{"id":1774,"date":"2026-05-11T18:29:04","date_gmt":"2026-05-11T18:29:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1774"},"modified":"2026-05-11T18:29:26","modified_gmt":"2026-05-11T18:29:26","slug":"de-lombre-a-la-lumiere","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/de-lombre-a-la-lumiere\/","title":{"rendered":"De l&rsquo;ombre \u00e0 la lumi\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Liem<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Enseignement donn\u00e9 par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Liem, abb\u00e9 du monast\u00e8re Wat Nong Pah Pong, le 12 septembre 1996, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie o\u00f9 la Communaut\u00e9 religieuse demande formellement le pardon de son chef spirituel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u2019accepter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puisque vous \u00eates l\u00e0 pour demander pardon, je ne vais pas soulever de vieux probl\u00e8mes car ces choses-l\u00e0 sont derri\u00e8re nous. En fait, il n\u2019y a pas grand-chose \u00e0 r\u00e9gler entre nous mais une c\u00e9r\u00e9monie officielle comme celle-ci est utile au niveau de votre pratique personnelle. Elle a un effet sur votre attitude, au fil des ann\u00e9es, tandis que vous travaillez \u00e0 entra\u00eener votre esprit. G\u00e9n\u00e9ralement, ce type de rituel permet aussi de renforcer le <em>samana-dhamma<\/em> \u2013 les vertus du contemplatif. Si vous maintenez toujours le respect du <em>samana-dhamma<\/em>, vous poserez les fondements d\u2019une pratique des enseignements du Bouddha qui ne tombera ni dans la n\u00e9gligence ni dans le laisser-aller. M\u00eame si les conditions dans lesquelles vous pratiquez changent, un sentiment constant de fra\u00eecheur et d\u2019aisance grandira en vous. A partir de l\u00e0, si votre int\u00e9r\u00eat et votre bonne volont\u00e9 sont sinc\u00e8res, la paix int\u00e9rieure se d\u00e9veloppera automatiquement. Faire l\u2019effort d\u2019am\u00e9liorer sa conduite va de paire avec la croissance de la maturit\u00e9. L\u2019un des enseignements cl\u00e9s que le Bouddha utilise pour nous encourager \u00e0 pratiquer le Dhamma est&nbsp;<em>Viriyena dukkhamacceti<\/em>, ce qui signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;La souffrance peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019effort&nbsp;\u00bb. Ces mots s\u2019appliquent \u00e0 tout un chacun, pas seulement \u00e0 une \u00e9lite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans notre pratique, nous devons constamment nous souvenir qu\u2019au d\u00e9part nous sommes tous comme des enfants \u2013 nous ne pouvons pas commencer par \u00eatre des adultes. Au d\u00e9part, nous ne sommes pas encore purifi\u00e9s et nous tombons sans cesse dans des \u00e9tats de confusion mentale. Nous vivons dans l\u2019obscurit\u00e9, comme un lotus qui n\u2019a pas fleuri et d\u00e9pend encore de la vase pour grandir : quand nous venons au monde, nous ne sommes pas encore compl\u00e8tement m\u00fbrs, pr\u00eats, entiers&nbsp;; nous portons encore le fardeau de nombreux obstacles \u00e0 vaincre&nbsp;; nous connaissons le bonheur et la souffrance, le bien et le mal, le juste et le faux. Il est naturel, pour une personne non \u00e9veill\u00e9e, qui a encore \u00ab&nbsp;de la poussi\u00e8re dans les yeux&nbsp;\u00bb, d\u2019en passer par l\u00e0. Il est impossible qu\u2019une telle personne connaisse la lumi\u00e8re et la clart\u00e9 qui apparaissent quand on est lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance et de toutes ses implications. Au d\u00e9but, il y a toujours des difficult\u00e9s, il faut toujours qu\u2019il y ait de la souffrance \u2013 c\u2019est tout simplement naturel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est comme vivre dans l\u2019obscurit\u00e9. Vivre dans l\u2019obscurit\u00e9 n\u2019a rien d\u2019agr\u00e9able ; il y a toujours un sentiment de malaise et d\u2019inconfort. Dans cet \u00e9tat, nous ne sommes pas encore lib\u00e9r\u00e9s de la d\u00e9pendance, nous ne sommes pas encore totalement accomplis. Nous ressentons encore un peu de bonheur et un peu de souffrance de temps en temps, une certaine satisfaction et puis de l\u2019insatisfaction. Nous n\u2019avons pas encore transcend\u00e9 le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s, nous ne sommes pas encore en s\u00e9curit\u00e9. Nous allons et venons dans le<em> sams\u0101ra<\/em>, cette ronde sans fin de naissances et de morts. Parfois les situations de la vie sont bonnes, parfois mauvaises, et nous ne franchissons pas facilement les hauts et les bas. Tant que nous n\u2019aurons pas