{"id":2111,"date":"2026-05-16T04:21:57","date_gmt":"2026-05-16T04:21:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=2111"},"modified":"2026-05-16T04:21:57","modified_gmt":"2026-05-16T04:21:57","slug":"une-saison-parmi-les-tribus-du-nord","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/une-saison-parmi-les-tribus-du-nord\/","title":{"rendered":"Une saison parmi les tribus du nord"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Ajahn Tate<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>Extrait de <em>Autobiographie d&rsquo;un moine de la for\u00eat<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.682), 20px);\">\u00c9t\u00e9 1935. Quand j\u2019eus fini de tailler, coudre et teindre mon v\u00eatement, je repartis dans la montagne mais je me dirigeai cette fois vers le village de Poo-Phayah o\u00f9 vit la tribu des Moosers. Ils sembl\u00e8rent enchant\u00e9s de me voir et unirent gentiment leurs efforts pour me construire un kouti [hutte dans la for\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9cart du village].<br><br>Ces gens n\u2019avaient jamais vu de moine de la for\u00eat auparavant et tous les habitants du village, du plus jeune au plus vieux, se d\u00e9plac\u00e8rent pour me d\u00e9vorer des yeux. Ils me fixaient, de loin comme de pr\u00e8s, certains s\u2019approchant au point de me marcher sur les pieds\u00a0!<br><br>\u2026 Plus tard ils am\u00e9nag\u00e8rent pour moi un sentier pour que j\u2019y pratique la m\u00e9ditation en marchant mais, \u00e0 peine y posai-je le pied qu\u2019ils se rassembl\u00e8rent derri\u00e8re moi formant une file qui s\u2019\u00e9tirait sur toute la longueur du sentier \u2026 Je parvins \u00e0 \u00e9tablir un compromis avec leur chef de district. Nous tomb\u00e2mes d\u2019accord pour dire qu\u2019ils ne devaient pas me suivre mais que, s\u2019ils d\u00e9siraient gagner des m\u00e9rites, ils pourraient joindre les mains en signe de respect chaque fois qu\u2019ils me verraient dehors en train de faire ma m\u00e9ditation en marchant. D\u00e8s lors, \u00e0 peine me voyaient-ils sortir pour m\u00e9diter, qu\u2019ils s\u2019approchaient, se mettaient en rang et me saluaient. S\u2019il en manquait un, on l\u2019appelait pour qu\u2019il vienne se joindre aux autres\u00a0!<br><br>On ne pouvait manquer d\u2019\u00e9prouver de la sympathie pour ces gens de la for\u00eat qui \u00e9taient si honn\u00eates et int\u00e8gres. En ce temps-l\u00e0, personne, depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es, n\u2019\u00e9tait mont\u00e9 leur porter assistance ni les instruire et, \u00e0 moins que quelque crime ne fut commis, aucun repr\u00e9sentant du gouvernement ne se montrait l\u00e0-haut. Ils se gouvernaient seuls, accordant une totale confiance \u00e0 leur chef. Les mauvais sujets fauteurs de troubles qui s\u2019ent\u00eataient \u00e0 ne pas tenir compte des remontrances du chef \u00e9taient expuls\u00e9s du village. Si l\u2019auteur du d\u00e9lit refusait de partir, les villageois s\u2019\u00e9loignaient tous de lui. Soyez certains que, l\u00e0-bas, le vol et le banditisme n\u2019existaient pas.<br><br>Avant de m\u2019arr\u00eater l\u00e0, lorsque je marchais dans ces cha\u00eenes de montagne et que je voyais une ou deux maisons isol\u00e9es, je pensais aussit\u00f4t qu\u2019il me serait impossible de m\u2019attarder dans un lieu comptant si peu d\u2019habitants<a href=\"https:\/\/dhammadelaforet.org\/sommaire\/a_tate\/tate_tribus.html#_ftn1\">[1]<\/a>. Les tribus des collines de cette r\u00e9gion manquaient de riz apr\u00e8s deux mauvaises r\u00e9coltes successives. Il y avait douze foyers dans le village des Moosers o\u00f9 je m\u2019arr\u00eatai finalement, mais trois seulement avaient suffisamment de riz \u00e0 manger. Pourtant leur foi \u00e9tait si grande ! Quand je qu\u00eatais ma nourriture, seules trois personnes sortaient mettre quelque chose dans mon bol mais chacune d\u2019elles en donnait tant que j\u2019avais largement de quoi me nourrir.