{"id":1975,"date":"2026-05-14T13:04:42","date_gmt":"2026-05-14T13:04:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1975"},"modified":"2026-05-14T13:04:42","modified_gmt":"2026-05-14T13:04:42","slug":"les-fondamentaux-du-bouddhisme","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/les-fondamentaux-du-bouddhisme\/","title":{"rendered":"Les fondamentaux du bouddhisme"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Pa\u00f1\u00f1avaddho<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nature fondamentale du bouddhisme est bas\u00e9e sur l\u2019\u00eatre humain, sur ce qu\u2019est l\u2019\u00eatre humain. Le Bouddha d\u00e9couvrit qu\u2019il y avait un malaise fondamental que tous les \u00eatres humains partageaient&nbsp;: l\u2019insatisfaction. Tout le monde est insatisfait, personne ne sait se contenter de ce qu\u2019il a, et c\u2019est cette insatisfaction qui nous pousse \u00e0 faire tout ce que nous faisons&nbsp;; nous agissons dans l\u2019espoir d\u2019obtenir toujours plus de satisfaction. Il arrive que l\u2019insatisfaction atteigne le degr\u00e9 d\u2019une v\u00e9ritable souffrance&nbsp;; d\u2019autres fois, il ne s\u2019agit que d\u2019une l\u00e9g\u00e8re irritation mais, dans tous les cas, elle est pr\u00e9sente. Voil\u00e0 ce que le Bouddha consid\u00e9ra comme le probl\u00e8me fondamental commun \u00e0 toute l\u2019humanit\u00e9. Chacun essaie de surmonter ce malaise, tout le temps, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, bouddhiste ou pas. C\u2019est notre probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha analysa cette question et vit qu\u2019\u00e0 l\u2019origine de notre malaise il y avait le d\u00e9sir&nbsp;: l\u2019envie d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre toujours plus. Parall\u00e8lement au d\u00e9sir, il y a l\u2019esprit qui s\u2019\u00e9vade constamment \u00e0 la recherche de nouveaux objets de d\u00e9sir jusqu\u2019\u00e0 ce que le d\u00e9sir apparaisse. L\u2019esprit veut obtenir ceci, s\u2019emparer de cela, essayant ainsi de satisfaire son insatisfaction. Le probl\u00e8me est que, quand il essaie de s\u2019emparer de quelque chose avec cette avidit\u00e9, il cr\u00e9e un \u00e9tat d\u2019attachement vis-\u00e0-vis de l\u2019objet recherch\u00e9. Quand il obtient des choses qu\u2019il aime, il en veut toujours plus et s\u2019y attache&nbsp;; et quand il rencontre des choses qu\u2019il n\u2019aime pas, il essaie de s\u2019en d\u00e9barrasser et s\u2019attache aussi au rejet de ces choses. Quand nous sommes victimes de tous ces attachements, notre vie suit des rails pos\u00e9s dans le pass\u00e9. Autrement dit, nous avons eu l\u2019occasion de cr\u00e9er des attachements, positifs ou n\u00e9gatifs, vis-\u00e0-vis de toutes sortes de choses, et ces attachements refont constamment surface ; ils prennent le contr\u00f4le de notre vie et nous m\u00e8nent toujours dans la m\u00eame direction. C\u2019est ainsi que nous avan\u00e7ons tout le temps et, quand nous arrivons au terme de notre vie, il reste quelque chose de ce qui nous habite, des graines que nous avons plant\u00e9es par nos actes. Ces r\u00e9sidus se saisissent d\u2019une nouvelle vie et c\u2019est ainsi que nous continuons&nbsp;: nous revenons dans une nouvelle vie et la m\u00eame chose se reproduit encore et encore, de vie en vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La plupart des gens voudraient que la vie ne s\u2019arr\u00eate jamais. Pourtant, s\u2019ils comprenaient vraiment la nature de la vie, ils verraient les choses diff\u00e9remment. Ils verraient que la seule chose \u00e0 faire est d\u2019essayer de mettre un terme \u00e0 ce cycle, d\u2019essayer d\u2019obtenir une v\u00e9ritable satisfaction. Le probl\u00e8me est que nous d\u00e9sirons toujours des choses