{"id":1996,"date":"2026-05-14T14:33:28","date_gmt":"2026-05-14T14:33:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=1996"},"modified":"2026-05-14T14:35:03","modified_gmt":"2026-05-14T14:35:03","slug":"les-poisons-du-mental","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/les-poisons-du-mental\/","title":{"rendered":"Les poisons du mental"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>P.A. Payutto<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Normalement, pour l\u2019\u00eatre non \u00e9veill\u00e9, toute exp\u00e9rience v\u00e9cue est interpr\u00e9t\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e \u00e0 partir de pr\u00e9jug\u00e9s ou de tendances&nbsp;selon :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>l\u2019importance que l\u2019on accorde aux cinq sortes d\u2019objets per\u00e7us par les sens (<em>k\u0101ma<\/em>&nbsp;: choses vues, entendues, senties, go\u00fbt\u00e9es et sensations corporelles)&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019importance que l\u2019on accorde \u00e0 l\u2019existence et \u00e0 la pr\u00e9servation du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, ce \u00e0 quoi il s\u2019identifie, et les situations qu\u2019il souhaite (<em>bhava<\/em>)&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>les opinions, croyances et fa\u00e7ons de penser (<em>ditthi<\/em>)&nbsp;;<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019ignorance (<em>avijj\u0101<\/em>)&nbsp;: ne pas avoir une claire compr\u00e9hension de la signification des choses telles qu\u2019elles sont, ce qui entra\u00eene la perception illusoire d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me conditions sont li\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9vidente&nbsp;: sans sagesse ni compr\u00e9hension, les attitudes seront guid\u00e9es par une fausse vision des choses et par des croyances erron\u00e9es. Ces deux conditions concernent de vastes zones d\u2019influence, notamment le domaine des id\u00e9es et des actions \u2013 politiques, sociales et religieuses \u2013 bas\u00e9es sur le temp\u00e9rament, l\u2019habitude, la formation et le conditionnement social. Elles sont li\u00e9es aux deux premi\u00e8res tendances et exercent une influence sur elles, contr\u00f4lant ainsi tous les sentiments personnels et le comportement. Elles conditionnent tout, depuis les attirances et les r\u00e9pulsions jusqu\u2019aux techniques et moyens choisis pour satisfaire les d\u00e9sirs. L\u2019ignorance et les opinions sont cach\u00e9es au plus profond de la conscience et exercent leur influence d\u2019une mani\u00e8re aussi discr\u00e8te que continue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les apparences, nous ma\u00eetrisons nos actions et nous sommes en mesure de poursuivre nos d\u00e9sirs par notre propre volont\u00e9, mais une observation plus pouss\u00e9e nous montrera que c\u2019est une illusion. Si nous nous posions la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que voulons-nous vraiment&nbsp;?&nbsp; Pourquoi voulons-nous cela&nbsp;? Pourquoi agissons-nous comme nous le faisons&nbsp;?&nbsp;\u00bb, nous ne trouverions rien qui vienne directement de notre propre volont\u00e9. Nous trouverions, par contre, des types de comportement \u00ab&nbsp;h\u00e9rit\u00e9s&nbsp;\u00bb, acquis \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 travers une \u00e9ducation religieuse, un conditionnement social, etc. Les actions individuelles sont simplement choisies \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des limites de ces crit\u00e8res et, bien qu\u2019il puisse y avoir quelques adaptations, celles-ci sont encore mues par d\u2019autres influences. Tout choix, toute d\u00e9cision prise, fait partie d\u2019un courant de conditions, elles-m\u00eames influenc\u00e9es par d\u2019autres facteurs. Ce que les gens prennent pour leur soi n\u2019est rien d\u2019autre que la somme de ces influences et de ces tendances. Ces conditions n\u2019ont pas de soi propre. Ce sont des forces puissantes sur lesquelles la plupart des gens n\u2019ont aucun contr\u00f4le, de sorte que la probabilit\u00e9 d\u2019une v\u00e9ritable volont\u00e9 autonome est tr\u00e8s mince.