{"id":2057,"date":"2026-05-15T13:30:05","date_gmt":"2026-05-15T13:30:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=2057"},"modified":"2026-05-15T13:34:22","modified_gmt":"2026-05-15T13:34:22","slug":"ce-qui-est","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/ce-qui-est\/","title":{"rendered":"Ce qui est"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Sumedho<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Herv\u00e9 Panchaud<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);\"><em>Cet enseignement est extrait des deux premiers entretiens donn\u00e9s par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Sumedho \u00e0 la communaut\u00e9 monastique d\u2019Amaravati, pendant la Retraite d\u2019hiver de 1988.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui la pleine lune de janvier et le commencement de notre retraite d\u2019hiver. Nous allons pouvoir passer toute la nuit en m\u00e9ditation assise pour comm\u00e9morer la beaut\u00e9 de cet \u00e9v\u00e8nement. C\u2019est une grande chance pour nous que d\u2019avoir l\u2019opportunit\u00e9 de consacrer ces deux mois \u00e0 venir \u00e0 la seule contemplation du Dhamma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enseignement du Bouddha porte sur la compr\u00e9hension des choses telles qu\u2019elles sont, \u00eatre capable de regarder, d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0\u00e9veill\u00e9\u00a0\u00bb. Cela implique de d\u00e9velopper l\u2019attention, la vision claire et la sagesse, et de suivre l\u2019Octuple Sentier \u2013 tout ce qui constitue <em>bhavana<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous observons les choses comme elles sont, nous les <em>voyons<\/em><strong><em> <\/em><\/strong>au lieu de les interpr\u00e9ter au travers du filtre de notre ego. L\u2019obstacle le plus important auquel chacun d\u2019entre nous doit faire face est cette croyance insidieuse en un \u00ab\u00a0je suis\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019attachement au soi. Cette croyance est \u00e0 ce point ancr\u00e9e en nous que nous sommes comme un poisson dans l\u2019eau\u00a0: l\u2019eau fait tellement partie de la vie du poisson que celui-ci ne la remarque m\u00eame plus. Le monde des sensations dans lequel nous baignons depuis notre naissance est ainsi pour nous\u00a0: si nous ne prenons pas le temps de l\u2019observer pour ce qu\u2019il est vraiment, nous mourrons sans d\u00e9velopper la moindre sagesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la chance que nous avons d\u2019\u00eatre n\u00e9s en tant qu\u2019\u00eatres humains nous offre le grand avantage d\u2019\u00eatre capables de r\u00e9fl\u00e9chir \u2013 nous pouvons r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019eau dans laquelle nous baignons, c\u2019est-\u00e0-dire observer le monde des sens tel qu\u2019il est vraiment. Nous n\u2019essayons pas de nous en extraire. Nous ne cherchons pas non plus \u00e0 rendre les choses encore plus compliqu\u00e9es en y ajoutant nos projections\u00a0; nous sommes simplement attentifs \u00e0 ce qui est. Nous ne nous laissons pas tromper par les apparences, par nos peurs, nos d\u00e9sirs et toutes les choses que notre esprit peut inventer \u00e0 leur propos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 ce que nous voulons dire quand nous employons des expressions telles que\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est ce qui est\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0C\u2019est ainsi\u00a0\u00bb. Si vous demandez \u00e0 quelqu\u2019un nageant dans l\u2019eau\u00a0: \u00ab\u00a0Comment est l\u2019eau\u00a0?\u00a0\u00bb, il y portera son attention et r\u00e9pondra\u00a0: \u00ab\u00a0Eh bien, elle est comme elle est.