{"id":1887,"date":"2026-05-12T20:31:14","date_gmt":"2026-05-12T20:31:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1887"},"modified":"2026-05-12T20:31:14","modified_gmt":"2026-05-12T20:31:14","slug":"le-bonheur-et-la-soif-du-desir","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/le-bonheur-et-la-soif-du-desir\/","title":{"rendered":"Le bonheur et la soif du d\u00e9sir"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Buddhadasa Bhikkhu<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><em>Traduction de Herv\u00e9 Panchaud<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Enseignement donn\u00e9 par Tan Ajahn Buddhadasa \u00e0 son monast\u00e8re de Suan Mokkh le 7 mai 1986<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;aimerais vous parler de quelque chose que, peut-\u00eatre, la plupart d&rsquo;entre vous ne comprennent pas de fa\u00e7on claire. Bien que vous soyez tous venus ici par int\u00e9r\u00eat pour le bouddhisme, vous pouvez avoir certaines compr\u00e9hensions erron\u00e9es. Pour cette raison, veuillez concentrer votre \u00e9nergie mentale et rendre votre esprit totalement r\u00e9ceptif. Veuillez pr\u00eater une attention particuli\u00e8re \u00e0 ce qui va \u00eatre dit aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons parler du bonheur (<em>sukha<\/em>). Ce mot est ambigu, aussi bien en tha\u00ef qu&rsquo;en pali et m\u00eame en anglais ou en fran\u00e7ais. Dans toutes ces langues, le mot \u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb a une vari\u00e9t\u00e9 de significations. Il est souvent difficile de comprendre \u00e0 quoi les gens font r\u00e9f\u00e9rence quand ils parlent du bonheur. Parce que ce concept est tr\u00e8s flou, il est n\u00e9cessaire de parvenir \u00e0 une bonne compr\u00e9hension de cette notion ; c&rsquo;est pourquoi nous allons parler, aujourd&rsquo;hui, du bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bonheur qui peut \u00eatre ressenti par les gens ordinaires dans leur vie quotidienne est une des conceptions du bonheur. Puis, il existe une autre forme de bonheur, celle qui appara\u00eet par la r\u00e9alisation du but ultime de la vie. Ces deux conceptions sont bien diff\u00e9rentes, mais nous les d\u00e9signons indiff\u00e9remment par le mot \u00ab bonheur \u00bb. G\u00e9n\u00e9ralement, nous m\u00ealons ces deux conceptions, les m\u00e9langeons, prenant l&rsquo;une pour l&rsquo;autre, et nous ne savons presque jamais de quoi nous parlons exactement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Quel genre de bonheur voulez-vous ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici un exemple pour montrer comment l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de ce terme peut causer la confusion. Il est probable que vous soyez venus ici et que vous pratiquiez le Dhamma parce que vous recherchez le bonheur. Votre compr\u00e9hension du bonheur, le bonheur que vous d\u00e9sirez, cependant, n&rsquo;est peut-\u00eatre pas le m\u00eame bonheur que celui qui est le but v\u00e9ritable du bouddhisme et de la pratique du Dhamma. Si la forme de <em>sukha<\/em> (de bonheur) que vous recherchez n&rsquo;est pas cette forme de <em>sukha<\/em> qui na\u00eet de la pratique du Dhamma, nous craignons que vous soyez d\u00e9sappoint\u00e9s, voire tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us, ici. Il est n\u00e9cessaire de d\u00e9velopper une meilleure compr\u00e9hension de ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de ne pas perdre de temps et de faciliter votre compr\u00e9hension, nous allons vous donner un principe simple pour la compr\u00e9hension du bonheur. Le bonheur ordinaire que le commun des mortels recherche est celui qui est ressenti lorsqu&rsquo;une soif particuli\u00e8re ou une envie est satisfaite. C&rsquo;est la signification ordinairement donn\u00e9e au mot \u00ab bonheur \u00bb. Dans le sens du Dhamma, cependant, le bonheur est pr\u00e9sent quand il n&rsquo;y a aucune soif, aucun d\u00e9sir du tout, quand nous sommes totalement libres de toute soif, de tout d\u00e9sir et de toute envie. Pour bien saisir cette notion, faites bien attention \u00e0 la distinction suivante : le bonheur li\u00e9 \u00e0 la satisfaction d&rsquo;une soif et le bonheur li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absence de soif. Pouvez-vous voir la diff\u00e9rence ? Pouvez-vous sentir la distinction entre le bonheur li\u00e9 \u00e0 la soif et le bonheur li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;absence de soif ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce stade, nous allons vous expliquer les mots <em>lokiya <\/em>et<em> lokuttara,<\/em> car ils peuvent nous aider \u00e0 \u00e9clairer le sujet dont nous d\u00e9battons aujourd&rsquo;hui. <em>Lokiya <\/em>signifie \u00ab qui se r\u00e9f\u00e8re aux sujets et aux pr\u00e9occupations du monde \u00bb.