{"id":2048,"date":"2026-05-15T13:02:59","date_gmt":"2026-05-15T13:02:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=2048"},"modified":"2026-05-15T13:02:59","modified_gmt":"2026-05-15T13:02:59","slug":"le-son-du-silence","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/le-son-du-silence\/","title":{"rendered":"Le son du silence"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Sumedho<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la vie quotidienne ordinaire, le silence est quelque chose qui n\u2019int\u00e9resse personne. On consid\u00e8re plus important de r\u00e9fl\u00e9chir, de cr\u00e9er, de faire des choses \u2014 autrement dit, de \u00ab&nbsp;remplir&nbsp;\u00bb le silence. En g\u00e9n\u00e9ral nous \u00e9coutons un son, de la musique, des paroles mais pensons que dans le silence il n\u2019y a rien \u00e0 \u00e9couter. Quand personne ne sait quoi dire dans une r\u00e9union, les gens sont g\u00ean\u00e9s, le silence met mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant des concepts comme le silence et la vacuit\u00e9 nous montrent une direction \u00e0 suivre, une chose \u00e0 observer, car la vie moderne a fait \u00e9clater le silence et d\u00e9moli l\u2019espace. Nous avons cr\u00e9\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous sommes sans cesse actifs, nous ne savons pas nous reposer, nous d\u00e9tendre, ni m\u00eame simplement \u00eatre. Notre vie est bouscul\u00e9e, notre cerveau brillant s\u2019ing\u00e9nie \u00e0 trouver des moyens de nous faciliter la vie et pourtant nous sommes toujours \u00e9puis\u00e9s. Des gadgets sont cens\u00e9s nous faire gagner du temps, nous permettent de tout faire en appuyant simplement sur un bouton, les t\u00e2ches ennuyeuses sont confi\u00e9es \u00e0 des robots et des machines \u2014 mais que faisons-nous du temps ainsi gagn\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il semble que nous ayons toujours besoin de faire quelque chose, de nous agiter, de remplir le silence de bruit et l\u2019espace de formes. La soci\u00e9t\u00e9 met l\u2019accent sur le fait d\u2019avoir une vraie personnalit\u00e9, d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un capable de prouver sa valeur. C\u2019est la course au plus fort, le cycle incessant qui nous stresse. Quand nous sommes jeunes et que nous avons beaucoup d\u2019\u00e9nergie, nous appr\u00e9cions les plaisirs de la jeunesse comme la bonne sant\u00e9, l\u2019amour, l\u2019aventure etc. Mais tout peut s\u2019arr\u00eater d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, du fait d\u2019un accident ou si nous perdons un \u00eatre particuli\u00e8rement cher. Ce qui nous arrive alors peut faire que tous les plaisirs des sens, la bonne sant\u00e9, la vigueur, la beaut\u00e9, la personnalit\u00e9, l\u2019admiration des autres, ne nous procurent plus aucun plaisir. Nous pouvons aussi devenir amers parce que nous n\u2019avons pas atteint le degr\u00e9 de plaisir et de succ\u00e8s que, selon nous, la vie aurait d\u00fb nous accorder. Alors il faudra sans cesse faire nos preuves, \u00eatre \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb et ob\u00e9ir \u00e0 toutes les exigences de notre personnalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La personnalit\u00e9 est conditionn\u00e9e par le mental. Nous ne sommes pas n\u00e9s avec une personnalit\u00e9. Pour devenir une personnalit\u00e9 nous avons d\u00fb r\u00e9fl\u00e9chir et nous concevoir comme \u00e9tant quelqu\u2019un. Quelqu\u2019un de bon ou de mauvais ou un m\u00e9lange de toutes sortes de choses. La personnalit\u00e9 est bas\u00e9e sur la m\u00e9moire, sur la capacit\u00e9 \u00e0 se souvenir de notre histoire, d\u2019avoir une opinion sur nous-m\u00eames \u2014 nous nous trouvons beau ou laid, aimable ou pas, intelligent ou idiot \u2014 et ce regard peut changer selon les situations. Par contre, en d\u00e9veloppant l\u2019esprit contemplatif, nous pouvons voir au-del\u00e0 de ces images. Nous faisons l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019esprit originel, de la conscience avant qu\u2019elle soit conditionn\u00e9e par la perception.