{"id":2040,"date":"2026-05-15T12:50:38","date_gmt":"2026-05-15T12:50:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=2040"},"modified":"2026-05-15T12:51:11","modified_gmt":"2026-05-15T12:51:11","slug":"oserai-je-meveiller","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/oserai-je-meveiller\/","title":{"rendered":"Oserai-je m&rsquo;\u00e9veiller ?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Sumedho<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);text-transform:none\">Enseignement donn\u00e9 \u00e0 une assembl\u00e9e de moines, nonnes et la\u00efcs <br>au monast\u00e8re Abhayagiri de Californie, aux \u00c9tats-Unis, en 1991.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On m\u2019a demand\u00e9, ce soir, de donner un enseignement sur le Dhamma, ou plut\u00f4t de partager avec vous quelques r\u00e9flexions sur le Dhamma. J\u2019aime bien le mot \u00ab&nbsp;r\u00e9flexion&nbsp;\u00bb parce que mon but n\u2019est pas de vous convertir ni de vous convaincre de quoi que ce soit. L\u2019id\u00e9e est plut\u00f4t de nous \u00e9veiller en faisant pleinement usage de notre conscience pour vivre l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on m\u00e9dite, ce n\u2019est pas pour acqu\u00e9rir toutes sortes d\u2019id\u00e9es bouddhistes ou retenir certains enseignements pour devenir bouddhiste. On m\u00e9dite pour s\u2019\u00e9veiller \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des choses, au Dhamma, \u00e0 ce qui est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab&nbsp;Bouddha&nbsp;\u00bb signifie \u00ab&nbsp;l\u2019\u00c9veill\u00e9&nbsp;\u00bb, donc le mot lui-m\u00eame ne d\u00e9signe pas une personne, un personnage historique, pas plus qu\u2019une force abstraite de l\u2019univers. Il d\u00e9signe plut\u00f4t notre propre capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre \u00e9veill\u00e9s, \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;un \u00c9veill\u00e9&nbsp;\u00bb ici et maintenant. C\u2019est aussi direct que cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les textes anciens, les mots qui qualifient le Dhamma sont&nbsp;: \u00ab&nbsp;apparent ici et maintenant, au-del\u00e0 du temps, qui encourage l\u2019investigation, qui m\u00e8ne vers l\u2019int\u00e9rieur, qui doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 individuellement par les sages&nbsp;\u00bb. Quant au Bouddha, c\u2019est celui qui a la connaissance du Dhamma, c\u2019est l\u2019\u00e9tat \u00e9veill\u00e9 de notre \u00eatre, dans l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les enseignements bouddhiques ne sont pas des doctrines, pas un syst\u00e8me de croyances particuli\u00e8res. Ils ne sont pas transmis pour \u00eatre crus mais pour \u00eatre explor\u00e9s. Ils nous orientent pour que nous voyions les choses telles qu\u2019elles sont, au niveau de notre propre exp\u00e9rience individuelle. \u00ab&nbsp;Apparent ici et maintenant \u00bb&nbsp;: le Dhamma n\u2019est donc pas quelque chose de subtil ou de lointain&nbsp;; il nous encourage, au contraire, \u00e0 nous \u00e9veiller \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent, tel que nous sommes en train de le vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand le Bouddha a \u00e9tabli son enseignement des Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s, il a utilis\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience de <em>dukkha<\/em> (mal-\u00eatre ou souffrance), en tant que premi\u00e8re Noble V\u00e9rit\u00e9. Il a ainsi fait de la souffrance quelque chose de noble au lieu d\u2019une calamit\u00e9 dont il faut se d\u00e9barrasser ou dont on fait porter la responsabilit\u00e9 aux autres. Quand nous mettons la souffrance en position de \u00ab&nbsp;Premi\u00e8re Noble V\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, nous commen\u00e7ons \u00e0 nous \u00e9veiller \u00e0 elle, \u00e0 mieux la comprendre. La souffrance est une exp\u00e9rience que tous les \u00eatres humains ont en commun et que nous sommes tous capables de reconna\u00eetre. Entre la souffrance que l\u2019on connaissait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Gautama le Bouddha, il y a plus de 2544 ans, et la souffrance que nous devons subir de nos jours, il n\u2019y a aucune diff\u00e9rence. La souffrance ne d\u00e9pend pas d\u2019une \u00e9poque, d\u2019une culture, d\u2019une situation \u00e9conomique ou politique, ou d\u2019une quelconque circonstance ext\u00e9rieure. C\u2019est quand nous sommes ignorants \u2013 dans le sens o\u00f9 nous ne sommes pas \u00e9veill\u00e9s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui est \u2013 que notre vie est souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde conditionn\u00e9 dans lequel nous vivons est fondamentalement insatisfaisant. Notre ignorance, c\u2019est que nous nous identifions \u00e0 ce monde conditionn\u00e9 comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb. Au d\u00e9part, nous nous identifions aux 5 <em>khandha&nbsp;<\/em>ou agr\u00e9gats qui constituent cet ensemble corps-esprit :<em> rupa<\/em> (la forme physique), <em>vedan\u0101 <\/em>(les sensations et sentiments), <em>sa\u00f1\u00f1a <\/em>(les perceptions et la m\u00e9moire), <em>sankhara <\/em>(les pens\u00e9es ou formations mentales karmiques) et <em>vi\u00f1\u00f1\u0101na <\/em>(la conscience sensorielle). \u00ab&nbsp;Je suis ce corps. Il m\u2019appartient. J\u2019ai ma conscience, mes sensations, mes souvenirs, mes sch\u00e9mas \u00e9motionnels\u2026&nbsp;\u00bb Voil\u00e0 comment nous avons tendance \u00e0 interpr\u00e9ter notre exp\u00e9rience de l\u2019instant&nbsp;: \u00e0 travers ce filtre de concepts erron\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous nous comportons ainsi, nous cr\u00e9ons in\u00e9vitablement de la souffrance. De sorte que, m\u00eame dans les situations de vie les plus agr\u00e9ables, quand la vie n\u2019est pas une lutte pour survivre \u2013 ce qui est le cas pour la plupart d\u2019entre nous qui venons de pays o\u00f9 r\u00e8gnent l\u2019abondance, les opportunit\u00e9s, le confort, les avantages \u2013 m\u00eame quand la vie se pr\u00e9sente sous son meilleur jour, elle s\u2019accompagne toujours d\u2019une forme d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, de peur. La peur de la mort ou la peur de l\u2019inconnu. M\u00eame quand nous prenons conscience que nous vivons un moment exceptionnel de notre vie, quelque chose en nous sait que ce moment ne durera pas toujours. On ne peut pas s\u2019attendre \u00e0 ce que la vie soit parfaite en permanence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons donc tendance \u00e0 beaucoup souffrir d\u2019angoisse, d\u2019inqui\u00e9tude, de d\u00e9pression, de peur, de m\u00e9contentement. Ce sont des probl\u00e8mes communs \u00e0 tous \u2013 m\u00eame aux personnes les plus riches et les plus talentueuses \u2013 tant que nous demeurons dans l\u2019ignorance du Dhamma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand il nous dit de nous \u00e9veiller, le Bouddha ne nous demande pas de faire quoi que ce soit d\u2019extraordinaire. Son enseignement n\u2019est pas fond\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une conscience excessivement raffin\u00e9e. M\u00eame si nous aimerions vivre les aspects les plus fins de la vie, la vie consiste en une alternance de raffin\u00e9 et de grossier. Nous devons tenir compte de ce corps physique qui est \u00ab&nbsp;grossier&nbsp;\u00bb du fait de ses fonctions et de sa propension \u00e0 la souffrance. Nous devons faire face au vieillissement, \u00e0 la maladie, \u00e0 la douleur, \u00e0 l\u2019inconfort et \u00e0 une forme d\u2019irritation permanente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on observe la vie de pr\u00e8s, on constate que c\u2019est une exp\u00e9rience continue d\u2019irritation. Le monde sensoriel dans lequel nous vivons est ainsi fait. Avoir des sens, \u00eatre une cr\u00e9ature sensible, cela signifie que nous passons perp\u00e9tuellement du plaisir \u00e0 la douleur. Cela signifie que nos sens nous poussent \u00e0 voir, \u00e0 entendre, \u00e0 sentir, \u00e0 go\u00fbter et \u00e0 toucher tout ce qui se pr\u00e9sente. Nous avons aussi une m\u00e9moire qui ne cesse de nous rappeler des choses pass\u00e9es, agr\u00e9ables ou d\u00e9sagr\u00e9ables. Quant au futur, c\u2019est l\u2019inconnu et c\u2019est effrayant de ne pas savoir ce qui va arriver&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si je suis ce corps, si je suis cette personne, que va-t-il advenir de moi&nbsp;? Vais-je pouvoir vivre en bonne sant\u00e9, entour\u00e9 d\u2019amis qui m\u2019accepteront comme je suis et m\u2019aimeront&nbsp;? &nbsp;Mais il est possible aussi que les choses tournent mal, que je perde la sant\u00e9, que tous mes amis m\u2019abandonnent, que je sois humili\u00e9, souffrant, malheureux et malade pour finir, de toute fa\u00e7on, par mourir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sensitivit\u00e9 \u00e0 laquelle le corps nous soumet signifie que nous sommes effectivement dans un \u00e9tat de danger permanent. Le corps humain est fragile, il peut facilement \u00eatre endommag\u00e9. Il est aussi tr\u00e8s sensible or le monde nous bombarde