bas\u00e9es sur des <em>kilesa<\/em>, des pollutions mentales, les principales \u00e9tant l\u2019avidit\u00e9, l\u2019aversion et l\u2019ignorance de la r\u00e9alit\u00e9 des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout cela a pour cause une incompr\u00e9hension fondamentale. Nous ne comprenons pas la r\u00e9alit\u00e9 des choses, nous ne comprenons pas ce que nous sommes, pourquoi nous sommes l\u00e0, d\u2019o\u00f9 nous venons ni o\u00f9 nous allons. Quand les gens ne comprennent pas cela, ils font des suppositions&nbsp;: ils supposent que telle ou telle attitude est correcte&nbsp;; que si tout le monde suit une certaine voie c\u2019est qu\u2019elle est juste&nbsp;; que s\u2019ils voient quelque chose qui leur pla\u00eet, ils doivent essayer de se l\u2019approprier parce que \u00e7a les rendra heureux. Ils font ensuite ce qu\u2019il faut pour l\u2019obtenir mais ne sont satisfaits que pendant un temps. Tr\u00e8s vite, la vieille habitude du d\u00e9sir se r\u00e9veille et ils recommencent \u00e0 agir de la m\u00eame fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand les gens prennent conscience de leur insatisfaction et qu\u2019ils cherchent sinc\u00e8rement \u00e0 gu\u00e9rir de cette v\u00e9ritable maladie, ils utilisent la m\u00e9thode de cause \u00e0 effet que le Bouddha a d\u00e9montr\u00e9e. Ils sont insatisfaits ou m\u00e9contents et veulent se d\u00e9barrasser de ce sentiment. Que vont-ils pouvoir faire&nbsp;? Normalement, quand ils pensent \u00e0 quelque chose, ils le font ou l\u2019obtiennent, selon ce dont il s\u2019agit mais, s\u2019ils ont du discernement, ils vont comprendre la situation, agir correctement et, peu \u00e0 peu, se lib\u00e9rer de leur insatisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me, c\u2019est que les gens ne le comprennent pas et continuent \u00e0 agir de mani\u00e8re incorrecte parce qu\u2019ils ne savent pas. C\u2019est ce que le Bouddha a per\u00e7u et, dans sa grande sagesse, il a vu quelle \u00e9tait la mani\u00e8re correcte d\u2019agir et comment en finir avec cette situation. La mani\u00e8re correcte consiste \u00e0 se d\u00e9barrasser de l\u2019attachement et du d\u00e9sir qui nous habitent car, si nous demeurons attach\u00e9s, nous continuons \u00e0 nous comporter toujours de la m\u00eame fa\u00e7on. Le d\u00e9sir engendre l\u2019attachement et l\u2019attachement vient du d\u00e9sir&nbsp;; ce que nous devons donc faire, c\u2019est \u00e9liminer ce d\u00e9sir en allant \u00e0 sa racine, \u00e0 sa cause.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous observons bien, nous voyons que le d\u00e9sir na\u00eet des sensations et des sentiments. Nous nous sentons insatisfaits, irrit\u00e9s, perturb\u00e9s et, quand nous prenons conscience de ce sentiment, le d\u00e9sir de nous en lib\u00e9rer appara\u00eet. Pour y arriver, nous agissons alors comme nous l\u2019estimons juste. Si nous avons assez de sagesse pour agir correctement \u00e0 ce moment-l\u00e0, nous y parviendrons. Malheureusement, quand l\u2019insatisfaction est le fruit d\u2019un sentiment d\u00e9plaisant, ce sentiment engendre le d\u00e9sir et nous avons tendance \u00e0 nous engager aussit\u00f4t sur la mauvaise voie, \u00e0 prendre la mauvaise direction. Cette direction, que prennent la plupart des gens, ne m\u00e8ne pas \u00e0 la gu\u00e9rison et c\u2019est pourquoi il y a tant de probl\u00e8mes dans le monde. Inutile de d\u00e9velopper ce point-l\u00e0, vous savez tous ce que je veux dire. Les probl\u00e8mes du monde ont toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, et cela continuera parce que les pollutions mentales qui en sont la cause sont en nous. Si elles sont en nous, il est in\u00e9vitable qu\u2019il y ait tout le temps des probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le