{"id":1494,"date":"2026-05-10T08:28:59","date_gmt":"2026-05-10T08:28:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1494"},"modified":"2026-05-10T08:28:59","modified_gmt":"2026-05-10T08:28:59","slug":"les-ailes-de-laigle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/les-ailes-de-laigle\/","title":{"rendered":"Les ailes de l&rsquo;aigle"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>ajahn Jayasaro<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Tha\u00eflande, on dit qu\u2019il a y deux sortes d\u2019amis. Litt\u00e9ralement, en langue tha\u00efe, on les appellent \u00ab les amis qui mangent \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ceux qui sont vos amis quand il y a quelque chose \u00e0 manger, quand tout va bien, mais qui disparaissent d\u00e8s que les choses deviennent difficiles ; et puis \u00ab les amis qui meurent \u00bb, ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 donner leur vie pour vous. Parfois je pense \u00e0 ces deux expressions quand je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 notre pratique du Dhamma. Il y a des pratiques qui nous servent de refuge quand tout va bien mais qui disparaissent d\u00e8s que les temps sont durs. Cela me fait penser \u00e0 une sc\u00e8ne d\u2019un film que j\u2019ai vu il y a tr\u00e8s longtemps, dans lequel le h\u00e9ros, Woody Allen, avait trouv\u00e9 une brillante id\u00e9e pour s\u2019\u00e9chapper de prison. Il avait d\u00e9coup\u00e9 un morceau de savon en forme de pistolet et l\u2019avait enduit de cirage noir. Mais la nuit o\u00f9 il avait pr\u00e9vu de s\u2019\u00e9vader, il y eut un violent orage et il se retrouva \u00e0 essayer de prendre un air mena\u00e7ant alors que la pluie faisait d\u00e9gouliner le cirage coulait sur ses bras et que le r\u00e9volver se transformait en bulles de savon ! Parfois, au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es de pratique, nous avons l\u2019impression que nous utilisons les enseignements du Bouddha un peu comme Woody Allen utilisait son r\u00e9volver : d\u00e8s qu\u2019il commence \u00e0 pleuvoir, tout se dissout.<br><br>Nous devons investir un certain effort pour d\u00e9velopper notre pratique parce que ces enseignements que nous avons d\u00e9couverts sont encore fragiles, ils ne tiennent pas le choc face \u00e0 des circonstances difficiles. Nous devons les nourrir et les prot\u00e9ger et parfois nous devons accepter humblement que notre esprit n\u2019est pas encore assez fort pour traiter certaines choses. Nous devons donc accorder de l\u2019attention au d\u00e9veloppement de la sagesse par rapport aux diff\u00e9rents ph\u00e9nom\u00e8nes ou probl\u00e8mes qui apparaissent dans notre pratique. Dans le Sabbasava Sutta (<em>Majjhima Nikaya 2<\/em>), le Bouddha propose diff\u00e9rentes m\u00e9thodes pour traiter les <em>asava<\/em> [poisons mentaux] ou leurs manifestations.<br><br>Il y a certaines choses qu\u2019il faut tout simplement \u00e9viter de faire. Pour un moine, ce sont les <em>parajika<\/em>, [les 4 fautes les plus graves pour un moine] par exemple. C\u2019est comme marcher beaucoup trop pr\u00e8s du bord d\u2019une falaise : il faut \u00e9viter de genre de situations, ce ne sont pas des circonstances dans lesquelles il serait bon de pratiquer l\u2019endurance ou le l\u00e2cher-prise. Et puis il y a d\u2019autres choses qu\u2019il faut \u00eatre capable d\u2019endurer, comme la chaleur et le froid, la faim et la soif, etc. Et d\u2019autres choses enfin qu\u2019il faut savoir utiliser en pleine conscience, avec sagesse, comme par exemple la nourriture, les v\u00eatements, le logis et les m\u00e9dicaments qui sont des n\u00e9cessit\u00e9s de base que nous ne pouvons pas l\u00e2cher compl\u00e8tement. Il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre en lien avec elles m\u00eame si elles rel\u00e8vent du monde sensoriel parce que notre corps vit dans le monde sensoriel, il en fait partie. Le Bouddha a donc enseign\u00e9 le principe de la r\u00e9flexion sage (<em>yoniso patisankha<\/em>) sur l\u2019usage des choses qui nous sont n\u00e9cessaires. Pour d\u2019autres poisons mentaux, il sugg\u00e8re une diminution progressive et une lente disparition li\u00e9e \u00e0 la pratique r\u00e9guli\u00e8re.