{"id":1858,"date":"2026-05-12T14:52:05","date_gmt":"2026-05-12T14:52:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1858"},"modified":"2026-05-12T14:52:05","modified_gmt":"2026-05-12T14:52:05","slug":"le-citta-nature-connaissante-essentielle-de-lesprit","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/le-citta-nature-connaissante-essentielle-de-lesprit\/","title":{"rendered":"Le citta, nature connaissante essentielle de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Maha Boowa<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Ces commentaires sur la nature du citta sont extraits de diff\u00e9rents enseignements donn\u00e9s par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Mah\u0101 Boowa.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>citta<\/em> est d\u2019une importance capitale. Il s\u2019agit de la nature connaissante essentielle de l\u2019esprit. C\u2019est une conscience pure et simple&nbsp;: le <em>citta<\/em> <strong><em>sait<\/em><\/strong>, tout simplement. La conscience de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, de m\u00eame que les jugements ou critiques qui en r\u00e9sultent, ne sont que des <em>mouvements <\/em>du <em>citta<\/em>. Parfois, ces activit\u00e9s peuvent se manifester sous forme d\u2019attention, d\u2019autres fois sous forme de sagesse, mais le <em>citta<\/em>, en lui-m\u00eame, n\u2019affiche aucune activit\u00e9&nbsp;; il ne manifeste absolument aucun \u00e9tat particulier. Il se contente de conna\u00eetre, de savoir ce qui est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les mouvements qui apparaissent dans le <em>citta<\/em> \u2013 comme la conscience du bon et du mauvais, du bonheur et de la souffrance, des compliments et des critiques \u2013 sont tous des <em>\u00e9tats<\/em> de la conscience qui s\u2019\u00e9coulent du <em>citta<\/em>. Comme cette conscience repr\u00e9sente des mouvements et des \u00e9tats du <em>citta<\/em> qui sont, de par leur nature, constamment en train d\u2019appara\u00eetre et de dispara\u00eetre, cette conscience est elle-m\u00eame toujours fluctuante et peu fiable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La conscience des ph\u00e9nom\u00e8nes sensoriels au moment o\u00f9 ils apparaissent et disparaissent s\u2019appelle <em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em>. Par exemple, <em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em> enregistre et a conscience des impressions sensorielles qui se produisent quand des objets visuels, des sons, des odeurs, des saveurs et des sensations tactiles entrent en contact, respectivement, avec les yeux, les oreilles, le nez, la langue et le corps. Chacun de ces contacts, entre une sph\u00e8re sensorielle ext\u00e9rieure et le sens int\u00e9rieur correspondant, donne lieu \u00e0 une conscience particuli\u00e8re qui enregistre l\u2019instant o\u00f9 l\u2019interaction se produit puis cesse d\u00e8s que le contact dispara\u00eet. Par cons\u00e9quent, <em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em> est une conscience qui conditionne l\u2019\u00e9tat du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les <em>sankh\u0101ra<\/em> \u2013 que l\u2019on peut traduire par pens\u00e9es et imagination \u2013 sont aussi un \u00e9tat conditionn\u00e9 du <em>citta<\/em>. Une fois que le <em>citta<\/em> a manifest\u00e9 ces \u00e9tats, ils ont tendance \u00e0 se multiplier ind\u00e9finiment. Par contre, quand aucun \u00e9tat ne conditionne le <em>citta<\/em>, seule la connaissance inh\u00e9rente au <em>citta<\/em> est pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la connaissance essentielle de l\u2019esprit d\u2019une personne ordinaire est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la connaissance essentielle d\u2019un Arahant. La nature connaissante d\u2019une personne ordinaire est contamin\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur, tandis que les Arahants, \u00e9tant <em>kh\u012bn\u0101sava<\/em>, sont libres de toute contamination. Leur connaissance est une conscience pure et simple de ce qui est, sans la moindre adult\u00e9ration. La conscience pure, d\u00e9nu\u00e9e de tout