atteint le but ultime de notre pratique, il est tout \u00e0 fait naturel qu\u2019il en soit ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chacun a la bont\u00e9 en soi, chacun a la perfection et la puret\u00e9 en soi. Il est certain que chacun de nous poss\u00e8de au moins quelques traits de caract\u00e8re qui pourraient \u00eatre stimul\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre utiles \u00e0 la pratique. Alors d\u00e9veloppez ces traits de caract\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la perfection&nbsp;! C\u2019est comme les flammes d\u2019un incendie&nbsp;: l\u00e0 o\u00f9 les flammes s\u2019\u00e9l\u00e8vent, il n\u2019y avait pas de feu auparavant&nbsp;; mais une fois qu\u2019elles sont allum\u00e9es et nourries, les flammes sortent de l\u2019obscurit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un v\u00e9ritable feu br\u00fble ici-m\u00eame. Il en va de m\u00eame pour nous&nbsp;: chacun d\u2019entre nous vient de l\u2019obscurit\u00e9, vient de l\u2019\u00e9tat d\u2019enfant o\u00f9 il manque de force, n\u2019est pas encore pr\u00eat \u2013 et naturellement, c\u2019est d\u00e9concertant. Qu\u2019un \u00e9tat de ce niveau engendre une confiance totale et une clart\u00e9 absolue est tout \u00e0 fait impossible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Se voir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En g\u00e9n\u00e9ral, notre esprit adore se laisser emporter par des choses dr\u00f4les. Si nous constatons que nous avons toujours envie de nous amuser, que nous trouvons cela important et que nous y sommes attach\u00e9s, le Bouddha recommande de nous enraciner dans une attitude de vigilance. L\u2019hilarit\u00e9 est un boulet qui peut nous entra\u00eener sur la voie de la b\u00eatise. Quand nous sommes enthousiasm\u00e9s par quelque chose, que nous en sommes fous, nous pouvons commettre toutes sortes d\u2019erreurs. Que ce soit cach\u00e9 ou au vu de tous, c\u2019est toujours pareil&nbsp;: c\u2019est vraiment comme si on \u00e9tait ivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les gens deviennent ivres de leur corps en s\u2019imaginant qu\u2019il n\u2019est pas menac\u00e9 par la maladie, la douleur ou la fi\u00e8vre. Ils croient que leur corps ne va pas mourir, qu\u2019il ne va pas se d\u00e9sint\u00e9grer et dispara\u00eetre. Ils refusent d\u2019envisager cette possibilit\u00e9 mais ce d\u00e9clin se produira quand m\u00eame car notre corps physique est, en r\u00e9alit\u00e9, un ph\u00e9nom\u00e8ne conditionn\u00e9 qui d\u00e9pendra toujours de la nature des \u00e9l\u00e9ments qui le composent. Pourtant, nous nous plaisons \u00e0 croire que notre corps sera toujours en pleine sant\u00e9, fort, intouch\u00e9 par la douleur et la maladie. Nous voulons continuer \u00e0 le voir ainsi, tel que nous le connaissons aujourd\u2019hui, comme s\u2019il \u00e9tait capable de vaincre toutes les situations. Mais le Bouddha a dit&nbsp;que, s\u2019il y a la lumi\u00e8re, il y aura l\u2019obscurit\u00e9&nbsp;; s\u2019il y a la chaleur, il y aura le froid \u2013 c\u2019est ainsi que vont les choses. C\u2019est pourquoi tout \u00e9tat de bonne sant\u00e9, de confort ou de bien-\u00eatre peut se d\u00e9grader d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, ou m\u00eame d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre, et passer \u00e0 un \u00e9tat de mal-\u00eatre et de d\u00e9clin, se d\u00e9t\u00e9riorer et dispara\u00eetre selon sa nature. Mais si nous entretenons une vision r\u00e9aliste du corps, si nous restons conscients qu\u2019il est dans sa nature de se d\u00e9t\u00e9riorer, nous ne serons pas perturb\u00e9s par son d\u00e9clin. Nous ne consid\u00e8rerons pas le corps comme quelque chose de tr\u00e8s important, nous n\u2019y serons pas attach\u00e9s et nous ne nous identifierons pas \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha appelait toutes les id\u00e9es erron\u00e9es que nous nous faisons \u00e0 propos du corps <em>sakk\u0101yaditthi&nbsp;<\/em>: croire que le corps est soi, que nous et les gens qui nous entourent sommes notre corps, que notre corps nous appartient. Le Bouddha nous incite \u00e0 nous rappeler que rien, absolument rien, ne nous appartient vraiment ou est \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb. En consid\u00e9rant les choses sous cet angle, nous cesserons de nous attacher aux choses. L\u2019attachement est la racine de l\u2019importance que l\u2019on donne au \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus nous nous consid\u00e9rons comme importants, plus nous avons tendance \u00e0 d\u00e9velopper des sentiments n\u00e9gatifs, \u00e0 souffrir, pour finalement