{"id":846,"date":"2026-05-03T16:00:39","date_gmt":"2026-05-03T16:00:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=846"},"modified":"2026-05-11T08:54:17","modified_gmt":"2026-05-11T08:54:17","slug":"le-venerable-ajahn-chah-par-ajahn-amaro","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/le-venerable-ajahn-chah-par-ajahn-amaro\/","title":{"rendered":"Le V\u00e9n\u00e9rable Ajahn Chah par Ajahn Amaro"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><em>Traduction de Jeanne Schut<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"216\" height=\"300\" src=\"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-216x300.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-848\" srcset=\"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-216x300.jpeg 216w, https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-739x1024.jpeg 739w, https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-768x1064.jpeg 768w, https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-1108x1536.jpeg 1108w, https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-1478x2048.jpeg 1478w, https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Luang-Por-Chah-Photo-scaled.jpeg 1847w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><em>Ce texte est un extrait de l&rsquo;Introduction des livres <\/em>Vertu et m\u00e9ditation <em>et <\/em>M\u00e9ditation et sagesse, les enseignements d\u2019Ajahn Chah, <em>publi\u00e9 aux \u00e9ditions SULLY. Nous remercions le v\u00e9n\u00e9rable Ajahn Amaro de nous avoir autoris\u00e9s \u00e0 publier s\u00e9par\u00e9ment, sur notre site, cette tr\u00e8s belle introduction.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ajahn Chah est n\u00e9 au sein d\u2019une grande famille ais\u00e9e, dans un petit village de la province d\u2019Ubon. De sa propre initiative, \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de neuf ans, il choisit de quitter la maison familiale pour aller vivre au monast\u00e8re local. Il fut ordonn\u00e9 novice et, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt ans, toujours attir\u00e9 par la vie monastique, prit les v\u0153ux de moine. En tant que jeune <em>bhikkhu <\/em>(moine), il \u00e9tudia les bases du Dhamma, la discipline et d\u2019autres \u00e9critures du Canon Pali. Plus tard, m\u00e9content de la discipline laxiste de son monast\u00e8re de village et d\u00e9sireux d\u2019\u00eatre guid\u00e9 dans l\u2019apprentissage de la m\u00e9ditation, il quitta ces murs relativement s\u00fbrs pour devenir moine <em>tudong<\/em> (moine errant). Il alla voir plusieurs ma\u00eetres de m\u00e9ditation de sa r\u00e9gion et pratiqua sous leur direction. Il voyagea pendant plusieurs ann\u00e9es, menant une vie d\u2019asc\u00e8te, dormant dans des for\u00eats, des grottes et des lieux de cr\u00e9mation. Enfin, il fit un s\u00e9jour bref mais d\u00e9terminant aupr\u00e8s d\u2019Ajahn Mun. Voici un r\u00e9cit de cette rencontre \u00e9difiante extraite d\u2019une biographie de Ajahn Chah par Phra Ong Neung&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin de la retraite, Ajahn Chah, accompagn\u00e9 de deux autres moines, d\u2019un novice et de deux la\u00efcs, partit pour une longue marche qui le ramenait dans l\u2019Isan (au nord de la Tha\u00eflande). Ils coup\u00e8rent le voyage \u00e0 Bahn Gor et, apr\u00e8s quelques jours de repos, commenc\u00e8rent une marche de 250 kilom\u00e8tres vers le nord. Le dixi\u00e8me jour, ils arriv\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9gant stupa blanc de Taht Panom, ancien lieu de p\u00e8lerinage sur les bords du M\u00e9kong, et rendirent hommage aux reliques du Bouddha qui \u00e9taient ench\u00e2ss\u00e9es l\u00e0. Ils continu\u00e8rent leur marche par \u00e9tapes, en s\u2019arr\u00eatant maintenant la nuit dans des monast\u00e8res de for\u00eat. L\u2019exp\u00e9dition \u00e9tait malgr\u00e9 tout difficile, de sorte que le novice et l\u2019un des la\u00efcs demand\u00e8rent \u00e0 rebrousser chemin. Le groupe ne comptait donc plus que trois moines et un la\u00efc quand il arriva \u00e0 Wat Peu Nong Nahny, r\u00e9sidence du v\u00e9n\u00e9rable Ajahn Mun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand ils p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans le monast\u00e8re, Ajahn Chah fut imm\u00e9diatement frapp\u00e9 par son atmosph\u00e8re calme et prot\u00e9g\u00e9e. La zone centrale dans laquelle se tenait un petit espace de r\u00e9union \u00e9tait parfaitement balay\u00e9e et les quelques moines en vue \u00e9taient tous occup\u00e9s \u00e0 leurs t\u00e2ches en silence, avec des mouvements pleins de gr\u00e2ce et de retenue. Il y avait, dans ce monast\u00e8re, quelque chose qu\u2019il n\u2019avait vu nulle part ailleurs&nbsp;; le silence \u00e9tait \u00e9trangement charg\u00e9 et vibrant. Ajahn Chah et ses compagnons furent re\u00e7us poliment et, apr\u00e8s qu\u2019on leur eut indiqu\u00e9 o\u00f9 poser leur glot (grand parapluie auquel les moines suspendent une moustiquaire), ils furent heureux de prendre un bain pour se laver de la poussi\u00e8re de la route.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, les trois jeunes moines, leur robe soigneusement pli\u00e9e sur l\u2019\u00e9paule gauche et l\u2019esprit oscillant entre impatience et crainte, avanc\u00e8rent vers la <em>sala<\/em> (salle de r\u00e9union) pour rendre hommage \u00e0 Ajahn Mun. Rampant sur ses genoux vers le grand ma\u00eetre, flanqu\u00e9 de droite et de gauche par des moines r\u00e9sidents, Ajahn Chah s\u2019approcha de la silhouette \u00e9maci\u00e9e et \u00e2g\u00e9e, \u00e0 la pr\u00e9sence forte et lumineuse. Il est facile d\u2019imaginer le regard insondable d\u2019Ajahn Mun p\u00e9n\u00e9trer profond\u00e9ment Ajahn Chah tandis que celui-ci se prosternait trois fois puis s\u2019asseyait \u00e0 ses pieds, \u00e0 une distance respectable. La plupart des moines \u00e9taient assis, les yeux ferm\u00e9s, en m\u00e9ditation&nbsp;; un autre, assis derri\u00e8re Ajahn Mun, l\u2019\u00e9ventait doucement pour \u00e9loigner les moustiques du soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019Ajahn Chah leva les yeux, il ne put manquer de remarquer les m\u00e2choires pro\u00e9minentes d\u2019Ajahn Mun sous sa peau p\u00e2le ni la fa\u00e7on dont ses l\u00e8vres minces, tach\u00e9es du rouge du jus de b\u00e9tel contrastaient \u00e9trangement avec la luminosit\u00e9 de sa pr\u00e9sence. Selon la vieille tradition entre moines bouddhistes, Ajahn Mun commen\u00e7a par demander aux moines depuis combien de temps ils \u00e9taient ordonn\u00e9s, dans quels monast\u00e8res ils avaient pratiqu\u00e9 et les d\u00e9tails de leur voyage. Puis il encha\u00eena en demandant s\u2019ils avaient des doutes \u00e0 propos de leur pratique. Ajahn Chah avala sa salive puis r\u00e9pondit que oui, il avait des doutes. Il avait \u00e9tudi\u00e9 les textes du <em>Vinaya<\/em> (le Code de Discipline monastique instaur\u00e9 par le Bouddha) avec beaucoup d\u2019enthousiasme mais s\u2019\u00e9tait ensuite d\u00e9courag\u00e9. La discipline paraissait trop d\u00e9taill\u00e9e pour \u00eatre praticable. Il lui semblait impossible de suivre toutes les r\u00e8gles. Quels devaient donc \u00eatre les principes de base&nbsp;? Ajahn Mun conseilla \u00e0 Ajahn Chah de prendre pour principes de base ce que le Bouddha appelait les deux \u00ab&nbsp;gardiens du monde&nbsp;\u00bb&nbsp;: <em>hiri <\/em>(un sentiment de saine honte face \u00e0 ses mauvaises actions) et <em>ottapa<\/em> (une juste crainte des cons\u00e9quences de ses actes). Quand ces deux vertus sont pr\u00e9sentes, dit-il, tout le reste suit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il commen\u00e7a alors \u00e0 discourir sur le triple entra\u00eenement \u00e0 <em>sila <\/em><a href=\"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/sommaire\/amaro\/amaro_intro2.html#sdfootnote1sym\">(la<\/a> moralit\u00e9), <em>samadhi<\/em><a> <\/a><a