contaminant, est la conscience supr\u00eame&nbsp;; c\u2019est une qualit\u00e9 de connaissance vraiment extraordinaire qui conf\u00e8re un bonheur parfait, comme il sied \u00e0 l\u2019\u00e9tat de puret\u00e9 absolue de l\u2019Arahant. Ce bonheur supr\u00eame demeure constant. Il ne change ni ne varie jamais, contrairement aux ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s du monde qui sont toujours alourdis par l\u2019impermanence, la souffrance et l\u2019impersonnalit\u00e9. Ces caract\u00e9ristiques du monde ne peuvent absolument pas p\u00e9n\u00e9trer dans le <em>citta<\/em> totalement purifi\u00e9 de l\u2019Arahant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>citta<\/em> est \u00e0 l\u2019origine du <em>sams\u0101ra&nbsp;<\/em>; c\u2019est l\u2019essence de l\u2019\u00eatre qui erre d\u2019une vie \u00e0 l\u2019autre&nbsp;; c\u2019est l\u2019instigateur du cycle de l\u2019existence, l\u2019origine m\u00eame de la ronde incessante des naissances et des morts. On dit que le <em>sams\u0101ra<\/em> est un cycle parce que la mort et la renaissance se reproduisent ind\u00e9finiment selon la loi immuable du <em>kamma<\/em>. Le <em>citta<\/em> \u00e9tant r\u00e9gi par le <em>kamma<\/em>, tant qu\u2019il sera sous sa domination, il sera oblig\u00e9 de continuer \u00e0 tourner dans ce cycle, en fonction de ses exigences. Le <em>citta<\/em> de l\u2019Arahant est la seule exception \u00e0 cette loi car il a compl\u00e8tement transcend\u00e9 la sph\u00e8re du <em>kamma<\/em>. Comme il a \u00e9galement transcend\u00e9 tous les attachements conventionnels, absolument aucun aspect de la r\u00e9alit\u00e9 relative conventionnelle ne peut l\u2019habiter. Au niveau de l\u2019Arahant, le <em>citta<\/em> n\u2019est impliqu\u00e9 dans rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois que le <em>citta<\/em> est totalement pur, il se contente de conna\u00eetre, de savoir ce qui est, selon sa nature inh\u00e9rente. C\u2019est l\u00e0 que le <em>citta<\/em> atteint son point culminant&nbsp;; il atteint la perfection au niveau de la puret\u00e9 absolue. \u00c0 ce stade, la migration continue d\u2019une naissance \u00e0 l\u2019autre arrive enfin \u00e0 son terme. Le voyage perp\u00e9tuel entre les plus hautes et les plus basses sph\u00e8res d\u2019existence, au cours du cycle de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort, cesse d\u00e9finitivement. Pourquoi s\u2019arr\u00eate-t-il ici&nbsp;? Parce que les \u00e9l\u00e9ments cach\u00e9s polluants qui envahissent normalement le <em>citta<\/em> et l\u2019entra\u00eenent dans le cycle infernal, ont tous \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s. Il ne reste que le pur <em>citta<\/em>, lequel ne passera jamais plus par l\u2019exp\u00e9rience de la naissance et de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par contre, la renaissance est in\u00e9vitable pour le <em>citta<\/em> qui n\u2019a pas encore atteint ce niveau de puret\u00e9. On peut \u00eatre tent\u00e9 de nier que la renaissance suit la mort ou bien s\u2019ent\u00eater \u00e0 croire au point de vue nihiliste qui rejette toute possibilit\u00e9 de vie apr\u00e8s la mort, mais ces convictions n\u2019ont aucun pouvoir sur la r\u00e9alit\u00e9. Notre nature connaissante essentielle n\u2019est pas domin\u00e9e par les sp\u00e9culations, pas plus qu\u2019elle n\u2019est influenc\u00e9e par les opinions des gens. Sa pr\u00e9\u00e9minence au plus profond de notre \u00eatre, ajout\u00e9e \u00e0 la supr\u00eame autorit\u00e9 du <em>kamma<\/em>, l\u2019emporte sur toutes les consid\u00e9rations hypoth\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par voie de cons\u00e9quence, tous les \u00eatres vivants sont oblig\u00e9s de passer d\u2019une vie \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une incarnation grossi\u00e8re en tant que cr\u00e9ature vivant sur terre, dans l\u2019eau ou dans les airs, \u00e0 une incarnation plus fine en tant que fant\u00f4me, <em>deva<\/em> ou <em>brahma<\/em>. Bien que ces derniers soient \u00e9th\u00e9r\u00e9s au point d\u2019\u00eatre invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il humain, le <em>citta<\/em> n\u2019a