{"id":1856,"date":"2026-05-12T14:45:33","date_gmt":"2026-05-12T14:45:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1856"},"modified":"2026-05-12T14:45:33","modified_gmt":"2026-05-12T14:45:33","slug":"leveil-au-bout-de-la-voie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/leveil-au-bout-de-la-voie\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9veil au bout de la Voie"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Maha Boowa<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">Extrait de <em>Arahattamagga, la Voie de l\u2019Arahant<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois qu\u2019il a abandonn\u00e9 tout attachement aux cinq <em>khandha <\/em>[les agr\u00e9gats qui constituent le corps et l\u2019esprit], le <em>citta<\/em> [<em>l\u2019esprit<\/em>] est affin\u00e9 \u00e0 un point extr\u00eame. Cependant, bien qu\u2019il ait l\u00e2ch\u00e9 prise de toute chose, il lui reste \u00e0 l\u00e2cher prise de lui-m\u00eame. Sa nature connaissante intrins\u00e8que demeure impr\u00e9gn\u00e9e par l\u2019ignorance fondamentale d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> de sorte qu\u2019il ne conna\u00eet pas son essence v\u00e9ritable et, de ce fait, demeure attach\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019<em>avijj\u0101<\/em> [l\u2019ignorance de la v\u00e9ritable nature du soi] se concentre en un unique faisceau de focalisation. Comme toutes ses voies d\u2019expression ext\u00e9rieures ont \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es, il converge dans le <em>citta<\/em> sans pouvoir s\u2019\u00e9couler vers l\u2019ext\u00e9rieur. Les voies d\u2019expression d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> sont les yeux, les oreilles, le nez, la langue et le corps, lesquels engendrent des images, des sons, des odeurs, des saveurs et des sensations tactiles. Quand l\u2019attention et la sagesse ont \u00e9t\u00e9 assez habiles pour couper d\u00e9finitivement ces voies d\u2019expression, <em>avijj\u0101<\/em> se retrouve sans aucun moyen de s\u2019exprimer. Ses agents ext\u00e9rieurs ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s\u00a0; tout ce qui reste, c\u2019est une incessante vibration subtile qui r\u00e9sonne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du <em>citta<\/em>. \u00c9tant priv\u00e9 de toute possibilit\u00e9 d\u2019ext\u00e9riorisation pour ses activit\u00e9s, il ne d\u00e9pend plus que du <em>citta<\/em> pour se manifester. Tant que la sagesse n\u2019est pas tout \u00e0 fait capable de le transcender, <em>avijj\u0101<\/em> se manifestera sous la forme de sensations subtiles de <em>sukha<\/em>, [bonheur], de sensations subtiles de <em>dukkha<\/em> [souffrance], et d\u2019un rayonnement tout \u00e0 fait exceptionnel. Ces \u00e9l\u00e9ments deviennent donc maintenant la base de travail du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle, m\u00eame si elle para\u00eet lumineuse et majestueuse, manifeste immanquablement une certaine irr\u00e9gularit\u00e9. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces variations d\u2019intensit\u00e9 que l\u2019attention du <em>citta<\/em> sera alert\u00e9e et cherchera des r\u00e9ponses satisfaisantes. Le <em>sukha<\/em> et le <em>dukkha<\/em> tr\u00e8s subtils qui se manifestent dans le <em>citta,<\/em> tout autant que le rayonnement impressionnant qui en \u00e9mane, ont leur origine dans <em>avijj\u0101<\/em>. Mais comme nous ne les avons jamais vus auparavant, la premi\u00e8re fois que nos investigations nous y conduisent, nous sommes tromp\u00e9s par leur apparence \u00e9blouissante et nous souhaitons nous en emparer. <em>Avijj\u0101<\/em> nous berce dans un profond sommeil, nous faisant croire que les subtils sentiments de contentement et le rayonnement lumineux sont notre v\u00e9ritable essence, au-del\u00e0 du nom et de la forme.