prendre la voie qui fait sombrer dans l\u2019obscurit\u00e9. C\u2019est ainsi que nous flottons au long du cycle de la naissance et du devenir. Le Bouddha a vu qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 de la source de toutes les formes de souffrance&nbsp;: col\u00e8re, avidit\u00e9 ou id\u00e9es erron\u00e9es apparaissent ; d\u00e9sir, aversion et ignorance s\u2019\u00e9veillent. Tous ces \u00e9tats d\u2019existence engendrent souffrance et malheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous analysons et observons notre \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb, nous constatons qu\u2019elle consiste en ce que l\u2019on appelle des <em>n\u0101madhamma<\/em> ou ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux ne sont pas \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb non plus&nbsp;; ils n\u2019ont rien de personnel. Notre \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9&nbsp;\u00bb consiste simplement en certains \u00e9tats parmi toute une panoplie de diff\u00e9rents \u00e9tats mentaux possibles (les <em>dhamm\u0101raman\u0101<\/em>). Ne la consid\u00e9rez pas comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb ou vous appartenant en aucune fa\u00e7on. Voyez-la \u00e0 la lumi\u00e8re des <em>dhamm\u0101raman\u0101<\/em> qui apparaissent tous seuls de mani\u00e8re naturelle et puis disparaissent de la m\u00eame mani\u00e8re \u2013 exactement comme l\u2019obscurit\u00e9 arrive de mani\u00e8re naturelle et repart tout aussi naturellement, et comme la lumi\u00e8re \u00e9claire \u00e0 sa mani\u00e8re naturelle et cesse de m\u00eame. Tous ces \u00e9tats apparaissent et disparaissent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00e9tats mentaux apparaissent puis disparaissent, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9tats agr\u00e9ables ou d\u00e9sagr\u00e9ables. Nous appelons tous ces \u00e9tats les <em>dhamma <\/em>du monde. Ce sont des particularit\u00e9s qui dominent le c\u0153ur et l\u2019esprit des \u00eatres qui vivent dans le monde. Quand nous verrons les <em>dhamma <\/em>du monde simplement comme des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, nous ne tomberons pas dans l\u2019erreur qui consiste \u00e0 croire que nous sommes heureux quand nous ressentons de la joie ou que nous souffrons quand nous ressentons de la peine. Pas plus que nous ne croirons \u00e0 notre propre bont\u00e9 ou m\u00e9chancet\u00e9. Nous verrons toutes ces choses mais nous saurons que ce ne sont que des aspects du Dhamma. Chacune de ces caract\u00e9ristiques n\u2019est que l\u2019un des nombreux \u00e9tats possibles du Dhamma. Elle n\u2019a rien de sp\u00e9cial en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sentiments ne sont que des sentiments, le bonheur n\u2019est que du bonheur, la souffrance n\u2019est que de la souffrance \u2013 rien de plus. Une fois apparus, tous ces sentiments finissent par dispara\u00eetre. Nous sommes conscients que nous ne \u00ab&nbsp;sommes&nbsp;\u00bb pas heureux ou malheureux&nbsp;; nous cessons de nous int\u00e9resser \u00e0 nos \u00e9motions. Ce ne sont que les caract\u00e9ristiques d\u2019objets mentaux qui apparaissent \u2013 point final. Les <em>dhamma<\/em> du monde apparaissent et disparaissent selon leur propre logique. Au bout du compte, si nous ne leur accordons pas d\u2019int\u00e9r\u00eat, si nous ne les nourrissons pas en leur donnant de l\u2019importance, ils cessent d\u2019exister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les fantaisies que fabrique notre mental, les <em>sankh\u0101ra<\/em>, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re. Les <em>sankh\u0101ra<\/em> sont des \u00e9tats de prolif\u00e9ration mentale qui viennent nous d\u00e9ranger en permanence car nous leur donnons de l\u2019importance et nous les nourrissons. Alors, bien s\u00fbr, ils continuent \u00e0 nous provoquer, \u00e0 nous d\u00e9fier et, par cons\u00e9quent, nous sommes sujets \u00e0 des hauts et des bas, et nous sommes dans la confusion la plus totale. Nous n\u2019avons aucune libert\u00e9. Nous ne sommes pas un refuge pour nous-m\u00eames, pas m\u00eame une seconde, et tout cela parce que nous donnons de l\u2019importance \u00e0 ces \u00e9tats d\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha nous enseigne qu\u2019il faut bien voir que les <em>sankh\u0101ra<\/em> sont des \u00e9tats qui ne sont ni permanents ni constants. Nous ne devons surtout pas croire qu\u2019ils vont durer toujours. Leur caract\u00e9ristique est justement que, \u00e9tant apparus, ils doivent dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et, pour en revenir au corps physique, voyez