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les quatre tendances mentionn\u00e9es ci-dessus s\u2019appellent <em>\u0101sava <\/em>en p\u0101li. Traduit litt\u00e9ralement, ce mot signifie \u00ab&nbsp;ce qui inonde \/ fait d\u00e9border&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;ce qui pourrit \/envenime&nbsp;\u00bb. En effet, ces choses enveniment ou empoisonnent l\u2019esprit&nbsp;; elles l\u2019\u00ab&nbsp;inondent&nbsp;\u00bb \u00e9galement \u00e0 chaque fois qu\u2019une sensation est per\u00e7ue, c\u2019est pourquoi nous les appellerons les \u00ab&nbsp;poisons du mental&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;pollutions&nbsp;\u00bb. Quel que soit le v\u00e9cu, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un contact sensoriel ou d\u2019une formation mentale, ces poisons s\u2019infiltrent et se r\u00e9pandent partout. Sensations et pens\u00e9es ne sont plus les fonctions d\u2019un esprit pur mais deviennent le produit de ces poisons qui vont peu \u00e0 peu inonder tous les \u00e9tats mentaux ult\u00e9rieurs et finir par engendrer de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier de ces poisons est <em>k\u0101m\u0101sava<\/em>, le second <em>bhav\u0101sava<\/em>, le troisi\u00e8me <em>ditth\u0101sava<\/em> et le quatri\u00e8me <em>avijj\u0101sava<\/em>. Ces poisons se cachent derri\u00e8re l\u2019attitude de tous les \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s. Ils sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019illusion du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb personnel qui est l\u2019ignorance \u00e0 son niveau le plus fondamental. Dans cette mesure, ils contr\u00f4lent et dirigent la pens\u00e9e et le comportement. C\u2019est le tout premier niveau du cycle des origines conditionn\u00e9es&nbsp;: l\u2019ignorance est conditionn\u00e9e par l&rsquo;opacit\u00e9 mentale. A partir de l\u00e0, le cycle continue&nbsp;: avec l\u2019ignorance comme facteur d\u00e9terminant, les formations mentales s\u2019\u00e9veillent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous l\u2019influence de ces concepts erron\u00e9s, la plupart des gens croient qu\u2019ils d\u00e9cident eux-m\u00eames de leurs actions, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 ils ne ma\u00eetrisent absolument rien : leur conduite est enti\u00e8rement gouvern\u00e9e par des intentions d\u00e9pourvues de conscience r\u00e9fl\u00e9chie. En essence, l\u2019ignorance c\u2019est \u00eatre aveugle aux Trois Caract\u00e9ristiques telles qu\u2019elles sont pr\u00e9sent\u00e9es dans le principe d\u2019interd\u00e9pendance et, en particulier, \u00e0 la derni\u00e8re, <em>anatt\u0101<\/em>, le non-soi. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019ignorance c\u2019est ne pas savoir clairement que les conditions que l\u2019on prend g\u00e9n\u00e9ralement pour personnelles ne sont qu\u2019un flot de ph\u00e9nom\u00e8nes physiques et mentaux, apparaissant et disparaissant ind\u00e9finiment en fonction d\u2019un processus de cause \u00e0 effet. Ce flot coule en permanence. Nous pourrions d\u00e9finir une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb, \u00e0 n\u2019importe quel moment dans le temps, comme la somme totale des sensations, pens\u00e9es, d\u00e9sirs, habitudes, tendances, opinions, connaissances, croyances, etc., r\u00e9sultant de sa position sociale et de son environnement, ou bien cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de facteurs personnels internes en