href=\"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/sommaire\/amaro\/amaro_intro2.html#sdfootnote2sym\">(la<\/a> m\u00e9ditation du calme mental) et <em>pa\u00f1\u00f1a<\/em><a> <\/a><a href=\"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/sommaire\/amaro\/amaro_intro2.html#sdfootnote3sym\">(la<\/a> sagesse qui s\u2019ensuit), sur \u00ab&nbsp;les quatre routes vers le succ\u00e8s&nbsp;\u00bb et sur \u00ab&nbsp;les cinq pouvoirs spirituels&nbsp;\u00bb. Ses yeux \u00e9taient mi-clos et sa voix devenait de plus en plus forte et rapide au fil des mots, comme s\u2019il montait sans cesse en puissance. Avec une autorit\u00e9 absolue, il d\u00e9crivit \u00ab&nbsp;les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement&nbsp;\u00bb et la voie qui m\u00e8ne \u00e0 la lib\u00e9ration de la souffrance. Ajahn Chah et ses compagnons \u00e9taient assis l\u00e0, compl\u00e8tement sous le charme. Ajahn Chah raconta plus tard que, bien qu\u2019il venait de passer une journ\u00e9e \u00e9puisante sur la route, \u00e9couter parler Ajahn Mun le lib\u00e9ra de tout sentiment de lassitude&nbsp;; son esprit devint clair et serein, et il avait l\u2019impression de flotter au-dessus du sol. Il \u00e9tait tard, ce soir-l\u00e0, quand Ajahn Mun mit un terme \u00e0 cette r\u00e9union et Ajahn Chah retourna \u00e0 son glot, tout rayonnant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir suivant, Ajahn Mun donna d\u2019autres enseignements et Ajahn Chah sentit qu\u2019il arrivait au bout de ses doutes quant \u00e0 la pratique qui l\u2019attendait. Le Dhamma lui procurait une joie et une f\u00e9licit\u00e9 jamais connues auparavant. Il ne lui restait plus qu\u2019\u00e0 mettre en pratique ses connaissances. En effet, l\u2019un des enseignements qui l\u2019inspira le plus, au cours de ces deux soir\u00e9es, fut l\u2019injonction \u00e0 faire de soi-m\u00eame un <em>sikkhibh\u016bto<\/em>, un \u00ab&nbsp;t\u00e9moin de la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb. Mais l\u2019explication la plus \u00e9claircissante qu\u2019il re\u00e7ut, celle qui lui donna le contexte ou la base n\u00e9cessaire pour la pratique, et qui lui avait fait d\u00e9faut jusque-l\u00e0, fut la distinction entre l\u2019esprit lui-m\u00eame et les \u00e9tats d\u2019esprit passagers qui apparaissent et disparaissent en lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Tan Ajahn Mun a dit que ce n\u2019\u00e9taient que des \u00e9tats. Quand on ne comprend pas cela, on croit qu\u2019ils sont r\u00e9els, qu\u2019ils sont l\u2019esprit lui-m\u00eame. En r\u00e9alit\u00e9, il ne s\u2019agit toujours que d\u2019\u00e9tats passagers. \u00c0 peine eut-il prononc\u00e9 ces paroles que les choses s\u2019\u00e9claircirent soudain. Supposons qu\u2019il y ait un sentiment de bonheur pr\u00e9sent dans l\u2019esprit&nbsp;: on peut percevoir que cet \u00e9tat d\u2019esprit est diff\u00e9rent de l\u2019esprit lui-m\u00eame. Quand on voit cela, on peut s\u2019arr\u00eater, on peut poser les choses. Quand les r\u00e9alit\u00e9s conventionnelles sont vues pour ce qu\u2019elles sont, on arrive \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ultime. G\u00e9n\u00e9ralement, les gens amalgament tout cela en une chose qu\u2019ils appellent \u2018l\u2019esprit\u2019 mais, en r\u00e9alit\u00e9, ce sont des \u00e9tats d\u2019esprit qui s\u2019accompagnent d\u2019une conscience de ces \u00e9tats. Si vous comprenez cela, il n\u2019y a plus grand-chose \u00e0 faire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me jour, Ajahn Chah alla rendre hommage \u00e0 Ajahn Mun puis il conduisit son petit groupe vers les for\u00eats solitaires de Poopahn. Il laissa Nong Peu derri\u00e8re lui et n\u2019y retourna jamais mais son c\u0153ur \u00e9tait plein d\u2019une inspiration qui l\u2019accompagna jusqu\u2019\u00e0 son dernier jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1954, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de