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous essayons de penser \u00e0 cet esprit originel, nous serons pi\u00e9g\u00e9s par nos facult\u00e9s analytiques. Il faudra donc observer et \u00e9couter plut\u00f4t qu\u2019essayer de d\u00e9couvrir comment \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9veiller&nbsp;\u00bb. M\u00e9diter pour s\u2019\u00e9veiller ne fonctionne pas non plus, parce que, tant que nous essayons d\u2019obtenir un r\u00e9sultat, nous cr\u00e9ons un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas \u00e9veill\u00e9 \u00e0 cet instant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous percevons comme des \u00eatres non \u00e9veill\u00e9s \u2014 comme une personne \u00e0 probl\u00e8mes ou un cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Parfois il nous semble que la pire des choses que l\u2019on puisse penser de nous est parfaitement exacte. Il y a une forme de perversit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9tendre que l\u2019honn\u00eatet\u00e9 consiste \u00e0 croire le pire de nous-m\u00eames ! Je ne porte pas de jugement sur la personnalit\u00e9 mais je sugg\u00e8re que vous essayiez de savoir ce qu\u2019elle est r\u00e9ellement, de fa\u00e7on \u00e0 ne pas fonctionner \u00e0 partir d\u2019une illusion cr\u00e9\u00e9e par vous ni \u00e0 partir des id\u00e9es que vous vous faites sur votre propre compte. Pour ce faire, vous pouvez apprendre \u00e0 vous asseoir sans bouger et \u00e0 \u00e9couter le silence. Non que cela vous apportera l\u2019\u00c9veil, mais cette pratique va vous aider \u00e0 aller \u00e0 l\u2019encontre de vos habitudes, \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019agitation du corps et des \u00e9motions qui vous animent d\u2019ordinaire. Donc vous \u00e9coutez le silence. Vous entendez ma voix, vous entendez les bruits ext\u00e9rieurs mais, derri\u00e8re tout cela, il y a une sorte de son aigu, presque \u00e9lectronique. C\u2019est ce que j\u2019appelle \u00ab\u00a0le son du silence\u00a0\u00bb. Je trouve que c\u2019est un moyen tr\u00e8s pratique de concentrer l\u2019esprit parce que, quand on commence \u00e0 y pr\u00eater attention \u2013 sans pour autant s\u2019y attacher ou s\u2019en glorifier \u2013 , on arrive \u00e0 s\u2019entendre penser. La pens\u00e9e est une sorte de son, n\u2019est-ce pas ? Quand on pense, on s\u2019entend penser et quand je m\u2019entends penser, c\u2019est comme si j\u2019entendais quelqu\u2019un parler. Donc j\u2019\u00e9coute les pens\u00e9es et j\u2019\u00e9coute le son du silence. Mais quand j\u2019entends le silence, je constate qu\u2019il n\u2019y a plus de pens\u00e9es. Il y a un calme et je prends note, consciemment, de ce calme. Cela me permet de reconna\u00eetre la vacuit\u00e9. La vacuit\u00e9 n\u2019est pas s\u2019enfermer ou nier quoi que ce soit, c\u2019est un l\u00e2cher prise des tendances habituelles \u00e0 l\u2019activit\u00e9 incessante et \u00e0 la pens\u00e9e compulsive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En fait, vous pouvez compl\u00e8tement arr\u00eater le mouvement de vos habitudes et de vos d\u00e9sirs en \u00e9coutant ce son. Dans cette \u00e9coute il y a l\u2019attention. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de fermer les yeux, de se boucher les oreilles ni de demander \u00e0 quelqu\u2019un de quitter la pi\u00e8ce. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de pratiquer cela dans un endroit particulier, cela fonctionne o\u00f9 que vous soyez. C\u2019est tr\u00e8s pratique au quotidien, dans un groupe ou en famille, quand la vie risque de devenir une routine. Dans ces situations, nous avons l\u2019habitude les uns des autres et nous fonctionnons au travers de nos pr\u00e9jug\u00e9s et d\u2019images dont nous ne sommes m\u00eame pas conscients. Or voil\u00e0 que le silence de l\u2019esprit permet \u00e0 tous ces conditionnements d\u2019\u00eatre vus pour ce qu\u2019ils sont. Quand on sait que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes qui apparaissent disparaissent, on voit que toutes les id\u00e9es et les images que nous avons de nous-m\u00eames et des autres sont conditionn\u00e9es par le mental (l\u2019habitude, le temps, la m\u00e9moire) et que nous ne sommes pas vraiment cela. Ce que vous croyez \u00eatre n\u2019est pas ce que vous \u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous allez demander : \u00ab&nbsp;Que suis-je alors ?