&nbsp;Inconscients de notre erreur, nous acceptons ce <em>citta<\/em> majestueux \u2013 et l\u2019<em>avijj\u0101<\/em> qui l\u2019accompagne \u2013 comme notre v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais pas pour longtemps. \u00c0 ce niveau, les puissantes facult\u00e9s de l\u2019attention supr\u00eame et de la sagesse supr\u00eame ne recherchent pas la gratification du moi. Elles continuent \u00e0 scruter, \u00e0 investiguer, \u00e0 analyser, dans un sens et dans l\u2019autre, continuellement. Finalement, elles vont r\u00e9aliser la v\u00e9rit\u00e9. Elles remarqueront que les subtiles sensations de <em>sukha<\/em> et de <em>dukkha <\/em>varient l\u00e9g\u00e8rement et ces variations leur sembleront d\u00e9plac\u00e9es au c\u0153ur du majestueux rayonnement. M\u00eame si le <em>dukkha<\/em> qui se manifeste est tr\u00e8s l\u00e9ger, il suffit \u00e0 \u00e9veiller nos soup\u00e7ons. Pourquoi le <em>citta<\/em> a-t-il des conditions qui varient&nbsp;? Il n\u2019est jamais constant. Ces minuscules fluctuations que l\u2019on observe au c\u0153ur rayonnant du <em>citta<\/em> sont juste assez perceptibles pour attirer la circonspection de l\u2019attention et de la sagesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois qu\u2019elles sont d\u00e9tect\u00e9es, la suspicion appara\u00eet et la sagesse est alert\u00e9e&nbsp;: ces ph\u00e9nom\u00e8nes doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s de pr\u00e8s. C\u2019est ainsi que la capacit\u00e9 connaissante du <em>citta<\/em> devient le point central de l\u2019investigation. L\u2019attention et la sagesse se concentrent sur ce point, essayant de d\u00e9couvrir en quoi cette connaissance consiste vraiment. Elles ont d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 tout le reste, \u00e9tape par \u00e9tape, au point que tous les autres facteurs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s avec succ\u00e8s. Mais cette pr\u00e9sence connaissante, si lumineuse, si extraordinaire, qu\u2019est-elle exactement&nbsp;? Tandis que l\u2019attention et la sagesse se concentrent sur elle, le <em>citta<\/em> devient le point central d\u2019une investigation \u00e0 grande \u00e9chelle. Il se transforme en champ de bataille o\u00f9 l\u2019attention supr\u00eame et la sagesse supr\u00eame donnent le meilleur d\u2019elles-m\u00eames. Bient\u00f4t, elles seront en mesure de d\u00e9truire l\u2019<em>avijj\u0101<\/em>&#8211;<em>citta<\/em> qui, du point de vue d\u2019<em>avijj\u0101,<\/em> semblait si beau et majestueux. Elles le soumettront compl\u00e8tement, de sorte qu\u2019il n\u2019en restera pas la moindre trace dans le <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand ce ph\u00e9nom\u00e8ne est \u00e9tudi\u00e9 avec les outils ac\u00e9r\u00e9s et tranchants de la sagesse jusqu\u2019\u00e0 ce que sa nature soit clairement comprise, il se d\u00e9sint\u00e8gre et se dissout d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait inattendue. On pourrait appeler cet instant \u00ab&nbsp;l\u2019Eveil&nbsp;sous l\u2019arbre de la Bodhi&nbsp;\u00bb ou bien \u00ab&nbsp;la destruction totale des cimeti\u00e8res du <em>sams\u0101ra<\/em>&nbsp;\u00bb [le cycle incessant de la naissance et de la mort]. Une absolue certitude appara\u00eet alors. Au moment o\u00f9 ce centre rayonnant se d\u00e9sint\u00e8gre, quelque chose d\u2019encore plus remarquable \u2013 quelque chose qui \u00e9tait jusque-l\u00e0 cach\u00e9 par <em>avijj\u0101<\/em> \u2013 se r\u00e9v\u00e8le dans toute sa pl\u00e9nitude. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du <em>citta<\/em>, on dirait qu\u2019une force fait trembler l\u2019univers tout entier. Ce moment crucial, quand le <em>citta<\/em> brise toutes les cha\u00eenes qui le liaient aux formes de la r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle, est un instant d\u2019\u00e9merveillement et de magnificence indescriptible. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, au moment o\u00f9 <em>avijj\u0101<\/em> s\u2019\u00e9teint d\u00e9finitivement, que l\u2019<em>Arahattamagga<\/em> se transforme en <em>Arahattaphala<\/em>&nbsp;: quand la Voie est parcourue enti\u00e8rement, les fruits de la Voie sont atteints. Le Dhamma et le <em>citta<\/em> sont arriv\u00e9s \u00e0 la perfection absolue. D\u00e8s lors, tous les probl\u00e8mes cessent. Telle est la nature du <em>Nibb\u0101na<\/em> [l\u2019Eveil].