perp\u00e9tuel changement. Quand on n\u2019est pas clairement conscient de cette v\u00e9rit\u00e9, on s\u2019attache \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces conditions en les prenant pour \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;siennes&nbsp;\u00bb. S\u2019attacher et s\u2019identifier ainsi aux conditions, c\u2019est se laisser tromper et diriger par elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est l\u2019ignorance dont on dit qu\u2019elle \u00ab&nbsp;conditionne les formations mentales \u00bb, \u00e0 un niveau plus profond que nous ne l\u2019avons dit plus haut. Quant aux autres cha\u00eenons jusqu\u2019\u00e0 <em>vedan\u0101<\/em>, les sensations, il est ais\u00e9 de les comprendre \u00e0 partir de ces m\u00eames explications. Nous poursuivrons donc avec une autre section importante&nbsp;: <em>tanh\u0101<\/em>,&nbsp;la soif du d\u00e9sir qui conditionne l\u2019attachement, <em>up\u0101d\u0101na<\/em>. Il s\u2019agit l\u00e0 encore d\u2019un passage o\u00f9 interviennent les <em>kilesa<\/em> ou souillures cr\u00e9ant l\u2019opacit\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trois types de d\u00e9sirs d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s sont tous l\u2019expression d\u2019une seule et m\u00eame \u00ab&nbsp;soif&nbsp;\u00bb et nous en faisons tous l\u2019exp\u00e9rience au quotidien mais nous ne pouvons le reconna\u00eetre clairement que lorsque le fonctionnement du mental est soigneusement analys\u00e9. A la racine de l\u2019ignorance, il y a l\u2019ignorance du processus naturel de relations inter-conditionn\u00e9es, ce qui donne naissance \u00e0 un sentiment de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Ceci entra\u00eene un d\u00e9sir tr\u00e8s important et fondamental&nbsp;: celui d\u2019exister, de survivre, de prot\u00e9ger et de pr\u00e9server l\u2019illusion du moi. De plus, vouloir exister est li\u00e9 \u00e0 vouloir poss\u00e9der. On ne d\u00e9sire pas seulement exister mais exister pour consommer des objets qui procureront des sensations agr\u00e9ables. C\u2019est ainsi que l\u2019on peut dire que le d\u00e9sir d\u2019exister est li\u00e9 \u00e0 celui d\u2019obtenir, et le d\u00e9sir d\u2019obtenir intensifie le d\u00e9sir d\u2019exister.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand le d\u00e9sir s\u2019intensifie, il peut en r\u00e9sulter une s\u00e9rie de situations&nbsp;: si l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9 n\u2019est pas obtenu au moment voulu, le <em>bhava<\/em>, ou \u00e9tat d\u2019existence, devient intol\u00e9rable&nbsp;; la vie para\u00eet difficile et un d\u00e9sir d\u2019annihilation de cette situation ind\u00e9sirable appara\u00eet en m\u00eame temps que le d\u00e9sir d\u2019obtenir, lequel est bas\u00e9 sur la peur de ne plus pouvoir vivre des sensations agr\u00e9ables \u2013 et ceci entra\u00eene \u00e0 nouveau le d\u00e9sir d\u2019exister. On pourrait aussi ne pas obtenir du tout l\u2019objet d\u00e9sir\u00e9&nbsp;; troisi\u00e8me possibilit\u00e9&nbsp;: l\u2019obtenir mais en quantit\u00e9 insuffisante&nbsp;; et quatri\u00e8me possibilit\u00e9&nbsp;: l\u2019obtenir mais en d\u00e9sirer un autre aussit\u00f4t apr\u00e8s. Le processus peut prendre des formes diverses et vari\u00e9es mais le sch\u00e9ma demeure le m\u00eame&nbsp;: on tend vers une \u00ab&nbsp;soif&nbsp;\u00bb sans cesse grandissante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on \u00e9tudie de pr\u00e8s le fonctionnement de l\u2019esprit, on constate que les \u00eatres humains semblent \u00eatre pouss\u00e9s \u00e0 rechercher constamment un \u00e9tat plus satisfaisant que celui qui est le leur. Les \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s rejettent toujours le moment pr\u00e9sent&nbsp;: chaque instant du temps pr\u00e9sent est v\u00e9cu comme un \u00e9tat de stress, une