voyage et de pratique, Ajahn Chah fut invit\u00e9 \u00e0 s\u2019installer dans une for\u00eat dense pr\u00e8s de son village natal, Bahn Gor. Cet endroit \u00e9tait inhabit\u00e9&nbsp;; on le disait infest\u00e9 de cobras, de tigres et de fant\u00f4mes \u2013 ce qui en faisait, disait-il, un endroit parfait pour un moine de for\u00eat. Un vaste monast\u00e8re grandit autour d\u2019Ajahn Chah tandis que de plus en plus de moines, de nonnes et de la\u00efcs venaient \u00e9couter ses enseignements et restaient pour pratiquer aupr\u00e8s de lui. Aujourd\u2019hui certains de ses disciples vivent, pratiquent la m\u00e9ditation et enseignent dans plus de deux cents monast\u00e8res affili\u00e9s, dans les montagnes et les for\u00eats de Tha\u00eflande et en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu\u2019Ajahn Chah ait disparu en 1992, le type de formation monastique qu\u2019il a instaur\u00e9 se poursuit aujourd\u2019hui \u00e0 Wat Pah Pong et dans les monast\u00e8res affili\u00e9s. Il y a g\u00e9n\u00e9ralement deux temps de m\u00e9ditation en groupe par jour, accompagn\u00e9s parfois d\u2019un enseignement donn\u00e9 par le ma\u00eetre, mais le c\u0153ur de la m\u00e9ditation est dans la fa\u00e7on de se comporter au quotidien. Moines et nonnes ont des t\u00e2ches manuelles \u00e0 accomplir, ils teignent et cousent leurs propres v\u00eatements, fabriquent la plupart des objets dont ils ont besoin, et assurent un entretien parfait des b\u00e2timents et des terrains du monast\u00e8re. Ils vivent dans une extr\u00eame simplicit\u00e9, suivent les pr\u00e9ceptes asc\u00e9tiques de ne manger qu\u2019un seul repas par jour et uniquement dans leur bol, et de limiter leurs possessions. De petites huttes individuelles \u00e9parpill\u00e9es dans la for\u00eat abritent moines et nonnes qui vivent et m\u00e9ditent dans la solitude&nbsp;; ils pratiquent aussi la m\u00e9ditation en marchant sur des espaces d\u00e9gag\u00e9s sous les arbres. Dans certains monast\u00e8res occidentaux et dans quelques-uns en Tha\u00eflande aussi, la situation g\u00e9ographique du lieu oblige \u00e0 quelques variantes. Par exemple, en Suisse, le monast\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 offert aux moines est un grand chalet \u2013 autrefois un h\u00f4tel \u2013 \u00e0 la limite d\u2019un village de montagne. Cependant, ind\u00e9pendamment de ces quelques diff\u00e9rences, c\u2019est toujours le m\u00eame esprit de simplicit\u00e9, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et d\u2019honn\u00eatet\u00e9 scrupuleuse qui donne le ton. La discipline est rigoureusement maintenue, ce qui permet \u00e0 chacun de mener une vie simple et pure au sein d\u2019une communaut\u00e9 harmonieusement g\u00e9r\u00e9e o\u00f9 vertu, m\u00e9ditation et sagesse sont soigneusement et intelligemment cultiv\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En parall\u00e8le \u00e0 la vie monastique telle qu\u2019elle est v\u00e9cue dans les confins d\u2019un monast\u00e8re, on consid\u00e8re que la pratique de <em>tudong<\/em> \u2013 aller \u00e0 pied dans la nature, en p\u00e8lerinage ou \u00e0 la recherche de lieux tranquilles pour une retraite en solitaire \u2013 fait partie de l\u2019entra\u00eenement spirituel. Bien que la for\u00eat ait beaucoup disparu du paysage tha\u00eflandais et que les tigres et autres animaux sauvages que les Anciens rencontraient si souvent en <em>tudong<\/em> soient en voie d\u2019extinction, cette fa\u00e7on de vivre et de pratiquer se poursuit encore aujourd\u2019hui. De fait, non seulement cette pratique a \u00e9t\u00e9 maintenue par Ajahn Chah, ses disciples et beaucoup d\u2019autres moines en Tha\u00eflande, mais elle a aussi \u00e9t\u00e9 poursuivie par ses moines et nonnes dans beaucoup de pays occidentaux et en Inde. Dans ces situations, le strict code de discipline est maintenu&nbsp;: on ne vit que de ce que l\u2019on re\u00e7oit des habitants du lieu quand on fait la qu\u00eate de sa nourriture, on ne mange qu\u2019entre le lever du jour et midi, on ne transporte ni utilise aucun argent, on dort l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on trouve un abri.