<br><br>Comme il n\u2019existe pas de pratique \u00ab parapluie \u00bb qui r\u00e9ponde \u00e0 toutes les situations, nous devons aiguiser notre sensibilit\u00e9 et notre attention \u00e0 la nature des conditions auxquelles nous sommes confront\u00e9s, ainsi que la connaissance et la force d\u2019esprit voulues pour avoir l\u2019attitude juste face \u00e0 elles. Cela peut nous \u00e9pargner beaucoup de frustration car si cette forme de sagesse nous fait d\u00e9faut, nous risquons d\u2019essayer de supporter des choses qui devraient \u00eatre carr\u00e9ment \u00e9cart\u00e9es ou d\u2019\u00e9carter des choses qui devraient \u00eatre support\u00e9es. Nous pouvons aussi \u00e9viter certaines choses qui devraient en r\u00e9alit\u00e9 \u00eatre utilis\u00e9es attentivement ou essayer d\u2019\u00eatre attentifs en utilisant des choses qui devraient \u00eatre compl\u00e8tement abandonn\u00e9es. Nous en revenons toujours \u00e0 l\u2019importance de la Vision Juste, autrement dit la qualit\u00e9 de sagesse.<br><br>Si nous nous trouvons r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 la m\u00eame difficult\u00e9 dans notre pratique, nous devons la prendre en consid\u00e9ration et commencer \u00e0 l\u2019observer sous diff\u00e9rents angles. Dans certains cas, ce sera peut-\u00eatre comme utiliser un revolver en savon sous la pluie : nous avons l\u2019enseignement, nous faisons ce qu\u2019il faut, mais nous ne l\u2019appliquons pas correctement. Nous manquons de vigueur dans notre application, nous manquons d\u2019int\u00e9grit\u00e9 et de continuit\u00e9 alors, au lieu d\u2019obtenir ce que nous devrions, nous nous retrouvons \u2014 \u00e0 cause de notre compr\u00e9hension d\u00e9fectueuse \u2014 avec une pi\u00e8tre imitation qui ne fait pas l\u2019affaire. Dans d\u2019autres cas, nous utilisons peut-\u00eatre le mauvais outil ou nous pratiquons selon une certaine technique sans comprendre pleinement sa relation \u00e0 d\u2019autres facteurs qui lui sont indispensables pour l\u2019\u00e9tayer.<br><br>Alors, si vous \u00eates bloqu\u00e9 dans notre pratique, vous pouvez utiliser les <em>indriya<\/em> [les 5 forces spirituelles : confiance, \u00e9nergie, attention, concentration et sagesse] comme bases de votre investigation. Imaginons que vous ayez du mal \u00e0 maintenir votre attention ; vous pouvez vous tourner vers le fondement de l\u2019attention qui est <em>viriya<\/em> (l\u2019\u00e9nergie, la vigueur) et vous demander : \u00ab Mon attention est-elle rel\u00e2ch\u00e9e parce que je manque d\u2019\u00e9nergie ? Y a-t-il un moyen qui me permettre d\u2019investir plus d\u2019effort dans la pratique ? \u00bb En effet, l\u2019effort juste va soutenir tout naturellement une attention juste \u2026 Si vous d\u00e9couvrez alors qu\u2019il y a effectivement un manque d\u2019effort et que la volont\u00e9 ou la d\u00e9termination (<em>adhitthana<\/em>) n\u2019y peuvent rien, vous pouvez reculer encore d\u2019un pas et arriver au stade de la foi ou de la confiance (<em>saddha<\/em>). Si l\u2019effort juste fait d\u00e9faut et que vous ne parvenez pas \u00e0 investir assez d\u2019\u00e9nergie dans votre pratique, vous pouvez vous demander si vous manquez de foi. Il y a diff\u00e9rentes formes de foi. Il y a la foi de base d\u2019un Bouddhiste