aucun mal \u00e0 reprendre naissance dans ces sph\u00e8res. Tout ce qu\u2019il lui faut, c\u2019est un <em>kamma<\/em> appropri\u00e9. Le <em>kamma<\/em> est le facteur d\u00e9terminant&nbsp;; c\u2019est le moteur qui propulse le <em>citta<\/em> vers son incessant voyage dans le <em>sams\u0101ra<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>citta<\/em> est quelque chose de tellement subtil qu\u2019il est difficile de saisir ce qui le constitue exactement. C\u2019est seulement quand le <em>citta<\/em> atteint un \u00e9tat de calme m\u00e9ditatif que sa vraie nature se r\u00e9v\u00e8le. M\u00eame des m\u00e9ditants exp\u00e9riment\u00e9s, d\u00e9sireux de comprendre le <em>citta<\/em>, ne parviennent pas \u00e0 conna\u00eetre sa v\u00e9ritable nature tant qu\u2019ils n\u2019ont pas atteint le calme du <em>sam\u0101dhi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que le <em>citta<\/em> r\u00e9side dans le corps, il nous est impossible de le d\u00e9tecter tant il est subtil. Comme il se diffuse dans tout le corps physique, nous ne pouvons pas dire s\u2019il se situe dans une partie ou un aspect quelconque du corps. Il est si fin que seule la pratique de la m\u00e9ditation peut d\u00e9tecter sa pr\u00e9sence et le distinguer de tous les autres aspects associ\u00e9s au corps. Gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9ditation, nous pouvons les distinguer et d\u00e9couvrir ainsi que le corps est une chose et que le <em>citta<\/em> en est une autre. C\u2019est un premier niveau de s\u00e9paration&nbsp;: le niveau du <em>citta<\/em> ressenti en <em>sam\u0101dhi<\/em>&nbsp;; mais ce ressenti ne dure pas, il se limite au temps pass\u00e9 en <em>sam\u0101dhi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au niveau suivant, le <em>citta<\/em> peut se s\u00e9parer compl\u00e8tement du corps physique mais il ne peut pas encore se d\u00e9sengager des composantes mentales d\u2019une personne&nbsp;: <em>vedan\u0101, sa\u00f1\u00f1\u0101, sankh\u0101ra<\/em> et <em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em> [sensations, m\u00e9moire, pens\u00e9es et conscience sensorielle]<em>. <\/em>En utilisant la sagesse pour poursuivre l\u2019investigation, ces facteurs mentaux peuvent aussi \u00eatre d\u00e9tach\u00e9s du <em>citta<\/em>. Nous voyons alors clairement par nous-m\u00eames (<em>sanditthiko<\/em>) que les cinq <em>khandha<\/em> sont tous des r\u00e9alit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es du <em>citta<\/em>. C\u2019est le troisi\u00e8me niveau de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au dernier niveau, notre attention se tourne vers la cause originelle de toutes les illusions, cette p\u00e9n\u00e9tration tr\u00e8s subtile d\u2019ignorance que nous appelons <em>avijj\u0101<\/em>. Nous connaissons ce mot mais nous ne r\u00e9alisons pas pour autant que cette ignorance est cach\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du <em>citta<\/em>. En fait, elle s\u2019infiltre dans le <em>citta<\/em> comme un poison insidieux. Nous ne la voyons pas encore mais elle est bien l\u00e0. \u00c0 ce stade, nous devons nous appuyer sur la force sup\u00e9rieure de notre attention, de notre sagesse et de notre pers\u00e9v\u00e9rance pour extraire le poison. En utilisant toute la puissance de l\u2019attention et de la sagesse, l\u2019ignorance elle-m\u00eame finira par \u00eatre s\u00e9par\u00e9e du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand tout ce qui s\u2019\u00e9tait infiltr\u00e9 dans le <em>citta<\/em> finit par dispara\u00eetre, le stade ultime est atteint. \u00c0 ce niveau, la s\u00e9paration est un d\u00e9sengagement permanent et total qui n\u2019exige aucun effort suppl\u00e9mentaire pour \u00eatre maintenu. Pour le <em>citta<\/em>, c\u2019est la v\u00e9ritable libert\u00e9. Quand le corps est atteint par la maladie, nous savons clairement que seuls les \u00e9l\u00e9ments physiques sont touch\u00e9s et nous ne sommes donc ni inquiets ni perturb\u00e9s par les sympt\u00f4mes. En temps ordinaire, le malaise physique cr\u00e9e une tension mentale mais, quand le <em>citta<\/em> est vraiment libre, nous restons