<em> Lokiya<\/em>, c&rsquo;est \u00eatre dans le monde, sous le pouvoir et l&rsquo;influence du monde. La traduction habituelle de ce mot est : \u00ab mondain(e) \u00bb, \u00ab mat\u00e9riel(le) \u00bb. <em>Lokuttara <\/em>signifie \u00ab au-dessus du monde \u00bb. C&rsquo;est \u00eatre au-del\u00e0 de l&rsquo;influence du monde. On peut le traduire par \u00ab transcendant \u00bb ou \u00ab supra mondain \u00bb. Maintenant, vous pourrez mieux comparer les deux formes de bonheur : <em>lokiya-sukha<\/em> (bonheur mondain) qui est prisonnier du pouvoir de ce que nous appelons \u00ab le monde \u00bb, qui est soumis \u00e0 ses conditions et \u00e0 ses limites ; et <em>lokuttara-sukha<\/em> (le bonheur transcendant) qui est au-del\u00e0 de toutes les influences du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voyez cette distinction et comprenez la signification de ces deux mots le plus clairement possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devons \u00e9tudier cela au plus pr\u00e8s. <em>Lokiya <\/em>veut dire \u00ab happ\u00e9 par le monde, entra\u00een\u00e9 dans le flot du monde \u00bb, de sorte que ce sont l&rsquo;influence et le pouvoir du monde qui nous dominent. Dans cet \u00e9tat, il n&rsquo;y a pas de libert\u00e9 spirituelle ; il y a une absence d&rsquo;ind\u00e9pendance spirituelle. <em>Lokuttara<\/em> signifie \u00ab libre de l&#8217;emprise du monde \u00bb. C&rsquo;est la libert\u00e9 spirituelle. Aussi, il y a deux formes de bonheur : un bonheur qui n&rsquo;est pas libre et un bonheur ind\u00e9pendant, un bonheur esclave et un bonheur de la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est \u00e0 ce niveau que nous croyons que vous pouvez commettre une erreur de compr\u00e9hension. Si vous \u00eates venus ici \u00e0 la recherche du bonheur du monde mais que vous \u00e9tudiez le bouddhisme qui vous propose une forme diff\u00e9rente de bonheur, vous allez \u00eatre d\u00e9\u00e7us. Vous n&rsquo;allez pas trouver ce que vous d\u00e9sirez. La pratique du Dhamma, qui inclut la pratique approfondie de la m\u00e9ditation, conduit \u00e0 un bonheur au-del\u00e0 du monde et non \u00e0 la forme mondaine du bonheur. Vous devez comprendre cela tr\u00e8s clairement, d\u00e8s le d\u00e9but. Si vous parvenez \u00e0 diff\u00e9rencier ces deux formes de bonheur, alors vous verrez la finalit\u00e9 de Suan Mokkh et vous ne serez pas d\u00e9\u00e7us d&rsquo;\u00eatre ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant, vous devez comprendre la diff\u00e9rence entre ces deux formes de bonheur ; le bonheur qui provient d&rsquo;avoir combl\u00e9 la soif qui nous tiraillait et le bonheur d\u00fb \u00e0 l&rsquo;absence de soif. Comment ceux-ci diff\u00e8rent-ils ? Observez et vous verrez ces choses par vous-m\u00eames. Le bonheur de la soif \u00e9tanch\u00e9e et le bonheur de la non-soif : nous ne pouvons pas expliquer cela de mani\u00e8re plus br\u00e8ve et plus limpide<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">La soif inextinguible<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous observons plus attentivement, nous voyons que le bonheur bas\u00e9 sur la satisfaction de notre soif est sans espoir, qu&rsquo;il ne peut jamais \u00eatre complet, parce que cette soif ne peut jamais \u00eatre vraiment \u00e9tanch\u00e9e. Les choses qui font na\u00eetre cette soif changent en permanence, et de ce fait la soif ressurgit. La soif elle-m\u00eame change et ne peut donc pas \u00eatre \u00e9tanch\u00e9e. Cette situation est sans fin. Le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est englu\u00e9 dans cette forme de bonheur qui vient de ces d\u00e9sirs qui demandent \u00e0 \u00eatre satisfaits. Le monde moderne est pi\u00e9g\u00e9 par ce probl\u00e8me sans fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Imaginez, si vous le pouvez, que vous soyez le seul propri\u00e9taire du monde, de l&rsquo;univers, du cosmos tout entier. Maintenant que vous poss\u00e9dez tout ce qui existe, est-ce que votre soif est assouvie ? Peut-elle \u00eatre assouvie ? Veuillez \u00e9tudier cela en profondeur, avec votre esprit et dans votre esprit. Si vous obteniez tout ce que vous pouvez d\u00e9sirer, au point de poss\u00e9der le monde entier, est-ce que votre soif cesserait ? Ou ressentiriez-vous la soif pour un deuxi\u00e8me monde ? Et ne voudriez-vous pas un troisi\u00e8me monde ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenez bien conscience que la soif ne peut jamais \u00eatre assouvie par nos tentatives de la satisfaire. Malgr\u00e9 cela, le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui continue \u00e0 d\u00e9velopper le type d&rsquo;\u00e9ducation et d&rsquo;\u00e9volution qui ne cherche qu&rsquo;\u00e0 produire des objets toujours plus attrayants et satisfaisants. La technologie et la science moderne sont esclaves de la soif. Notre monde tombe dans ce trou profond qu&rsquo;est l&rsquo;incessante production d&rsquo;objets toujours plus s\u00e9duisants pour essayer de satisfaire notre soif. Mais o\u00f9 allez-vous trouver le bonheur dans un tel monde ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voudrais faire quelques comparaisons pour illustrer comment le bonheur mondain des \u00eatres vivants ordinaires \u00e9volue de phase en phase. Le nouveau-n\u00e9 est heureux quand il est berc\u00e9 dans les bras de sa m\u00e8re dont il peut t\u00e9ter le sein. Cela satisfait le petit enfant jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il grandisse et devienne un peu plus \u00e2g\u00e9. Alors les bras et le lait maternels ne lui suffisent plus. Il apprend \u00e0 appr\u00e9cier d&rsquo;autres nourritures et d&rsquo;autres plaisirs. Maintenant, son bonheur d\u00e9pend des cr\u00e8mes