qui consiste \u00e0 avoir foi en l\u2019\u00c9veil du Bouddha en tant qu\u2019\u00eatre humain et, par cons\u00e9quent, foi en un potentiel humain \u00e0 l\u2019\u00c9veil et en notre propre potentiel \u00e0 l\u2019\u00c9veil. Avez-vous cette foi-l\u00e0 ou bien \u00eates-vous prisonnier d\u2019\u00e9tats d\u2019esprit autocritiques, pensez-vous que vous ne pouvez pas y parvenir, que vous avez trop de probl\u00e8mes ? Avez-vous une vision grise et d\u00e9prim\u00e9e des choses ? Si c\u2019est le cas, cela signifie qu\u2019\u00e0 ce moment pr\u00e9cis, la foi fait d\u00e9faut. Et si la foi fait d\u00e9faut, l\u2019effort ne peut se produire et sans effort, pas d\u2019attention et donc pas de concentration et pas de sagesse.<br><br>Il est important aussi d\u2019avoir confiance en votre objet de m\u00e9ditation. Vous devez vous poser la question : \u00ab Quelle foi, quelle confiance ai-je dans ma m\u00e9ditation, dans le processus de la m\u00e9ditation ? Quelle importance a-t-elle dans ma vie ? Est-ce que je crois vraiment que la pratique de la m\u00e9ditation peut me conduire \u00e0 l\u2019\u00c9veil ? \u00bb Si vous ne le croyez pas, si l\u2019esprit n\u2019a pas cette confiance, l\u00e0 encore l\u2019\u00e9nergie fera d\u00e9faut et vous ne pourrez pas maintenir l\u2019attention.<br><br>Ces forces spirituelles vont toutes \u00e0 contre-courant de nos habitudes, ils n\u2019apparaissent pas spontan\u00e9ment. Ce sont leurs contraires qui apparaissent naturellement : le manque de foi, la paresse, le manque d\u2019attention, la distraction, la mauvaise compr\u00e9hension des choses. Tout cela appara\u00eet tr\u00e8s facilement, ce sont les tendances naturelles d\u2019un esprit non entra\u00een\u00e9. Mais ces qualit\u00e9s vertueuses qui vont \u00e0 leur encontre \u2014 la foi, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019attention, la concentration et la sagesse \u2014 viennent \u00e0 l\u2019existence avec difficult\u00e9. Il n\u2019est gu\u00e8re surprenant que l\u2019on trouve la pratique difficile mais c\u2019est aussi ce qui lui donne du sel, ce qui lui donne des allures de d\u00e9fi et la rend passionnante. Si c\u2019\u00e9tait facile, ce serait vraiment ennuyeux. Pourquoi voudrions-nous le faire si c\u2019\u00e9tait si facile ? Quand on transforme un probl\u00e8me en un d\u00e9fi, il devient facile d\u2019y puiser force et inspiration et de voir l\u2019\u00e9nergie se r\u00e9veiller. Tandis que si l\u2019on consid\u00e8re quelque chose uniquement comme un probl\u00e8me, on peut se sentir accabl\u00e9 et d\u00e9courag\u00e9. Alors nous nous posons la question : \u00ab Nous sentons-nous \u00e9cras\u00e9s, opprim\u00e9s ou pleins d\u2019aversion par rapport aux choses sur lesquelles nous travaillons ? Pensons-nous que les choses devraient \u00eatre diff\u00e9rentes ? \u00bb Ce que nous pensons de notre pratique et la fa\u00e7on dont nous l\u2019interpr\u00e9tons a des cons\u00e9quences sur la pratique elle-m\u00eame \u2014 cela va dans les deux sens. Nous pouvons \u00e9viter beaucoup de souffrance en sachant consid\u00e9rer les choses avec un regard juste.<br><br>Le Bouddha a appel\u00e9 <em>yoniso manasikara<\/em> la capacit\u00e9 \u00e0 utiliser la pens\u00e9e avec sagesse et intelligence. Sans cette vertu, la pens\u00e9e, au lieu de demeurer dans un \u00e9tat de neutralit\u00e9, devient <em>ayoniso manasikara<\/em>, autrement dit elle s\u2019engage dans une voie erron\u00e9e. Nous faisons donc usage de la facult\u00e9 de sagesse pour \u00e9valuer et pour adapter. Nous apprenons \u00e0 reconna\u00eetre les choses qu\u2019il faut savoir endurer et \u00e0 rep\u00e9rer les diff\u00e9rents types de pens\u00e9es erron\u00e9es (<em>micchasankappa<\/em>) qui ne doivent pas \u00eatre