&nbsp;\u00bb mais est-il n\u00e9cessaire de savoir ce que nous sommes&nbsp;? Il est suffisant de savoir ce que nous ne sommes pas. Le probl\u00e8me vient de ce que nous croyons \u00eatre toutes sortes de choses que nous ne sommes pas et c\u2019est cela qui nous fait souffrir. Nous ne souffrons pas d\u2019<em>anatta<\/em>, de n\u2019\u00eatre rien, nous souffrons d\u2019\u00eatre tout le temps quelqu\u2019un. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est la souffrance. Alors quand nous ne sommes pas quelqu\u2019un, ce n\u2019est pas une souffrance, c\u2019est un soulagement, c\u2019est comme poser une lourde carapace d\u2019images de soi et de peur du regard des autres. Tous ces fardeaux li\u00e9s au sentiment d\u2019avoir un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, nous pouvons les abandonner. Nous les l\u00e2chons, tout simplement. Quel soulagement de n\u2019\u00eatre personne ! De ne plus nous voir comme quelqu\u2019un qui a toutes sortes de probl\u00e8mes et qui devrait pratiquer davantage la m\u00e9ditation pour s\u2019en sortir ou qui devrait venir plus souvent \u00e0 Amaravati ou qui devrait se lib\u00e9rer mais qui n\u2019y arrive pas ! Tout cela est le produit de la pens\u00e9e, n\u2019est-ce pas ? C\u2019est fabriquer toutes sortes d\u2019id\u00e9es sur soi, c\u2019est l\u2019esprit critique qui dit sans cesse que l\u2019on n\u2019est pas assez bon ou que l\u2019on doit s\u2019am\u00e9liorer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc vous pouvez pr\u00eater l\u2019oreille; cette \u00e9coute est disponible \u00e0 tout moment. Peut-\u00eatre que, au d\u00e9but, il est bon de faire des retraites de m\u00e9ditation ou de vous mettre dans des situations o\u00f9 vous serez rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre, o\u00f9 vous serez soutenu, o\u00f9 un enseignant vous encouragera \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer \u2014 parce qu\u2019il est facile de retomber dans les vieilles habitudes, en particulier les habitudes mentales tr\u00e8s subtiles \u2014 et le son du silence n\u2019a pas l\u2019air si extraordinaire que cela en comparaison. Pourtant, m\u00eame en \u00e9coutant de la musique vous pouvez entendre ce silence. Il ne g\u00e2che pas la musique, il la met en perspective. \u00c0 partir de l\u00e0, vous ne vous laisserez pas emporter par elle ni pi\u00e9ger par les sons. Vous pourrez appr\u00e9cier et le son et le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Voie du milieu dont parle le Bouddha n\u2019est pas l\u2019annihilation extr\u00eame. On ne dit pas : \u00ab\u00a0Le silence, la vacuit\u00e9, le non-soi, voil\u00e0 ce que nous devons atteindre. Nous devons nous lib\u00e9rer de tout d\u00e9sir, de notre personnalit\u00e9. Tous les sens sont une agression au silence. Nous devons d\u00e9truire toutes les conditions, la musique, les formes. Il ne devrait pas y avoir de formes dans cette pi\u00e8ce, que des murs blancs.