sans cesse de contacts sensoriels en tous genres que nous ne pouvons gu\u00e8re contr\u00f4ler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que nous d\u00e9veloppons toutes sortes de m\u00e9canismes pour filtrer, ignorer ou oublier les impacts sensoriels. Il arrive aussi que nous essayions de vivre dans l\u2019illusion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dites-moi que je suis quelqu\u2019un de bien, que ma vie va \u00eatre merveilleuse, que tout ira bien pour moi, que je resterai en bonne sant\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9&nbsp;\u00bb. On peut m\u00eame esp\u00e9rer qu\u2019on d\u00e9couvrira le rem\u00e8de \u00e0 la mort&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019\u00e9veiller \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent, signifie voir les choses comme elles sont et non comme nous aimerions qu\u2019elles soient. Si on est sensible, on est sensible et c\u2019est tout. Dans cet instant pr\u00e9sent, nous utilisons l\u2019attention pour observer, pour prendre conscience de ce ressenti. Il est vrai que la sensitivit\u00e9 revient souvent \u00e0 souffrir de douleurs physiques, comme quand on reste trop longtemps en position de m\u00e9ditation assise. Il y a aussi tout ce qui peut nous parvenir \u00e0 travers les sens&nbsp;: ce que l\u2019on risque de voir, entendre, sentir, go\u00fbter et toucher. Mais c\u2019est ainsi et c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, avec l\u2019attention et la r\u00e9flexion qui nous montrent que les choses sont comme elles sont, nous remarquons simplement que la douleur, l\u2019irritation ou l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 \u2013 qu\u2019elles soient mentales ou physiques \u2013 sont comme elles sont. Il ne s\u2019agit pas de s\u2019en plaindre ni d\u2019\u00e9mettre un jugement mais de reconna\u00eetre honn\u00eatement ce que contient cet instant pr\u00e9sent, pour lui permettre d\u2019\u00eatre tel qu\u2019il est. C\u2019est ne pas rejeter ce qui est d\u00e9sagr\u00e9able, ni essayer constamment d\u2019avoir des sensations agr\u00e9ables ou de cr\u00e9er des situations plaisantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une grande partie de notre vie n\u2019est ni agr\u00e9able ni douloureuse mais nous n\u2019utilisons pas notre pr\u00e9sence d\u2019esprit pour observer la neutralit\u00e9 qui n\u2019est ni plaisir ni douleur. L\u2019\u00eatre humain ignore ces moments parce qu\u2019il passe sa vie \u00e0 rechercher le bonheur et \u00e0 fuir le malheur, \u00e0 rechercher le plaisir et \u00e0 fuir la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on parle de <em>samsara<\/em>, il s\u2019agit de ce cycle sans fin qui tourne pendant que nous cherchons le plaisir et que nous nous attachons au bonheur. Mais cet effort que nous faisons pour nous y attacher est lui-m\u00eame douloureux, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Plus vous essayez de vous agripper \u00e0 ce que vous aimez, plus vous faites d\u2019efforts \u00e9puisants pour ne pas perdre une chose qui, par nature, devra in\u00e9vitablement changer et passer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc la premi\u00e8re Noble V\u00e9rit\u00e9 consiste \u00e0 prendre conscience de la souffrance et \u00e0 la comprendre. On pourrait se dire que comprendre la souffrance signifie analyser&nbsp;les choses : \u00ab&nbsp;Pourquoi est-ce que je souffre&nbsp;? Parce que je suis comme ceci et je devrais \u00eatre plus comme cela. Parce que j\u2019ai v\u00e9cu ceci quand j\u2019\u00e9tais enfant. Parce que la vie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tendre avec moi&nbsp;\u00bb. Mais ce n\u2019est pas de cette fa\u00e7on que nous sommes cens\u00e9s comprendre la souffrance. Ce n\u2019est pas en l\u2019analysant mais en voyant que la souffrance est comme elle est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a utilis\u00e9 la souffrance comme une \u00ab&nbsp;noble v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb pour nous encourager \u00e0 nous y \u00e9veiller au lieu de simplement essayer de nous en d\u00e9barrasser. Et, effectivement, ce regard change tout \u00e0 fait notre relation au monde sensible&nbsp;: au lieu de le voir comme une menace permanente dont nous devons nous prot\u00e9ger, au lieu d\u2019essayer de le dominer pour mieux l\u2019exploiter, nous commen\u00e7ons \u00e0 nous y ouvrir, \u00e0 nous ouvrir \u00e0 notre sensitivit\u00e9. Nous nous ouvrons, nous accueillons, nous nous int\u00e9ressons vraiment \u00e0 la souffrance. Nous lui permettons d\u2019\u00eatre une exp\u00e9rience pleinement consciente, de fa\u00e7on \u00e0 la comprendre, \u00e0 la conna\u00eetre et m\u00eame \u00e0 lui ouvrir les bras en tant que \u00ab&nbsp;noble v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. C\u2019est ainsi que nous commen\u00e7ons \u00e0 nous \u00e9veiller.