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand ce rayonnement que nous trouvons si impressionnant finit par se d\u00e9sint\u00e9grer, une chose qu\u2019il est impossible de d\u00e9crire appara\u00eet dans toute sa splendeur. C\u2019est la nature de la Puret\u00e9 Absolue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on le compare \u00e0 cet \u00e9tat de puret\u00e9, l\u2019<em>avijj\u0101<\/em> que nous avions tellement admir\u00e9 auparavant ressemble \u00e0 de la bouse de vache tandis que la nature qui \u00e9tait dissimul\u00e9e par <em>avijj\u0101<\/em> ressemble \u00e0 de l\u2019or pur. M\u00eame un enfant sait faire la diff\u00e9rence entre ce qui est le plus pr\u00e9cieux des deux&nbsp;; inutile de poursuivre la comparaison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9sint\u00e9gration d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> marque le moment o\u00f9 <em>Arahattamagga<\/em> et <em>Arahattaphala<\/em> se retrouvent \u00e0 leur destination finale. Si nous comparons cela \u00e0 monter les escaliers qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019une maison, on peut dire que l\u2019on a un pied sur la derni\u00e8re marche et l\u2019autre pied sur le seuil de la maison. Nous n\u2019avons pas encore les deux pieds sur le seuil. Ce n\u2019est que lorsque les deux pieds sont fermement plant\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la maison que nous pouvons dire que \u00ab&nbsp;nous&nbsp;sommes arriv\u00e9s&nbsp;\u00e0 la maison&nbsp;\u00bb. Le <em>citta<\/em> \u00ab&nbsp;arrive au Dhamma&nbsp;\u00bb quand ses deux pieds sont fermement plant\u00e9s dans le Dhamma supr\u00eame. Il est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019unicit\u00e9 du <em>Nibb\u0101na<\/em>. D\u00e8s lors, le <em>citta<\/em> est compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9&nbsp;; il ne manifeste plus aucune activit\u00e9 pour se d\u00e9faire des pollutions mentales. C\u2019est <em>Arahattaphala<\/em>&nbsp;: le fruit de l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant. Seuls ceux qui sont compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9s des pollutions mentales peuvent y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 <em>r\u016bpa, vedan\u0101, sa\u00f1\u00f1\u0101, sankh\u0101ra <\/em>et<em> vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em>, ce ne sont que des conditions, des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels qui apparaissent puis disparaissent spontan\u00e9ment&nbsp;; ils ne peuvent en aucun cas influencer ou contaminer le <em>citta<\/em>. Il en va de m\u00eame pour les formes, les sons, les odeurs, les saveurs et les impressions tactiles&nbsp;: chacun a sa propre r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e. Leur existence ne pose plus de probl\u00e8me car le <em>citta<\/em> est maintenant lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019ignorance qui lui donnait de fausses id\u00e9es \u00e0 leur propos. Maintenant que le <em>citta<\/em> conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9, il a pleinement conscience de la r\u00e9alit\u00e9 de sa pr\u00e9sence connaissante de m\u00eame que de la r\u00e9alit\u00e9 de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels internes et externes. Chacun ayant sa r\u00e9alit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e, les conflits qui existaient entre eux n\u2019ont plus lieu d\u2019\u00eatre&nbsp;; ils sont tous libres de suivre leur propre chemin. \u00c0 ce stade, le long conflit entre les pollutions mentales et le <em>citta<\/em> arrive finalement \u00e0 son terme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand la v\u00e9rit\u00e9 est ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, le <em>citta<\/em> ne ressent plus aucune anxi\u00e9t\u00e9 ou appr\u00e9hension \u00e0 propos de la vie ou de la mort des <em>khandha<\/em>. Le <em>citta<\/em> per\u00e7oit simplement les activit\u00e9s des <em>khandha<\/em>&nbsp;: comment ils apparaissent, interagissent et disparaissent, et comment ils finissent par se d\u00e9sint\u00e9grer au moment de la mort. Mais, dans la mesure o\u00f9 la nature connaissante essentielle du <em>citta<\/em> ne meurt jamais, la peur de la mort n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre. On accepte la mort quand elle vient et on accepte la vie quand elle continue. Ce sont deux aspects de la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que se conclut l\u2019investigation