\u00a0\u00bb Il ne s\u2019agit pas de voir le monde des formes comme une menace, comme une attaque contre la vacuit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas de prendre position pour le conditionn\u00e9 ou le non-conditionn\u00e9 mais plut\u00f4t d\u2019\u00eatre conscient de leur lien \u2013 et cela requiert une pratique continue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 que l\u2019attention, la pr\u00e9sence sont n\u00e9cessaires. \u00c9tant donn\u00e9 notre \u00e9tat sur cette plan\u00e8te Terre, li\u00e9s comme nous le sommes \u00e0 un corps humain, notre conditionnement est tr\u00e8s lourd. Tout au long de notre vie, nous devrons vivre prisonniers des limites, des probl\u00e8mes et des difficult\u00e9s de notre corps. Sans compter les \u00e9motions ! Nous ressentons tout et nous en gardons le souvenir. Nous serons livr\u00e9s aux sensations de plaisir et de douleur toute notre vie. Mais nous pouvons voir ces choses-l\u00e0 d\u2019une certaine mani\u00e8re, celle que le Bouddha nous a montr\u00e9e : comprendre les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement, leur permettre d\u2019\u00eatre ce qu\u2019elles sont \u2014 cause de souffrance mais transitoires et sans nature propre \u2014 plut\u00f4t qu\u2019y accorder un int\u00e9r\u00eat qui les d\u00e9formera et causera encore plus de souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ignorance nous pouvons cr\u00e9er toujours plus de fausses images \u00e0 partir des choses de la vie, de notre propre corps, de nos souvenirs, de notre langage, de nos perceptions, de nos opinions, de notre culture, de nos conventions religieuses \u2014 de sorte que tout devient compliqu\u00e9, difficile et dualiste. Cette ali\u00e9nation que ressent le monde moderne provient d\u2019une obsession pour notre petit \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb : nous nous sentons terriblement importants. On nous a appris que nous \u00e9tions le centre du monde, de sorte que nous nous permettons de nous gonfler de notre propre importance. M\u00eame si nous pensons \u00eatre un cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, nous donnons \u00e0 cette pens\u00e9e une \u00e9norme importance. Nous pouvons passer des ann\u00e9es \u00e0 rencontrer des psychiatres, \u00e0 discuter des causes de notre nullit\u00e9, parce que c\u2019est tr\u00e8s important pour nous \u2014 et, dans un sens, c\u2019est normal puisque nous devons passer toute une vie avec nous-m\u00eames&nbsp;; nous pouvons \u00e9viter les autres mais nous sommes li\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le concept d\u2019<em>anatta<\/em> ou non-soi est souvent mal interpr\u00e9t\u00e9. Certains y voient un d\u00e9ni du soi, quelque chose de mauvais en eux dont ils devraient se d\u00e9faire. Mais <em>anatta <\/em>ne fonctionne pas ainsi. <em>Anatta<\/em> ou le non-soi est une suggestion faite \u00e0 l\u2019esprit, c\u2019est un outil qui permet de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que nous sommes r\u00e9ellement. Et puis, apr\u00e8s un certain temps, il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de se voir comme \u00e9tant quoi que ce soit. Si nous allons au bout de ce raisonnement, le corps, les \u00e9motions, les souvenirs, tout ce qui semble \u00eatre inexorablement \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;n\u00f4tre&nbsp;\u00bb,&nbsp; peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en termes de ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont pour caract\u00e9ristique constante de se produire, de durer un certain temps et puis de dispara\u00eetre. Quand nous sommes pleinement conscients du fait que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes finissent par cesser, cela nous para\u00eet plus r\u00e9el que les conditions \u00e9ph\u00e9m\u00e8res que nous avons tendance \u00e0 saisir ou qui nous obs\u00e8dent. Il faut un certain temps pour d\u00e9passer l\u2019obstacle de l\u2019obsession de soi mais c\u2019est faisable. Il faut un peu de temps du fait des tendances habituelles, c\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains psychologues et psychiatres ont dit que nous avions besoin d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Il est int\u00e9ressant de voir que le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb n\u2019est pas quelque chose que nous devrions \u00e9liminer mais quelque chose qui doit simplement \u00eatre remis \u00e0 sa juste place. De plus, il doit se fonder sur ce qui est bon et bien dans notre