Bouddha nous a montr\u00e9 une autre voie. Nous pouvons apprendre \u00e0 chercher un rem\u00e8de en prenant, autant que possible, la bonne direction. Ayant appris \u00e0 suivre la voie juste, nous voyons comment agir correctement. Progressivement, nous pouvons donc r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9nouer cette situation qui nous emprisonne. Parce que nous sommes effectivement prisonniers d\u2019une sorte de processus \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;: nous sommes le r\u00e9sultat de ce que nous avons fait dans le pass\u00e9 et nous continuons \u00e0 faire ces m\u00eames choses, ce qui nous attirera les m\u00eames situations \u00e0 l\u2019avenir.&nbsp; Comme une roue, nous continuons \u00e0 tourner en rond, sur la m\u00eame route, parfois virant \u00e0 droite, parfois \u00e0 gauche mais, globalement, en suivant toujours la m\u00eame route. Lorsqu\u2019une personne dot\u00e9e de discernement en prend conscience, elle essaie de sortir de cet engrenage, de se lib\u00e9rer de cette prison. Le Bouddha a dit&nbsp;: toute situation a une cause&nbsp;; si vous mettez fin \u00e0 la cause, vous mettez fin \u00e0 la situation. Il se peut que cela prenne un peu de temps mais vous avancerez dans la direction qui mettra fin \u00e0 cette situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a dit aussi que, si l\u2019on met fin \u00e0 l\u2019avidit\u00e9, au d\u00e9sir, on va progressivement d\u00e9nouer la situation. Les cons\u00e9quences des actions pass\u00e9es ressortiront et perdront peu \u00e0 peu de leur force. On arrivera \u00e0 un sentiment de satisfaction et \u00e0 une paix jamais ressentie auparavant. La voie que le Bouddha a enseign\u00e9e pour y parvenir est toujours li\u00e9e \u00e0 la notion de cause et d\u2019effet&nbsp;: si on veut que cesse l\u2019insatisfaction, on doit produire les causes n\u00e9cessaires et les causes sont ce que le Bouddha a appel\u00e9 \u00ab&nbsp;la voie&nbsp;\u00bb ou l\u2019Octuple Sentier. C\u2019est la voie que l\u2019on doit suivre pour sortir de cette situation. Elle comprend une part de comportement \u00e9thique, une part d\u2019entra\u00eenement de l\u2019esprit pour arriver \u00e0 le ma\u00eetriser, et une part de sagesse. Ce sont les trois choses n\u00e9cessaires et c\u2019est la sagesse qui nous permettra de vaincre les pollutions mentales qui nous habitent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour avoir cette sagesse, nous devons suivre l\u2019entra\u00eenement de l\u2019esprit. L\u2019esprit doit \u00eatre entra\u00een\u00e9 pour \u00eatre plus fin, plus vif. C\u2019est comme aff\u00fbter une hache avant de couper un arbre. Quand la hache est bien aff\u00fbt\u00e9e, on est en mesure de couper l\u2019arbre. Si on le fait avec une hache peu tranchante, ce sera difficile. Il faut donc s\u2019entra\u00eener, pratiquer selon ces lignes directrices, et on obtiendra des r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout d\u2019abord l\u2019\u00e9thique. Dans le bouddhisme, l\u2019\u00e9thique concerne seulement la parole et l\u2019action, pas les pens\u00e9es parce que les pens\u00e9es sont subtiles et difficiles \u00e0 contr\u00f4ler. L\u2019\u00e9thique, dans le bouddhisme, c\u2019est notre relation au monde. Nous devons \u00e9tablir notre relation au monde de telle sorte qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019attachements. Ainsi nous pouvons nous sentir libres du monde, libres de toute culpabilit\u00e9, et libres de toute pression. Si nous avons mal agi dans le pass\u00e9 et que nous continuons \u00e0 mal agir, quand nous nous asseyons en m\u00e9ditation, in\u00e9vitablement ces souvenirs nous reviennent \u00e0 l\u2019esprit et nous perturbent. Par cons\u00e9quent, pour pouvoir pratiquer correctement la