que les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s sont seulement des aspects des \u00e9l\u00e9ments (terre, eau, feu et air) \u2013 donc, au final, rien d\u2019autre que la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u2019observer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le but de notre pratique nous fait d\u00e9sirer avoir une parfaite compr\u00e9hension du Dhamma et nous sentir pleinement accomplis. Mais, pour le moment, nous devons nous entra\u00eener pour \u00eatre pleinement \u00e0 la hauteur de ce que nous ressentons. Cela signifie d\u00e9velopper <em>sati<\/em>, l\u2019attention, et la claire vision des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Habituellement, dans notre comportement, nous partons de nos \u00e9motions et nous les laissons nous mener par le bout du nez, exactement comme les gens dans le monde qui pensent que leurs humeurs sont ce qui compte le plus. Mais les \u00e9motions et les humeurs sont des illusions qui nous trompent. Elles sont perfides&nbsp;: parfois elles nous entra\u00eenent sur une bonne voie et parfois sur une mauvaise. Suivre nos humeurs peut facilement tourner \u00e0 notre d\u00e9savantage. Nous devons nous faire guider par des \u00e9tats d\u2019esprit sup\u00e9rieurs plut\u00f4t que par les \u00e9motions et les humeurs. Pourquoi ne pas laisser ce qui est \u00ab&nbsp;\u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb en nous nous guider&nbsp;comme une b\u00e9n\u00e9diction&nbsp;? Laissons l\u2019Eveill\u00e9 \u2013 le Bouddha&nbsp;\u2013 marcher devant nous. Que \u00ab&nbsp;Bouddha&nbsp;\u00bb soit l\u2019essence de ce qui nous fait avancer, qu\u2019il soit notre ligne directrice. Quoi que nous fassions, il y aura toujours des \u00e9motions mais notre pratique consiste \u00e0 laisser \u00ab&nbsp;Ce qui sait&nbsp;\u00bb \u2013 les qualit\u00e9s d\u2019\u00e9veil et de connaissance en nous \u2013 nous guider. De cette mani\u00e8re, il n\u2019y a plus de danger, ces \u00e9tats d\u2019esprit ne sont plus un obstacle. Nous sommes sur nos gardes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00catre en paix<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Permettons aux diff\u00e9rentes humeurs et \u00e9motions qui nous viennent d\u2019\u00eatre simplement ce qu\u2019elles sont. Ainsi, nous nous entra\u00eenons \u00e0 \u00eatre vraiment pr\u00e9sents \u00e0 nous-m\u00eames. Nous entra\u00eenons ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb \u00e0 s\u2019asseoir et \u00e0 vraiment \u00eatre l\u00e0, \u00e0 \u00eatre debout et \u00eatre vraiment l\u00e0, \u00e0 marcher et \u00eatre vraiment l\u00e0, jusqu\u2019au moment o\u00f9, \u00e0 chaque instant et dans chaque posture, nous pourrons dire que nous sommes pleinement pr\u00e9sents et conscients. Nous sommes pleinement pr\u00e9sents \u00e0 travers la paix que nous ressentons. C\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent de l\u2019excitation vibrante que l\u2019on ressent quand on se laisse emporter par le plaisir et l\u2019amusement. Au contraire, \u00eatre pleinement vivant, c\u2019est quelque chose qui na\u00eet de la paix du c\u0153ur et de l\u2019esprit. Si la paix est l\u00e0, nous sommes dans un \u00e9tat qui nous permet de nous adapter \u00e0 tout ce qui peut survenir et d\u2019\u00eatre toujours en phase et en harmonie. Nous percevons les choses correctement et notre compr\u00e9hension est juste parce que les impulsions mentales (<em>sankh\u0101ra<\/em>) sont apais\u00e9es. Il n\u2019y a pas de pens\u00e9es qui partent dans tous les sens&nbsp;; nous sentons que les <em>sankh\u0101ra<\/em> sont au calme. Quelles que soient les opinions qui nous sont expos\u00e9es, nous ne nous engageons pas dans des discussions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans nos relations avec le monde et la soci\u00e9t\u00e9, nous serons certainement estim\u00e9s par les personnes intelligentes et ouvertes qui appr\u00e9cient la paix mais, m\u00eame si elles nous estiment, nous ne devons pas nous r\u00e9jouir pour autant, nous ne devons pas en \u00eatre flatt\u00e9s car, au fond, les louanges ne sont que le produit de l\u2019ignorance de la personne qui les exprime \u2013 rien de plus. Nous n\u2019avons pas \u00e0 aimer ni \u00e0 rejeter quoi que ce soit. Les louanges ne sont que ce qu\u2019elles sont. Nous ne devons pas les rechercher \u00e0 tout prix et en devenir esclaves. Si nous maintenons la paix en nous, rien ne peut nous faire de mal. M\u00eame si certaines personnes nous bl\u00e2ment, nous critiquent ou nous condamnent, si elles nous rendent suspects aux yeux des autres par m\u00e9chancet\u00e9, nous demeurons en paix quoi