situation insupportable. Le d\u00e9sir de mettre fin \u00e0 cette situation, de lib\u00e9rer le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb du pr\u00e9sent pour trouver un \u00e9tat plus satisfaisant, les poussent constamment. Le d\u00e9sir d\u2019obtenir, le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et le d\u00e9sir de ne pas \u00eatre sont actifs en permanence au quotidien, \u00e0 un niveau qui ne permet qu\u2019\u00e0 peu d\u2019humains d\u2019en \u00eatre conscients. La vie personnelle devient donc une lutte constante pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent et rechercher une satisfaction dans le futur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous essayons de retrouver l\u2019origine de ce processus, nous voyons que ces d\u00e9sirs remontent \u00e0 l\u2019ignorance fondamentale des choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement \u2013 en bref, l\u2019ignorance du principe de l\u2019origine conditionn\u00e9e et de l\u2019interd\u00e9pendance. Cette ignorance donne lieu au concept erron\u00e9 d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb sous une forme ou une autre&nbsp;: soit on voit les choses comme des entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es, fig\u00e9es et \u00e9ternelles<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, soit comme \u00e9tant compl\u00e8tement et absolument sujettes \u00e0 la dissolution<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Ces deux concepts erron\u00e9s sont \u00e0 la base de la conscience de tous les \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s et ce sont eux qui engendrent les trois types de d\u00e9sirs. D\u2019une part, il y a le d\u00e9sir d\u2019exister (<em>bhavatanh\u0101<\/em>) qui na\u00eet de la perception d\u00e9form\u00e9e des choses comme \u00e9tant s\u00e9par\u00e9es et \u00e9ternelles (et donc d\u00e9sirables et valant la peine d\u2019\u00eatre obtenues). D\u2019autre part, il y a l\u2019erreur de croire que ces entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es sont destructibles (de ce fait, elles ne valent pas la peine d\u2019\u00eatre obtenues et il faut s\u2019en \u00e9loigner) \u2013 cette vision des choses est \u00e0 la base du d\u00e9sir d\u2019annihilation (<em>vibhavatanh\u0101<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces deux perceptions erron\u00e9es ouvrent la voie au d\u00e9sir. Si on comprenait que le flot des \u00e9v\u00e9nements est un processus de causes et d\u2019effets li\u00e9s entre eux, la croyance en une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e qui dure ou qui dispara\u00eet \u00e0 jamais serait sans fondement. Tout d\u00e9sir est fond\u00e9 naturellement sur ces deux conceptions de base.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La peur de perdre ce qui est agr\u00e9able conduit \u00e0 rechercher toujours plus, et la perception d\u2019une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e conduit \u00e0 lutter pour nourrir cette entit\u00e9 et la pr\u00e9server. A un niveau plus \u00e9l\u00e9mentaire, le d\u00e9sir s\u2019exprime comme une lutte pour l\u2019obtention d\u2019objets de d\u00e9sir et de situations de vie qui procureront de tels objets, la lassitude envers les objets d\u00e9j\u00e0 obtenus, et le d\u00e9sespoir ou l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 supporter l\u2019absence de nouveaux objets de d\u00e9sir. En cons\u00e9quence, nous avons des personnes incapables d\u2019\u00eatre en paix avec elles-m\u00eames, constamment \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de nouveaux objets de d\u00e9sir, souffrant de m\u00e9lancolie et de solitude, coup\u00e9es des autres et malheureuses dans leur lutte pour \u00e9chapper \u00e0 un ennui insupportable. Quand les d\u00e9sirs sont contrari\u00e9s, il y a d\u00e9ception et