\u00a0\u00bb Vous pourrez alors pr\u00e9ciser votre question\u00a0: \u00ab\u00a0Oui, mais comment est-elle exactement\u00a0? Est-elle froide, ti\u00e8de ou chaude\u00a0? &#8230;\u00a0\u00bb Beaucoup de termes peuvent \u00eatre employ\u00e9s pour d\u00e9crire l\u2019eau\u00a0: elle peut \u00eatre froide, ti\u00e8de, chaude, agr\u00e9able, d\u00e9sagr\u00e9able \u2026 Mais, en r\u00e9alit\u00e9, elle est comme elle est, tout simplement. Le monde des sensations dans lequel nous baignons, tout au long de notre existence, est de m\u00eame. Vous le trouvez comme ceci ou comme cela. Vous le ressentez. Parfois la sensation est agr\u00e9able, parfois d\u00e9sagr\u00e9able\u00a0; le plus souvent, elle n\u2019est ni agr\u00e9able, ni d\u00e9sagr\u00e9able. Mais, dans tous les cas, elle est comme elle est, tout simplement. Les choses vont et viennent, elles changent\u00a0; il n\u2019y a rien sur quoi s\u2019appuyer qui soit vraiment stable. Le monde des sensations n\u2019est qu\u2019\u00e9nergie, changement et mouvement, flux et reflux. La conscience sensorielle est ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attention, nous ne jugeons pas&nbsp;! Nous ne disons pas que c\u2019est bien ou que c\u2019est mal, que nous devrions appr\u00e9cier ou rejeter les sensations : nous y pr\u00eatons simplement attention \u2013 comme pour l\u2019eau. Le monde des sens est un monde que l\u2019on ressent. Nous sommes n\u00e9s dans ce monde et nous le ressentons. \u00c0 partir du moment o\u00f9 le cordon ombilical est tranch\u00e9, nous devenons des \u00eatres physiquement ind\u00e9pendants&nbsp;; nous ne sommes plus physiquement rattach\u00e9s \u00e0 personne. Nous ressentons la faim, nous ressentons le plaisir, la douleur, la chaleur et le froid. En grandissant, nous ressentons toutes sortes de choses. Nous ressentons avec les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps, et avec l\u2019esprit lui-m\u00eame. Nous avons aussi la capacit\u00e9 de penser et nous souvenir, de percevoir et concevoir. Tout cela est sensation. Ce peut \u00eatre amusant et merveilleux, mais ce peut aussi \u00eatre d\u00e9primant, dur et pitoyable&nbsp;\u2026 ou neutre \u2013 ni agr\u00e9able ni douloureux. Toutes ces impressions sensorielles sont donc \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb. Le plaisir est ainsi, la souffrance est ainsi, et la sensation neutre, o\u00f9 le plaisir et la souffrance sont absents, est ainsi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de pouvoir mener une v\u00e9ritable r\u00e9flexion sur ces choses, vous devez \u00eatre vigilants et attentifs. Certaines personnes pensent que c\u2019est \u00e0 moi de leur dire ce qu\u2019elles doivent ressentir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ajahn Sumedho, que suis-je cens\u00e9 ressentir maintenant&nbsp;?&nbsp;\u00bb Mais on n\u2019explique pas \u00e0 autrui \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb&nbsp;; nous devons \u00eatres ouverts et r\u00e9ceptifs \u00e0 ce qui est. Il n\u2019est pas utile d\u2019expliquer ce qui est \u00e0 quelqu\u2019un, quand celui-ci peut le d\u00e9couvrir par lui-m\u00eame. Les deux mois \u00e0 venir sont donc une occasion pr\u00e9cieuse qui nous est offerte pour d\u00e9couvrir \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb. De nombreux \u00eatres humains, semble-t-il, ne savent m\u00eame pas qu\u2019un tel d\u00e9veloppement de la sagesse est possible.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019entendons-nous quand nous employons ce mot&nbsp;: sagesse&nbsp;? De la naissance \u00e0 la mort, les choses sont telles qu\u2019elles sont. Il y aura toujours une certaine part de peine, d\u2019insatisfaction, de d\u00e9sagr\u00e9ment et de laideur. Et, si nous ne sommes pas conscients que ces choses sont simplement comme elles sont, si nous ne les voyons pas comme des <em>dhamma<\/em>, nous aurons tendance \u00e0 en faire un probl\u00e8me. Le temps qui s\u2019\u00e9coule entre la naissance et la mort devient tr\u00e8s \u00ab&nbsp;personnel&nbsp;\u00bb, lourd de toutes sortes de peurs, de d\u00e9sirs et de complications.