glac\u00e9es, des bonbons et de la nourriture industrielle, des jouets et de l&rsquo;exploration de la maison. Puis il grandit encore et ces jeux-l\u00e0 ne lui suffisent plus : suivant le cas, il voudra jouer au football ou \u00e0 la poup\u00e9e. Ces enfants deviennent ensuite trop grands pour le ballon et la poup\u00e9e ; leur int\u00e9r\u00eat et leur bonheur d&rsquo;adolescents tournent autour des affaires du sexe. Toutes les formes de satisfaction pr\u00e9c\u00e9dentes n&rsquo;ont alors plus aucun int\u00e9r\u00eat. Une fois qu&rsquo;ils sont devenus des jeunes gens, ne vous attendez pas \u00e0 ce qu&rsquo;ils se satisfassent de leurs bonheurs anciens. Maintenant, ils ne pensent plus qu&rsquo;au sexe et aux rendez-vous galants. Finalement, l&rsquo;\u00eatre humain se marie, devient une \u00e9pouse ou un mari et met tous ses d\u00e9sirs et ses espoirs dans la construction d&rsquo;un foyer, dans l&rsquo;accumulation d&rsquo;argent et de possessions mat\u00e9rielles. Alors, il n&rsquo;y a aucune chance qu&rsquo;il se contente de ses petits bonheurs d&rsquo;enfant (\u00e0 moins d&rsquo;\u00eatre rest\u00e9 un gamin attard\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00eatre humain change ainsi, d&rsquo;une \u00e9tape \u00e0 l&rsquo;autre, et le bonheur aussi change, \u00e9tape apr\u00e8s \u00e9tape. C&rsquo;est perp\u00e9tuel et sans fin. La soif se d\u00e9veloppe, \u00e9tape apr\u00e8s \u00e9tape, jusqu&rsquo;\u00e0 la mort. Au-del\u00e0, certains croient qu&rsquo;il y a renaissance en tant que d\u00e9va (\u00eatre c\u00e9leste, comme un ange) : et, l\u00e0 encore, la soif est pr\u00e9sente ; soif c\u00e9leste pour le bonheur des d\u00e9vas. C&rsquo;est sans fin. M\u00eame au ciel avec les dieux ou dans le royaume de Dieu &#8211; si de telles choses existent -, la soif ne cesse pas. Dans le bouddhisme, tout ceci est consid\u00e9r\u00e9 comme des exemples de bonheurs mondains ne menant qu&rsquo;\u00e0 la duperie et \u00e0 la confusion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Mais o\u00f9 donc cesse la soif ?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voudrais demander si, dans le royaume de Dieu o\u00f9 qu&rsquo;il soit, selon les \u00e9critures du christianisme ou des autres religions, lorsque nous sommes aupr\u00e8s de Dieu, la soif et les d\u00e9sirs cessent ou non ? Si le royaume de Dieu est la fin de la soif et du d\u00e9sir, alors, c&rsquo;est la m\u00eame chose que dans l&rsquo;enseignement du bouddhisme : <em>nibbana<\/em>, ou le bonheur qui est au-del\u00e0 du monde, parce que la soif est termin\u00e9e. Mais si nous avons une compr\u00e9hension diff\u00e9rente du royaume de Dieu, si c&rsquo;est un endroit o\u00f9 persiste la soif, alors cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le bouddhisme. D\u00e9sirer sans fin des choses toujours meilleures n&rsquo;est pas l&rsquo;objectif du bouddhisme. Le bouddhisme ne suit pas cette voie, le bouddhisme suit la voie qui m\u00e8ne au-del\u00e0 du monde et des bonheurs mondains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 cette chose que nous nommons \u00ab le monde \u00bb, dans la description qu&rsquo;en fait le bouddhisme, il est divis\u00e9 en de nombreux niveaux, royaumes ou sph\u00e8res. Il y a le monde des \u00eatres humains ordinaires, avec lequel nous sommes familiers, et ses formes humaines de <em>sukha<\/em>. Au-dessus, il y a les nombreux royaumes c\u00e9lestes, l\u00e0 o\u00f9 les d\u00e9vas sont cens\u00e9s vivre. Tout d&rsquo;abord, il y a les sph\u00e8res sensuelles, le <em>kamavacara,<\/em> pour ceux qui ont des d\u00e9sirs sensuels. Ceux-ci sont suppos\u00e9s \u00eatre \u00ab bons \u00bb, du moins meilleurs que le royaume des humains. Ensuite, il y a les sph\u00e8res des Brahma, elles-m\u00eames divis\u00e9es en deux cat\u00e9gories : celles d\u00e9pendants de la forme (la mati\u00e8re) et celles ind\u00e9pendantes de la forme. Celles-ci sont meilleures que les royaumes ordinaires de l&rsquo;existence, mais les \u00eatres qui y vivent ne sont pas encore lib\u00e9r\u00e9s de la soif. Il n&rsquo;y a plus de soif pour les plaisirs sensuels dans le <em>rupavacara<\/em>, les sph\u00e8res physiques, mais les \u00ab \u00eatres \u00bb qui sont l\u00e0 ont encore soif d&rsquo;une existence mat\u00e9rielle. Les \u00ab \u00eatres \u00bb de l&rsquo;<em>arupavacara<\/em>, les sph\u00e8res non mat\u00e9rielles, connaissent la soif, eux aussi. Ils ont soif de choses non mat\u00e9rielles, et non de choses mat\u00e9rielles. Dans chacun de ces niveaux mondains, la soif persiste. Les envies du \u00ab soi \u00bb ne cessent pas. Il y a toujours des choses que le \u00ab soi \u00bb d\u00e9sire. Ces \u00e9tats de bonheur hautement raffin\u00e9s ne parviennent absolument pas \u00e0 transcender le monde. M\u00eame le plus \u00e9lev\u00e9 des royaumes des Brahma est prisonnier du monde, pi\u00e9g\u00e9 par le pouvoir et l&rsquo;influence du d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment parviendrons-nous \u00e0 en finir avec la soif ? Nous devons la circonvenir et la d\u00e9truire. Nous n&rsquo;avons pas besoin de la soif. Nous devons emprunter cet autre chemin, celui de la non-soif. L&rsquo;essence de ce chemin est l&rsquo;absence du sentiment de soi, de \u00ab je \u00bb, de \u00ab mien \u00bb. Ce