d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la plupart des gens, le bonheur et la souffrance d\u00e9pendent enti\u00e8rement des conditions ext\u00e9rieures. Le temps libre devient un fl\u00e9au, aussi bien socialement que personnellement&nbsp;; il est cause d\u2019ennui, de tristesse et de solitude<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Cette insatisfaction fondamentale augmente proportionnellement \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 du d\u00e9sir et de la recherche de satisfaction sensorielle. En fait, quand on y regarde de pr\u00e8s, on constate que la cause la plus importante des probl\u00e8mes sociaux \u2013 tels que la consommation de drogue et la d\u00e9linquance juv\u00e9nile \u2013 est l\u2019incapacit\u00e9 des gens \u00e0 \u00eatre en paix avec l\u2019instant pr\u00e9sent, et toutes les luttes qui s\u2019ensuivent pour y \u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant si on a \u00e9tudi\u00e9 et pratiqu\u00e9 un enseignement spirituel et si on a d\u00e9velopp\u00e9 une vision juste des choses, le d\u00e9sir peut \u00eatre orient\u00e9 dans une autre direction&nbsp;: on peut se donner \u00e0 atteindre des buts \u00e0 long terme qui n\u00e9cessiteront une action juste de notre part et, en fin de compte, on aura utilis\u00e9 le d\u00e9sir pour se lib\u00e9rer du d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le poison qui na\u00eet de la soif du d\u00e9sir est l\u2019attachement. Il existe quatre formes d\u2019attachement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li style=\"line-height:1.4\"><em>K\u0101mup\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: L\u2019attachement aux objets des sens. Le d\u00e9sir et l\u2019effort d\u00e9ploy\u00e9 pour rechercher des objets des sens sont tout naturellement suivis par la saisie et l\u2019attachement. Quand un objet de d\u00e9sir est obtenu, le souhait de se complaire encore plus dans ce d\u00e9sir et la peur de perdre l\u2019objet d\u2019une telle gratification vont engendrer de l\u2019attachement. Dans le cas d\u2019une d\u00e9ception ou d\u2019une perte, l\u2019attachement sera bas\u00e9 sur l\u2019aspiration ou la soif du d\u00e9sir. L\u2019attachement devient encore plus fort et engendre davantage d\u2019actions dans la qu\u00eate de satisfaction car les objets de d\u00e9sir n\u2019apportent aucun sentiment de pl\u00e9nitude. Puisque rien ne peut jamais v\u00e9ritablement appartenir au \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, l\u2019esprit tente constamment de r\u00e9affirmer le sens de la propri\u00e9t\u00e9. Ainsi la pens\u00e9e des \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s est sans cesse attach\u00e9e ou obs\u00e9d\u00e9e par un objet de d\u00e9sir ou un autre. Il est tr\u00e8s difficile pour un tel esprit d\u2019\u00eatre libre et d\u00e9tach\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li style=\"line-height:1.4\"><em>Ditthup\u0101d\u0101na&nbsp;<\/em>: L\u2019attachement aux opinions. Le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et le d\u00e9sir de ne pas \u00eatre cr\u00e9ent des tendances et des attachements \u00e0 des opinions, des th\u00e9ories ou des syst\u00e8mes philosophiques et, en cons\u00e9quence, \u00e0 des m\u00e9thodes, des id\u00e9es, des croyances et des enseignements. Quand on s\u2019attache \u00e0 une opinion, on s\u2019y identifie comme si elle faisait partie de soi. Du m\u00eame coup, si l\u2019on est confront\u00e9 \u00e0 une th\u00e9orie ou \u00e0 une opinion qui contredit la n\u00f4tre, celle-ci est per\u00e7ue comme une menace personnelle. Le moi doit se battre pour d\u00e9fendre sa position, ce qui engendre toutes sortes de conflits. Ce processus tend \u00e0 enfermer l\u2019esprit et \u00e0 le limiter au point d\u2019\u00e9touffer la sagesse naturelle. De telles pens\u00e9es et opinions n\u2019apportent aucune connaissance&nbsp;; au contraire, elles y font obstruction.