du <em>citta<\/em>. Quand il atteint ce niveau, le <em>citta<\/em> est d\u00e9finitivement coup\u00e9 de la naissance et de l\u2019existence, compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 de toutes les manifestations de l\u2019ignorance et de l\u2019avidit\u00e9. L\u2019\u00e9tat de \u00ab&nbsp;<em>avijj\u0101 paccaya sankh\u0101ra<\/em>&nbsp;\u00bb dans lequel \u00ab&nbsp;l\u2019ignorance fondamentale conditionne l\u2019apparition des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s&nbsp;\u00bb est compl\u00e8tement dissout. Il est remplac\u00e9 par <em>avijj\u0101 tveva asesavir\u0101ga nirodh\u0101 sankh\u0101r\u0101 nirodho&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;la disparition et la cessation des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s qui met fin \u00e0 toute la masse de souffrance&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand <em>avijj\u0101<\/em> s\u2019\u00e9teint, les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s qui engendrent <em>dukkha<\/em> s\u2019\u00e9teignent \u00e9galement. Ils ne font plus partie de la nature connaissante du <em>citta<\/em>. Les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s comme les pens\u00e9es \u2013 qui sont partie int\u00e9grante des <em>khandha<\/em> \u2013 continuent \u00e0 fonctionner dans leur propre sph\u00e8re mais ne causent plus de <em>dukkha<\/em>. Non souill\u00e9s par les <em>kilesa<\/em>, ils donnent simplement forme et direction \u00e0 l\u2019activit\u00e9 mentale. La conscience s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans l\u2019esprit purement et simplement, sans cr\u00e9er la moindre souffrance. Tous les organes des sens et tous les contacts sensoriels qu\u2019ils engendrent sont simplement des ph\u00e9nom\u00e8nes qui se produisent naturellement et existent selon leurs caract\u00e9ristiques intrins\u00e8ques. Ils n\u2019ont aucun effet n\u00e9gatif sur le <em>citta<\/em> qui a r\u00e9ussi \u00e0 atteindre son but&nbsp;: la cessation compl\u00e8te de toute la masse de souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand l\u2019ignorance et toutes les pollutions mentales s\u2019\u00e9teignent, elles s\u2019\u00e9teignent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du <em>citta<\/em>. L\u2019extinction de l\u2019ignorance sonne le glas du cycle des naissances et des morts. Il faut qu\u2019<em>avijj\u0101<\/em> et les <em>kilesa<\/em> aient tous disparu du <em>citta<\/em> car l\u2019esprit d\u2019ignorance \u2013 <em>avijj\u0101-citta<\/em> \u2013 est l\u2019essence du monde des renaissances, l\u2019essence de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort. L\u2019avidit\u00e9 sensorielle mue par l\u2019ignorance est la cause principale de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort&nbsp;; or elle n\u2019existe qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du <em>citta<\/em>. Quand <em>avijj\u0101<\/em> finit par se d\u00e9sint\u00e9grer, d\u00e9finitivement coup\u00e9 du <em>citta<\/em>, la cessation totale est atteinte. Le <em>citta<\/em> est alors libre, vaste et supr\u00eamement vide, sans limites, sans barri\u00e8res, en expansion totale. Rien ne le retient ni ne le g\u00eane. Toutes les contradictions ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9es. D\u00e8s lors, quand le <em>citta<\/em> sait quelque chose, il ne sait que la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;; quand il voit, il ne voit que la v\u00e9rit\u00e9. Telle est la v\u00e9ritable vacuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Diff\u00e9rents degr\u00e9s de vacuit\u00e9 sont ressentis \u00e0 plusieurs niveaux. La m\u00e9ditation <em>sam\u0101dhi<\/em> en est un. En <em>sam\u0101dhi<\/em> profond, le corps et l\u2019esprit pensant disparaissent temporairement de la conscience. Le <em>citta<\/em> semble vide mais la dur\u00e9e de ce vide est limit\u00e9e \u00e0 la dur\u00e9e de la pratique du <em>sam\u0101dhi<\/em>. Au d\u00e9but de la pratique de <em>vipassan\u0101<\/em>, le <em>citta<\/em> peut se s\u00e9parer du corps physique de mani\u00e8re permanente mais il ne peut pas encore se d\u00e9sengager des composants mentaux de la personnalit\u00e9&nbsp;: sensations, souvenirs, pens\u00e9es