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous prenons refuge dans le Bouddha \u2013 <em>Buddham saranam gachami<\/em> \u2013 ce que nous faisons vraiment, c\u2019est apprendre \u00e0 faire confiance \u00e0 l\u2019\u00c9veil et non \u00e0 l\u2019id\u00e9e abstraite d\u2019un \u00eatre \u00e9veill\u00e9. Il est possible de prendre cette sorte de refuge \u00e0 tout moment et dans toute situation. Ce n\u2019est pas une simple formule que l\u2019on prononce quand on est dans un monast\u00e8re ou une coutume exotique du bouddhisme Theravada. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9, un refuge dans lequel on peut vraiment avoir confiance, quel que soit notre \u00e9tat physique, mental, psychique ou \u00e9motionnel. On peut toujours s\u2019y \u00e9veiller. Il y a toujours ce refuge qui consiste \u00e0 \u00eatre pleinement \u00e9veill\u00e9 \u00e0 ce qui est tel que c\u2019est, au Dhamma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut donc prendre la premi\u00e8re Noble V\u00e9rit\u00e9 comme une sorte d\u2019indice menant \u00e0 l\u2019\u00c9veil. Le mot \u00ab souffrance&nbsp;\u00bb ne recouvre pas seulement les drames et les trag\u00e9dies. Il peut s\u2019agir de la souffrance toute b\u00eate que des gens ordinaires ressentent quand ils ne peuvent pas obtenir ce qu\u2019ils veulent, quand ils sont dans une file d\u2019attente ou dans un embouteillage, quand ils se demandent s\u2019ils vont pouvoir payer leur note d\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Quand toutes ces petites contrari\u00e9t\u00e9s, ces inqui\u00e9tudes, sont mises dans le contexte d\u2019une \u00ab&nbsp;noble v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, notre relation \u00e0 ces soucis change. Au lieu de nous y identifier, de les rejeter, de nous bl\u00e2mer ou d\u2019accuser d\u2019autres personnes, nous comprenons, nous reconnaissons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une forme de souffrance et que la souffrance est ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a mis l\u2019accent sur l\u2019attention, la prise de conscience. Il a parl\u00e9 de <em>sati-pa\u00f1\u00f1a<\/em>, attention et sagesse, et de <em>sati-sampaja\u00f1\u00f1a<\/em>, attention et compr\u00e9hension intuitive de l\u2019instant tel qu\u2019il est. <em>Sampaja\u00f1\u00f1a<\/em> embrasse la totalit\u00e9 de l\u2019instant. Il inclut tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre esprit est conditionn\u00e9 \u00e0 utiliser ses capacit\u00e9s analytiques. En Occident, nous avons \u00e9lev\u00e9 les \u00e9tudes et la recherche scientifique au rang le plus \u00e9lev\u00e9, le <em>nec plus ultra<\/em> des succ\u00e8s humains. Nous sommes \u00e9duqu\u00e9s, conditionn\u00e9s, \u00e0 toujours penser en termes de bon, bien et meilleur&nbsp;; \u00e0 imaginer comment les choses devraient \u00eatre. Nous sommes tr\u00e8s dou\u00e9s pour imaginer un monde id\u00e9al o\u00f9 nous serions comme ceci ou comme cela. Parmi les bouddhistes, on trouve beaucoup d\u2019id\u00e9alistes qui ont des id\u00e9es tr\u00e8s arr\u00eat\u00e9es sur comment un bon moine \u2013 ou une nonne \u2013 bouddhiste devrait se comporter, comment ce pays devrait fonctionner, comment le monde devrait \u00eatre\u2026 Nous sommes tous capables de cr\u00e9er ces superlatifs, de nous y attacher et de nous identifier \u00e0 eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout au long de ma vie monastique, j\u2019ai vu d\u00e9filer tant de moines qui avaient une image id\u00e9ale de comment ils devraient \u00eatre&nbsp;: altruistes, se contentant de peu, reconnaissants, pleins de bienveillance et de compassion, se r\u00e9jouissant du bonheur des autres, sereins et sachant se concentrer profond\u00e9ment en m\u00e9ditation. Ce sont de belles id\u00e9es, de beaux id\u00e9aux mais ce ne sont que \u00e7a&nbsp;: des id\u00e9es. Ce ne sont pas des r\u00e9alit\u00e9s vivantes. Les id\u00e9aux sont des cr\u00e9ations de notre esprit et, bien s\u00fbr, en tant que tels, ils sont le meilleur de ce qui peut \u00eatre con\u00e7u&nbsp;: parfaitement justes et bons. Mais la vie, en ce moment, quand nous nous \u00e9veillons \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent, n\u2019est pas id\u00e9ale, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Ce n\u2019est pas une id\u00e9e, c\u2019est