{"id":2267,"date":"2026-05-17T12:57:02","date_gmt":"2026-05-17T12:57:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=2267"},"modified":"2026-05-17T13:02:21","modified_gmt":"2026-05-17T13:02:21","slug":"voir-la-peur-dans-la-pratique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/voir-la-peur-dans-la-pratique\/","title":{"rendered":"Voir la peur dans la pratique"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Joseph Goldstein<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);text-transform:none\">Traduction de Jeanne Schut<\/h2>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voie de la pratique du Dhamma est une voie d\u2019ouverture au niveau du corps et au niveau de l\u2019esprit. Nous commen\u00e7ons souvent avec le sentiment que le corps est solide, dense. Gr\u00e2ce \u00e0 la profondeur de l\u2019observation, nous prenons peu \u00e0 peu conscience, dans le corps, de sensations plus fines que nous rep\u00e9rons, que nous articulons. Ensuite, il peut y avoir le sentiment d\u2019une dissolution de la forme du corps&nbsp;: nous sommes assis, nous avons conscience du corps mais sans ressentir sa forme. Plus avant dans l\u2019observation, nous ressentons le corps simplement comme un courant d\u2019\u00e9nergie, une \u00e9nergie qui devient elle-m\u00eame de plus en plus fine et subtile. La voie de notre pratique consiste \u00e0 nous ouvrir \u00e0 ces \u00e9nergies physiques de plus en plus profond\u00e9ment, de plus en plus clairement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette voie consiste \u00e9galement \u00e0 ouvrir les portes de la perception sensorielle pour voir et entendre plus finement. Il vous est peut-\u00eatre arriv\u00e9 d\u2019\u00eatre assis dans un silence profond et qu\u2019un bruit se fasse soudain entendre. \u00c0 ce moment-l\u00e0 on a le sentiment que le son p\u00e9n\u00e8tre le corps avec force. C\u2019est parce que la perception auditive est devenue tr\u00e8s fine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis il s\u2019agit aussi de s\u2019ouvrir aux \u00e9motions. Plus nous avan\u00e7ons, plus nous d\u00e9couvrons des \u00e9tats \u00e9motionnels profonds. Ils sont parfois tr\u00e8s beaux \u2013 des sentiments d\u2019amour ou de compassion accompagn\u00e9s d\u2019une grande douceur \u2013 et parfois tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9ables \u2013 une immense rage, de la col\u00e8re ou encore de la tristesse ou du chagrin. Tout cela fait partie du processus d\u2019ouverture, de d\u00e9couverte de notre monde int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous ouvrons aussi \u00e0 des niveaux plus profonds de silence. Au d\u00e9but, l\u2019esprit est presque tout le temps perdu dans les pens\u00e9es. Ensuite, m\u00eame si nous pensons encore la plupart du temps, il y a un filet de conscience qui fait que nous <em>savons<\/em> qu\u2019il y a des pens\u00e9es. Mais, avec la pratique, nous sommes de plus en plus pr\u00e9sents \u00e0 la respiration, les pens\u00e9es passent au second plan et deviennent plus subtiles. Parfois m\u00eame, elles s\u2019arr\u00eatent et on fait vraiment l\u2019exp\u00e9rience du silence de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pratique du Dhamma n\u2019est pas un processus d\u2019acquisition. Il s\u2019agit plut\u00f4t de se poser et de s\u2019ouvrir \u00e0 ce qui est, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019instant. C\u2019est une compr\u00e9hension de notre nature fondamentale, de ce qui est toujours l\u00e0. Dans ce processus d\u2019ouverture, ce qui nous emp\u00eache d\u2019avancer sur la voie du Dhamma, ce sont des peurs profond\u00e9ment ancr\u00e9es en nous par le conditionnement et l\u2019habitude. Il y a la peur de la douleur, la peur de certains \u00e9tats \u00e9motionnels ou psychologiques&nbsp;; il y a souvent la peur de l\u2019impermanence, du changement, de l\u2019inconnu&nbsp;; et il y a la peur de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre pratique consiste toujours \u00e0 simplement <em>voir ce qui est pr\u00e9sent dans l\u2019instant<\/em> \u2013 pas \u00e0 essayer de changer les choses ni \u00e0 souhaiter qu\u2019elles soient diff\u00e9rentes. Simplement voir ce qui est, ici, maintenant. Pour travailler avec la peur, il faut donc commencer par voir comment elle intervient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La peur de ne