point est crucial. Quelle connaissance devons-nous avoir, que devons-nous r\u00e9aliser pour mettre fin \u00e0 cette illusion de soi ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est n\u00e9cessaire de comprendre cette connexion entre la fin de la soif et la cessation de l&rsquo;illusion du \u00ab soi \u00bb. Dans toutes les situations mondaines, il y a toujours un soi, un \u00ab je \u00bb qui a soif et qui tente d&rsquo;\u00e9tancher sa soif. M\u00eame si ce \u00ab soi \u00bb est au niveau c\u00e9leste le plus \u00e9lev\u00e9 o\u00f9 la soif est la plus subtile qui soit, il y a cependant un soi assoiff\u00e9 cherchant \u00e0 satisfaire sa soif. La soif persiste tant qu&rsquo;un soi cherche \u00e0 satisfaire ses d\u00e9sirs sans jamais y parvenir vraiment. En examinant tous ces niveaux de d\u00e9sirs et de bonheur, nous voyons que le probl\u00e8me de la soif est insoluble. Pourquoi ? Parce que le \u00ab soi \u00bb n&rsquo;est pas solutionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Le meilleur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parvenus \u00e0 ce stade, vous devez vous familiariser avec ce que nous appelons \u00ab le bien \u00bb ou \u00ab le meilleur \u00bb. Vous avez tous votre propre id\u00e9e sur ce qu&rsquo;est \u00ab le meilleur \u00bb et vous estimez que vous m\u00e9ritez d&rsquo;obtenir ce \u00ab meilleur \u00bb. Pouss\u00e9s par votre soif, vous courez uniquement apr\u00e8s \u00ab le meilleur \u00bb! Quelle que soit la chose que vous identifiez comme \u00ab la meilleure \u00bb &#8211; que ce soit une journ\u00e9e \u00e0 la plage ou cinq minutes de r\u00e9pit dans le tumulte de votre esprit &#8211; voil\u00e0 \u00e0 quoi votre soif s&rsquo;accroche. M\u00eame quand vous baignez dans le rayonnement de Dieu, la soif pour le meilleur ne s&rsquo;arr\u00eate jamais. Nous d\u00e9sirons une forme de \u00ab meilleur \u00bb, mais aussit\u00f4t que nous l&rsquo;atteignons, notre soif cherche apr\u00e8s un \u00ab meilleur encore meilleur \u00bb. C&rsquo;est sans fin tant qu&rsquo;il y a un \u00ab soi \u00bb qui veut le meilleur. Le meilleur n&rsquo;est pas un point final ; nous ne pouvons pas le choisir pour but ultime. Nous parlons sans cesse du \u00ab meilleur \u00bb ou du <em>summum bonum,<\/em> mais les significations que nous lui donnons sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes : le meilleur des enfants, des adolescents, des adultes et des plus anciens, le meilleur du monde ou de la religion. Pourtant, chacune de ces conceptions du \u00ab meilleur \u00bb nous rend plus assoiff\u00e9s encore &#8211; assoiff\u00e9s de mani\u00e8re raffin\u00e9e, profonde et subtile. Nous ne pouvons jamais nous arr\u00eater et nous reposer dans un de ces \u00ab meilleurs \u00bb, parce qu&rsquo;ils sont tous <em>lokiya-sukha<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Le meilleur \u00bb ne va jamais seul. Il ne peut aller o\u00f9 que ce soit sans son compagnon, \u00ab le pire&nbsp;\u00bb. En voulant nous agripper au \u00ab meilleur \u00bb, nous devons aussi supporter le pire. Ainsi, notre obsession \u00e0 vouloir obtenir le meilleur entra\u00eene la perp\u00e9tuation de notre soif. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une voie pour en sortir. Si nous continuons \u00e0 chercher <em>sukha<\/em> dans ce monde, jamais nous ne le trouverons. Nous devons aller dans l&rsquo;autre direction, nous tourner vers <em>lokuttara-sukha<\/em>. La soif doit cesser, m\u00eame la soif pour le meilleur. Le mal est une forme de perturbation. Le bien en est une autre forme. Pour \u00eatre vraiment libre de toute souffrance, l&rsquo;esprit doit se situer au-dessus du bien et du mal, au-dessus du meilleur et du pire &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il doit demeurer dans la vacuit\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;oppos\u00e9 du bonheur mondain. C&rsquo;est <em>lokuttara-sukha<\/em>, le bonheur transcendant libre de tout soi avide. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre voie pour \u00e9chapper \u00e0 <em>dukkha<\/em> que d&rsquo;aller du mal vers le bien, puis du bien vers la vacuit\u00e9. Dans la vacuit\u00e9, la soif cesse et vient le bonheur v\u00e9ritable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">L&rsquo;arbre de la connaissance du bien et du mal<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceux d&rsquo;entre vous qui \u00eates chr\u00e9tiens ou qui avez lu la Bible sont familiaris\u00e9s avec cette histoire de l&rsquo;arbre de la connaissance du bien et du mal qui appara\u00eet au d\u00e9but de la Gen\u00e8se. Elle explique comment Dieu interdit \u00e0 Adam et Eve de manger le fruit de l&rsquo;arbre de la connaissance du bien et du mal. Il les pr\u00e9vient qu&rsquo;ils mourraient s&rsquo;ils d\u00e9sob\u00e9issaient. Si vous comprenez la signification de ce passage, vous comprendrez le c\u0153ur du bouddhisme. Quand il n&rsquo;y a pas la connaissance du bien et du mal, nous ne nous y attachons pas, nous sommes libres, exempts de <em>dukkha<\/em>. Une fois que nous rencontrons le bien et le mal, nous nous attachons \u00e0 eux et alors, nous devons subir <em>dukkha<\/em>. Le fruit de cet arbre est cet attachement au bien et au mal. Ceci cause <em>dukkha <\/em>et<em> dukkha,<\/em> c&rsquo;est