une exp\u00e9rience v\u00e9cue \u00e0 travers les sens, et elle est ce qu\u2019elle est. Les id\u00e9aux ne sont pas sensibles. Ils sont parfaits mais ils ne ressentent rien. C\u2019est pourquoi, quand les gens sont tr\u00e8s id\u00e9alistes, ils perdent souvent leur sensibilit\u00e9. Ils portent des jugements cat\u00e9goriques et sont tr\u00e8s durs envers eux-m\u00eames et envers les autres, parce qu\u2019\u00ab&nbsp;il ne faut pas \u00eatre ainsi, il ne faut pas ressentir les choses ainsi&nbsp;\u00bb, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens, quand j\u2019\u00e9tais enfant, avoir demand\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi Dieu a-t-il cr\u00e9\u00e9 les moustiques&nbsp;?&nbsp;Si j\u2019\u00e9tais Dieu, je n\u2019aurais pas cr\u00e9\u00e9 les moustiques&nbsp;!&nbsp;Il n\u2019aurait pas d\u00fb cr\u00e9er les moustiques \u00bb. Un autre jour o\u00f9 j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 et j\u2019avais le genou en sang, je lui ai encore demand\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi Dieu a-t-il cr\u00e9\u00e9 la douleur ?&nbsp;\u00bb Voil\u00e0 une question \u00e0 laquelle ma m\u00e8re a toujours eu du mal \u00e0 r\u00e9pondre&nbsp;! Sa r\u00e9ponse habituelle \u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu sait ce qu\u2019il fait.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais, logiquement parlant, si on cr\u00e9e un Dieu comme un \u00eatre id\u00e9al, tout devrait \u00eatre id\u00e9al et on ne devrait avoir rien de moins que le meilleur. Pourtant, en termes de la r\u00e9alit\u00e9 de notre existence consciente, nous voyons bien que la vie est comme elle est. Elle n\u2019est pas id\u00e9ale, elle est comme elle est et c\u2019est tout. C\u2019est pourquoi le Bouddha nous propose de nous \u00e9veiller \u00e0 ce qui est au lieu d\u2019essayer de tout transformer pour que les choses soient id\u00e9ales, ou du moins comme nous aimerions qu\u2019elles soient. Ce monde sensoriel change sans cesse. Il contient la naissance et la mort, le juste et le faux, le bon et le mauvais, le jour et la nuit, le masculin et le f\u00e9minin, et toutes les autres dualit\u00e9s ainsi que les variantes et les permutations qui se produisent en termes de ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s, et nous ne pouvons rien ma\u00eetriser de tout cela. Nous devons \u00ab&nbsp;faire avec&nbsp;\u00bb. Une grande partie de la vie consiste \u00e0 apprendre \u00e0 supporter les choses que nous ne voulons pas, n\u2019aimons pas, n\u2019approuvons pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha nous demande donc d\u2019examiner la sensibilit\u00e9, le monde sensoriel, les <em>ayatana <\/em>(les bases des sens), les <em>vedana<\/em> (sensations et sentiments), les <em>sa\u00f1\u00f1a <\/em>(perceptions et souvenirs) et les <em>sankhara<\/em> (pens\u00e9es et autres ph\u00e9nom\u00e8nes mentaux). Vraiment examiner, investiguer et consid\u00e9rer tous ces facteurs, non en termes de bon et mauvais, juste et faux mais en tant qu\u2019exp\u00e9rience&nbsp;: qu\u2019est-ce que l\u2019on ressent quand on souffre&nbsp;? Qu\u2019est-ce que le bonheur&nbsp;? C\u2019est alors que nous commen\u00e7ons \u00e0 voir que le bonheur est impermanent, que la souffrance est impermanente et que les exp\u00e9riences sensorielles que nous avons \u2013 le plaisir, la douleur, etc. \u2013 sont impermanentes aussi. Les trois caract\u00e9ristiques de l\u2019existence \u2013 l\u2019impermanence, la souffrance et le non-soi \u2013 sont une invitation \u00e0 explorer la sensitivit\u00e9, le monde conditionn\u00e9 de ce corps-esprit et des six sens (la vue, l\u2019ou\u00efe, l\u2019odorat, le go\u00fbt, le toucher et l\u2019esprit).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour explorer et examiner, il faut aussi pouvoir accepter. Il ne serait pas logique d\u2019essayer d\u2019\u00e9liminer ou de condamner ce que l\u2019on d\u00e9couvre. Il est vrai que, parfois, on peut se dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne veux pas de cette vie. Je veux l\u2019\u00c9veil. Le monde est trop plein de souffrance&nbsp;\u00bb. Nous avons tant de jugements n\u00e9gatifs envers les choses&nbsp;; nous voyons le monde conditionn\u00e9 comme une menace, un danger&nbsp;; nous avons une attitude nihiliste par rapport \u00e0 la sensibilit\u00e9 ou au monde sensoriel&nbsp;; nous voudrions vivre dans un monde d\u2019\u00e9quanimit\u00e9, de paix et d\u2019harmonie pour toujours. Cela parce que nous ne savons pas comment supporter, comment endurer, et parce que nous ne comprenons pas la le\u00e7on