pas \u00eatre aim\u00e9 ou accept\u00e9<\/strong> est tr\u00e8s fortement conditionn\u00e9e par certaines \u00e9motions, par des \u00e9tats psychologiques. Quand nous pratiquons la m\u00e9ditation, nous devenons davantage conscients de notre part d\u2019ombre, de nos c\u00f4t\u00e9s n\u00e9gatifs, de la part d\u2019ombre de notre esprit. Si nous n\u2019acceptons pas ces aspects, si nous avons peur de notre part d\u2019ombre, cela engendre un fort sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Une peur d\u2019\u00eatre rejet\u00e9. Il y a toujours cette crainte que les autres d\u00e9couvrent ce que nous sommes r\u00e9ellement. Si nous n\u2019acceptons pas ces aspects de notre esprit, si nous n\u2019avons pas une attitude aimante envers eux, nous projetons notre propre peur, notre non-acceptation de la fa\u00e7on dont les autres nous per\u00e7oivent. Cela cr\u00e9e un fort sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de sorte que nous ne cessons de rechercher l\u2019approbation des autres. Il est int\u00e9ressant de consid\u00e9rer les cons\u00e9quences de cette peur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, peur du rejet, peur de la non-acceptation, qui vient de notre propre peur de notre part d\u2019ombre. Cela entra\u00eene la construction de toutes sortes d\u2019images de soi. Nous cr\u00e9ons des images que nous pensons \u00eatre acceptables et puis nous nous y identifions, nous en devenons prisonniers. Toujours conditionn\u00e9s par cette peur du rejet, de la non-acceptation des autres, nous risquons fort de nous attacher \u00e0 certains r\u00f4les dans nos relations aux autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette peur peut \u00e9galement engendrer une forte tendance \u00e0 juger les autres. Vous avez certainement remarqu\u00e9 combien l\u2019esprit critique s\u2019impose dans toutes sortes de situations, m\u00eame les plus triviales,&nbsp;comme la couleur des chaussettes du voisin\u2026 L\u2019esprit peut s\u2019emparer de n\u2019importe quoi pour prononcer un jugement. Observez la sensation qui appara\u00eet quand l\u2019esprit se met \u00e0 juger&nbsp;: il y a une certaine solidification du&nbsp;\u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb tandis qu\u2019il s\u2019identifie \u00e0 ce jugement. Chaque fois que nous jugeons, nous d\u00e9veloppons ce sentiment de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, nous le renfor\u00e7ons. De ce sentiment d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb na\u00eet le sentiment d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9 des autres, d\u2019\u00eatre seul et pourtant, d\u2019une certaine mani\u00e8re, il nous rassure \u2013 et c\u2019est en cela qu\u2019il nous s\u00e9duit. \u00c0 cause d\u2019une peur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, d\u2019une peur de ne pas \u00eatre accept\u00e9, nous alimentons cette partie de l\u2019esprit qui se compla\u00eet dans le jugement et solidifie le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La peur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9,<\/strong> le refus de la ressentir, d\u2019y \u00eatre pr\u00e9sent et attentif, engendre un attachement \u00e0 des personnes et \u00e0 des situations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il y a la peur d\u2019\u00eatre seul<\/strong>. Une grande partie de notre vie est le produit de cette peur. Pascal a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La plupart des probl\u00e8mes de ce monde seraient r\u00e9solus si les gens pouvaient apprendre \u00e0 s\u2019asseoir tranquillement dans une pi\u00e8ce.&nbsp;\u00bb Une grande partie de ce qui se passe dans le monde est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la peur d\u2019\u00eatre seul, d\u2019\u00eatre au calme. Nous faisons tellement de choses pour \u00e9viter cela\u2026 Nous nous engageons dans tellement d\u2019activit\u00e9s\u2026 Nous sommes dans une grande confusion. \u00c0 cause de cette peur de la solitude, nous confondons \u00ab&nbsp;d\u00e9sirer&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;aimer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il y a aussi la peur de devoir renoncer, la peur de l\u00e2cher prise.