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans notre soci\u00e9t\u00e9, nous souffrons beaucoup de la solitude. Nous passons une grande partie de notre vie \u00e0 tenter d\u2019\u00e9viter cette solitude. \u00ab&nbsp;Parlons&nbsp;! \u00c9changeons&nbsp;! Faisons des choses ensemble afin de ne pas \u00eatre seuls.&nbsp;\u00bb Mais, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce corps humain, nous sommes irr\u00e9m\u00e9diablement seuls. Nous pouvons faire semblant, nous pouvons chercher \u00e0 nous divertir mutuellement mais c\u2019est le mieux que nous puissions faire. Quand il s\u2019agit de faire l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9elle de la vie, nous sommes bien seuls&nbsp;; et attendre que quelqu\u2019un vienne nous lib\u00e9rer de notre solitude est trop demander.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand la naissance physique a lieu, voyez comment nous semblons soudain \u00eatre des entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es. Bien s\u00fbr, nous ne sommes plus physiquement reli\u00e9s \u00e0 personne mais, en plus, du fait de notre attachement \u00e0 ce corps, nous nous sentons isol\u00e9s et vuln\u00e9rables. Nous redoutons d\u2019\u00eatre seuls et nous inventons tout un monde dans lequel nous pouvons vivre. Nous y c\u00f4toyons des compagnons de toute sorte&nbsp;: des amis imaginaires, des amis r\u00e9els, des ennemis \u2013 mais tous, vont et viennent, apparaissent et disparaissent. Tout na\u00eet et meurt dans notre propre esprit. Alors, nous commen\u00e7ons \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au fait que la naissance conditionne la mort. Naissance et mort&nbsp;; commencement et fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant cette retraite, je ne peux que vous encourager \u00e0 pratiquer sur ce sujet&nbsp;: contempler ce qu\u2019est la naissance. \u00c0 cet instant, nous pouvons dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce corps est la cons\u00e9quence de notre naissance. Ce corps est ainsi. Il y a de la conscience, il y a des sensations, il y a de l\u2019intelligence, de la m\u00e9moire, des \u00e9motions.&nbsp;\u00bb Tout ceci peut \u00eatre observ\u00e9 parce que ce sont l\u00e0 des objets de l\u2019esprit&nbsp;; ce sont des <em>dhamma<\/em>. Si nous nous attachons au corps en tant que sujet \u2013 ou \u00e0 des opinions, des id\u00e9es et des sentiments \u2013 comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mien&nbsp;\u00bb, alors nous conna\u00eetrons la solitude et le d\u00e9sespoir, et il y aura toujours la menace de la s\u00e9paration et de la fin. L\u2019attachement \u00e0 ce qui est mortel introduit peur et d\u00e9sir dans notre vie. Nous pouvons nous sentir anxieux et inquiets, m\u00eame lorsque tout va \u00e0 peu pr\u00e8s bien. Tant que perdurera l\u2019ignorance \u2013 <em>avijja<\/em> \u2013 quant \u00e0 la vraie nature des choses, la peur dominera toujours la conscience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas de r\u00e9alit\u00e9 ultime, c\u2019est quelque chose que nous cr\u00e9ons. Tout comme l\u2019inqui\u00e9tude. L\u2019amour, la joie et tout ce qu\u2019il y a de meilleur dans la vie, si nous nous y attachons, entra\u00eeneront avec eux leur contraire. C\u2019est pourquoi, dans la pratique de la m\u00e9ditation, nous apprenons \u00e0 accepter les sensations qui correspondent \u00e0 ces sentiments. Quand nous acceptons les choses pour ce qu\u2019elles sont, nous cessons de nous y attacher. Elles sont simplement ce qu\u2019elles sont&nbsp;; elles apparaissent et elles