vie, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faut cesser de fabriquer une image de soi pleine de d\u00e9fauts et de tendances n\u00e9gatives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est tellement facile de se percevoir de mani\u00e8re critique, surtout quand on se compare \u00e0 d\u2019autres ou \u00e0 des images ou \u00e0 de grands personnages de l\u2019histoire. Mais quand on se compare toujours \u00e0 un id\u00e9al, on ne peut qu\u2019\u00eatre critique envers soi-m\u00eame parce que la vie est ainsi. La vie est une rivi\u00e8re qui coule, elle est changement. Parfois on est fatigu\u00e9, parfois on est envahi de probl\u00e8mes \u00e9motionnels, de col\u00e8re, de jalousie, de peur, de toutes sortes de d\u00e9sirs, de toutes sortes de choses \u00e9tranges dont on n\u2019est m\u00eame pas compl\u00e8tement conscient. Mais cela fait partie du processus. Nous devons apprendre \u00e0 reconna\u00eetre ces ph\u00e9nom\u00e8nes quand ils se pr\u00e9sentent, \u00e0 en observer la nature&nbsp;: sont-ils bons ou mauvais, parfaits ou imparfaits&nbsp;? De toutes fa\u00e7ons, ils sont transitoires, autrement dit ils dispara\u00eetront comme ils sont apparus. Ainsi nous continuons \u00e0 apprendre et nous d\u00e9veloppons une force int\u00e9rieure en d\u00e9nouant les fils de notre conditionnement karmique. Il est possible que la vie n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 tendre avec nous, que nous ayons des probl\u00e8mes physiques, des probl\u00e8mes de sant\u00e9, des probl\u00e8mes \u00e9motionnels. Mais en termes de Dhamma, ce ne sont pas des obstacles parce que, tr\u00e8s souvent, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces difficult\u00e9s qui nous poussent \u00e0 nous \u00e9veiller \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la vie. Il y a quelque chose en nous qui sait tr\u00e8s bien qu\u2019essayer de tout arranger, de tout rendre beau et bien, de rendre notre vie agr\u00e9able, n\u2019est pas la solution. Nous comprenons que la vie ne peut \u00eatre ma\u00eetris\u00e9e ou manipul\u00e9e pour nous fournir ce qu\u2019il y a de mieux, qu\u2019elle est beaucoup plus vaste que cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, pour nous aider \u00e0 laisser tomber ce sentiment d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un, avec toutes les images qui s\u2019y attachent, il y a cette perception d\u2019un silence sous-jacent. Nous pouvons \u00eatre dans un silence o\u00f9 tout ne fait qu\u2019un. C\u2019est comme l\u2019espace dans cette pi\u00e8ce. C\u2019est le m\u00eame pour nous tous, n\u2019est-ce pas ? Je ne peux pas dire que cet espace m\u2019appartient. L\u2019espace est ainsi, c\u2019est en lui que les formes apparaissent et disparaissent mais c\u2019est aussi quelque chose que nous pouvons voir et contempler. Ensuite, que se passe-t-il&nbsp;? Plus nous d\u00e9veloppons cette conscience de l\u2019espace, plus nous ressentons une immensit\u00e9 s\u2019ouvrir parce que l\u2019espace n\u2019a ni commencement ni fin. Nous pouvons construire des pi\u00e8ces et regarder l\u2019espace qui les habite mais nous savons aussi que l\u2019immeuble tout entier est dans l\u2019espace. Ainsi l\u2019espace est comme l\u2019infini, il n\u2019a pas de fronti\u00e8res. Cependant, dans les limites de notre conscience visuelle, il y a des fronti\u00e8res qui nous permettent de voir l\u2019espace d\u2019une pi\u00e8ce parce que l\u2019espace infini serait trop pour nous. Cet espace nous suffit pour pouvoir observer la relation entre les formes et l\u2019espace. Le \u00ab&nbsp;son du silence&nbsp;\u00bb agit de la m\u00eame mani\u00e8re avec vos pens\u00e9es : il vous permet d\u2019en percevoir la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis exerc\u00e9 \u00e0 avoir des pens\u00e9es neutres, comme \u00ab&nbsp;je suis un \u00eatre humain&nbsp;\u00bb, qui ne r\u00e9veillent aucune r\u00e9action \u00e9motionnelle. En m\u2019\u00e9coutant penser cela, je m\u2019efforce d\u2019entendre la