supr\u00eamement heureux, m\u00eame au milieu d\u2019une intense douleur physique. Nous savons que le corps et la douleur sont des ph\u00e9nom\u00e8nes s\u00e9par\u00e9s du <em>citta<\/em>, de sorte que le <em>citta<\/em> n\u2019est pas concern\u00e9 par la d\u00e9tresse physique. Quand on a renonc\u00e9 sans \u00e9quivoque au corps et aux sensations, ils ne peuvent plus jamais se m\u00ealer au <em>citta<\/em>. Telle est la libert\u00e9 absolue du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant intrins\u00e8quement limpide et rayonnant, le <em>citta<\/em> est toujours pr\u00eat \u00e0 entrer en contact avec toute chose, quelle que soit sa nature. Bien que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s, sans exception, soient gouvern\u00e9s par les trois lois universelles d\u2019<em>anicca, dukkha <\/em>et<em>anatt\u0101, <\/em>la v\u00e9ritable nature du <em>citta<\/em> n\u2019est pas soumise \u00e0 ces lois. Le <em>citta<\/em> est conditionn\u00e9 par <em>anicca, dukkha <\/em>et<em>anatt\u0101<\/em> seulement parce que des choses qui sont soumises \u00e0 ces lois arrivent en tournoyant jusqu\u2019\u00e0 lui, se m\u00ealent \u00e0 lui et l\u2019entra\u00eenent dans leur ronde. Pourtant, m\u00eame s\u2019il tourne au rythme des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s, le <em>citta<\/em> ne se d\u00e9sint\u00e8gre jamais, ne dispara\u00eet jamais. Il tourne sous l\u2019influence de ces forces qui ont le pouvoir de le faire tournoyer, mais le pouvoir de la nature du <em>citta<\/em> est de <strong><em>savoir<\/em><\/strong> et de <strong><em>ne pas mourir<\/em><\/strong>. Cette non-mort est une qualit\u00e9 qui se situe au-del\u00e0 de la sph\u00e8re d\u2019action d\u2019<em>anicca, dukkha <\/em>et<em>anatt\u0101<\/em> et des lois universelles de la nature. Mais nous demeurons inconscients de cette v\u00e9rit\u00e9 parce que les r\u00e9alit\u00e9s conventionnelles qui sont impliqu\u00e9es dans le <em>citta<\/em> l\u2019encerclent compl\u00e8tement et font en sorte que la nature du <em>citta<\/em> se conforme \u00e0 la leur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La naissance et la mort ont toujours \u00e9t\u00e9 des circonstances attach\u00e9es au <em>citta<\/em> quand il est infect\u00e9 par les <em>kilesa <\/em>[pollutions mentales]. Cependant, comme les <em>kilesa<\/em> sont eux-m\u00eames la cause de notre ignorance, nous ne sommes pas conscients de cette v\u00e9rit\u00e9. La naissance et la mort sont des probl\u00e8mes engendr\u00e9s par les <em>kilesa<\/em>. Notre vrai probl\u00e8me, notre seul probl\u00e8me fondamental \u2013 qui est aussi le probl\u00e8me fondamental du <em>citta<\/em> \u2013 est que nous manquons de la force qu\u2019il faut pour \u00eatre ce que nous sommes r\u00e9ellement. Nous avons toujours confondu l\u2019essence de ce que nous sommes avec des contrefa\u00e7ons, de sorte que le comportement du <em>citta<\/em> n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 en harmonie avec sa v\u00e9ritable nature. Il s\u2019exprime, au contraire, \u00e0 travers les ruses et les mensonges des <em>kilesa<\/em>, ce qui occasionne de l\u2019angoisse et de la peur \u00e0 propos de presque tout&nbsp;: le <em>citta<\/em> a peur de vivre et peur de mourir&nbsp;; qu\u2019il soit atteint par une douleur petite ou grande, il en est effray\u00e9&nbsp;; la moindre perturbation l\u2019agite. Il est perp\u00e9tuellement rempli de soucis et de craintes. Et, bien que les craintes et les soucis ne soient pas partie intrins\u00e8que du <em>citta<\/em>, ils r\u00e9ussissent \u00e0 lui causer de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est seulement apr\u00e8s que le <em>citta<\/em> ait \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre absolument pur et libre de toute implication, qu\u2019il est compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9 de la peur. \u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, il n\u2019y a plus ni peur ni courage&nbsp;; seulement la nature v\u00e9ritable du <em>citta<\/em> qui existe naturellement par lui-m\u00eame, \u00e0 jamais ind\u00e9pendant du temps et de l\u2019espace. Voil\u00e0 tout