m\u00e9ditation, nous devons \u00eatre libres de ces culpabilit\u00e9s et de tout autre sentiment qui pourrait nous hanter. Voil\u00e0 pourquoi un comportement \u00e9thique est absolument essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Normalement, quand on vit dans le monde, il y a cinq pr\u00e9ceptes moraux \u00e0 observer. C\u2019est le comportement \u00e9thique minimum pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00eatre humain. Il est dit que, si l\u2019on suit ces cinq pr\u00e9ceptes moraux \u2013 s\u2019abstenir de tuer, de voler, d\u2019inconduite sexuelle, de paroles mensong\u00e8res ou grossi\u00e8res, et de consommer des produits qui brouillent l\u2019esprit comme l\u2019alcool ou la drogue \u2013 on gardera le statut d\u2019\u00eatre humain&nbsp;; sinon, on est en-dessous du niveau humain. Il est \u00e9galement dit que, si on s\u2019entra\u00eene \u00e0 suivre des niveaux plus \u00e9lev\u00e9s que ces pr\u00e9ceptes moraux de base, on s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur. Dans cette mesure, l\u2019entra\u00eenement \u00e0 l\u2019\u00e9thique est tr\u00e8s important. De plus, quand on a un comportement sain, on se sent plus heureux&nbsp;; on a la satisfaction de savoir que l\u2019on n\u2019a rien fait de mal, que personne ne peut sinc\u00e8rement se plaindre de nous, et cela nous donne un sentiment de libert\u00e9, d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;en r\u00e8gle \u00bb vis-\u00e0-vis du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela n\u2019emp\u00eachera pas une certaine insatisfaction de se faire sentir, une agitation, un d\u00e9sir d\u2019une chose ou d\u2019une autre \u2013 autrement dit, l\u2019insatisfaction profonde demeure mais de mani\u00e8re plus subtile. Cette insatisfaction est beaucoup plus subtile que le malaise engendr\u00e9 par une mauvaise moralit\u00e9. Pour la d\u00e9passer, il faut entra\u00eener l\u2019esprit, et on entra\u00eene l\u2019esprit en concentrant son attention sur un point unique de focalisation. En g\u00e9n\u00e9ral, on porte l\u2019attention sur la l\u00e8vre sup\u00e9rieure ou au bout du nez, l\u00e0 o\u00f9 la respiration se fait sentir&nbsp;; certaines personnes pr\u00e9f\u00e8rent utiliser un mantra comme le mot \u00ab&nbsp;Bouddho&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si on pratique ainsi, en focalisant pleinement son attention sur ce point ou ce mantra, l\u2019esprit va peu \u00e0 peu s\u2019apaiser. Les distractions habituelles s\u2019\u00e9vanouissent. En r\u00e9alit\u00e9, cela peut prendre plus ou moins de temps selon la personne&nbsp;; pour certains, c\u2019est tr\u00e8s rapide mais, pour la plupart, c\u2019est un v\u00e9ritable labeur de trouver un peu de calme dans l\u2019esprit. Cela fait tr\u00e8s longtemps que l\u2019esprit a pris de mauvaises habitudes&nbsp;: on ne l\u2019a jamais emp\u00each\u00e9 d\u2019\u00eatre distrait, de penser \u00e0 ceci ou cela, de divaguer dans tous les sens&nbsp;; il ne lui est donc pas facile de se plier \u00e0 la pratique de la m\u00e9ditation. Ce qui l\u2019en emp\u00eache, ce sont les pollutions mentales qui nous habitent. Si ces pollutions n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0, ce serait facile mais elles sont bien l\u00e0, en nous. Elles surgissent \u00e0 tout bout de champ, comme un diable sortant de sa bo\u00eete, et cr\u00e9ent sans cesse des probl\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pratique donc la m\u00e9ditation pour apaiser le mental. C\u2019est assez difficile pendant pas mal de temps mais, peu \u00e0 peu, les r\u00e9sultats se font sentir&nbsp;: on se sent plus calme, plus satisfait, on sent que l\u2019on est sur le bon chemin. Quand cette confiance appara\u00eet, on a envie de pratiquer de plus en plus, tout le