pens\u00e9e en tant que pens\u00e9e et le silence qui l\u2019entoure. Ainsi j\u2019observe la relation entre la facult\u00e9 de penser et le silence naturel de l\u2019esprit et, ce faisant, je stabilise mon attention, cette capacit\u00e9 de tout \u00eatre humain \u00e0 \u00eatre t\u00e9moin, \u00e0 \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute, \u00e0 \u00eatre en \u00e9veil. C\u2019est plus difficile sur le plan \u00e9motionnel quand on n\u2019a encore pas mis fin au d\u00e9sir de poss\u00e9der, de ressentir ou encore de tout abandonner. C\u2019est alors qu\u2019il faut \u00e9couter vos r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Commencez par observer ce qui se passe quand le silence est pr\u00e9sent. Cela peut \u00eatre de la n\u00e9gativit\u00e9 : \u00ab&nbsp;Je me demande ce que je fais ici&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Je perds mon temps&nbsp;\u00bb. Il vous arrivera de douter, au cours de cette pratique, mais \u00e9coutez bien ces \u00e9motions : ce ne sont que des r\u00e9actions habituelles de votre mental. En le reconnaissant et en l\u2019acceptant, vous verrez qu\u2019elles s\u2019arr\u00eatent. Les r\u00e9actions \u00e9motionnelles s\u2019\u00e9vanouiront de plus en plus et vous saurez en toute certitude que vous \u00eates \u00ab&nbsp;cela&nbsp;\u00bb qui est conscient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ce moment-l\u00e0 vous pouvez asseoir les bases de votre vie sur l\u2019intention de faire du bien et de vous abstenir de faire du mal. Paradoxalement, nous avons besoin de cette estime de nous-m\u00eames. La m\u00e9ditation, ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e que, si nous sommes attentifs nous pouvons faire tout ce que nous voulons. Il y a aussi un \u00e9l\u00e9ment de respect des conditions : on respecte son corps, son humanit\u00e9, son intelligence et ses capacit\u00e9s. Il ne s\u2019agit pas de s\u2019y identifier ou d\u2019y \u00eatre attach\u00e9 mais la m\u00e9ditation permet de reconna\u00eetre ce qui est \u00e0 notre disposition : c\u2019est ainsi, les conditions sont comme cela. Il faut m\u00eame respecter nos incapacit\u00e9s. Avoir du respect pour soi, c\u2019est-\u00e0-dire pour les conditions qui nous accompagnent dans cette vie, signifie les respecter quelles qu\u2019elles soient, d\u00e9velopp\u00e9es ou atrophi\u00e9es. Il ne s\u2019agit pas de les aimer mais de les accepter et d\u2019apprendre \u00e0 travailler \u00e0 partir de ces bases, aussi limitantes soient elles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019esprit en \u00e9veil ne cherche donc pas \u00e0 avoir le meilleur de la vie. Il ne tient pas \u00e0 avoir la meilleure sant\u00e9, les meilleures conditions, le meilleur de tout pour y parvenir, parce que cela ne ferait que renforcer un sentiment d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un qui ne peut fonctionner qu\u2019en ayant le meilleur de tout&nbsp;\u00bb. Quand on commence \u00e0 comprendre que nos faiblesses, nos d\u00e9fauts et toutes ces particularit\u00e9s que nous avons ne sont pas des emp\u00eachements, nous percevons les choses correctement. Nous pouvons les respecter et accepter de les utiliser pour aller au-del\u00e0 de notre attachement \u00e0 eux. Si nous pratiquons ainsi nous sommes libres de toute identification, de tout attachement \u00e0 nos images de nous-m\u00eames. C\u2019est la chose merveilleuse que nous pouvons faire en tant qu\u2019\u00eatres humains : utiliser l\u2019ensemble des moyens que nous a accord\u00e9s la vie \u2014 et c\u2019est un processus qui ne s\u2019arr\u00eate jamais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Sumedho Traduction de Jeanne Schut Dans la vie quotidienne ordinaire, le silence est quelque chose qui n\u2019int\u00e9resse personne. On consid\u00e8re plus important de r\u00e9fl\u00e9chir, de cr\u00e9er, de faire des choses \u2014 autrement dit, de \u00ab&nbsp;remplir&nbsp;\u00bb le silence. 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