et conscience sensorielle. Il est compl\u00e8tement vide de formes physiques, de sorte que des images du corps n\u2019apparaissent plus dans le <em>citta<\/em> mais il n\u2019est pas vide de concepts mentaux. \u00c0 ce niveau, la sagesse est capable de se distinguer de la masse physique qu\u2019est le corps et donc de se d\u00e9gager pour toujours de la croyance que le corps est soi, mais elle n\u2019est pas encore capable de s\u00e9parer les facteurs mentaux. En poursuivant l\u2019investigation, le <em>citta<\/em> arrive \u00e0 se d\u00e9tacher \u00e9galement des facteurs mentaux. Alors il ne reste rien d\u2019autre qu\u2019un rayonnement extraordinaire qui se diffuse dans le cosmos tout entier, une essence d\u2019\u00eatre lumineuse qui semble infinie et une merveilleuse et profonde vacuit\u00e9 mentale. Tel est le pouvoir impressionnant de l\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em>. En continuant \u00e0 utiliser toute la puissance de l\u2019attention et de la sagesse, <em>avijj\u0101<\/em> sera finalement \u00e9teint au c\u0153ur m\u00eame du <em>citta<\/em>. Quand tout ce qui pouvait envahir le <em>citta<\/em> a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9, on arrive \u00e0 une authentique vacuit\u00e9. La vacuit\u00e9 que l\u2019on ressent \u00e0 ce niveau-l\u00e0 est un d\u00e9sengagement total et permanent qui ne n\u00e9cessite aucun effort pour \u00eatre maintenu. Il est synonyme de libert\u00e9 r\u00e9elle et absolue pour le <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut comparer la diff\u00e9rence entre la vacuit\u00e9 de l\u2019<em>avijj\u0101<\/em>&#8211;<em>citta<\/em> et celle du pur <em>citta<\/em> lib\u00e9r\u00e9 d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> \u00e0 un homme se tenant dans une pi\u00e8ce vide. Debout au milieu de la pi\u00e8ce, admirant son espace vide, cet homme en arrive \u00e0 s\u2019oublier lui-m\u00eame. Voyant qu\u2019il n\u2019y a rien dans la pi\u00e8ce, il ne pense qu\u2019au vide qu\u2019il per\u00e7oit et non au fait qu\u2019il occupe la place centrale dans cet espace. Tant qu\u2019il y a quelqu\u2019un dans la pi\u00e8ce, elle n\u2019est pas vraiment vide. Puis il finit par comprendre que la pi\u00e8ce ne sera vraiment vide qu\u2019une fois qu\u2019il l\u2019aura quitt\u00e9e. \u00c0 ce moment-l\u00e0 <em>avijj\u0101<\/em> se d\u00e9sint\u00e8gre et le pur <em>citta<\/em> se r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois que le <em>citta<\/em> a l\u00e2ch\u00e9 les ph\u00e9nom\u00e8nes de toutes sortes, il appara\u00eet supr\u00eamement vide. Mais celui qui admire ce vide, qui est impressionn\u00e9 par cette vacuit\u00e9, celui-l\u00e0 survit. Le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb en tant que point de r\u00e9f\u00e9rence, qui est l\u2019essence m\u00eame d\u2019<em>avijj\u0101<\/em>, fait encore partie de la nature connaissante du <em>citta<\/em>. C\u2019est la racine de l\u2019ignorance. \u00c0 ce moment-l\u00e0, notre \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est le v\u00e9ritable obstacle. D\u00e8s qu\u2019il se d\u00e9sint\u00e8gre et dispara\u00eet, il ne reste plus aucun obstacle. Tout est vide&nbsp;: le monde ext\u00e9rieur est vide et l\u2019int\u00e9rieur du <em>citta<\/em> est vide. Comme pour l\u2019homme dans la pi\u00e8ce vide, on peut dire que la pi\u00e8ce est vraiment vide seulement lorsque l\u2019homme l\u2019a quitt\u00e9e. Le <em>citta<\/em> qui a obtenu une compr\u00e9hension totale de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes ext\u00e9rieurs comme de tout ce qui le concerne est dit compl\u00e8tement \u00ab&nbsp;vide&nbsp;\u00bb. La v\u00e9ritable vacuit\u00e9 n\u2019appara\u00eet que lorsque toute trace de r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle a disparu du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019extinction d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente de ce que nous avons pu voir jusque-l\u00e0. L\u2019extinction des autres ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tait accompagn\u00e9e d\u2019une claire compr\u00e9hension de leur v\u00e9ritable nature. Le rayonnement d\u2019<em>avijj\u0101<\/em>, par contre, est unique dans le sens qu\u2019il