que nous enseigne le perp\u00e9tuel changement, l\u2019impermanence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019ouvrir \u00e0 la souffrance, par contre, nous permet de changer d\u2019attitude&nbsp;; de passer d\u2019un d\u00e9sir d\u2019annihilation \u00e0 une attitude ouverte et bienveillante d\u2019apprentissage. La souffrance est une \u00ab&nbsp;noble v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb, pas quelque chose d\u2019horrible qui m\u2019arrive \u00ab&nbsp;\u00e0 moi&nbsp;\u00bb. La souffrance \u2013 m\u00eame au niveau personnel d\u2019\u00e9motions fortes comme le d\u00e9sespoir, le ressentiment, la col\u00e8re, la peur, l\u2019angoisse, etc. \u2013 peut nous ouvrir \u00e0 une attitude d\u2019attention \u00e9veill\u00e9e, une r\u00e9elle bonne volont\u00e9 de conna\u00eetre, ressentir et examiner ces \u00e9tats que nous vivons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019utilise souvent l\u2019expression \u00ab&nbsp;accueillir la souffrance&nbsp;\u00bb parce que c\u2019est une aide. Ma tendance personnelle avait toujours \u00e9t\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 la souffrance&nbsp;; m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas intentionnel, c\u2019\u00e9tait une r\u00e9action habituelle, conditionn\u00e9e. J\u2019avais cultiv\u00e9 la r\u00e9sistance \u00e0 la souffrance. Intellectuellement, je pouvais me dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019accepte la souffrance&nbsp;\u00bb ou&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je devrais accepter la souffrance \u00bb, mais je constatais une tendance habituelle de r\u00e9sistance. Donc je me suis efforc\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;accueillir&nbsp;\u00bb la souffrance, en utilisant ce mot comme un moyen habile pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre prisonnier de mes sch\u00e9mas habituels de fonctionnement. De ce fait, aussi, j\u2019ai appris \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 la souffrance au lieu de me contenter d\u2019essayer de m\u2019en d\u00e9barrasser&nbsp;; ou au lieu de pr\u00e9tendre que, si je faisais semblant de l\u2019accepter, elle finirait par partir. J\u2019ai cess\u00e9 de jouer des jeux avec moi-m\u00eame et appris \u00e0 accepter de vraiment ressentir la souffrance, ou de ressentir le chagrin, ou de ressentir le d\u00e9sespoir. J\u2019ai vraiment fait p\u00e9n\u00e9trer ces ressentis dans mon c\u0153ur et j\u2019en ai pris pleinement conscience. Il ne s\u2019agissait plus d\u2019y penser ou de les analyser mais d\u2019accepter les \u00e9motions pleinement, telles qu\u2019elles se pr\u00e9sentaient dans l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me que rencontrent beaucoup d\u2019entre nous, c\u2019est vouloir analyser les choses. Comme nous sommes obs\u00e9d\u00e9s par les pens\u00e9es, il est tr\u00e8s difficile d\u2019accueillir pleinement une \u00e9motion sans nous \u00e9chapper aussit\u00f4t dans des pens\u00e9es car les \u00e9motions \u00e9veillent des souvenirs et des sch\u00e9mas habituels de pens\u00e9e obsessionnelle. Apprendre \u00e0 arr\u00eater \u00ab&nbsp;l\u2019esprit penseur&nbsp;\u00bb a donc \u00e9t\u00e9 un grand d\u00e9fi au cours de mes premi\u00e8res ann\u00e9es de vie monastique. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper des moyens habiles pour r\u00e9aliser le \u00ab&nbsp;non-penser&nbsp;\u00bb, la vacuit\u00e9. Ce qui me fascinait dans le bouddhisme, depuis le tout d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait la relation entre le conditionn\u00e9 et le non-conditionn\u00e9, le passage du samsara au nirvana, du soi au non-soi, de l\u2019attachement au l\u00e2cher-prise. Cette exploration m\u2019a donc permis d\u2019observer la pens\u00e9e par rapport \u00e0 la non-pens\u00e9e. &nbsp;Essayer d\u2019arr\u00eater de penser parce que l\u2019on n\u2019a plus envie de penser, ne fonctionne pas pour la simple raison que ce d\u00e9sir lui-m\u00eame engendre une pens\u00e9e&nbsp;; c\u2019est une id\u00e9e bas\u00e9e sur l\u2019ignorance, sur le d\u00e9sir de ne pas penser. Penser \u00e0 ne pas penser, c\u2019est finir par penser toujours plus \u00e0 la non-pens\u00e9e et se d\u00e9courager en concluant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une t\u00e2che impossible \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, au lieu d\u2019y penser ou de faire des efforts pour ne pas penser, on commence simplement par prendre conscience des moments o\u00f9 la pens\u00e9e n\u2019est pas l\u00e0. On prend conscience que, tandis que l\u2019on est