<\/strong> Voil\u00e0 encore une limite que nous n\u2019osons pas franchir. S\u2019il nous faut, un jour, renoncer \u00e0 une chose \u00e0 laquelle nous sommes tr\u00e8s habitu\u00e9s, cette seule pens\u00e9e peut engendrer une peur immense. Il est int\u00e9ressant d\u2019observer ces attachements que nous avons. Certains peuvent para\u00eetre ridicules \u00e0 un esprit rationnel et pourtant \u00eatre tr\u00e8s forts pour nous sur le plan \u00e9motionnel. Nous devons simplement observer ce qui se passe quand nous envisageons d\u2019y renoncer et voir que, si nous ne comprenons pas cette peur, si nous ne savons pas comment travailler avec elle et la d\u00e9passer, elle va nous limiter \u00e9norm\u00e9ment, limiter ce que nous avons envie de faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc, une grande partie de notre pratique consiste \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 ces sentiments, ces \u00e9motions, ces \u00e9tats psychologiques dont nous avons peur&nbsp;; s\u2019ouvrir au sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, accepter qu\u2019il soit l\u00e0&nbsp;; s\u2019ouvrir au sentiment d\u2019\u00eatre seul&nbsp;; au sentiment de ne rien valoir\u2026 Quel que soit le sentiment, comprendre qu\u2019<em>il y a une alternative \u00e0 la peur&nbsp;: nous pouvons aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame limite de ce sentiment, apporter de la douceur, de l\u2019ouverture, de la d\u00e9tente et puis voir la nature fondamentalement vide de tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tant que nous sommes attach\u00e9s \u00e0 ce corps et \u00e0 cet esprit comme \u00e9tant n\u00f4tres, comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, la cons\u00e9quence in\u00e9vitable de cet attachement, de cette identification, est la peur quand le corps et l\u2019esprit commencent \u00e0 vieillir, quand la maladie arrive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pratique nous permet de voir de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Nous voyons que tous les aspects de notre exp\u00e9rience \u2013 dans l\u2019esprit, dans le corps et dans le monde ext\u00e9rieur \u2013 apparaissent et disparaissent d\u2019un instant sur l\u2019autre. C\u2019est le fruit de la pratique, le cadeau merveilleux qui nous permet de d\u00e9velopper une grande force d\u2019observation. Quand nous continuons \u00e0 pratiquer, \u00e0 affiner nos facult\u00e9s d\u2019observation, nous voyons les choses avec de plus en plus de clart\u00e9, nous voyons que tout passe, que rien ne dure. Nous voyons aussi que nous essayons de maintenir les choses en place, de garder le contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous agissons ainsi m\u00eame en m\u00e9ditation quand nous nous attachons \u00e0 des exp\u00e9riences pass\u00e9es. Nous avons eu un \u00e9clair de compr\u00e9hension, nous avons vu les choses sous un jour nouveau et cela devient \u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb v\u00e9rit\u00e9. Ensuite nous essayons de recr\u00e9er cette exp\u00e9rience mais, \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019est comme tra\u00eener un cadavre derri\u00e8re soi. Une chose qui est apparue puis qui a disparu est morte. Inutile de tra\u00eener ces cadavres. Il y a une r\u00e9\u00e9mergence \u00e0 tout instant, une nouvelle exp\u00e9rience se produit \u00e0 chaque instant. Nous pouvons l\u00e2cher le contr\u00f4le, l\u00e2cher la peur de ce que nous ne connaissons pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un tr\u00e8s bel \u00e9quilibre que nous devons d\u00e9couvrir dans la pratique&nbsp;: l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019effort h\u00e9ro\u00efque et l\u2019abandon. Ce n\u2019est pas facile. L\u2019effort peut devenir tension tandis que l\u2019abandon peut devenir ramollissement. Il s\u2019agit de fournir un effort simplement pour <strong>rester pr\u00e9sent<\/strong>, pas pour obtenir quelque chose, et ensuite de <strong>s\u2019abandonner au Dhamma<\/strong>, \u00e0 ce qui est, dans l\u2019instant, sans s\u2019y attacher et sans essayer de recr\u00e9er des exp\u00e9riences pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand notre perception de l\u2019impermanence se raffermit, quand nous voyons que tout passe, quand nous voyons la dissolution de nos propres exp\u00e9riences d\u2019un instant sur l\u2019autre, la peur peut surgir. Nous cherchons la s\u00e9curit\u00e9, nous essayons de trouver un moyen de retenir les choses, de cr\u00e9er un sentiment de \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb dans tout cela. Voir cette peur et puis s\u2019ouvrir \u00e0 elle, \u00e0 cette peur de l\u2019impermanence, cette peur de l\u2019inconnu, cette peur de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un enseignement du Bouddha o\u00f9 il parle de la peur de la mort. Un jour un brahmane est venu le voir et a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois fermement que tous les mortels ont peur de la mort.