s\u2019\u00e9teint en un instant, comme un \u00e9clair dans le ciel. C\u2019est un instant d\u2019\u00eatre qui arrive spontan\u00e9ment&nbsp;: il appara\u00eet d\u2019un coup puis dispara\u00eet compl\u00e8tement. C\u2019est seulement \u00e0 ce moment-l\u00e0, quand le rayonnement dispara\u00eet, que nous comprenons qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019essence m\u00eame de l\u2019ignorance. Ce qui reste alors est absolument unique et d\u2019une nature absolument pure. Bien que nous ne l\u2019ayons encore jamais ressenti, nous n\u2019avons pas le moindre doute quand il appara\u00eet \u00e0 cet instant. Tout ce qui aurait pu engendrer le doute a disparu en m\u00eame temps que le reste. C\u2019est la fin de tous les soucis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes les allusions que l\u2019on peut faire \u00e0 \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb, \u00e0 la v\u00e9ritable essence de son \u00eatre, se rapportent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cette ignorance fondamentale. Elles montrent que l\u2019ignorance est encore intacte. Toutes les investigations sont faites en son nom. Ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est ce qui sait, ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est ce qui comprend. Ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est rayonnant, l\u00e9ger et heureux. \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00e0 moi&nbsp;\u00bb&nbsp;: voil\u00e0 o\u00f9 se trouve l\u2019ignorance fondamentale. Nous faisons tout pour l\u2019entretenir. Quand elle finit par se d\u00e9sint\u00e9grer, la perspective \u00ab&nbsp;personnelle&nbsp;\u00bb se d\u00e9sint\u00e8gre aussi. On continue \u00e0 faire les choses mais pas pour satisfaire une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est comme une casserole dont le fond s\u2019est d\u00e9tach\u00e9&nbsp;: on pourra y mettre autant d\u2019eau que l\u2019on voudra, il n\u2019en restera pas une seule goutte. De m\u00eame, pens\u00e9es et id\u00e9es continuent \u00e0 appara\u00eetre et \u00e0 dispara\u00eetre en tant que fonctions naturelles des <em>khandha<\/em> mais rien n\u2019adh\u00e8re au <em>citta<\/em> parce que le r\u00e9cipient qui autrefois les retenait \u2013 <em>avijj\u0101<\/em> \u2013 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit. Une pens\u00e9e appara\u00eet \u00e0 un instant et cesse l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s. Comme il n\u2019y a personne pour les retenir et personne pour se les approprier, les pens\u00e9es continuent simplement leur chemin et disparaissent. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, la nature qui a conscience de cette compl\u00e8te absence de soi conna\u00eet un contentement total. Cette nature est la puret\u00e9 authentique et absolue&nbsp;; elle est libre de tout fardeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La v\u00e9ritable nature du <em>citta<\/em> est si bien dissimul\u00e9e par <em>avijj\u0101<\/em> que nous ne voyons jamais l\u2019incroyable beaut\u00e9 naturelle du <em>citta<\/em> authentique. Le pi\u00e8ge d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> est si bien d\u00e9guis\u00e9 que les m\u00e9ditants qui atteignent ce stade ne peuvent manquer de se faire prendre. Ils sont compl\u00e8tement \u00e9blouis par ce qu\u2019ils croient \u00eatre la vraie nature du <em>citta<\/em>. Ils ch\u00e9rissent tellement cette beaut\u00e9 rayonnante qu\u2019ils ont le sentiment qu\u2019ils doivent la conserver et la prot\u00e9ger \u00e0 tout prix. Ils sont persuad\u00e9s qu\u2019il s\u2019agit de ce qu\u2019ils sont vraiment en essence, que ce merveilleux rayonnement leur appartient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet authentique <em>avijj\u0101<\/em> est un point de focalisation qui contient de nombreuses choses \u00e9tranges et extraordinaires cach\u00e9es en lui, des choses dont nous ne pourrions jamais soup\u00e7onner l\u2019existence. Celles-ci contaminent le <em>citta<\/em>, un peu comme un tout petit morceau d\u2019app\u00e2t peut \u00eatre suffisamment empoisonn\u00e9 pour tuer un animal. Comme il est virtuellement impossible de trouver des r\u00e9alit\u00e9s conceptuelles auxquelles