temps. C\u2019est ainsi que la pratique s\u2019am\u00e9liore progressivement. On apprend \u00e0 contr\u00f4ler son esprit, \u00e0 \u00eatre plus concentr\u00e9, et la pratique devient plus facile. Un jour, on r\u00e9alise que l\u2019on peut tr\u00e8s facilement entrer en concentration. Cela signifie que l\u2019esprit est bien dompt\u00e9, bien ma\u00eetris\u00e9. Il est alors temps de se tourner vers la sagesse et de la d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On d\u00e9veloppe la sagesse en commen\u00e7ant par calmer l\u2019esprit avec la pratique de la concentration sur un point unique. Quand l\u2019esprit est calme, on se tourne vers l\u2019int\u00e9rieur et on observe les choses de tr\u00e8s pr\u00e8s, en commen\u00e7ant par son propre corps&nbsp;: qu\u2019est-ce que ce corps&nbsp;? \u00c0 qui appartient-il&nbsp;? D\u2019o\u00f9 vient-il&nbsp;? O\u00f9 va-t-il&nbsp;? Est-il ce que j\u2019appelle \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb&nbsp;? Quel genre de chose est-ce&nbsp;? Est-il plaisant ou d\u00e9plaisant&nbsp;? Me donne-t-il de la joie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devons faire cet examen seuls et trouver seuls nos r\u00e9ponses. En proc\u00e9dant ainsi, on d\u00e9couvre que ce corps n\u2019est pas moi, qu\u2019il ne m\u2019appartient pas, qu\u2019il appartient au monde, qu\u2019il fait partie du monde et qu\u2019il se compose du monde. Notre corps se compose aussi de nourriture&nbsp;: nous ing\u00e9rons de la nourriture, elle part dans le corps et le remplit. Nous d\u00e9couvrons ainsi que le corps est quelque chose de diff\u00e9rent de nous. Quand on en prend pleinement conscience, quand on voit que le corps est quelque chose de s\u00e9par\u00e9, on constate que notre inqui\u00e9tude pour ce corps diminue. On ne s\u2019inqui\u00e8te plus de la mort, du risque de tomber malade ou d\u2019avoir mal. L\u00e0 encore, nous voyons notre insatisfaction diminuer, s\u2019\u00e9vanouir peu \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on continue \u00e0 pratiquer ainsi, on finit par pleinement r\u00e9aliser que le corps est compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9 de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb&nbsp;; il n\u2019est pas moi, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 moi&nbsp;; il fait partie des ph\u00e9nom\u00e8nes du monde. Peu de gens arrivent \u00e0 ce stade mais, quand on comprend cela en profondeur, on a d\u00e9j\u00e0 beaucoup avanc\u00e9 dans la pratique. On peut alors observer l\u2019esprit et se poser des questions sur sa nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le bouddhisme, on dit que l\u2019esprit se compose de quatre \u00e9l\u00e9ments&nbsp;: les sensations-sentiments, la m\u00e9moire, la pens\u00e9e et la conscience sensorielle. Et ces quatre \u00e9l\u00e9ments viennent tous d\u2019un point central que l\u2019on appelle le<em> citta<\/em>. Comment d\u00e9finir le <em>citta<\/em>&nbsp;? C\u2019est ce qui est au plus profond de nous, qui est toujours l\u00e0. On l\u2019appelle parfois \u00ab&nbsp;ce qui sait en nous&nbsp;\u00bb. C\u2019est le point central de notre \u00eatre. Mais \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb est aussi ce qui a \u00e9t\u00e9 pi\u00e9g\u00e9 en se transformant en conscience sensorielle, en pens\u00e9e, en sensations, en m\u00e9moire. Tout cela est na\u00eet de \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb, de sorte que celui-ci n\u2019est plus libre et qu\u2019il ne cesse de nous causer des probl\u00e8mes parce qu\u2019il est envelopp\u00e9 de pollutions mentales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pollutions sont en nous, de m\u00eame que \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb est en nous et le Dhamma (la