&nbsp;\u00bb <br>Le Bouddha a r\u00e9pondu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a en effet des mortels qui ont peur de la mort mais il y a aussi des mortels qui n\u2019en ont pas peur. Ceux qui ont peur au moment de la maladie ou au moment de la mort, sont ceux qui ont toujours eu soif de plaisirs sensoriels, qui y sont attach\u00e9s&nbsp;; l\u2019id\u00e9e de perdre ces plaisirs qu\u2019ils ont tant recherch\u00e9s tout au long de leur vie cr\u00e9e \u00e9norm\u00e9ment d\u2019agitation et de peur dans leur esprit. S\u2019ils sont tr\u00e8s attach\u00e9s au corps, ils auront \u00e9galement peur de mourir. S\u2019ils ont commis des actions n\u00e9fastes ou cruelles, motiv\u00e9es par la haine ou la col\u00e8re, au moment de la mort ils vont penser aux cons\u00e9quences de ces actes et ils vont avoir peur de mourir. Ceux qui restent dans le doute ou la confusion par rapport au Dhamma, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, auront \u00e9galement peur au moment de la mort \u00e0 cause de leur esprit confus qui n\u2019aura pas compris la r\u00e9elle nature des choses.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le Bouddha continue en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ceux qui ne d\u00e9veloppent pas une soif de d\u00e9sirs sensoriels sont capables de l\u00e2cher prise facilement au moment de la mort. Pour ceux qui ne sont pas si fortement attach\u00e9s au corps, ceux qui ont d\u00e9velopp\u00e9 des sentiments et des actes bons et g\u00e9n\u00e9reux dans leur vie, ceux qui ont compris le Dhamma, qui voient clairement la nature des choses, il n\u2019y a pas de peur au moment de la mort.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>COMMENT TRAVAILLER AVEC LA PEUR&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a donc la peur de la douleur, la peur de certains \u00e9tats \u00e9motionnels et psychologiques, la peur de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, la peur de l\u2019impermanence, du changement, de l\u2019inconnu, la peur de la mort\u2026 Toutes ces peurs sont profond\u00e9ment conditionn\u00e9es dans l\u2019esprit. Cependant, la beaut\u00e9 de la pratique, c\u2019est qu\u2019elle permet, peu \u00e0 peu, de laisser poindre ces peurs. Nos peurs deviennent conscientes. Alors, comment nous lib\u00e9rer des liens de la peur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La premi\u00e8re chose \u00e0 faire<\/strong> est de la reconna\u00eetre clairement au moment o\u00f9 elle appara\u00eet et de l\u2019accueillir avec un sentiment d\u2019acceptation, avec le merveilleux mantra&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bon, c\u2019est comme \u00e7a&nbsp;\u00bb. Et puis s\u2019y int\u00e9resser&nbsp;: de quoi s\u2019agit-il exactement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Apprendre \u00e0 ne pas avoir peur de la peur<\/em>, admettre qu\u2019il y a un ressenti pr\u00e9sent maintenant, mais qu\u2019il est possible de simplement l\u2019accueillir. Ensuite, examiner de plus pr\u00e8s cette constellation de peurs&nbsp;: des sensations dans le corps, des pens\u00e9es et des images dans l\u2019esprit, une coloration \u00e9motionnelle. Avec l\u2019acceptation, il devient possible de comprendre la nature de cette peur. Par contre, si on a peur de la peur, il est impossible de la comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 une chose qui peut vous aider&nbsp;: imaginez comment vous vous comporteriez face \u00e0 un enfant effray\u00e9. Il est probable que vous n\u2019encourageriez pas cette peur et que vous ne la condamneriez pas non plus. Vous diriez&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, je sais que tu as peur&nbsp;\u00bb et puis vous resteriez l\u00e0, pr\u00e9sent, gentiment. Alors, le simple fait d\u2019accepter avec douceur, avec gentillesse, que la peur soit pr\u00e9sente, ouvre le processus de d\u00e9conditionnement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc la premi\u00e8re fa\u00e7on d\u2019aborder la peur, c\u2019est de la reconna\u00eetre et de l\u2019accueillir avec douceur de sorte que l\u2019esprit soit simple et ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La seconde fa\u00e7on<\/strong> est d\u2019apporter \u00e0 la situation une <em>sagesse discriminative<\/em>. Nous prenons la mesure de la situation. Il y a des peurs qui peuvent \u00eatre saines, comme dans des situations dangereuses&nbsp;: avoir peur non avec aversion mais avec sagesse. Donc, il nous faut d\u2019abord comprendre la nature de la situation&nbsp;et puis d\u00e9cider de l\u2019attitude juste dans cette situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En m\u00e9ditation, les peurs qui apparaissent sont g\u00e9n\u00e9ralement charg\u00e9es d\u2019aversion et n\u00e9fastes. Alors, nous nous posons la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ai-je la force de rester pr\u00e9sent \u00e0 ces sentiments et ces sensations et d\u2019agir en d\u00e9pit de la peur qu\u2019ils m\u2019inspirent&nbsp;?&nbsp;Est-ce que je me sens pr\u00eat \u00e0 le faire&nbsp;? \u00bb C\u2019est possible quand on reconna\u00eet que la peur est pr\u00e9sente mais aussi qu\u2019il est acceptable qu\u2019elle soit l\u00e0, de sorte qu\u2019on n\u2019en a pas peur, on ne la combat pas. On la voit simplement comme un \u00e9tat d\u2019esprit et il n\u2019y a pas de raison pour que celui-ci limite notre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On peut s\u2019exercer \u00e0 cela en jouant avec ses propres limites. Par exemple, en prenant une r\u00e9solution comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vais m\u2019asseoir une heure et je ne bougerai pas d\u2019un pouce pendant tout ce temps&nbsp;\u00bb. Il faut avoir ce type de d\u00e9termination. Voir ce qui se passe et travailler avec tout ce qui se pr\u00e9sente. Si une heure c\u2019est trop long, faites-le une demi-heure, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. L\u2019important est de s\u2019en tenir \u00e0 sa r\u00e9solution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame chose avec le sommeil. Combien de fois allons-nous nous coucher, pas parce que nous avons sommeil mais parce que nous avons peur d\u2019\u00eatre fatigu\u00e9s le lendemain&nbsp;? C\u2019est encore une peur. Explorons nos limites&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis apprenons aussi \u00e0 reconna\u00eetre le moment o\u00f9 il faut l\u00e2cher, faire un peu machine arri\u00e8re, quand nous sentons que la peur est trop grande et que l\u2019\u00e9nergie et la force actuelles ne suffisent pas pour l\u2019accueillir et l\u2019observer en paix. Pas de probl\u00e8me. Il y aura d\u2019autres occasions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici la r\u00e9ponse du Dala\u00ef Lama \u00e0 une personne qui lui demandait comment g\u00e9rer des peurs profondes&nbsp;: <br>\u00ab&nbsp;Si vous avez des peurs, des douleurs ou si vous souffrez, voyez si vous pouvez y faire quelque chose. Si vous pouvez, il n\u2019y a pas de raison de vous inqui\u00e9ter. Si vous ne pouvez pas, il n\u2019y a pas non plus de raison de vous inqui\u00e9ter.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le troisi\u00e8me moyen<\/strong> de travailler avec la peur est de <em>l\u00e2cher toutes les attentes, toutes les projections<\/em>. Simplement \u00eatre avec ce qui se passe dans l\u2019instant. Quand la situation est dure, quand on doit se battre, c\u2019est parfois la meilleure occasion d\u2019ouvrir les yeux. Si c\u2019est tellement difficile, c\u2019est justement parce que l\u2019on est au bord de quelque chose, parce qu\u2019on a atteint la limite de ce que l\u2019on est pr\u00eat \u00e0 voir. Pourquoi nous d\u00e9battre&nbsp;? Parce qu\u2019il se passe quelque chose que nous ne voulons pas ressentir, que nous ne voulons pas accueillir, accepter. Il peut s\u2019agit d\u2019une douleur, d\u2019un malaise, d\u2019une agitation, de l\u2019ennui, d\u2019une \u00e9motion intense. Si vous sentez que vous vous battez contre ce qui se pr\u00e9sente, voyez cela comme un signal. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le moment de prendre un peu de recul et de consid\u00e9rer la situation&nbsp;: Que se passe-t-il&nbsp;? Y a-t-il une peur ici qui m\u2019emp\u00eache de m\u2019ouvrir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ce qui peut nous aider le plus<\/strong> quand on travaille avec la peur, c\u2019est notre capacit\u00e9 \u00e0 <em>nous abandonner au Dhamma. <\/em>Ce processus d\u2019ouverture de l\u2019esprit et du corps contient une sagesse qui va bien au-del\u00e0 de l\u2019intelligence qui passe par notre mental. Pouvons-nous nous y abandonner&nbsp;? Pouvons-nous poser notre attention juste au moment o\u00f9 la peur appara\u00eet et puis nous abandonner&nbsp;? Laisser le processus se d\u00e9rouler de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Investiguer en profondeur la nature essentiellement vide de la peur.<\/strong> Ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit qui appara\u00eet parce que certaines conditions sont r\u00e9unies. Quand les conditions changent, la peur change. L\u2019un des dangers de la peur, c\u2019est la mauvaise compr\u00e9hension, l\u2019interpr\u00e9tation, quand on commence \u00e0 cr\u00e9er le concept&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis quelqu\u2019un qui a des peurs&nbsp;\u00bb. On cr\u00e9e une image&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a toute cette peur et, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, il faut que je la traverse m\u00eame si je dois passer les vingt prochaines ann\u00e9es en th\u00e9rapie pour trouver tous les \u2018pourquoi\u2019 et les comment\u2019\u2026&nbsp;\u00bb Inutile. Si on peut observer de pr\u00e8s et voir que la peur, comme tout le reste, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui appara\u00eet puis dispara\u00eet, qui n\u2019appartient \u00e0 personne\u2026 dans cet instant de vision claire, dans cet instant d\u2019acceptation, elle perd toute sa force, tout son pouvoir sur nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La derni\u00e8re fa\u00e7on de travailler avec la peur<\/strong> est en utilisant <em>la grande force d\u2019esprit qui na\u00eet de la confiance et de l\u2019amour.<\/em> Quand ces qualit\u00e9s sont fortement d\u00e9velopp\u00e9es en nous, elles dissipent notre peur. Sommes-nous capables de nous abandonner aux Trois Refuges&nbsp;? \u00c0 \u00ab&nbsp;ce qui sait&nbsp;\u00bb en nous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nous avons peur de mourir parce que nous ne savons ce que signifie vivre.<\/em><br><em>Comme nous ne savons pas comment vivre, nous ne savons pas comment mourir.<\/em><br><em>Tant que nous aurons peur de la vie, nous aurons peur de la mort.<\/em><br><em>Celui qui n\u2019a pas peur de la vie n\u2019a pas peur d\u2019\u00eatre dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 totale car il comprend qu\u2019int\u00e9rieurement et psychologiquement il n\u2019y a aucune s\u00e9curit\u00e9.<\/em><br>I<em>l n\u2019y a aucune s\u00e9curit\u00e9, il y a un mouvement incessant.<\/em><br><em>Alors, vie et mort sont semblables.<\/em><br><em>Celui qui vit sans conflit, avec puret\u00e9 et amour, n\u2019a pas peur de la mort.<\/em><br><em>Si vous mourez \u00e0 tout ce que vous connaissez, y compris votre famille, votre m\u00e9moire, tout ce que vous avez ressenti,<\/em><br><em>la mort est une purification, un processus de rajeunissement.<\/em><br><em>Pour vraiment d\u00e9couvrir ce qui se passe quand on meurt, il faut mourir \u2013pas physiquement mais psychologiquement, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/em><br><em>Mourir aux choses que vous avez aim\u00e9es, aux choses qui vous ont rendu amer.<\/em><br><em>Si vous pouvez mourir \u00e0 l\u2019un de vos plaisirs, le plus insignifiant ou le plus important, naturellement, sans avoir besoin de forcer ni d\u2019argumenter,<\/em><br><em>vous saurez ce que \u00ab\u00a0mourir\u00a0\u00bb veut dire.<\/em><br><em>Mourir c\u2019est avoir un esprit totalement vide de lui-m\u00eame,<\/em><br><em>vide des attentes habituelles, du besoin de plaisir, de toutes les souffrances. Quand on meurt, il se produit quelque chose de totalement nouveau.<\/em><br><em>La mort, c\u2019est la lib\u00e9ration du connu. Alors, on est vivant.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joseph Goldstein Traduction de Jeanne Schut La voie de la pratique du Dhamma est une voie d\u2019ouverture au niveau du corps et au niveau de l\u2019esprit. Nous commen\u00e7ons souvent avec le sentiment que le corps est solide, dense. 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