ce qui appara\u00eet \u2013 rien d\u2019autre. Tel est le <em>citta<\/em> authentique. Le terme \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> authentique&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8re uniquement \u00e0 la puret\u00e9 absolue \u2013 <em>sa-up\u0101disesa-nibb\u0101na<\/em> \u2013 de l\u2019Arahant. Rien d\u2019autre ne peut \u00eatre appel\u00e9 ainsi totalement et sans r\u00e9serve. Je serais moi-m\u00eame g\u00ean\u00e9 d\u2019utiliser le terme \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> authentique&nbsp;\u00bb de tout autre fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expression \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> originel&nbsp;\u00bb signifie la nature originelle du <em>citta<\/em> qui tourne ind\u00e9finiment dans le cycle des renaissances. C\u2019est ce que le Bouddha a d\u00e9crit quand il a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moines, le <em>citta<\/em> originel est intrins\u00e8quement rayonnant et limpide mais il peut \u00eatre souill\u00e9 \u00e0 cause de l\u2019accumulation des <em>kilesa<\/em> qui le traversent&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce sens, les mots \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> originel&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle (<em>sammuti<\/em>), pas \u00e0 l\u2019origine de la puret\u00e9 absolue (<em>parisuddhi<\/em>). Quand le Bouddha a parl\u00e9 du <em>citta<\/em> originel, il a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pabhassaramidam cittam bhikkhave<\/em>&nbsp;\u00bb. <em>Pabhassa<\/em> veut dire \u00ab&nbsp;rayonnant&nbsp;\u00bb&nbsp;et non \u00ab&nbsp;pur&nbsp;\u00bb. Son raisonnement est absolument correct, c\u2019est indiscutable. Si le Bouddha avait mis sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9 le <em>citta<\/em> originel et le <em>citta<\/em> pur, on aurait pu objecter aussit\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si le <em>citta<\/em> \u00e9tait pur \u00e0 l\u2019origine, pourquoi serait-il n\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb L\u2019Arahant, qui a purifi\u00e9 le <em>citta<\/em>, ne reprendra jamais plus naissance. Si son <em>citta<\/em> avait \u00e9t\u00e9 pur \u00e0 l\u2019origine, pourquoi aurait-il eu besoin de le purifier&nbsp;? Ce serait l\u2019objection \u00e9vidente \u00e0 faire&nbsp;: quelle raison y aurait-il de le purifier&nbsp;? Par contre, le <em>citta<\/em> rayonnant peut \u00eatre purifi\u00e9 parce que son rayonnement n\u2019est autre que la nature r\u00e9elle et fondamentale d\u2019<em>avijj\u0101<\/em>, l\u2019ignorance. Les m\u00e9ditants prendront eux-m\u00eames clairement conscience de cette v\u00e9rit\u00e9, au moment o\u00f9 le <em>citta<\/em> transcendera ce rayonnement, pour atteindre la lib\u00e9ration absolue (<em>vimutti<\/em>). D\u00e8s lors le rayonnement n\u2019appara\u00eetra plus dans le <em>citta<\/em>. \u00c0 ce stade, on r\u00e9alise la v\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame de la nature du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois que le <em>citta<\/em> a \u00e9t\u00e9 nettoy\u00e9 au point d\u2019\u00eatre toujours lumineux et limpide, quand nous nous trouvons dans un endroit calme, baignant dans un silence total \u2013 au c\u0153ur de la nuit, par exemple \u2013 m\u00eame si le <em>citta<\/em> ne baigne pas dans le calme de la m\u00e9ditation, le point central de sa conscience est si fin et si d\u00e9licat qu\u2019il ne pourrait \u00eatre d\u00e9crit. Cette conscience extr\u00eamement fine se manifeste comme une lumi\u00e8re qui s\u2019\u00e9tend autour de nous dans toutes les directions. Nous perdons toute conscience des objets visuels, des sons, des odeurs, des saveurs et des sensations tactiles, alors m\u00eame que le <em>citta<\/em> n\u2019est pas en <em>sam\u0101dhi<\/em>. Par contre, il ressent la stabilit\u00e9 de son ancrage, le fondement m\u00eame du <em>citta<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 bien nettoy\u00e9, au point que sa caract\u00e9ristique la plus marquante, \u00e0 ce moment-l\u00e0, est sa capacit\u00e9 majestueuse et envo\u00fbtante \u00e0 conna\u00eetre&nbsp;: il <strong><em>sait<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Semblant exister ind\u00e9pendamment du corps physique, cette sorte de conscience extr\u00eamement fine appara\u00eet uniquement dans le <em>citta<\/em>. Du fait de la nature \u00e0 la fois prononc\u00e9e et subtile du <em>citta<\/em> \u00e0 ce stade, sa nature connaissante pr\u00e9domine compl\u00e8tement. Aucune image ni vision ne lui appara\u00eet. Il s\u2019agit d\u2019une conscience qui se d\u00e9tache exclusivement par elle-m\u00eame. Voil\u00e0 un des aspects du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre aspect nous appara\u00eet quand ce <em>citta<\/em> purifi\u00e9 entre dans le calme de la m\u00e9ditation, sans penser ni imaginer quoi que ce soit. Cessant toute activit\u00e9, tout mouvement, il se repose simplement pendant un moment. Toutes les images et toutes les pens\u00e9es qui pourraient habiter l\u2019esprit s\u2019arr\u00eatent compl\u00e8tement. On dit que \u00ab&nbsp;le <em>citta<\/em> entre dans un \u00e9tat de calme complet&nbsp;\u00bb. \u00c0 ce moment-l\u00e0, tout ce qui demeure, c\u2019est la nature essentielle connaissante du <em>citta<\/em>. Rien d\u2019autre que cette conscience tr\u00e8s fine ne subsiste, cette conscience qui semble s\u2019\u00e9tendre \u00e0 l\u2019ensemble du cosmos. En effet, contrairement \u00e0 un rayon de lumi\u00e8re dont la port\u00e9e est limit\u00e9e, qui atteint des objets proches ou lointains selon sa puissance, le flot de lumi\u00e8re du <em>citta<\/em> n\u2019a pas de limites, il n\u2019est ni proche ni loin. Par exemple, le rayonnement d\u2019une lampe \u00e9lectrique d\u00e9pend de son voltage&nbsp;: si le voltage est \u00e9lev\u00e9, elle brille loin&nbsp;; s\u2019il est faible, elle n\u2019\u00e9claire pas loin. Mais la lumi\u00e8re du <em>citta<\/em> est tr\u00e8s diff\u00e9rente&nbsp;; pour elle, la distance ne joue pas. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le <em>citta<\/em> est au-del\u00e0 des limites du temps et de l\u2019espace, ce qui lui permet d\u2019\u00e9clairer absolument tout. Le loin est comme le proche car les concepts li\u00e9s \u00e0 l\u2019espace ne s\u2019appliquent pas \u00e0 lui. Tout ce qui appara\u00eet, c\u2019est une conscience extr\u00eamement raffin\u00e9e qui se diffuse dans tout l\u2019univers. Le monde entier semble \u00eatre empli de cette qualit\u00e9 subtile de connaissance, comme si rien d\u2019autre n\u2019existait \u2013 alors que les choses du monde restent les m\u00eames. La lumi\u00e8re universelle du <em>citta<\/em> a \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9e de tout ce qui l\u2019obscurcissait \u2013 c\u2019est la v\u00e9ritable force du <em>citta<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>citta<\/em> absolument pur est extr\u00eamement difficile \u00e0 d\u00e9crire. Comme il d\u00e9fie toute description, je ne sais comment je pourrais le d\u00e9finir. On ne peut pas en parler comme on parlerait de choses conventionnelles, simplement parce qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne conventionnel. C\u2019est le domaine r\u00e9serv\u00e9 de ceux qui ont transcend\u00e9 tous les aspects de la r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle et r\u00e9alis\u00e9 ainsi, en eux-m\u00eames, cette nature non conventionnelle. C\u2019est pour cette raison que les mots ne peuvent pas le d\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi parlons-nous d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> conventionnel&nbsp;\u00bb et d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>citta<\/em> absolument pur&nbsp;\u00bb&nbsp;? S\u2019agit-il r\u00e9ellement de deux <em>citta<\/em> diff\u00e9rents&nbsp;? Pas du tout. Il s\u2019agit toujours du m\u00eame <em>citta<\/em>. Quand il est sous l\u2019influence des r\u00e9alit\u00e9s conventionnelles&nbsp; comme les <em>kilesa<\/em> et les <em>asava<\/em>, il est dans un certain \u00e9tat. Mais, quand la facult\u00e9 de sagesse l\u2019a bien gratt\u00e9 et nettoy\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce que cet \u00e9tat se soit totalement d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9, le v\u00e9ritable <em>citta<\/em>, le v\u00e9ritable Dhamma, celui qui peut r\u00e9sister \u00e0 tout, ne se d\u00e9sint\u00e9grera pas et ne dispara\u00eetra pas avec le reste. Seules les composantes de l\u2019impermanence, de l\u2019insatisfaction et de l\u2019impersonnalit\u00e9 qui s\u2019\u00e9taient infiltr\u00e9es dans le <em>citta<\/em> dispara\u00eetront.