support\u00e9es patiemment en attendant qu\u2019elles disparaissent d\u2019elles-m\u00eames. Ainsi, les fantasmes sexuels ou les pens\u00e9es de haine et de n\u00e9gativit\u00e9 sont des habitudes qui engendrent un karma tr\u00e8s lourd dans l\u2019esprit. Elles empoisonnent l\u2019esprit, elles lui font perdre son \u00e9quilibre et peuvent tr\u00e8s facilement le conduire dans un v\u00e9ritable enfer. Le Bouddha a dit : \u00ab Au moment pr\u00e9cis o\u00f9 nous prenons conscience de telles pens\u00e9es, nous les stoppons net, sans h\u00e9siter une seconde. Nous ne les nourrissons pas. \u00bb<br><br>Dans notre pratique, nous avons besoin de toutes sortes de qualit\u00e9s, d\u2019un vaste \u00e9ventail d\u2019outils et d\u2019armes. Nous avons besoin de douceur, de compassion et de pardon mais aussi, en m\u00eame temps, d\u2019une attitude impitoyable vis-\u00e0-vis des intentions mauvaises ou malsaines. En parall\u00e8le, nous cultivons un fort d\u00e9sir de nous lib\u00e9rer du cycle des existences, de nous lib\u00e9rer de l\u2019attachement aux \u00e9l\u00e9ments qui constituent la personnalit\u00e9 : la forme physique, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience sensorielle. En r\u00e9fl\u00e9chissant constamment \u00e0 la souffrance g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019attachement \u2014 pas seulement en tant que sujet d\u2019\u00e9tude mais \u00e0 travers notre v\u00e9cu \u2014 nous nous d\u00e9tournons progressivement des choses. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019aversion ni d\u2019un d\u00e9sir de se d\u00e9barrasser des choses (<em>vibhavatanha<\/em>). C\u2019est plut\u00f4t comme si, en roulant le long d\u2019une route, on voyait sur la gauche une belle all\u00e9e entour\u00e9e d\u2019arbres et de montagnes o\u00f9 la vue est splendide mais ce n\u2019est pas la direction que nous voulons prendre. On ne se dit pas : \u00ab Je pourrais peut-\u00eatre prendre cette direction \u2026 \u00bb ; on prend la ferme r\u00e9solution de ne pas prendre cette route parce que nous voyons que ce n\u2019est pas l\u00e0 que nous voulons aller. L\u2019esprit est d\u00e9tendu, il n\u2019y a ni la br\u00fblure ni le mouvement de rejet, il n\u2019y a aucune raison de ressentir de la col\u00e8re ou du d\u00e9pit.<br><br>Ainsi, m\u00eame si les formes, les sensations, les perceptions, les formations mentales et les diff\u00e9rentes formes de conscience sensorielle ont des aspects agr\u00e9ables et attirants, ce n\u2019est pas dans cette direction que nous voulons aller. Nous avons d\u00e9j\u00e0 suivi cette voie pendant trop longtemps, nous nous sommes attach\u00e9s \u00e0 ces circonstances vie apr\u00e8s vie, et o\u00f9 cela nous a-t-il men\u00e9s ? Dans les moments o\u00f9 la souffrance, la d\u00e9tresse, la solitude, l\u2019angoisse, la peur ou la d\u00e9pression appara\u00eet dans l\u2019esprit, en quoi les plaisirs et les belles exp\u00e9riences du pass\u00e9 peuvent-elles nous aider ? En rien.<br><br>Alors nous nous entra\u00eenons \u00e0 voir que les formes ne sont que des formes, les sons ne sont que des sons, les odeurs, seulement des odeurs, les go\u00fbts seulement des go\u00fbts, une sensation physique. Ils ne sont rien de plus ; ils font partie du monde mat\u00e9riel ; ils sont <em>dhammata<\/em>, comme on dit en tha\u00ef. Percevoir les choses comme dhammata signife que nous sommes conscients que les ph\u00e9nom\u00e8nes sont simplement ce qu\u2019ils sont, alors que notre forme habituelle de pens\u00e9e a tendance \u00e0 dire : \u00ab Cela ne devrait pas \u00eatre \u00bb, \u00ab Pourquoi moi ? \u00bb, \u00ab Il n\u2019aurait pas d\u00fb dire cela ! \u00bb. Tous ces jugements sont bas\u00e9s sur le sentiment que les choses devraient \u00eatre diff\u00e9rentes