qu\u2019il arrive. Nous maintenons aussi cette paix face aux \u00e9tats mentaux que nous ne souhaitons pas avoir, qui ne nous plaisent pas. Ces \u00e9tats mentaux eux-m\u00eames ne peuvent pas nous faire de mal ni nous causer de tort. Si on nous critique, ce n\u2019est qu\u2019une critique et rien de plus. Au bout de compte, tout finit par se dissoudre naturellement et par passer. A ce moment-l\u00e0, les <em>dhamma<\/em> du monde ne peuvent plus nous dominer&nbsp;car nous n\u2019avons plus que paix dans le c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous sommes debout, que nous marchons, que nous sommes assis, quand nous dormons et quand nous nous levons, il n\u2019y a que cela. Quand nous sommes en relation avec les gens et les choses du monde qui nous entoure, nous pouvons le faire d\u2019une mani\u00e8re qui soit b\u00e9n\u00e9fique pour tous. Nous ne nous \u00e9loignons pas de la voie juste, nous n\u2019allons pas \u00e0 la d\u00e9rive. Nous nous comportons comme des personnes capables de laisser les choses \u00eatre ce qu\u2019elles sont, comme des <em>samana<\/em>, des asc\u00e8tes qui ne sont li\u00e9s \u00e0 rien. C\u2019est ainsi que nous nous entra\u00eenons et c\u2019est ainsi que nous trouvons vraiment la paix. Nous \u00e9veillons la paix \u00e0 chaque instant de sorte que, quand nous serons en soci\u00e9t\u00e9, notre attitude sera toujours d\u00e9licate et paisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dirais que voir les choses ainsi permet de comprendre la fa\u00e7on dont nous devons laisser les choses \u00eatre Dhamma&nbsp;; cela nous donne une id\u00e9e de ce que signifie \u00eatre&nbsp;nous-m\u00eames Dhamma. Si nous sommes vraiment Dhamma, nous n\u2019avons plus de probl\u00e8me avec les choses ext\u00e9rieures, le monde des formes et des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s, avec la vie en soci\u00e9t\u00e9 et les objets qui nous entourent. Ils ne nous perturbent plus. Il n\u2019y a plus de confusion, plus de bonheur, plus de souffrance, plus d\u2019excitation, plus de chagrin. Il n\u2019y a rien qui engendre des sentiments de n\u00e9gativit\u00e9 ou d\u2019aversion. Tout s\u2019\u00e9coule naturellement, du fait de la force contenue dans cet \u00e9tat de paix. Tout se dissout gr\u00e2ce au pouvoir de la paix. Rien n\u2019est vraiment important, il n\u2019y a rien \u00e0 gagner, rien de vraiment essentiel ou int\u00e9ressant. Tout ce qui nous attirait quand nous \u00e9tions encore \u00ab&nbsp;des&nbsp;enfants&nbsp;\u00bb ne nous int\u00e9resse plus. Rien, dans ce monde, n\u2019a le pouvoir de nous \u00e9craser, rien ne peut nous faire d\u00e9vier. Ne pas \u00e9chouer en cela est vraiment une bonne chose, une chose pour laquelle nous pourrions accepter des louanges\u2026 mais il n\u2019y a personne pour recevoir ces louanges. Les louanges s\u2019adressent \u00e0 elles-m\u00eames, tout comme le nom et les qualit\u00e9s du Bouddha que nous r\u00e9citons ensemble, \u00ab&nbsp;les Neuf Qualit\u00e9s du Bouddha&nbsp;\u00bb. La louange est intrins\u00e8quement pr\u00e9sente en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00catre pur en soi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut dire que les gens qui n\u2019ont pas de probl\u00e8me, qui ne connaissent pas<em> dukkha<\/em>, sont lib\u00e9r\u00e9s des <em>kilesa<\/em>, ces parasites de l\u2019esprit. En r\u00e9alit\u00e9, ils vivent avec eux mais ils n\u2019en sont plus les victimes. L\u2019attention que nous accordons aux <em>kilesa<\/em> vient de notre vision erron\u00e9e des choses. Si la vision est juste, on se moque compl\u00e8tement des parasites du mental. Ils sont ce qu\u2019ils sont et rien de plus. Cela ne veut pas dire que l\u2019on n\u2019a plus \u00e0 rien faire avec le monde ou la soci\u00e9t\u00e9 ni que l\u2019on ne s\u2019exprime plus par le langage. On continue \u00e0 entretenir des relations avec les autres mais sans risque de probl\u00e8me ou de difficult\u00e9 car rien dans notre attitude n\u2019ouvre la voie \u00e0 la moindre col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a aucune col\u00e8re \u2013 c\u2019est comme une eau qui ne contiendrait aucune particule de salet\u00e9. L\u2019eau est libre de toute particule de salet\u00e9 tant qu\u2019on n\u2019y m\u00e9lange rien pour la rendre boueuse. M\u00eame si on nous d\u00e9fie ou on nous provoque, nous ne nous sentons pas agit\u00e9s car l\u2019eau de notre c\u0153ur est claire. Il n\u2019y a pas de particules de salet\u00e9 en nous qui pourraient la rendre boueuse. Nous pr\u00e9servons la bont\u00e9 de notre c\u0153ur. La louange ne peut l\u2019entamer, pas plus que la critique. Nous ressentons