<\/li>\n\n\n\n<li style=\"line-height:1.4\"><em>S\u012blabbatup\u0101d\u0101na&nbsp;<\/em>: L\u2019attachement \u00e0 des pratiques ou \u00e0 des rituels. Le d\u00e9sir d\u2019exister et la peur de la dissolution, li\u00e9s \u00e0 l\u2019attachement aux opinions, engendrent un suivisme aveugle par rapport \u00e0 des pratiques telles que la magie ou l\u2019occultisme, dont on croit qu\u2019elles vont nous permettre de r\u00e9aliser nos d\u00e9sirs. Le d\u00e9sir d\u2019autoprotection et d\u2019expression se manifeste ouvertement comme un attachement aveugle \u00e0 des comportements, des traditions, des m\u00e9thodes, des croyances et des institutions, sans qu\u2019il y ait la moindre compr\u00e9hension de leur v\u00e9ritable valeur ou de leur sens. Cela signifie que suivre ces techniques et ces pratiques m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9troitesse d\u2019esprit et \u00e0 la confusion, ce qui entrave l\u2019\u00e9volution personnelle et emp\u00eache d\u2019en tirer le moindre b\u00e9n\u00e9fice authentique.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce sujet, le v\u00e9n\u00e9rable Buddhadasa, l\u2019un des penseurs bouddhistes contemporains tha\u00eflandais qui ont le plus marqu\u00e9 leur temps, a donn\u00e9 une explication int\u00e9ressante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Suivre une discipline morale ou toute autre forme de pratique spirituelle sans en conna\u00eetre le but ni r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son sens, simplement parce que l\u2019on croit qu\u2019une telle pratique est de bon augure et nous rapportera quelque chose, c\u2019est adh\u00e9rer rigoureusement \u00e0 des pr\u00e9ceptes selon des croyances, des coutumes ou des exemples transmis par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Au lieu d\u2019approfondir les raisons qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 ces pratiques, les gens s\u2019y attachent de toutes leurs forces, simplement par tradition. C\u2019est une forme d\u2019attachement (<em>up\u0101d\u0101na<\/em>) tr\u00e8s difficile \u00e0 redresser, contrairement au second type d\u2019attachement \u2013 l\u2019attachement aux opinions ou aux id\u00e9es fausses. Ce type d\u2019attachement se limite aux formes de pratique dans leurs applications ext\u00e9rieures.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li style=\"line-height:1.4\"><em>Attav\u0101dup\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un moi. Le sentiment d\u2019un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est l\u2019ignorance \u00e0 son niveau le plus \u00e9l\u00e9mentaire. D\u2019autres facteurs renforcent ce sentiment, comme le langage et la communication, lesquels produisent un attachement \u00e0 des concepts et une tendance \u00e0 voir le flot des ph\u00e9nom\u00e8nes causaux comme des entit\u00e9s fixes. Ce sentiment se transforme en attachement lorsque le d\u00e9sir intervient. Le d\u00e9sir sous-entend implicitement l\u2019attachement \u00e0 un soi qui obtiendrait l\u2019objet de ce d\u00e9sir. Autant le d\u00e9sir d\u2019exister que celui de ne pas exister d\u00e9pendent de la perception d\u2019un soi. La peur de l\u2019an\u00e9antissement intensifie le d\u00e9sir d\u2019exister et la lutte pour survivre et, en cons\u00e9quence, le sentiment de soi.