la mort, la mort spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enfants d&rsquo;Adam ont travers\u00e9 les \u00e2ges jusqu&rsquo;\u00e0 nous, portant ce fardeau de la connaissance du bien et du mal, le fardeau de ce \u00ab soi \u00bb qui s&rsquo;attache au bien et au mal, et qui souffre de cette mort spirituelle. Nous identifions certaines choses au bien et nous nous y attachons. Nous identifions certaines choses au mal et nous voulons nous en d\u00e9faire. C&rsquo;est cela la mort contre laquelle Dieu mettait en garde. Alors tiendrez-vous compte de son avertissement ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant que nous sommes h\u00e9ritiers de ce fardeau, qu&rsquo;allons-nous en faire ? Continuer \u00e0 courir apr\u00e8s la satisfaction de notre soif pour \u00ab le meilleur \u00bb, c&rsquo;est tout simplement perp\u00e9tuer le cycle de la naissance et de la mort. Le bouddhisme, quant \u00e0 lui, n&rsquo;est pas concern\u00e9 par le royaume de <em>lokiya-sukha <\/em>(le bonheur dans le monde), du bien, du mieux et du meilleur. La solution propos\u00e9e par le bouddhisme est d&rsquo;\u00eatre au-del\u00e0 du bien et du mal, dans la vacuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Veuillez comprendre que \u00ab le meilleur \u00bb n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il y a de plus \u00e9lev\u00e9, de plus pur. Si vous parlez de Dieu, comme \u00e9tant le bien supr\u00eame, les bouddhistes ne pourront accepter votre id\u00e9e. Dire que Dieu, l&rsquo;entit\u00e9 la plus \u00e9lev\u00e9e dans l&rsquo;univers, est la somme de tout ce qui est bon, ou qu&rsquo;Il est la quintessence du bien, c&rsquo;est enfermer Dieu, le Supr\u00eame, dans la dualit\u00e9. Les bouddhistes ne peuvent souscrire \u00e0 cela. Le Dieu de la Bible, lui-m\u00eame, dit que si nous connaissons le bien et le mal, alors nous devons mourir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous disons, cependant, que Dieu &#8211; si nous choisissons d&#8217;employer ce mot &#8211; est au-del\u00e0 du bien et du mal, alors les bouddhistes peuvent \u00eatre d&rsquo;accord. Dans le bouddhisme, l&rsquo;objectif est de transcender \u00e0 la fois le bien et le mal, et r\u00e9aliser ainsi la vacuit\u00e9 &#8211; l&rsquo;absence de \u00ab je \u00bb, de \u00ab mien \u00bb, de \u00ab moi-m\u00eame \u00bb. Si nous ne connaissons pas le bien et le mal, nous ne pouvons pas nous y attacher, et ainsi il n&rsquo;y a pas de <em>dukkha<\/em>. Ou, si nous connaissons le bien et le mal, mais que nous ne nous y attachons pas, alors il n&rsquo;y a pas non plus de <em>dukkha<\/em>. Ainsi, le plus haut degr\u00e9 pour l&rsquo;humanit\u00e9 se situe au-del\u00e0 du bien.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Au-dessus et au-del\u00e0 du bien<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 du bien, il n&rsquo;y a rien pour attiser la soif et personne qui ait soif. La soif cesse. Le \u00ab je \u00bb qui conna\u00eet la soif, et tous ses d\u00e9sirs disparaissent dans la vacuit\u00e9 &#8211; l&rsquo;absence de soi et d&rsquo;\u00e2me. Cette vacuit\u00e9 est le but de la pratique du Dhamma. Elle est la voie qui transcende le cycle sans fin de la soif et du bonheur mondains. C&rsquo;est le Supr\u00eame, l&rsquo;aboutissement du bouddhisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qu&rsquo;il faut observer, c&rsquo;est qu&rsquo;il est impossible de s&rsquo;attacher au bien et au mal quand il n&rsquo;y a pas la connaissance du bien et du mal. Et, quand il n&rsquo;y a pas d&rsquo;attachement, il n&rsquo;y a pas de <em>dukkha<\/em>, pas de probl\u00e8me. Par contre, une fois que le fruit de l&rsquo;arbre de la connaissance du bien et du mal a \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9, il y a connaissance du bien et du mal. Que se passe-t-il alors ? Si nous manquons de sagesse pour savoir que nous ne devons pas nous attacher au bien et au mal, nous allons nous attacher au bien et au mal des gens ordinaires. Alors surviennent <em>dukkha<\/em> et son cort\u00e8ge de tous les probl\u00e8mes de la vie. Voil\u00e0 la cons\u00e9quence d&rsquo;avoir mang\u00e9 ce fruit : attachement, souffrance et mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois qu&rsquo;il y a cette connaissance, il n&rsquo;y a aucune possibilit\u00e9 de revenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;innocence initial, quand le bien et le mal n&rsquo;\u00e9taient pas encore connus. Apr\u00e8s l&rsquo;apparition de cette connaissance, apr\u00e8s que le fruit ait \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9, nous devons aller de l&rsquo;avant afin de bien comprendre qu&rsquo;il ne faut pas s&rsquo;attacher \u00e0 ce bien et ce mal. Il est de notre devoir et de notre responsabilit\u00e9 d&rsquo;apprendre cela, de ne pas s&rsquo;attacher au bien et au mal parce qu&rsquo;ils sont impermanents (<em>anicca<\/em>), insatisfaisants (<em>dukkha<\/em>) et n&rsquo;ont pas de soi propre (<em>anatta<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bien et le mal sont <em>anicca, dukkha et anatta<\/em>. Quand il y a une connaissance juste du bien et du mal, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;attachement. Alors, il n&rsquo;y a pas de mort, comme au temps d&rsquo;Adam et d&rsquo;Eve