toujours cette puret\u00e9 int\u00e9rieure et nous seuls pouvons savoir que cette puret\u00e9 existe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il arrive que nous nous demandions d\u2019o\u00f9 vient cette puret\u00e9. Elle vient tout simplement de l\u2019impuret\u00e9, tout comme la paix vient de l\u2019agitation et le bonheur vient de la souffrance. S\u2019il y a souffrance, il faut aussi qu\u2019il y ait bonheur. L\u2019obscurit\u00e9 ne peut appara\u00eetre que parce que la lumi\u00e8re existe et la lumi\u00e8re appara\u00eet du fait de l\u2019obscurit\u00e9. C\u2019est ainsi que nous la percevons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, le fait de voir son propre esprit, de prot\u00e9ger son propre esprit, d\u00e9veloppera la connaissance et la vision juste des choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. Quand on conna\u00eet l\u2019esprit, on voit l\u2019esprit&nbsp;; on voit l\u2019esprit dans l\u2019esprit, exactement comme il est dit dans la troisi\u00e8me partie du <em>Mah\u0101satipatth\u0101na Sutta<\/em>. Le Bouddha montre que l\u2019esprit est simplement l\u2019esprit et nous encourage \u00e0 toujours voir l\u2019esprit \u00ab&nbsp;avec ardeur, d\u00e9termination et pleine conscience, ayant repouss\u00e9 le d\u00e9sir des sens et la souffrance par rapport au monde&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on est pleinement attentif, on ne peut pas \u00eatre sous le joug des <em>dhamma<\/em> du monde. Quand on vit sa vie en pleine conscience, on sent que l\u2019on est toujours pr\u00eat et dispos, que la perfection est en soi, dans un espace de puret\u00e9, libre de toute n\u00e9gativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u2019ouvrir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malheureusement pour la plupart, nous risquons souvent de nous dire que nous en sommes encore \u00e0 un stade o\u00f9 ces nouvelles qualit\u00e9s n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies. Eh bien, si elles ne sont pas encore pr\u00e9sentes d\u2019habitude, nous pouvons faire en sorte qu\u2019elles deviennent habituelles. Ce n\u2019est pas si difficile&nbsp;\u00e0 r\u00e9aliser ; ce n\u2019est pas un bien grand probl\u00e8me de poser des fondations pour pouvoir d\u00e9marrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par exemple, par rapport aux probl\u00e8mes sociaux qui nous entourent, nous d\u00e9veloppons une attitude de tol\u00e9rance ou, du moins, nous maintenons une attitude de l\u00e2cher-prise et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Le fait de demeurer g\u00e9n\u00e9reux, ouvert et tol\u00e9rant va nous aider \u00e0 cultiver notre attention puisque, quand le m\u00e9contentement appara\u00eet, nous nous disons&nbsp;: \u00ab&nbsp;Eh bien, c\u2019est cela vivre en communaut\u00e9&nbsp;! \u00bb C\u2019est comme ma langue qui touche parfois mes dents quand je parle \u2013 c\u2019est normal. Nous nous contentons de reconna\u00eetre que, quand on cohabite, ce n\u2019est pas toujours la parfaite harmonie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr, ce genre de choses arrive souvent dans la vie mais nous savons pardonner, nous savons l\u00e2cher et nous savons nous ouvrir \u00e0 la critique. Quand on vit dans une communaut\u00e9 comme celle-ci, on doit trouver le moyen de communiquer avec les autres de fa\u00e7on \u00e0 ce que cette cohabitation m\u00e8ne \u00e0 la paix et aille dans la direction de l\u2019harmonie. Nous appelons cela <em>pav\u0101ran\u0101. Pav\u0101ran\u0101<\/em>, c\u2019est donner \u00e0 ceux qui partagent notre vie l\u2019occasion de nous critiquer, leur donner \u00ab&nbsp;la libert\u00e9 d\u2019expression&nbsp;\u00bb comme on dit aujourd\u2019hui. Cela donne l\u2019occasion de s\u2019ouvrir mais aussi d\u2019apprendre \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 accepter les opinions et les sentiments d\u2019autrui. Que leur fa\u00e7on de voir soit juste ou fausse, elle sera toujours instructive. Si nous pouvons enrichir notre vie commune de cette ouverture offerte par le <em>pav\u0101ran\u0101<\/em>, il n\u2019y aura plus rien pour stimuler le sentiment de notre propre importance ou nous bloquer derri\u00e8re des retranchements. Quand on a ces qualit\u00e9s, on peut suivre sa voie et n\u00e9anmoins cr\u00e9er un sentiment de communaut\u00e9 en vivant ensemble dans la paix et la joie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on vit en soci\u00e9t\u00e9, entour\u00e9 des objets du monde, il est in\u00e9vitable que l\u2019on passe par des hauts et des bas mais cela n\u2019emp\u00eache pas de cohabiter harmonieusement. A cause m\u00eame de ces hauts