comparer les agents de contamination qui se cachent dans <em>avijj\u0101<\/em>, je ne peux en donner qu\u2019une br\u00e8ve explication. Ces agents comprennent&nbsp;: un rayonnement d\u2019\u00eatre si extraordinaire qu\u2019il ressemble \u00e0 un aboutissement&nbsp;; un sentiment de bonheur tout \u00e0 fait exceptionnel d\u00fb \u00e0 la force du rayonnement qui impr\u00e8gne le <em>citta<\/em> et qui para\u00eet transcender toute r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle&nbsp;; un sentiment d\u2019invuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eamement puissant ; un attachement fervent et protecteur vis-\u00e0-vis de cette nature rayonnante, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019or pur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019<em>avijj\u0101-citta <\/em>semble poss\u00e9der toutes les qualit\u00e9s&nbsp;: il est lumineux, il est audacieux, il est parfaitement satisfaisant, et la connaissance qu\u2019il rec\u00e8le semble infinie. Mais bien qu\u2019il ait effectivement une connaissance illimit\u00e9e, cette nature connaissante ne se conna\u00eet pas elle-m\u00eame. Telle est l\u2019ignorance fondamentale de l\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em>.&nbsp; D\u00e8s que cette nature connaissante se retourne sur elle-m\u00eame et regarde vers l\u2019int\u00e9rieur, <em>avijj\u0101<\/em> se d\u00e9sint\u00e8gre. Cette d\u00e9sint\u00e9gration r\u00e9v\u00e8le alors la v\u00e9rit\u00e9 du <em>citta<\/em>, la v\u00e9rit\u00e9 du Dhamma. Seul <em>avijj\u0101<\/em> nous emp\u00eache de voir cette v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les m\u00e9ditants qui n\u2019auront pas encore d\u00e9velopp\u00e9 suffisamment de sagesse auront du mal \u00e0 se lib\u00e9rer des pi\u00e8ges d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> car l\u2019<em>avijj\u0101<\/em> que l\u2019on conna\u00eet en g\u00e9n\u00e9ral et l\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em> sont deux choses tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La nature de l\u2019<em>avijj\u0101<\/em> ordinaire combine tous les diff\u00e9rents aspects de l\u2019ignorance, ext\u00e9rieurs et int\u00e9rieurs, en une seule pollution mentale \u2013 un peu comme un arbre qui est une combinaison de feuilles, rameaux, branches et tronc. L\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em>, par contre, est comme un arbre abattu et d\u00e9pouill\u00e9 de toutes ses branches. La sagesse, dans son effort persistant, a coup\u00e9 toutes les \u00ab&nbsp;branches&nbsp;\u00bb d\u2019<em>avijja <\/em>une \u00e0 une, de sorte qu\u2019il ne peut plus se manifester partout et doit se concentrer en un seul point&nbsp;: le <em>citta<\/em>. Arriv\u00e9 l\u00e0, <em>avijj\u0101<\/em> n\u2019a plus \u00e0 sa disposition tous les instruments dont il disposait quand il \u00e9tait au commandement et c\u2019est alors que nous d\u00e9couvrons l\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00ab&nbsp;repousses&nbsp;\u00bb d\u2019<em>avijj\u0101<\/em> sont nombreuses et vari\u00e9es. Toutes les autres pollutions mentales ne sont que ses branches et ses rameaux. En nous concentrant sur les repousses, nous avons tendance \u00e0 ne pas tenir compte de la cause qui est \u00e0 la racine. De ce fait, quand nous atteignons l\u2019authentique <em>avijj\u0101<\/em>, nous sommes dans la confusion, incapables de le reconna\u00eetre. C\u2019est comme une plante grimpante qui appara\u00eet quelque part et puis rampe au sol et grimpe tout en d\u00e9veloppant de plus en plus de repousses qui elles-m\u00eames grandissent et se m\u00ealent les unes aux autres. Nous devons prendre cette plante en main et la suivre jusqu\u2019\u00e0 son point de d\u00e9part. L\u00e0 nous trouverons les racines. Quand nous arrachons les racines, toute la plante meurt.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Maha Boowa Traduction de Jeanne Schut Extrait de Arahattamagga, la Voie de l\u2019Arahant. Une fois qu\u2019il a abandonn\u00e9 tout attachement aux cinq khandha [les agr\u00e9gats qui constituent le corps et l\u2019esprit], le citta [l\u2019esprit] est affin\u00e9 \u00e0 un point extr\u00eame. 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