disparaissent, elles n\u2019appartiennent pas \u00e0 un moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais qu\u2019en est-il du point de vue de notre contexte culturel habituel&nbsp;? Notre soci\u00e9t\u00e9 a tendance \u00e0 renforcer cette conception selon laquelle tout est \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mien&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Ce corps est moi&nbsp;; je suis comme ceci&nbsp;; je suis un homme&nbsp;; je suis Am\u00e9ricain&nbsp;; j\u2019ai 54 ans&nbsp;; je suis moine, etc. \u00bb Mais tout cela n\u2019est que convention, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Il ne s\u2019agit pas de nier que je suis tout ce que je viens d\u2019\u00e9noncer, mais seulement d\u2019observer comment nous avons tendance \u00e0 compliquer les choses en croyant qu\u2019il y a un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans tout cela. Si nous nous attachons \u00e0 ces conventions, la vie devient plus difficile qu\u2019elle ne l\u2019est en r\u00e9alit\u00e9&nbsp;; elle devient comme une toile dans laquelle on s\u2019emp\u00eatre. Tout devient si compliqu\u00e9&nbsp;; nous restons coll\u00e9s \u00e0 tout ce que nous touchons. Et, plus nous vivons, plus nous nous compliquons l\u2019existence. Or les peurs et les d\u00e9sirs viennent tous de cette croyance en l\u2019existence d\u2019un moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb. Finalement, cela nous conduit \u00e0 l\u2019angoisse et au d\u00e9sespoir&nbsp;; la vie nous para\u00eet beaucoup plus difficile et douloureuse qu\u2019elle ne l\u2019est en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais quand nous observons simplement la vie telle qu\u2019elle est, tout est bien&nbsp;: les joies, la beaut\u00e9, les plaisirs sont comme ils sont. La peine, l\u2019insatisfaction, la maladie sont comme elles sont. Nous pouvons, \u00e0 tout moment, suivre le mouvement et les changements de la vie. L\u2019esprit de l\u2019\u00eatre \u00e9veill\u00e9 est souple et il sait s\u2019adapter. L\u2019esprit de la personne ignorante est rigide et conditionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ce sur quoi nous nous bloquons dans la rigidit\u00e9 tournera mal. Se percevoir de mani\u00e8re fig\u00e9e rend toujours la vie difficile. Quelle que soit la cat\u00e9gorie \u00e0 laquelle nous nous identifions \u2013 homme ou femme, classe moyenne ou ouvrier, am\u00e9ricain ou europ\u00e9en, bouddhiste et th\u00e9ravadin \u2026 \u2013 si nous nous y attachons, nous conna\u00eetrons une forme ou une autre de complication, de frustration et de d\u00e9sespoir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, sur le plan conventionnel, nous pouvons \u00eatre toutes ces choses \u2013 un homme, un Am\u00e9ricain, un bouddhiste, un th\u00e9ravadin&nbsp;; ce sont des concepts tout \u00e0 fait appropri\u00e9s pour communiquer&nbsp;\u2013 mais rien de plus que cela. C\u2019est ce que nous nommons <em>sammuttidhamma<\/em> \u2013 la \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 conventionnelle&nbsp;\u00bb. Quand je dis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis Ajahn Sumedho&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est pas en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un moi, \u00e0 une personne&nbsp;; c\u2019est une convention. \u00catre un moine bouddhiste n\u2019est pas \u00eatre une personne, c\u2019est une convention&nbsp;; \u00eatre un homme ou une femme n\u2019est pas \u00eatre une personne, c\u2019est une convention. Les conventions sont comme elles sont. Si nous nous y attachons par ignorance, nous en devenons prisonniers. C\u2019est comme la toile dans laquelle on s\u2019emp\u00eatre&nbsp;! Nous sommes aveugl\u00e9s et tromp\u00e9s par ces conventions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous l\u00e2chons ces conventions, nous ne les rejetons pas pour autant. Je ne vais pas me suicider ou quitter la vie monastique&nbsp;! Les conventions sont tr\u00e8s bien telles qu\u2019elles sont. Elles n\u2019occasionnent pas de souffrance tant que l\u2019esprit demeure attentif et les per\u00e7oit pour ce qu\u2019elles sont&nbsp;: de simples conventions. Elles sont un moyen pratique et utile en temps et en lieu mais pas au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par la compr\u00e9hension de la \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 ultime&nbsp;\u00bb (<em>paramatthadhamma<\/em>), nous parvenons \u00e0 la libert\u00e9 du Nibbana. Nous sommes lib\u00e9r\u00e9s des illusions du d\u00e9sir et de la peur&nbsp;; cette lib\u00e9ration de l\u2019entrave des conventions est&nbsp; \u00ab&nbsp;l\u2019au-del\u00e0 de la mort&nbsp;\u00bb. Mais pour parvenir \u00e0 cette r\u00e9alisation, nous devons vraiment voir la nature de l\u2019attachement. Qu\u2019est-il en r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? Par quel processus na\u00eet cet attachement \u00e0 un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et comment cela engendre-t-il la souffrance&nbsp;? Il ne s\u2019agit pas de nier sa propre existence&nbsp;; d\u2019ailleurs l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de n\u2019\u00eatre personne, c\u2019est encore \u00eatre quelqu\u2019un&nbsp;! Ce n\u2019est pas une question d\u2019affirmation ou de d\u00e9n\u00e9gation, mais une question de compr\u00e9hension, de vision int\u00e9rieure. Et, pour cela, nous devons d\u00e9velopper l\u2019attention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec l\u2019attention, nous pouvons nous ouvrir \u00e0 la globalit\u00e9. Au d\u00e9but de cette retraite, nous nous ouvrons pour les deux mois de sa dur\u00e9e. D\u00e8s le premier jour, nous acceptons en pleine conscience toutes les possibilit\u00e9s qui pourront se pr\u00e9senter : la maladie comme la sant\u00e9, le succ\u00e8s comme l\u2019\u00e9chec, le bonheur comme la souffrance, l\u2019\u00c9veil comme la totale d\u00e9sesp\u00e9rance. Nous ne nous disons pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne veux avoir que ceci, je ne veux conna\u00eetre que cela, je ne veux avoir que de belles exp\u00e9riences. Et puis je dois me pr\u00e9server afin de vivre une retraite idyllique, \u00eatre en parfaite s\u00e9curit\u00e9 et bien tranquille durant les deux mois \u00e0 venir.&nbsp;\u00bb Un tel \u00e9tat d\u2019esprit serait plut\u00f4t d\u00e9primant, non&nbsp;? Au lieu de cela, nous devons nous ouvrir \u00e0 tous les possibles, depuis le meilleur jusqu\u2019au pire, et nous devons le faire en pleine conscience. Ce qui signifie&nbsp;: tout ce qui va se produire durant ces deux mois sera partie int\u00e9grante de notre retraite \u2013 c\u2019est notre pratique. \u00ab&nbsp;Ce qui est&nbsp;\u00bb est le Dhamma pour nous tous&nbsp;: le bonheur et la souffrance, l\u2019\u00c9veil et le d\u00e9sespoir total, vraiment tout&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si nous pratiquons de cette mani\u00e8re, le d\u00e9sespoir et l\u2019angoisse peuvent nous mener au calme et \u00e0 la paix. Quand j\u2019\u00e9tais en Tha\u00eflande, je ressentais beaucoup de ces \u00e9motions n\u00e9gatives \u2013 solitude, ennui, anxi\u00e9t\u00e9, doute, inqui\u00e9tude et d\u00e9sespoir. Mais, quand je les ai accept\u00e9es pour ce qu\u2019elles \u00e9taient, elles ont cess\u00e9. Et que reste-t-il quand il n\u2019y a plus de d\u00e9sespoir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Dhamma que nous \u00e9tudions aujourd\u2019hui est subtil. Pas subtil dans le sens d\u2019\u00ab \u00e9lev\u00e9&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;\u00e9rudit&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est, au