v\u00e9rit\u00e9) est en nous. Il y a en nous aussi bien les pollutions que la v\u00e9rit\u00e9. Si vous voulez savoir ce qu\u2019est vraiment \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb, vous allez devoir vous demander comment vous avez connaissance des choses&nbsp;: regardez et voyez que, quand vous regardez ou entendez quelque chose, vous savez de quoi il s\u2019agit, sans le moindre doute. Si, par exemple, vous voyez la couleur rouge, vous savez tr\u00e8s bien qu\u2019il s\u2019agit de rouge&nbsp;; vous savez \u00e0 quoi ressemble le rouge, et ce que l\u2019on ressent quand on voit du rouge mais vous ne pouvez en aucun cas exprimer cela \u00e0 quelqu\u2019un. C\u2019est tout simplement impossible. Vous utilisez le mot \u00ab&nbsp;rouge&nbsp;\u00bb et vous comptez sur le v\u00e9cu de votre interlocuteur pour vous comprendre mais, en r\u00e9alit\u00e9, vous ne savez pas s\u2019il per\u00e7oit cette couleur comme vous. \u00ab&nbsp;Ce qui sait&nbsp;\u00bb fonctionne ainsi. Si vous entendez quelque chose, vous savez ce que vous entendez mais vous ne savez pas si quelqu\u2019un&nbsp; d\u2019autre l\u2019entend comme vous. Tout ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019en se basant sur la physiologie, on sait que le m\u00e9canisme du corps est \u00e0 peu pr\u00e8s semblable pour tous&nbsp;\u2013 mais cela ne veut pas dire que notre ressenti est forc\u00e9ment le m\u00eame&nbsp;! Si on essaie d\u2019expliquer \u00e0 quelqu\u2019un ce qu\u2019est un certain son, une couleur ou quoi que ce soit de ce genre, on r\u00e9alise que c\u2019est impossible&nbsp;; il faut se fier \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019autre. Mais si vous voulez expliquer ce qu\u2019est la vision \u00e0 un aveugle de naissance, il ne pourra pas comprendre. C\u2019est ce qui a la connaissance intuitive de ces choses-l\u00e0 que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb et c\u2019est cela qui peut se lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Ce qui sait&nbsp;\u00bb n\u2019est pas physique, il ne fait pas partie du monde. Il ne devient partie du monde qu\u2019\u00e0 cause des <em>kilesa<\/em>, ces pollutions mentales dont il est infect\u00e9. Quand il est contamin\u00e9 par les pollutions mentales, \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb ne sait plus, il devient porteur d\u2019ignorance et dans cette ignorance, il perd toute confiance en lui-m\u00eame. Quand \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb n\u2019a plus confiance en lui, il est forc\u00e9 de se saisir de choses qui vont lui donner un semblant de confiance. C\u2019est pourquoi nous nous entourons d\u2019objets, de gens, de sensations et de toutes sortes d\u2019autres choses de ce genre. Elles nous donnent confiance en nous faisant croire \u00e0 notre propre existence. Notre existence est une chose que nous fabriquons en nous reliant \u00e0 toutes ces choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est reli\u00e9 \u00e0 ces choses, nous l\u2019appelons \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb mais ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est changeant, il est diff\u00e9rent d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est un imposteur qui fait semblant d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il n\u2019est pas. La notion de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb vient de ce que l\u2019on croit qu\u2019il existe une entit\u00e9 permanente et fixe en nous mais c\u2019est une croyance erron\u00e9e. Quand les gens parlent d\u2019eux-m\u00eames, ils se r\u00e9f\u00e8rent parfois \u00e0 leur corps, parfois \u00e0 leurs sentiments ou encore \u00e0 leurs pens\u00e9es. Par exemple, quand on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vais