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi subtils que soient les <em>kilesa<\/em>, ils restent conditionn\u00e9s par <em>anicca, dukkha <\/em>et<em> anatt\u0101&nbsp;<\/em>; ce sont donc des ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s. Une fois que tout cela se trouve compl\u00e8tement d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9, le vrai <em>citta<\/em>, celui qui a transcend\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle, devient pleinement apparent. C\u2019est ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la libert\u00e9 absolue \u00bb ou \u00ab&nbsp;la puret\u00e9 absolue \u00bb du <em>citta<\/em>. Tous les liens avec les pr\u00e9c\u00e9dents \u00e9tats d\u2019esprit ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s pour toujours. \u00c0 pr\u00e9sent, absolument pure, la nature connaissante essentielle du <em>citta<\/em> demeure seule en elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est impossible de dire o\u00f9 cette nature connaissante essentielle se situe dans le corps. Avant, dans le <em>citta<\/em> conventionnel, il formait un point pro\u00e9minent que l\u2019on pouvait voir et reconna\u00eetre. Par exemple, en m\u00e9ditation, nous savions qu\u2019il \u00e9tait centr\u00e9 au milieu de la poitrine parce que la qualit\u00e9 connaissante de notre conscience \u00e9tait clairement situ\u00e9e l\u00e0. Le calme, la lumi\u00e8re et le rayonnement semblaient, de toute \u00e9vidence, \u00e9maner de ce point. Nous pouvions nous en apercevoir tout seuls. Tous les m\u00e9ditants, dont le niveau de calme a atteint les fondements du <em>sam\u0101dhi<\/em>, comprennent que le centre de \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb se manifeste clairement dans la zone du c\u0153ur. Ils ne pr\u00e9tendront pas que c\u2019est au niveau du cerveau, comme le font ceux qui n\u2019ont aucune exp\u00e9rience de la pratique du <em>sam\u0101dhi<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais, quand ce m\u00eame <em>citta<\/em> a \u00e9t\u00e9 parfaitement purifi\u00e9, ce centre dispara\u00eet. On ne peut plus dire que le <em>citta<\/em> se situe au-dessus, au-dessous ou \u00e0 n\u2019importe quel endroit du corps. Il est \u00e0 pr\u00e9sent pure conscience, une qualit\u00e9 de connaissance si fine et subtile qu\u2019elle transcende tout terme conventionnel qui pourrait la d\u00e9signer. En disant qu\u2019elle est extr\u00eamement fine, nous sommes oblig\u00e9s d\u2019utiliser un langage conventionnel qui ne peut absolument pas exprimer la v\u00e9rit\u00e9 car, bien s\u00fbr, la notion de raffinement extr\u00eame est elle-m\u00eame une convention. Comme cette conscience tr\u00e8s fine n\u2019a pas de point ou de centre, il est impossible de pr\u00e9ciser sa position. Il n\u2019y a que cette connaissance essentielle que rien ne peut infiltrer. Bien qu\u2019elle existe au milieu des m\u00eames <em>khandha<\/em> auxquels elle se m\u00ealait auparavant, elle ne partage plus aucune de leurs caract\u00e9ristiques. C\u2019est un tout autre univers. C\u2019est seulement alors que nous savons avec certitude que le corps, les <em>khandha<\/em> du mental et le <em>citta<\/em> sont tous des r\u00e9alit\u00e9s distinctes et s\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Maha Boowa Traduction de Jeanne Schut Ces commentaires sur la nature du citta sont extraits de diff\u00e9rents enseignements donn\u00e9s par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Mah\u0101 Boowa. Le citta est d\u2019une importance capitale. Il s\u2019agit de la nature connaissante essentielle de l\u2019esprit. C\u2019est une conscience pure et simple&nbsp;: le citta sait, tout simplement. 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