et ces bas, nous devons toujours garder \u00e0 l\u2019esprit que rien n\u2019est s\u00fbr. Nous devons vivre en accord avec les principes de base de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: rien n\u2019est s\u00fbr, tout est insatisfaisant au final, et rien n\u2019est personnel. Nous vivons dans l\u2019incertitude mais nous nous fabriquons des certitudes. Tout change mais, dans ce changement m\u00eame, il y a une forme de stabilit\u00e9. L\u2019insatisfaction est l\u00e0 mais la satisfaction l\u2019est \u00e9galement. Nous avons le sentiment que rien n\u2019est personnel mais en m\u00eame temps l\u2019impression qu\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb existe. <em>Amata<\/em>, le Dhamma qui ne meurt pas, est \u00e9galement pr\u00e9sent ici-m\u00eame. Quand nous voyons clairement l\u2019impermanence et que nous vivons en \u00e9tant toujours pr\u00eats \u00e0 y faire face, nous pouvons voir la r\u00e9alit\u00e9 de ce qui est permanent. C\u2019est comme la mort&nbsp;: elle contient en elle ce qui ne meurt pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous observons. Quand nous arrivons \u00e0 voir les choses sous cet angle, un sentiment de paix profonde appara\u00eet. Une paix totale, dans tous les domaines&nbsp;: paix par rapport aux plaisirs des sens, paix par rapport aux envies, paix dans les \u00e9tats mentaux, paix face aux louanges et aux critiques, paix face au bonheur et \u00e0 la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00catre un refuge pour soi-m\u00eame<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec le temps, vous serez capables de maintenir une attention et une pr\u00e9sence constantes \u00e0 ce qui est. Finalement, gr\u00e2ce \u00e0 une pleine attention et une claire compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques et mentaux tels qu\u2019ils sont r\u00e9ellement, vous arriverez \u00e0 ce que l\u2019on appelle <em>paccupana dhamma<\/em>, la nature de l\u2019instant pr\u00e9sent, et celle-ci prendra de plus en plus de place dans votre esprit. L\u2019esprit ne s\u2019\u00e9garera plus dans le pass\u00e9 et le futur, il ne s\u2019int\u00e9ressera plus aux choses pass\u00e9es ou \u00e0 venir, il se moquera compl\u00e8tement que les choses tournent comme ceci ou comme cela \u2013 tout ce qui existe, c\u2019est l\u2019instant pr\u00e9sent. Votre \u00e9tat d\u2019esprit sera comme une flamme quand le vent s\u2019est calm\u00e9&nbsp;: la flamme ne bouge pas, elle est droite et elle rayonne de la lumi\u00e8re dans toutes les directions, tout comme nous quand nous sommes pleinement pr\u00e9sents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu importe que nos yeux soient ouverts ou ferm\u00e9s, peu importe notre posture, \u00e0 tout moment nous avons le sentiment d\u2019\u00eatre un refuge pour nous-m\u00eames. C\u2019est un \u00e9tat qui arrive de lui-m\u00eame, nous ne l\u2019avons pas forc\u00e9. Le sentiment qui appara\u00eet ressemble un peu \u00e0 ce que l\u2019on appelle <em>obh\u0101sa<\/em>, l\u2019une des <em>vipassana-\u016bpakkilesa<\/em> \u2013 ces illusions mentales qui peuvent na\u00eetre d\u2019une belle m\u00e9ditation \u2013, ce qui peut porter \u00e0 confusion. Nous avons conscience d\u2019une vive lumi\u00e8re ou d\u2019un rayonnement tandis que nous ressentons que nous sommes un refuge pour nous-m\u00eames et nous nous sentons heureux \u2013 mais pas de ce bonheur qui \u00e9gare. C\u2019est l\u2019essence m\u00eame du bonheur, qui ne se pr\u00e9occupe pas de savoir s\u2019il est temps de se reposer ou de se coucher, qui ne se pr\u00e9occupe pas de savoir quoi faire et quand. Et ce sentiment est toujours pr\u00e9sent&nbsp;; c\u2019est le sentiment d\u2019\u00eatre \u00e9veill\u00e9 en permanence, de jour comme de nuit&nbsp;; m\u00eame quand le corps s\u2019endort, il s\u2019endort dans cet \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une telle exp\u00e9rience de f\u00e9licit\u00e9 peut durer un jour ou deux et puis elle peut changer mais le changement n\u2019est pas comme d\u2019habitude car le bonheur de cette exp\u00e9rience n\u2019est pas le bonheur habituel n\u00e9 de choses que l\u2019on aime ou que l\u2019on n\u2019aime pas. C\u2019est la joie et le ravissement que le Bouddha appelle <em>p\u012bti<\/em>, une joie ininterrompue jour et nuit, que l\u2019on soit r\u00e9veill\u00e9 ou endormi. Rien ne peut se comparer \u00e0 ce bonheur. Il vient de ce que l\u2019on voit clairement comment les choses apparaissent et disparaissent de mani\u00e8re parfaitement naturelle. Si l\u2019on pratique cela pendant de longues p\u00e9riodes, l\u2019instant pr\u00e9sent peut \u00e9galement passer \u00e0 un extr\u00eame absolu de souffrance. Mais nous maintenons l\u2019attention \u00e9veill\u00e9e en pensant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! Cette souffrance est vraiment de la souffrance&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 le regard d\u2019attention que nous posons dessus. Nous voyons et nous observons en gardant clairement \u00e0 l\u2019esprit que, puisque cette souffrance est apparue, elle cessera n\u00e9cessairement. En fait, voir la souffrance sous cet angle peut m\u00eame \u00eatre amusant. Nous maintenons l\u2019observation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souffrance toute la journ\u00e9e, souffrance toute la nuit. Oh&nbsp;!&nbsp;\u00bb On peut avoir envie de pleurer mais il ne sert \u00e0 rien de pleurer. On peut avoir envie de rire, mais il ne sert \u00e0 rien de rire. Il n\u2019y a que la souffrance sous sa forme authentique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 ce que l\u2019on peut ressentir quand on s\u2019observe vraiment soi-m\u00eame. De toute fa\u00e7on, au bout d\u2019un certain temps, les choses changeront. Parfois nous repasserons \u00e0 des sentiments de bonheur au bout d\u2019un jour ou deux et l\u00e0, c\u2019est \u00e0 nouveau la joie&nbsp;: debout, en marchant, assis, c\u2019est le bonheur&nbsp;\u2013 m\u00eame en faisant les t\u00e2ches quotidiennes car elles font aussi partie de notre pratique. Apr\u00e8s le travail, on peut reprendre la posture de m\u00e9ditation assise et \u00e9tablir une attention soutenue. Les choses changent d\u2019elles-m\u00eames et pourtant il y a la paix, il y a la fra\u00eecheur et le calme. Nous ne nous pr\u00e9occupons pas de notre corps&nbsp;; le corps nous para\u00eet l\u00e9ger, comme s\u2019il n\u2019y avait pas de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, pas de \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. Le soi se dissout dans une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 totale. C\u2019est une exp\u00e9rience rafra\u00eechissante et apaisante. Les <em>sankh\u0101ra<\/em> sont calm\u00e9s, toutes les fabrications mentales ont cess\u00e9. Les hauts et les bas, les \u00ab&nbsp;j\u2019aime&nbsp;ceci \u00bb et \u00ab&nbsp;je n\u2019aime pas&nbsp;cela \u00bb ont disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne pouvons pas forcer de telles exp\u00e9riences&nbsp;; elles sont le produit naturel de notre entra\u00eenement et suivent la voie des enseignements du Bouddha. Il nous a enseign\u00e9 qu\u2019il fallait observer, voir comment nous fonctionnions et nous conna\u00eetre. Et puis maintenir cette connaissance claire jour et nuit, que l\u2019on soit r\u00e9veill\u00e9 ou endormi, et savoir par soi-m\u00eame, sans cesse, jusqu\u2019\u00e0 vraiment \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb. Exactement comme le dit le petit proverbe tha\u00eflandais&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sache comment faire<br>Regarde et comprend comment \u00e7a marche<br>Essaie de le mettre en mots<br>Et puis va et fais-le.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, comme vous \u00eates venus me voir en signe de respect, je voudrais vous dire que, en tant que personne, je n\u2019accorde pas trop d\u2019importance \u00e0 ces c\u00e9r\u00e9monies mais je reconnais qu\u2019elles sont une belle expression de la relation qui nous unit dans cette vie communautaire. Pour l\u2019instant je n\u2019ai plus de r\u00e9flexions \u00e0 partager avec vous pour vous accompagner dans le voyage int\u00e9rieur. Puissent ces paroles servir \u00e0 votre compr\u00e9hension d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Votre \u00e9coute est une occasion de nous relier les uns aux autres \u2013 puissions-nous \u00e9galement travailler ainsi \u00e0 notre pratique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Liem Traduction de Jeanne Schut Enseignement donn\u00e9 par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Liem, abb\u00e9 du monast\u00e8re Wat Nong Pah Pong, le 12 septembre 1996, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie o\u00f9 la Communaut\u00e9 religieuse demande formellement le pardon de son chef spirituel. S\u2019accepter Puisque vous \u00eates l\u00e0 pour demander pardon, je ne vais pas soulever de vieux probl\u00e8mes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1774","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1774"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1774\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1776,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1774\/revisions\/1776"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}