de ce qu\u2019elles sont. Au moment o\u00f9 il y a d\u00e9sir ou attachement pour quoi que ce soit dans l\u2019esprit, ce n\u2019est plus <em>dhammata<\/em>, ce n\u2019est plus une simple sensation ; cela prend de l\u2019importance, nous projetons, nous donnons beaucoup de sens \u00e0 ces choses. <br><br>La culpabilit\u00e9, c\u2019est le sentiment que nous n\u2019aurions pas d\u00fb dire ce que nous avons dit ou que nous aurions d\u00fb dire quelque chose que nous n\u2019avons pas dit, que nous devrions \u00eatre meilleurs que nous ne le sommes. Au contraire, comprendre <em>dhammata<\/em>, c\u2019est voir que les choses sont telles qu\u2019elles sont suite \u00e0 certaines causes et conditions.<br><br>Quand on comprend cela, on est en mesure de voir que, en cet instant, les choses ne pourraient pas \u00eatre autres que telles qu\u2019elles sont. En r\u00e9ponse \u00e0 la question : \u00ab Comment quelqu\u2019un peut-il se comporter de mani\u00e8re aussi cruelle, brutale ou grossi\u00e8re ? \u00bb, on voit que c\u2019est d\u00fb \u00e0 toutes les causes et les conditions qui peuvent remonter \u00e0 l\u2019enfance ou \u00e0 une vie ant\u00e9rieure. Elles peuvent aussi \u00eatre li\u00e9es \u00e0 une maladie ou \u00e0 un \u00e9tat mental particulier qui engendre, chez la personne, ce type de comportement tr\u00e8s d\u00e9plaisant. Nous r\u00e9alisons que, \u00e9tant donn\u00e9 la fa\u00e7on dont ont \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9s les <em>khanda<\/em> [les 5 agr\u00e9gats qui constituent une personne ou ensemble corps-esprit] , c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 la manifestation parfaite \u00e0 ce moment-l\u00e0.<br><br>Nous entra\u00eener \u00e0 voir les choses en termes de causes et de conditions, en tant que seule ou parfaite manifestation des causes et des conditions existant \u00e0 un moment donn\u00e9, n\u2019engendre pas la passivit\u00e9. On ne va pas se dire : \u00ab Les choses sont ainsi et elles seront toujours ainsi \u2026 \u00bb On va simplement comprendre que les choses sont ainsi du fait de causes et de conditions qui sont pr\u00e9sentes \u00e0 cet instant pr\u00e9cis ; mais les causes et les conditions changent. Ce n\u2019est que quand l\u2019esprit a atteint l\u2019\u00e9quanimit\u00e9 qu\u2019il sera en mesure de r\u00e9pondre aux situations de mani\u00e8re appropri\u00e9e, de mani\u00e8re cr\u00e9ative. Cela contredit une id\u00e9e re\u00e7ue que l\u2019on a en Occident, selon laquelle on ne peut accomplir quelque chose de bien que lorsqu\u2019on est anim\u00e9 par la passion. De nos jours, on admire ceux qui sont passionn\u00e9ment engag\u00e9s dans quelque chose ; les gens pensent que le changement positif, l\u2019action, ne peuvent surgir que de la passion. L\u2019absence de passion n\u2019est gu\u00e8re valoris\u00e9e. Mais le Bouddha a dit que les actions mues par la passion seront toujours l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9es, jamais parfaitement ad\u00e9quates ; elles manqueront d\u2019une certaine circonspection et d\u2019une maturit\u00e9 de vision.<br><br>En cons\u00e9quence, la voie qui m\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9solution et \u00e0 la paix commence, avant tout, dans la reconnaissance et l\u2019acceptation d\u2019une situation comme <em>dhammata<\/em> &#8211; \u00ab\u00a0c&rsquo;est ainsi\u00a0\u00bb. Les choses sont comme elles sont, \u00e0 cause d\u2019exp\u00e9riences pass\u00e9es, de situations pass\u00e9es, etc., qui culminent aujourd\u2019hui dans cette manifestation particuli\u00e8re. Avec la reconnaissance et l\u2019acceptation de ce qui est, le rejet de ce qui se pr\u00e9sente, l\u2019aversion, et tous les dhamma malsains sont abandonn\u00e9s. Appara\u00eet alors un \u00e9tat d\u2019esprit d\u00e9tendu et \u00e9quilibr\u00e9, comme lorsque, au volant d\u2019une voiture, on passe au point mort avant d\u2019embrayer dans la vitesse sup\u00e9rieure. On voit que l\u2019\u00e9quanimit\u00e9 est un passage oblig\u00e9 qui m\u00e8ne ensuite \u00e0 l\u2019\u00e9tape active o\u00f9 l\u2019on peut parler ou bien garder le silence, faire ou ne pas faire, selon les circonstances.