concentr\u00e9 sur la respiration ou que l\u2019on porte son attention au corps en tant qu\u2019objet, le processus de la pens\u00e9e s\u2019arr\u00eate. Quand on inspire, on a conscience de ce qui est en train de se passer mais on n\u2019est pas en train de penser. On a simplement conscience du processus physiologique qui se d\u00e9roule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il en va de m\u00eame pour la posture et les sensations. On prend simplement conscience de sa posture quand on est assis, debout, couch\u00e9 ou en train de marcher. Et quand on balaye le corps en prenant conscience des sensations, on est \u00ab&nbsp;avec&nbsp;\u00bb ce qui se passe dans l\u2019instant, on n\u2019est pas en train d\u2019y penser. Ou bien, si on utilise la pens\u00e9e \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est pour \u00e9clairer quelque chose, par pour analyser, critiquer ou comparer les choses entre elles. Par exemple, quand on balaie le corps en \u00e9tant attentif aux sensations, il est possible que les mots \u00ab&nbsp;main droite&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;vert\u00e8bres&nbsp;\u00bb, etc. nous passent par la t\u00eate mais ces mots sont simplement un outil qui permet de mieux porter l\u2019attention sur cette partie du corps \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 elle appara\u00eet dans la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut aussi utiliser un mantra comme le mot \u00ab&nbsp;bouddho&nbsp;\u00bb qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la potentialit\u00e9 d\u2019\u00c9veil. Quand on dit le mot int\u00e9rieurement, on y pense d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment mais on en est conscient, ce n\u2019est pas une pens\u00e9e ordinaire. On est conscient avant de penser les syllabes \u00ab&nbsp;boud-&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00e0 l\u2019inspiration et \u00ab&nbsp;-dho&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019expiration. Ensuite, on a conscience de l\u2019espace autour du son \u00ab&nbsp;boud-dho&nbsp;\u00bb, de sorte que l\u2019on n\u2019est pas obs\u00e9d\u00e9 par le mantra lui-m\u00eame mais on l\u2019explore, on en fait l\u2019exp\u00e9rience. On est alors pleinement conscient de la non-pens\u00e9e. Penser \u00ab&nbsp;bouddho&nbsp;\u00bb et sentir ensuite l\u2019absence de pens\u00e9e, c\u2019est ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aussi le silence, le \u00ab&nbsp;son du silence&nbsp;\u00bb, cette esp\u00e8ce de fond sonore silencieux qui r\u00e9sonne. Est-ce un son&nbsp;? Est-ce un tintement&nbsp;? On a envie de lui donner un nom mais, quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est ce que c\u2019est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, tandis que l\u2019on est \u00e9veill\u00e9 \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent, on est conscient qu\u2019il y a la respiration, la posture du corps, le son du silence\u2026 On peut aussi \u00eatre conscient de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit que l\u2019on a en ce moment ou de l\u2019\u00e9motion qui nous habite. On se contente d\u2019en prendre conscience&nbsp;; on ne juge rien. On remarque un sentiment de confusion ou de joie ou de tristesse, ou de col\u00e8re \u2013 quel que soit ce sentiment, il est comme il est. Cette attention globale, ce n\u2019est pas dire que les choses devraient \u00eatre comme ceci ou comme cela&nbsp;; c\u2019est simplement prendre conscience d\u2019un \u00e9tat \u00e9motionnel qui ne porte pas n\u00e9cessairement d\u2019\u00e9tiquette&nbsp;; on le reconna\u00eet de mani\u00e8re directe&nbsp;: c\u2019est ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En pratiquant de cette mani\u00e8re, nous nous \u00e9veillons progressivement \u00e0 ce qui est, et nous d\u00e9veloppons une confiance envers cet \u00e9tat naturel d\u2019\u00e9veil. Ce n\u2019est pas un \u00e9tat que nous avons cr\u00e9\u00e9&nbsp;; il est naturel. Quand le Bouddha nous encourage \u00e0 nous \u00e9veiller, il ne nous demande pas de d\u00e9velopper des pouvoirs surhumains mais d\u2019apprendre \u00e0 faire confiance \u00e0 la nature des choses, aux lois de la nature, au Dhamma. Nous apprenons \u00e0 nous d\u00e9tendre, \u00e0 faire confiance, \u00e0 nous ouvrir au flot de la vie, au fur et \u00e0 mesure que nous en faisons l\u2019exp\u00e9rience par la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette conscience \u00e9veill\u00e9e n\u2019a rien de personnel. Ce n\u2019est pas une facult\u00e9 que l\u2019on poss\u00e9derait en propre tandis que d\u2019autres ne l\u2019auraient pas. L\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9veil n\u2019appartient \u00e0 personne&nbsp;; c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 universelle, pas une capacit\u00e9 personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi donc, la conscience \u00e9veill\u00e9e transcende l\u2019exp\u00e9rience conditionn\u00e9e parce qu\u2019elle nous permet de voir les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s comme des objets. L\u2019inconditionn\u00e9 est aussi simple que cela. En fait, \u00e0 travers un acte direct d\u2019\u00e9veil, d\u2019attention au pr\u00e9sent, nous sommes en train de r\u00e9aliser l\u2019inconditionn\u00e9. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 qui inclut le conditionn\u00e9. Ce n\u2019est ni un rejet ni un jugement de ce qui est conditionn\u00e9. Cette r\u00e9alit\u00e9 inclut tout ce qui existe, le bon et le mauvais. Alors la douleur \u2013 \u00ab&nbsp;Pourquoi Dieu a-t-il cr\u00e9\u00e9 la douleur&nbsp;?&nbsp;Si j\u2019\u00e9tais Dieu, je n\u2019aurais pas cr\u00e9\u00e9 la douleur&nbsp;\u00bb \u2013 la douleur fait partie du tout. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment conditionn\u00e9 qui fait partie d\u2019un tout. Si c\u2019est ce que nous ressentons dans l\u2019instant, il n\u2019y a rien de mal \u00e0 cela. C\u2019est inclus dans l\u2019ensemble des choses. Il n\u2019y a rien qui \u00ab&nbsp;ne devrait pas \u00eatre&nbsp;\u00bb. Les choses sont ce qu\u2019elles sont, elles sont comme elles sont&nbsp;; leur nature est d\u2019appara\u00eetre puis de dispara\u00eetre&nbsp;; et elles ne sont pas personnelles, elles ne nous appartiennent pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9couvrons cela gr\u00e2ce \u00e0 une prise de conscience intuitive qui nous permet de r\u00e9aliser le non-soi ou l\u2019\u00c9veil ou l\u2019au-del\u00e0 de la mort, l\u2019absence de d\u00e9sir, la cessation. Cette r\u00e9alisation, c\u2019est s\u2019ouvrir \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 la nature r\u00e9elle des choses&nbsp;: tout ce qui est conditionn\u00e9 appara\u00eet puis dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me souviens qu\u2019autrefois je m\u2019attendais \u00e0 avoir une exp\u00e9rience d\u2019\u00c9veil dans laquelle des \u00e9clairs descendraient du ciel et me p\u00e9n\u00e9treraient de lumi\u00e8re, et une voix venue d\u2019en-haut dirait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sumedho, tu es \u00e9veill\u00e9&nbsp;! \u00bb Je n\u2019avais pas confiance dans l\u2019exp\u00e9rience directe de la r\u00e9alit\u00e9. Cela ne me paraissait pas suffisant. \u00ab&nbsp;Oserais-je \u00eatre \u00e9veill\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb Posez-vous la question&nbsp;! Oseriez-vous \u00eatre \u00e9veill\u00e9 ou est-il plus facile de se dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh, j\u2019ai encore beaucoup de travail \u00e0 faire. J\u2019esp\u00e8re m\u2019\u00e9veiller plus tard mais je n\u2019ose m\u00eame pas imaginer que l\u2019\u00c9veil est proche&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00c9veil est un peu effrayant, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Que fait-on quand on est \u00e9veill\u00e9&nbsp;? Que fait-on apr\u00e8s&nbsp;?!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne s\u2019agit pas de faire de l\u2019\u00c9veil un id\u00e9al. Il s\u2019agit de commencer \u00e0 appr\u00e9cier un \u00e9tat naturel d\u2019attention, de pr\u00e9sence consciente qui est ici maintenant et qui est toujours \u00e0 notre disposition, si seulement nous lui faisons confiance et nous prenons refuge en lui. Simplement en \u00e9tant attentifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si ces paroles \u00e9veillent le doute en vous, prenez conscience que le doute est per\u00e7u de cette mani\u00e8re. Restez avec ce qui est, accueillez ce qui se pr\u00e9sente, quel que soit l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel ou physique dont vous avez conscience \u00e0 cet instant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 le sujet de r\u00e9flexion que je vous propose pour ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Sumedho Traduction de Jeanne Schut Enseignement donn\u00e9 \u00e0 une assembl\u00e9e de moines, nonnes et la\u00efcs au monast\u00e8re Abhayagiri de Californie, aux \u00c9tats-Unis, en 1991. On m\u2019a demand\u00e9, ce soir, de donner un enseignement sur le Dhamma, ou plut\u00f4t de partager avec vous quelques r\u00e9flexions sur le Dhamma. 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