puis elle les laisse aller, car elle en comprend la nature \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. De m\u00eame, elle laissera aller les choses moins bonnes selon leur nature. Elle ne saisit rien parce qu&rsquo;elle ne d\u00e9sire rien : ni le mauvais ni le bon, et pas davantage la lourdeur que la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, le bonheur ou la souffrance. Quand le d\u00e9sir a ainsi pris fin, la paix s&rsquo;installe vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand cette paix profonde habite notre esprit, nous pouvons compter sur elle. Nous disons que cette paix est n\u00e9e de la confusion et que la confusion a pris fin. Le Bouddha a appel\u00e9 l\u2019\u00c9veil ultime une \u00ab extinction&nbsp;\u00bb, comme pour parler de la fin d&rsquo;un incendie. On \u00e9teint un feu l\u00e0 o\u00f9 il a pris, n&rsquo;est-ce pas ? C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 il br\u00fble que nous devons apporter la fra\u00eecheur de l&rsquo;eau. Il en est de m\u00eame pour l\u2019\u00c9veil : c&rsquo;est dans le <em>samsara<\/em><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> qu&rsquo;on trouve le <em>nirvana<\/em>. L\u2019\u00c9veil et l&rsquo;ignorance <em>(samsara)<\/em> se trouvent au m\u00eame endroit, tout comme le chaud cohabite avec le froid. Il fait chaud l\u00e0 o\u00f9 il faisait froid et il fait froid l\u00e0 o\u00f9 il faisait chaud. Quand la chaleur arrive, la fra\u00eecheur dispara\u00eet et quand il fait frais, il n&rsquo;y a plus de chaleur. C&rsquo;est dans ce sens qu&rsquo;on a pu dire du <em>nirvana<\/em> et du <em>samsara<\/em> qu&rsquo;ils sont identiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On nous dit de mettre fin au <em>samsara<\/em> et donc d&rsquo;arr\u00eater le cycle infernal de la confusion. Mettre fin \u00e0 la confusion, c&rsquo;est \u00e9teindre l&rsquo;incendie. Quand le feu ext\u00e9rieur est \u00e9teint, la fra\u00eecheur arrive. Quand l&rsquo;incendie int\u00e9rieur allum\u00e9 par le d\u00e9sir sensoriel, l&rsquo;aversion et l&rsquo;ignorance de la r\u00e9alit\u00e9 des choses est \u00e9teint, il y a \u00e9galement une fra\u00eecheur qui s&rsquo;installe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est la nature de l\u2019\u00c9veil. C&rsquo;est l&rsquo;extinction du feu, le rafra\u00eechissement de ce qui br\u00fblait. C&rsquo;est la paix. C&rsquo;est la fin du <em>samsara<\/em>, le cycle des naissances et des morts. Voil\u00e0 ce que l&rsquo;on ressent quand on atteint l\u2019\u00c9veil&nbsp;: c&rsquo;est la sortie du cercle infernal de l&rsquo;impermanence, la fin de l&rsquo;avidit\u00e9, de l&rsquo;aversion et de l&rsquo;ignorance. Pour en parler nous utilisons le mot \u00ab bonheur \u00bb&nbsp; &nbsp;parce que, pour la plupart des gens, ce mot repr\u00e9sente l&rsquo;id\u00e9al, mais en r\u00e9alit\u00e9 cela va beaucoup plus loin, bien au-del\u00e0 du bonheur et de la souffrance. C&rsquo;est la paix absolue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En partant, donc, acceptez cet enseignement que je vous offre et \u00e9tudiez-le bien. Votre s\u00e9jour ici n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile et je n&rsquo;ai pas souvent eu l&rsquo;occasion de vous donner des instructions mais vous avez su profiter de cette opportunit\u00e9 pour \u00e9tudier le sens profond de notre pratique de la m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puisse cette pratique vous apporter le bonheur. Puisse-t-elle vous aider \u00e0 grandir dans la V\u00e9rit\u00e9. Puissiez-vous \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de la souffrance de la vie et de la mort.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Dans ce contexte, le mot \u00ab souffrance \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;insatisfaction implicite li\u00e9e \u00e0 toute existence et pas seulement au contraire du mot \u00ab bonheur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le <em>samsara<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab errance perp\u00e9tuelle \u00bb, d\u00e9signe l&rsquo;oc\u00e9an de vie tourment\u00e9 par les vagues incessantes de la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Chah Traduction de Jeanne Schut Ceci est un bref entretien donn\u00e9 par Ajahn Chah, en guise d&rsquo;ultimes instructions, \u00e0 une Anglaise d&rsquo;un certain \u00e2ge qui venait de m\u00e9diter deux mois sous sa direction, entre fin 1978 et d\u00e9but 1979. Puissent ces paroles vous aider \u00e0 comprendre les enseignements que vous avez \u00e9tudi\u00e9s ici, \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1247","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1247"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1719,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1247\/revisions\/1719"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}