<br><br>Une v\u00e9rit\u00e9 fondamentale de l\u2019esprit humain, souvent soulign\u00e9e par le Bouddha est que la sagesse et la compassion sont ins\u00e9parables. Dans l\u2019une des comparaisons traditionnelles \u00e0 ce propos, on parle d\u2019un aigle g\u00e9ant dont les deux ailes sont l\u2019une la sagesse et l\u2019autre la compassion. Le Bouddha a dit que, plus nous voyons clairement la nature de la souffrance, plus nous comprenons clairement que la nature de la souffrance est conditionn\u00e9 par le d\u00e9sir n\u00e9 de l\u2019ignorance. Nous voyons combien l\u2019Octuple Sentier est efficace pour all\u00e9ger cette souffrance et nous commen\u00e7ons \u00e0 voir la cessation. Au fur et \u00e0 mesure que notre compr\u00e9hension des Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s s\u2019approfondit, nous ressentons plus de compassion envers les autres comme envers nous-m\u00eames \u2014 plus exactement, envers tous les \u00eatres vivants. Nous pouvons donc dire, en quelque sorte, que, pour v\u00e9rifier le degr\u00e9 de sagesse que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 notre pratique, nous devons observer notre degr\u00e9 de compassion et, pour v\u00e9rifier la compassion de notre c\u0153ur \u2014 sachant qu\u2019il ne faut pas confondre v\u00e9ritable compassion et piti\u00e9 ou sentimentalit\u00e9 \u2014 nous avons la facult\u00e9 de sagesse.<br><br>Quand la sagesse est r\u00e9elle, la compassion est r\u00e9elle et quand la compassion est authentique, la sagesse est pr\u00e9sente. Mais si la compassion manque de sagesse, elle peut faire plus de mal que de bien. Un vieux proverbe anglais dit : \u00ab La route de l\u2019enfer est pav\u00e9es de bonnes intentions. \u00bb Parfois les gens essaient de faire du bien ou d\u2019aider sans \u00eatre conscients de leur propre \u00e9tat d\u2019esprit ni de leurs motivations et sans comprendre les gens qu\u2019ils veulent aider. Ils n\u2019ont aucune sensibilit\u00e9 au moment et au lieu, pas plus qu\u2019\u00e0 leurs propres capacit\u00e9s, de sorte qu\u2019ils n\u2019obtiennent pas les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. Il arrive alors qu\u2019ils soient f\u00e2ch\u00e9s, d\u00e9\u00e7us ou bless\u00e9s et, si on ose exprimer une critique, ils sont encore plus offens\u00e9s. Ils peuvent se dire que leur action \u00e9tait n\u00e9cessairement juste puisqu\u2019elle \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur une bonne intention, que l\u2019intention de leur c\u0153ur \u00e9tait pure. Mais la puret\u00e9 d\u2019intention ne suffit pas; encore faut-il qu\u2019elle soit fond\u00e9e sur la sagesse, c\u2019est-\u00e0-dire sur une compr\u00e9hension de la souffrance, de son origine et de la fa\u00e7on dont elle est soulag\u00e9e. Elle doit \u00eatre fond\u00e9e sur une v\u00e9ritable compr\u00e9hension de la souffrance.<br><br>Donc, plus nous nous observons dans la pratique, plus nous voyons la souffrance dans ces myriades de formes, de la plus grossi\u00e8re \u00e0 la plus subtile, ainsi que la toute- pr\u00e9sence de <em>tanha<\/em> (le d\u00e9sir) \u00e0 chaque fois que nous souffrons. Nous commen\u00e7ons \u00e0 voir que la souffrance est inutile et une profonde compassion s\u2019\u00e9veille pour nous et pour les autres. En r\u00e9alit\u00e9, la distinction entre soi et les autres devient beaucoup moins nette ; il lui arrive m\u00eame de dispara\u00eetre presque compl\u00e8tement tandis que l\u2019esprit se raffermit et se renforce, lumineux et puissant, gr\u00e2ce \u00e0 la pratique. En m\u00eame temps, paradoxalement, il devient extr\u00eamement sensible \u00e0 la souffrance ; nous trouvons la souffrance intol\u00e9rable et cette incapacit\u00e9 \u00e0 supporter la souffrance est le signe d\u2019un esprit plein de compassion.