contraire, si simple et si pr\u00e9sent que nous ne le remarquons m\u00eame pas. Comme l\u2019eau pour le poisson&nbsp;: l\u2019eau fait tellement partie de sa vie, que le poisson n\u2019en a m\u00eame pas conscience, m\u00eame s\u2019il y nage. La conscience sensorielle est ici et maintenant. Elle est ainsi. Elle n\u2019est pas loin. Ce n\u2019est pas vraiment difficile, il suffit simplement d\u2019y pr\u00eater attention. Le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la fin de la souffrance est le chemin de l\u2019attention&nbsp;: pr\u00e9sence consciente et attentive \u00e0 ce qui est \u2013 sagesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devons sans cesse ramener notre attention \u00e0 ce qui est. Si vous avez de mauvaises pens\u00e9es ou si vous vous sentez plein de ressentiment, amers ou irrit\u00e9s, observez ce que ces sentiments \u00e9veillent dans votre c\u0153ur. Si vous vous sentez frustr\u00e9s et en col\u00e8re pendant ce temps de m\u00e9ditation, ce n\u2019est pas un probl\u00e8me parce que vous avez d\u00e9j\u00e0 ouvert la porte \u00e0 cette possibilit\u00e9. Cela fait partie de la pratique&nbsp;; c\u2019est ce qui est. Souvenez-vous que nous n\u2019essayons pas de devenir des anges ou des saints, nous n\u2019essayons pas de nous d\u00e9barrasser de toutes nos impuret\u00e9s et imperfections pour \u00eatre parfaitement heureux. Le monde des humains est ainsi&nbsp;! Il peut \u00eatre imparfait et il peut \u00eatre pur. Puret\u00e9 et imperfection vont de pair. Conna\u00eetre la puret\u00e9 <em>et<\/em> l\u2019impuret\u00e9&nbsp;: voil\u00e0 ce qu\u2019est l\u2019attention doubl\u00e9e de sagesse. Savoir que l\u2019impuret\u00e9 est impermanente et non personnelle est sagesse. Mais, d\u00e8s que nous la rendons personnelle, que nous nous y identifions \u2013 \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! Je ne devrais pas avoir de pens\u00e9es impures&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u2013 nous sommes \u00e0 nouveau prisonniers du d\u00e9sespoir. Plus nous essayons de n\u2019avoir que des pens\u00e9es pures, plus les pens\u00e9es impures vont surgir. En fonctionnant de cette fa\u00e7on, nous sommes certains d\u2019\u00eatre malheureux durant les deux mois \u00e0 venir, c\u2019est garanti&nbsp;! Par ignorance, nous nous cr\u00e9ons un monde qui ne peut \u00eatre que d\u00e9primant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019attention ou de la pr\u00e9sence consciente, toutes les formes d\u2019abattement et de bonheur sont d\u2019\u00e9gale valeur&nbsp;: nous n\u2019avons pas de pr\u00e9f\u00e9rence. Le bonheur est ainsi&nbsp;; l\u2019abattement est ainsi. Ils apparaissent puis disparaissent. Le bonheur est toujours le bonheur, ce n\u2019est pas l\u2019abattement. Et l\u2019abattement est toujours l\u2019abattement, ce n\u2019est pas le bonheur. Mais ils sont ce qu\u2019ils sont. Ils ne sont \u00e0 personne et ils ne sont que cela&nbsp;: des sensations, des sentiments. Nous n\u2019en souffrons pas. Nous les acceptons, nous en sommes conscients et nous les comprenons dans leur v\u00e9ritable nature&nbsp;: tout ce qui appara\u00eet, dispara\u00eet. Aucun <em>dhamma <\/em>n\u2019est \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous offre cet enseignement comme sujet de m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Sumedho Traduction de Herv\u00e9 Panchaud Cet enseignement est extrait des deux premiers entretiens donn\u00e9s par le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Sumedho \u00e0 la communaut\u00e9 monastique d\u2019Amaravati, pendant la Retraite d\u2019hiver de 1988. C\u2019est aujourd\u2019hui la pleine lune de janvier et le commencement de notre retraite d\u2019hiver. 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