avant qu&rsquo;ils n&rsquo;aient mang\u00e9 le fruit. Nous avons tous mang\u00e9 ce fruit ; nous connaissons tous le bien et mal. Il n&rsquo;y a aucune possibilit\u00e9 pour nous de retourner \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;innocence initial. Au lieu de cela, notre devoir est d&rsquo;apprendre \u00e0 ne pas nous attacher au bien et au mal. Nous ne devons pas nous y attacher ! Veuillez avoir la sagesse de comprendre ceci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne vous attachez pas au bien et au mal. Apprenez \u00e0 les conna\u00eetre afin de ne jamais vous y attacher. C&rsquo;est le c\u0153ur du bouddhisme et l&rsquo;essence du christianisme. Ces deux religions enseignent la m\u00eame chose, m\u00eame si les gens l&rsquo;interpr\u00e8tent d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente. Si vous comprenez cela, vous aurez la cl\u00e9 du v\u00e9ritable bonheur n\u00e9 de la lib\u00e9ration de la soif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous pouvez voir que si vous vous attachez au bien, vous avez soif de bien. Si vous avez quelque chose de mieux, votre soif se dirigera vers ce qui est mieux. Si vous avez ce qui est le meilleur, alors vous avez soif du meilleur. Peu importe de quel \u00ab meilleur \u00bb il s&rsquo;agit, il attisera la soif pareillement. Nous avons soif du meilleur et, in\u00e9vitablement, cette soif est le probl\u00e8me qui m\u00e8ne \u00e0 <em>dukkha<\/em>. Peu importe l&rsquo;intensit\u00e9 de la soif, elle causera une forme de <em>dukkha<\/em>. Une soif grossi\u00e8re nous affecte de fa\u00e7on brutale, mais m\u00eame la soif la plus subtile &#8211; si l\u00e9g\u00e8re qu&rsquo;elle ne peut \u00eatre vue ou comprise &#8211; nous blessera d&rsquo;une mani\u00e8re subtile que nous ne pourrons m\u00eame pas voir. S&rsquo;il y a soif, il y aura <em>dukkha<\/em>. La vie sera troubl\u00e9e et perturb\u00e9e, rendant impossibles la paix et le bonheur parfaits.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">La vacuit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est pourquoi le bouddhisme enseigne la vacuit\u00e9 (<em>su\u00f1\u00f1ata<\/em>) &#8211; l&rsquo;absence de \u00ab je \u00bb, de \u00ab mien \u00bb &#8211; qui transcende le meilleur. Si nous avons cette connaissance de l&rsquo;au-del\u00e0 du meilleur, de la vacuit\u00e9 qui n&rsquo;est ni le bien, ni le mal, il n&rsquo;y a pas de probl\u00e8me. Dans <em>su\u00f1\u00f1ata<\/em>, il n&rsquo;y a pas de soif. M\u00eame la plus subtile forme de soif dispara\u00eet. L\u00e0, <em>dukkha<\/em> cesse et il ne reste que la v\u00e9ritable paix spirituelle. C&rsquo;est le but ultime. Tant que subsiste la plus petite soif, le but ultime ne peut \u00eatre atteint. D\u00e8s que toute soif a \u00e9t\u00e9 \u00e9teinte, et avec elle tous les probl\u00e8mes et toutes les formes de <em>dukkha<\/em>, la v\u00e9ritable \u00e9mancipation devient \u00e9vidente. L&rsquo;\u00e9mancipation dans le bouddhisme, c&rsquo;est cette libert\u00e9 de toute soif, qui na\u00eet de la r\u00e9alisation de <em>su\u00f1\u00f1ata<\/em> (la vacuit\u00e9). Je vous prie d&rsquo;\u00e9tudier cela jusqu&rsquo;\u00e0 ce que votre vie soit compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9e de toute soif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Soif naturelle et soif inutile<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Revenons un peu en arri\u00e8re et regardons d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s ce que nous nommons \u00ab la soif \u00bb. Nous devons savoir qu&rsquo;il y a deux types de soif. En premier, il y a la soif physique, mat\u00e9rielle, qui est un processus naturel de la vie. Le corps ressent instinctivement des soifs concernant les besoins naturels : v\u00eatements, nourriture, logement, rem\u00e8des, exercice. Cette forme de soif n&rsquo;est pas un probl\u00e8me. Elle n&rsquo;entra\u00eene pas de <em>dukkha<\/em> et peut \u00eatre satisfaite sans causer de <em>dukkha<\/em>. Puis, il y a la seconde sorte de soif, que nous appelons \u00ab la soif mentale \u00bb. C&rsquo;est la soif des pens\u00e9es n\u00e9es de l&rsquo;attachement. La soif physique n&rsquo;a pas d&rsquo;importance et ne cause pas de probl\u00e8me. M\u00eame les animaux ressentent cette soif physique, et ils essaient de l&rsquo;apaiser en fonction de ce qu&rsquo;ils trouvent pour se d\u00e9salt\u00e9rer. La soif mentale, cependant, qui est inexorablement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ignorance (<em>avijja<\/em>) et \u00e0 l&rsquo;attachement (<em>upadanna<\/em>), d\u00e9truit la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et le calme de l&rsquo;esprit &#8211; qui sont le vrai bonheur et la paix &#8211; en apportant <em>dukkha<\/em> \u2013 la souffrance ou insatisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre probl\u00e8me \u00e0 nous, \u00eatres humains, c&rsquo;est que notre esprit s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 bien plus que celui des animaux. La conscience animale n&rsquo;a pas appris comment transformer la soif physique en soif mentale. Ils ne s&rsquo;attachent pas \u00e0 leurs soifs instinctives comme nous le faisons &#8211; aussi sont-ils libres de <em>dukkha<\/em>, caus\u00e9e par la soif, l&rsquo;avidit\u00e9 (<em>tanha<\/em>) et l&rsquo;attachement (<em>upadana<\/em>). L&rsquo;esprit humain est plus \u00e9volu\u00e9 et donc souffre d&rsquo;une forme de soif plus \u00e9volu\u00e9e. A travers l&rsquo;attachement, l&rsquo;esprit humain conna\u00eet la soif spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devons faire la diff\u00e9rence entre ces deux formes de soifs. La soif physique peut \u00eatre \u00e9tanch\u00e9e facilement. Un jour de labeur peut suffire \u00e0 satisfaire nos besoins corporels pour plusieurs jours. Avec la conscience et la sagesse, la soif physique n&rsquo;est pas un probl\u00e8me. Elle n&rsquo;est pas b\u00eatement transform\u00e9e en <em>dukkha<\/em>. Quand la soif appara\u00eet, il s&rsquo;agit juste de voir que c&rsquo;est <em>tathata <\/em>(l&rsquo;ainsit\u00e9), \u00ab c&rsquo;est ainsi \u00bb et c&rsquo;est tout. Le corps poss\u00e8de un syst\u00e8me nerveux. Quand il vient \u00e0 manquer de quelque chose qui lui est n\u00e9cessaire, cela suscite une certaine tension que nous appelons \u00ab soif \u00bb. Il n&rsquo;y a que cela &#8211; l&rsquo;ainsit\u00e9. Il ne faut pas la transformer en une soif spirituelle en nous y attachant, en disant : \u00ab ma soif \u00bb, \u00ab je suis celui qui a soif \u00bb. Ce serait tr\u00e8s dangereux, car ceci provoquerait beaucoup de <em>dukkha<\/em>. Quand le corps a soif, qu&rsquo;il a faim, il faut se rassasier calmement et en pleine conscience. Ainsi la soif physique ne vient pas perturber l&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La soif est seulement un probl\u00e8me mental. L&rsquo;esprit humain, sup\u00e9rieurement d\u00e9velopp\u00e9, transforme la soif en une soif mentale du fait de l&rsquo;attachement. Il y a des ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux &#8211; <em>tanha <\/em>(la soif du d\u00e9sir, l&rsquo;avidit\u00e9) et<em> upadanna<\/em> (l&rsquo;attachement) &#8211; qui ne nous laissent pas en paix. M\u00eame si nous \u00e9tions milliardaires avec des maisons pleines de tous les biens de consommation et les poches pleines d&rsquo;argent, nous serions toujours mentalement assoiff\u00e9s. Plus nous consommons, plus grande est notre soif. Quoi que nous fassions pour satisfaire notre soif mentale, elle se d\u00e9veloppera, prendra de l&rsquo;ampleur et viendra nous perturber encore davantage. M\u00eame les milliardaires ressentent cette soif spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, que pouvons-nous faire pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me ? Il y a une loi du Dhamma selon laquelle mettre fin \u00e0 cette soif insens\u00e9e restaure la paix de l&rsquo;esprit, le bonheur serein et la lib\u00e9ration de toute perturbation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La soif physique ne doit pas nous tracasser. Il est facile d&rsquo;en prendre soin, de trouver quelque chose pour l&rsquo;\u00e9tancher. La soif mentale, cependant, est un probl\u00e8me tout autre. Plus nous buvons et plus nous avons soif. C&rsquo;est le probl\u00e8me qui nous happe ; nous sommes agit\u00e9s, agac\u00e9s, tiraill\u00e9s par cette forme de soif. Quand rien ne vient perturber l&rsquo;esprit, alors nous connaissons la vraie f\u00e9licit\u00e9. Cela pourra vous para\u00eetre \u00e9tonnant, mais le vrai bonheur c&rsquo;est l&rsquo;absence de toute perturbation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes s\u00fbrs que chacun de vous est tracass\u00e9 par des esp\u00e9rances et des souhaits. Vous \u00eates venus ici, avec vos espoirs et vos attentes. Ces espoirs, ces souhaits et ces attentes sont autant de nouvelles soifs mentales ; aussi, soyez-y tr\u00e8s attentifs. Ne les laissez pas devenir un danger ! Trouvez le moyen de calmer vos attentes et vos espoirs. Vivez dans <em>sati-pa\u00f1\u00f1a<\/em> (la pr\u00e9sence attentive doubl\u00e9e de sagesse) ; ne vivez pas dans l&rsquo;esp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Habituellement, nous apprenons aux enfants \u00e0 formuler des souhaits &#8211; \u00ab faire un v\u0153u \u00bb, \u00ab vivre un impossible r\u00eave \u00bb. Mais ce n&rsquo;est pas une bonne chose. Pourquoi leur apprenons-nous \u00e0 vivre dans la soif ? C&rsquo;est semer le tourment en eux au point de leur causer des douleurs physiques, des maladies et la mort. Il sera plus profitable de leur apprendre \u00e0 vivre sans la soif spirituelle. Vivez avec <em>sati-pa\u00f1\u00f1a<\/em>, faites ce qui doit \u00eatre fait, mais n&rsquo;esp\u00e9rez pas, ne r\u00eavez pas, n&rsquo;attendez rien. Les espoirs ne sont rien de plus que des soifs mentales spirituelles. Apprenez aux enfants \u00e0 ne pas s&rsquo;attacher. S&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune soif, ni physique, ni spirituelle, quel bonheur cela serait ! Il n&rsquo;y a pas de bonheur plus grand. Vous comprenez ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);text-transform:none\">Trois formes de solitude<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, nous voudrions vous parler des b\u00e9n\u00e9fices de la cessation de la soif. Pour ce faire, nous allons vous demander d&rsquo;apprendre un mot pali de plus. \u00c9coutez attentivement et retenez ceci, car c&rsquo;est un des mots les plus importants ; <em>Viveka<\/em> en pali, <em>vivek<\/em> en tha\u00ef. <em>Viveka <\/em>peut \u00eatre traduit par \u00ab la plus grande des solitudes \u00bb, \u00ab l&rsquo;unicit\u00e9 parfaite \u00bb, \u00ab la compl\u00e8te solitude \u00bb. Parce que beaucoup de gens n&rsquo;ont pas correctement saisi la signification de ce terme, celui-ci ne vous est pas tr\u00e8s familier. D&rsquo;abord, retenez que <em>viveka <\/em>a trois niveaux de compr\u00e9hension. 