<br><br>Quelque temps plus tard, le chef vint me trouver et m\u2019expliqua qu\u2019ils souhaitaient tous m\u2019offrir de la nourriture quand je faisais ma qu\u00eate du matin, mais ils \u00e9taient tr\u00e8s g\u00ean\u00e9s car ils n\u2019avaient pas de riz \u00e0 me donner, ne se nourrissant eux-m\u00eames que d\u2019ignames et de tubercules bouillies. Comme j\u2019aimais assez les ignames bouillies, je lui dis que c\u2019\u00e9tait pour cela que j\u2019avais pu venir vivre parmi eux et que, si je ne les avais pas aim\u00e9es, je ne serais pas venu. D\u00e8s que les villageois apprirent la nouvelle, ils d\u00e9terr\u00e8rent des ignames sauvages qu\u2019ils firent bouillir et d\u00e9pos\u00e8rent dans mon bol lequel, par la suite, en fut rempli chaque jour. Ils \u00e9taient ravis, riant et souriant, leurs visages illumin\u00e9s tout \u00e0 fait attachants. Ils craignaient malgr\u00e9 tout que je ne puisse manger leurs ignames; aussi me suivaient-ils dans ma hutte pour se rendre compte par eux-m\u00eames. Ayant re\u00e7u leur offrande, j\u2019\u00e9tais bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 leur t\u00e9moigner mon appr\u00e9ciation en les laissant me voir manger.<br>\u00a0<br>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, le riz avait \u00e9t\u00e9 sem\u00e9 mais l\u2019insuffisance des pluies avait dess\u00e9ch\u00e9 les jeunes plants qui avaient jauni. Quand les villageois eurent fini de construire mon kouti, \u00e0 la grande surprise de tous, la pluie se mit \u00e0 tomber \u00e0 verse. Les Moosers \u00e9taient transport\u00e9s de joie, absolument ravis de penser que c\u2019\u00e9tait le r\u00e9sultat du m\u00e9rite gagn\u00e9 en construisant un \u00ab\u00a0monast\u00e8re\u00a0\u00bb pour moi. Gr\u00e2ce \u00e0 la pluie les plants de riz se transform\u00e8rent en une splendide moisson verte et les rizi\u00e8res, cette ann\u00e9e l\u00e0, produisirent de telles r\u00e9coltes que certains purent m\u00eame vendre le surplus.<br>\u00a0<br>Apparemment, aucun moine n\u2019avait auparavant pass\u00e9 la Retraite des Pluies parmi cette tribu des collines. J\u2019ai donc d\u00fb \u00eatre le premier moine de Tha\u00eflande \u00e0 le faire.<br>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, j\u2019allais faire trente-cinq ans (ayant commenc\u00e9 ma vie de moine au d\u00e9but de ma vingt-deuxi\u00e8me ann\u00e9e) et je me souvins que le prince Siddhattha avait lui-m\u00eame trente cinq ans quand ses efforts furent r\u00e9compens\u00e9s par l\u2019\u00c9veil. Je d\u00e9cidai donc d\u2019offrir mes efforts de m\u00e9ditation en hommage \u00e0 l\u2019\u00e9veil du Bouddha :<br><em>\u00ab\u00a0J\u2019accepterai de tout c\u0153ur la voie o\u00f9 ma m\u00e9ditation me conduira, quelle qu\u2019elle soit, m\u00eame si je dois le payer de ma vie. Puisse ma vie \u00eatre offerte, comme on offre une fleur de lotus, en hommage au Bouddha.\u00a0\u00bb<\/em><br>\u00a0<br>\u00a0\u2026 \u00c0 la fin de la Retraite des Pluies, le chef en personne vint m\u2019offrir une longueur de tissu blanc pour confectionner une robe. Je dus dire adieu aux Moosers pour aller pr\u00e9senter mes respects \u00e0 Ajahn Mun, au village de Toong Makhao, dans le district de Maapung. Ils furent tous tr\u00e8s afflig\u00e9s par mon d\u00e9part et se mirent \u00e0 pleurer, me demandant de revenir. Encore ind\u00e9cis, je leur dis que je devais d\u2019abord voir ce que mon Ajahn dirait et peut-\u00eatre reviendrais-je ensuite.<br>\u00a0<br>Quand je retrouvai Ajahn Mun et lui racontai tout ce qui m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 chez les Moosers, il en fut enchant\u00e9 et sugg\u00e9ra que nous y retournions ensemble.<br>\u00a0<br>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);\"><a href=\"https:\/\/dhammadelaforet.org\/sommaire\/a_tate\/tate_tribus.html#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>Un moine d\u00e9pend de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de la bonne volont\u00e9 des la\u00efcs pour son aum\u00f4ne de nourriture. S\u2019il y a trop peu de familles dans un village, un moine, \u00e0 moins d\u2019\u00eatre sp\u00e9cifiquement invit\u00e9, peut h\u00e9siter \u00e0 rester afin de ne pas s\u2019imposer.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ajahn Tate Traduction de Jeanne Schut Extrait de Autobiographie d&rsquo;un moine de la for\u00eat \u00c9t\u00e9 1935. Quand j\u2019eus fini de tailler, coudre et teindre mon v\u00eatement, je repartis dans la montagne mais je me dirigeai cette fois vers le village de Poo-Phayah o\u00f9 vit la tribu des Moosers. 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