ouvrir la porte&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8re au corps. Quand on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis triste&nbsp;\u00bb, il s\u2019agit d\u2019un sentiment. Quand on dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je pense ceci ou cela&nbsp;\u00bb, c\u2019est une pens\u00e9e. Ce moi se r\u00e9f\u00e8re sans cesse \u00e0 des choses diff\u00e9rentes, pas \u00e0 une seule et unique chose&nbsp;; il change tout le temps. Voil\u00e0 pourquoi il est difficile de dire ce qu\u2019il est exactement&nbsp;; voil\u00e0 pourquoi il ne m\u00e9rite pas le nom de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb car le moi est cens\u00e9 \u00eatre une entit\u00e9 permanente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pour cette raison que, dans le bouddhisme, on dit que le soi n\u2019existe pas r\u00e9ellement, que c\u2019est un imposteur ; et le but de l\u2019entra\u00eenement de l\u2019esprit propos\u00e9 par le Bouddha est de d\u00e9voiler la v\u00e9ritable nature du soi, de voir qu\u2019il ne s\u2019agit de rien de r\u00e9el. Quand on va au-del\u00e0 du soi, on peut revenir \u00e0 \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb, \u00e0 sa vraie nature, mais c\u2019est difficile parce qu\u2019il faut avoir confiance en \u00ab ce qui sait&nbsp;\u00bb. Cette confiance ne peut pas venir de rien&nbsp;; il faut la faire grandir peu \u00e0 peu. Pour faire grandir cette confiance, il faut avoir connaissance et compr\u00e9hension&nbsp;; il faut arriver \u00e0 voir notre v\u00e9ritable nature en profondeur, \u00e0 voir la fa\u00e7on dont nous fonctionnons. Ainsi progressivement, en nous coupant de tout ce que nous ne sommes pas, nous arriverons \u00e0 ce que nous sommes. Ce que je veux dire, c\u2019est que, si on se coupe du corps, on voit que l\u2019on n\u2019est pas le corps et on cesse de s\u2019en pr\u00e9occuper. Ensuite, si on se coupe des sensations, on voit qu\u2019elles ne sont pas soi. \u00ab&nbsp;Se couper&nbsp;\u00bb ne signifie pas s\u2019en d\u00e9barrasser mais simplement se lib\u00e9rer de l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;je suis cela&nbsp;\u00bb. Et ainsi de suite pour le reste des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019esprit&nbsp;: la pens\u00e9e, la m\u00e9moire et la conscience sensorielle. On voit que l\u2019on n\u2019est pas ces choses-l\u00e0. Quand on voit cela, on gagne peu \u00e0 peu confiance en \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb en nous. Ensuite, gr\u00e2ce \u00e0 cette confiance en \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb, on peut sauter le pas et \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb cela, compl\u00e8tement. C\u2019est le bout du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains y parviennent&nbsp;; ils ne sont pas nombreux. Il est tr\u00e8s difficile d\u2019y arriver mais \u00e7a vaut la peine d\u2019essayer. En fait, quand on s\u2019engage sur cette voie, on a le sentiment qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire. Toutes les autres activit\u00e9s ressemblent \u00e0 des jeux&nbsp;d\u2019enfants ; nous sommes comme des enfants qui s\u2019amusent avec des jouets. La seule voie \u00e0 suivre consiste \u00e0 essayer de sortir de cette situation et, ensuite, \u00e0 montrer la voie \u00e0 d\u2019autres par son propre exemple.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Pa\u00f1\u00f1avaddho Traduction de Jeanne Schut La nature fondamentale du bouddhisme est bas\u00e9e sur l\u2019\u00eatre humain, sur ce qu\u2019est l\u2019\u00eatre humain. Le Bouddha d\u00e9couvrit qu\u2019il y avait un malaise fondamental que tous les \u00eatres humains partageaient&nbsp;: l\u2019insatisfaction. 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