1)<em>Viveka <\/em>physique (<em>kaya-viveka),<\/em> quand rien ne vient perturber le niveau de la vie physique. 2)<em>Viveka <\/em>mental (<em>citta-viveka<\/em>), quand aucune \u00e9motion ne vient perturber l&rsquo;esprit, quand l&rsquo;esprit n&rsquo;est plus d\u00e9rang\u00e9 par des choses comme la convoitise sexuelle, la haine, la frustration, l&rsquo;envie, la sentimentalit\u00e9 et l&rsquo;amour. Ce <em>viveka <\/em>mental peut \u00eatre exp\u00e9riment\u00e9 m\u00eame au beau milieu d&rsquo;une foule bruyante ; il n&rsquo;est pas d\u00e9pendant de la solitude physique. 3) Viveka spirituel (<em>upadhi-viveka<\/em>), quand aucune sensation, aucune pens\u00e9e d&rsquo;attachement \u00e0 un \u00ab je \u00bb, un \u00ab mien \u00bb, une \u00ab \u00e2me \u00bb ou \u00ab moi-m\u00eame \u00bb ne vient perturber l&rsquo;esprit. Si ces trois niveaux sont r\u00e9unis, vous serez vraiment seuls et libres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00catre simplement lib\u00e9r\u00e9 des perturbations physiques, alors que les \u00e9motions continuent \u00e0 agacer l&rsquo;esprit, ce n&rsquo;est pas <em>viveka<\/em>. Beaucoup de m\u00e9ditants se pr\u00e9cipitent dans les for\u00eats ou au fond d&rsquo;une grotte pour trouver la solitude, mais ils emportent avec eux leurs \u00e9motions. Ils ne pourront alors trouver ce qu&rsquo;ils recherchent. Ils ne conna\u00eetront pas le vrai bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les \u00e9motions ne viennent pas les perturber, mais qu&rsquo;ils sont assaillis par des sentiments de \u00ab je \u00bb, \u00ab moi \u00bb et \u00ab mien \u00bb, ils ne conna\u00eetront pas <em>viveka <\/em>non plus. Il doit n&rsquo;y avoir aucun sentiment de \u00ab je \u00bb, \u00ab moi \u00bb, \u00ab mien \u00bb. Alors, il n&rsquo;y aura aucune soif d&rsquo;aucune sorte, ni aucun espoir pour les perturber. C&rsquo;est cela la solitude. L&rsquo;esprit est parfaitement seul. C&rsquo;est ce bonheur qui est le but du bouddhisme. C&rsquo;est <em>vimutti<\/em> (l&rsquo;\u00e9mancipation) au plus haut niveau du bouddhisme. L&rsquo;objectif final du bouddhisme, la plus haute lib\u00e9ration, ce n&rsquo;est pas un esprit qui serait simplement heureux et calme. Le but ultime du bouddhisme, c&rsquo;est la totale lib\u00e9ration de tous les attachements, de tous les liens \u00e0 \u00ab je \u00bb, \u00ab moi \u00bb, \u00ab mien \u00bb. Nous souhaitons que vous ayez connaissance de ces trois niveaux de <em>viveka<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si vous \u00eates capables de pratiquer la pleine conscience de la respiration compl\u00e8tement et correctement, au travers de ses seize stades ou \u00e9tapes, alors vous d\u00e9couvrirez ces trois niveaux de <em>viveka.<\/em> Vous d\u00e9couvrirez le bonheur de ne plus jamais \u00eatre tourment\u00e9 \u00e0 nouveau par la soif. Mais si vous n&rsquo;aimez pas cette forme de bonheur, si vous lui pr\u00e9f\u00e9rez le bonheur de r\u00e9pondre \u00e0 la soif, de combler vos d\u00e9sirs, vous n&rsquo;apprendrez rien, ici, qui puisse vous \u00eatre utile. Cela ne vous sera d&rsquo;aucune aide, car le but du bouddhisme est d&rsquo;\u00e9liminer cette forme de bonheur et de plaisir qui d\u00e9pend des choses pour \u00e9tancher sa soif. Nous, nous voulons que cela cesse. Nous avons besoin de cette forme de <em>viveka<\/em> qui n&rsquo;est jamais perturb\u00e9e par la soif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est ce que nous craignons que vous ayez, peut-\u00eatre, mal compris. Si vous ne comprenez pas la conception bouddhiste du bonheur, vous risquez d&rsquo;attendre quelque chose que le bouddhisme ne peut pas vous offrir. Aussi, vous serez d\u00e9\u00e7us. Vous perdrez votre temps, ici. Si vous voulez le bonheur qui vient de la satisfaction de la soif, nous n&rsquo;avons rien pour vous ici. Mais si vous voulez le bonheur n\u00e9 de l&rsquo;absence de toute soif, nous avons des choses \u00e0 partager &#8211; et c&rsquo;est ce que nous venons de faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous esp\u00e9rons que vous rencontrerez le succ\u00e8s dans votre pratique et dans le d\u00e9veloppement de la pleine conscience de la respiration. Alors, vous recevrez le v\u00e9ritable bonheur n\u00e9 de l&rsquo;absence totale de soif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Merci d&rsquo;\u00eatre venus \u00e0 Suan Mokkh ; puissiez-vous en retirer tout le bienfait possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Buddhadasa Bhikkhu Traduction de Herv\u00e9 Panchaud Enseignement donn\u00e9 par Tan Ajahn Buddhadasa \u00e0 son monast\u00e8re de Suan Mokkh le 7 mai 1986 Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;aimerais vous parler de quelque chose que, peut-\u00eatre, la plupart d&rsquo;entre vous ne comprennent pas de fa\u00e7on claire. 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