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La soif du d\u00e9sir d\u00e9pend d\u2019un soi puissant et ind\u00e9pendant sous une forme ou une autre. Parfois on peut croire que l\u2019on contr\u00f4le les situations et cela renforce l\u2019illusion d\u2019un soi mais, en r\u00e9alit\u00e9, ce contr\u00f4le n\u2019est que partiel et temporaire. Le soi n\u2019est qu\u2019un facteur parmi de nombreux autres facteurs qui constituent le flot des causes et des effets. Aucune personne n\u2019a le pouvoir de diriger ou de ma\u00eetriser compl\u00e8tement les objets d\u2019attachement. Le sentiment de possession ou de ma\u00eetrise des choses peut parfois sembler bien fond\u00e9 mais il ne peut jamais \u00eatre totalement ou compl\u00e8tement r\u00e9el, de sorte que l\u2019attachement ne fait que s\u2019intensifier, de m\u00eame que la lutte pour r\u00e9affirmer le sentiment d\u2019un soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019attachement au soi fait qu\u2019il est difficile d\u2019organiser les choses conform\u00e9ment au v\u00e9ritable processus de cause \u00e0 effet. Quand l\u2019action n\u2019est pas en accord avec ce processus et que les conditions ne correspondent pas aux d\u00e9sirs de la personne, le moi est frustr\u00e9 et confront\u00e9 \u00e0 l\u2019impuissance et \u00e0 un sentiment de perte. L\u2019attachement au soi est la forme d\u2019attachement la plus fondamentale&nbsp;; c\u2019est \u00e9galement la base de toutes les autres formes d\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une sensation agr\u00e9able, l\u2019attachement appara\u00eet, ce qui entra\u00eene <em>k\u0101mup\u0101d\u0101na<\/em>, l\u2019attachement aux objets des sens d\u00e9sir\u00e9s. <em>Ditthup\u0101d\u0101na<\/em>, l\u2019attachement aux opinions, est \u00e9galement pr\u00e9sent, se manifestant dans l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019un certain objet est bon, qu\u2019il faut absolument l\u2019obtenir pour trouver le bonheur, et que seuls les enseignements et les m\u00e9thodes qui encouragent la recherche et l\u2019obtention de cet objet sont corrects. <em>S\u012blabbatup\u0101d\u0101na<\/em> se manifeste comme un attachement aux m\u00e9thodes et aux techniques consid\u00e9r\u00e9es comme n\u00e9cessaires pour atteindre l\u2019objectif. <em>Attav\u0101dup\u0101d\u0101na<\/em> correspond ici \u00e0 l\u2019attachement au moi qui tient \u00e0 poss\u00e9der l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bref, l\u2019attachement cr\u00e9e la confusion mentale. Les pens\u00e9es des \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s ne s\u2019\u00e9coulent pas paisiblement comme elles le pourraient s\u2019ils avaient une vision claire des choses&nbsp;; elles sont au contraire limit\u00e9es, d\u00e9form\u00e9es et compliqu\u00e9es. La souffrance vient de la croyance en une id\u00e9e de soi ou de possession. Si les choses \u00e9taient r\u00e9ellement soi ou appartenant \u00e0 soi, nous pourrions les ma\u00eetriser par la volont\u00e9&nbsp;; mais force est de constater qu\u2019elles ne suivent que la loi des causes et des conditions. N\u2019\u00e9tant pas ma\u00eetrisables par le d\u00e9sir, elles deviennent des obstacles. Le soi est brim\u00e9 et flou\u00e9 par les situations. D\u00e8s que l\u2019objet d\u2019attachement est mis en cause, le soi l\u2019est aussi. L\u2019\u00e9tendue de l\u2019attachement \u2013 qui correspond \u00e0 l\u2019influence du soi dans nos actions \u2013 et l\u2019\u00e9tendue du malaise ressenti par le soi, sont directement proportionnelles. Il n\u2019en r\u00e9sulte pas seulement de la souffrance mais une vie v\u00e9cue sous la pression du d\u00e9sir et de l\u2019attachement au lieu de la sagesse et de l\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s l\u2019attachement, le processus continue avec le devenir (<em>bhava<\/em>), la naissance (<em>j\u0101ti<\/em>), le vieillissement et la mort (<em>jar\u0101marana<\/em>)&nbsp;; et, de l\u00e0, viennent le chagrin, les lamentations etc. comme nous l\u2019avons vu. Toute tentative de trouver une porte de sortie pour \u00e9chapper \u00e0 ce cercle vicieux sera conditionn\u00e9e par des sch\u00e9mas de pens\u00e9e habituels et dict\u00e9e par des tendances, des pr\u00e9f\u00e9rences et des opinions. Sans une conscience