<br>\u00c0 travers l\u2019entra\u00eenement en trois points &#8211; vertu, m\u00e9ditation et sagesse &#8211; (<em>sila, sam\u0101dhi <\/em>et <em>pa\u00f1\u00f1a<\/em>), nous lib\u00e9rons progressivement l\u2019esprit, en lui donnant une v\u00e9ritable ind\u00e9pendance, une int\u00e9grit\u00e9. Nous augmentons sa sagesse et sa compr\u00e9hension de ce qui est, tandis qu\u2019un sentiment de compassion s\u2019\u00e9veille pour tous les \u00eatres vivants, y compris nous-m\u00eames.<br><br>Ainsi, quand nous m\u00e9ditons, nous pouvons essayer de consid\u00e9rer notre pratique comme un d\u00e9fi. Quand un probl\u00e8me particulier se pr\u00e9sente, c\u2019est notre d\u00e9fi, c\u2019est notre pratique et non quelque chose qui nous en \u00e9loigne. Il arrive que nous apprenions beaucoup de ces d\u00e9fis particuliers, dans la mesure o\u00f9 une forme particuli\u00e8re d\u2019habitude ou de d\u00e9s\u00e9quilibre peut devenir claire dans notre m\u00e9ditation. Quand nous voyons se reproduire toujours le m\u00eame sch\u00e9ma, nous r\u00e9alisons qu\u2019il y a de fortes chances pour que celui-ci ne soit pas limit\u00e9 \u00e0 notre pratique m\u00e9ditative et qu\u2019il est probablement symptomatique de toute la fa\u00e7on dont nous consid\u00e9rons la vie en g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est comme si, en m\u00e9ditation, nous regardons \u00e0 la loupe les germes des choses qui nous font souffrir. Il y a donc beaucoup \u00e0 apprendre de ce qui nous emp\u00eache de r\u00e9aliser <em>samadhi<\/em>.<br><br>Nous commen\u00e7ons \u00e0 consid\u00e9rer tout ce qui se produit, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019obstacles ou de facteurs d\u2019\u00c9veil, comme <em>dhammata<\/em> : ce sont tous les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s ; ils sont ainsi \u00e0 cause de circonstances bien pr\u00e9cises. En r\u00e9alisant cela, nous pouvons v\u00e9ritablement entrer dans le flot de la causalit\u00e9 et agir sur lui positivement. En se limitant \u00e0 voir <em>dhammata<\/em> en toute chose, on \u00e9limine la r\u00e9action \u00e9motionnelle instinctive d\u2019attirance ou de r\u00e9pulsion et on arrive \u00e0 un \u00e9tat d\u2019\u00e9quanimit\u00e9. Ensuite \u00e0 partir de l\u2019\u00e9quanimit\u00e9, cet \u00e9tat neutre, l\u2019esprit peut embrayer dans le mode actif le plus appropri\u00e9 pour faire face \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. S\u2019il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne malsain, nous faisons l\u2019effort de l\u2019abandonner ; et s\u2019il s\u2019agit d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne b\u00e9n\u00e9fique, nous pouvons, en toute conscience, l\u2019encourager et le d\u00e9velopper. Plus nous regardons de pr\u00e8s, mieux nous comprenons et plus il y a de compassion dans notre c\u0153ur. Ainsi quand on pratique le d\u00e9veloppement de la sagesse, ce n\u2019est pas un d\u00e9veloppement asym\u00e9trique, c\u2019est l\u2019ensemble de l\u2019\u00eatre qui est engag\u00e9, car sagesse et compassion sont les deux ailes de l\u2019oiseau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ajahn Jayasaro Traduction de Jeanne Schut En Tha\u00eflande, on dit qu\u2019il a y deux sortes d\u2019amis. 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