claire de la v\u00e9ritable nature des choses, le cycle recommencera avec l\u2019ignorance et se poursuivra comme avant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que l\u2019ignorance puisse appara\u00eetre comme une cause premi\u00e8re, \u00e0 l\u2019origine de toutes les autres formes de pollutions mentales, en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est le d\u00e9sir qui joue le r\u00f4le dominant de par sa fa\u00e7on de s\u2019exprimer dans le comportement. C\u2019est pourquoi il est dit, dans les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s, que la soif du d\u00e9sir est la cause de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du fait de l\u2019aveuglement et de la confusion engendr\u00e9s par l\u2019ignorance et la soif du d\u00e9sir, le mauvais kamma a plus de chances de l\u2019emporter sur le bon kamma. Mais quand l\u2019ignorance est temp\u00e9r\u00e9e par une vision saine des choses et par la pens\u00e9e juste, et que le d\u00e9sir est dirig\u00e9 et entra\u00een\u00e9 par de nobles buts, le bon kamma a plus de chances de l\u2019emporter sur le mauvais kamma et de donner des r\u00e9sultats b\u00e9n\u00e9fiques. Si le d\u00e9sir est orient\u00e9 sagement, il devient un outil de valeur pour combattre l\u2019ignorance et les poisons du mental. La premi\u00e8re d\u00e9marche est malsaine, stupide et mauvaise, tandis que la seconde m\u00e8ne \u00e0 la bont\u00e9, l\u2019intelligence et la puret\u00e9. Les personnes non \u00e9veill\u00e9es, qu\u2019elles soient bonnes ou mauvaises, souffrent toutes d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, mais seule la voie de la bont\u00e9 peut mener \u00e0 la cessation de la souffrance, \u00e0 la lib\u00e9ration et \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;\u00ab&nbsp;Ma s\u0153ur, un moine qui suit cet Enseignement et cette Discipline entend que tel ou tel moine a r\u00e9alis\u00e9 la lib\u00e9ration de l\u2019esprit par la sagesse qui est libre de toute pollution. Il se dit alors&nbsp;: \u2018Quand pourrai-je \u00e0 mon tour conna\u00eetre la lib\u00e9ration de l\u2019esprit par la sagesse&nbsp;?\u2019 Plus tard, ce m\u00eame moine, en s\u2019appuyant sur ce d\u00e9sir, abandonne tout d\u00e9sir. C\u2019est pour cela que j\u2019ai dit&nbsp;: \u2018Ce corps est un corps de d\u00e9sirs. En s\u2019appuyant sur le d\u00e9sir il faut abandonner le d\u00e9sir\u2019.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019il faut choisir entre diff\u00e9rentes sortes de d\u00e9sirs, choisissons celui qui nous fera avancer vers le bon et le bien. Cependant la voie de la sagesse, qui transcende aussi bien les bons que les mauvais d\u00e9sirs, est la voie id\u00e9ale vers la puret\u00e9, la libert\u00e9 et le bonheur parfait.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Sassataditthi&nbsp;: la vision \u00e9ternaliste.<\/em><br><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Ucchedaditthi&nbsp;: la vision nihiliste.<\/em><br><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Il est int\u00e9ressant de noter que ceci devient vraiment apparent quand on essaie d\u2019arr\u00eater ou d\u2019emp\u00eacher la recherche habituelle d\u2019objets de d\u00e9sir.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>P.A. Payutto Traduction de Jeanne Schut Normalement, pour l\u2019\u00eatre non \u00e9veill\u00e9, toute exp\u00e9rience v\u00e9cue est interpr\u00e9t\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e \u00e0 partir de pr\u00e9jug\u00e9s ou de tendances&nbsp;selon : Les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me conditions sont li\u00e9es de mani\u00e8re \u00e9vidente&nbsp;: sans sagesse ni compr\u00e9hension, les attitudes seront guid\u00e9es par une fausse vision des choses et par des croyances erron\u00e9es. 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