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sagesse est une fa\u00e7on de vivre et une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre. Ajahn Chah a tent\u00e9 de pr\u00e9server le simple mode de vie monastique dans toutes ses dimensions pour permettre aux gens d\u2019\u00e9tudier et de pratiquer le Dhamma jusqu\u2019\u00e0 ce jour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(20px, 1.25rem + ((1vw - 3.2px) * 1.364), 32px);\">Ajahn Chah enseigne aux Occidentaux<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est bien connu et on raconte volontiers que, peu avant que le jeune moine Sumedho vienne \u00e9tudier aupr\u00e8s d\u2019Ajahn Chah \u00e0 Wat Pah Pong, en 1967, Ajahn Chah fit construire un nouveau kouti (cabane de m\u00e9ditation) dans la for\u00eat. Tandis que l\u2019on enfon\u00e7ait dans la terre les poteaux qui devaient former l\u2019angle de la cabane, l\u2019un des villageois qui participaient \u00e0 la construction demanda&nbsp;: \u00ab&nbsp;Luang Por&nbsp;! Comment se fait-il que nous fassions ce kouti aussi grand&nbsp;? Le toit est beaucoup plus haut que n\u00e9cessaire.&nbsp;\u00bb Il \u00e9tait intrigu\u00e9 car ces constructions sont cens\u00e9es comporter juste assez d\u2019espace pour qu\u2019une personne y vive \u00e0 son aise, ce qui repr\u00e9sente, en g\u00e9n\u00e9ral, deux m\u00e8tres sur deux m\u00e8tres cinquante avec le sommet du toit \u00e0 environ trois m\u00e8tres de haut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Ne t\u2019en fais pas, ce n\u2019est pas du gaspillage, r\u00e9pondit Ajahn Chah. Il y a des moines <em>farang <\/em>(occidentaux) qui vont arriver un jour et ils sont beaucoup plus grands que nous.&nbsp;\u00bb Et effectivement, le futur Ajahn Sumedho arriva peu apr\u00e8s&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les ann\u00e9es qui suivirent l\u2019arriv\u00e9e du premier \u00e9l\u00e8ve occidental, un flot modeste mais constant de nouveaux venus continua \u00e0 franchir la grille des monast\u00e8res d\u2019Ajahn Chah. D\u00e8s le d\u00e9but, il d\u00e9cida de n\u2019accorder aucun traitement de faveur aux \u00e9trangers mais de les laisser s\u2019adapter de leur mieux au climat, \u00e0 la nourriture et \u00e0 la culture. Mieux, il leur conseillait d\u2019utiliser tout sentiment de malaise pour alimenter le d\u00e9veloppement de la sagesse gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019endurance et \u00e0 la patience \u2013 deux des qualit\u00e9s qu\u2019il estimait cruciales pour tout progr\u00e8s spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 cette intention premi\u00e8re de maintenir toute la communaut\u00e9 monastique harmonieusement unifi\u00e9e et de ne pas faire de diff\u00e9rence pour les Occidentaux, en 1975 les circonstances le pouss\u00e8rent \u00e0 encourager la cr\u00e9ation de Wat Pah Nanachat&nbsp; (\u00ab&nbsp;monast\u00e8re de for\u00eat international&nbsp;\u00bb), lieu de pratique r\u00e9serv\u00e9 aux Occidentaux, situ\u00e9 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Wat Pah Pong. Voici comment tout a commenc\u00e9&nbsp;: Ajahn Sumedho et un petit groupe d\u2019autres moines occidentaux \u00e9taient partis \u00e0 pied vers un monast\u00e8re affili\u00e9 pr\u00e8s des rives de la rivi\u00e8re Muhn. Ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent pour la nuit dans une petite for\u00eat \u00e0 la sortie du village de Bung Wai. L\u00e0, les villageois, dont plusieurs \u00e9taient disciples d\u2019Ajahn Chah, furent surpris et ravis de voir ce groupe de moines \u00e9trangers qu\u00e9mander leur nourriture dans leurs rues poussi\u00e9reuses. Ils leur demand\u00e8rent s\u2019ils accepteraient de s\u2019installer dans la for\u00eat qui bordait le village et de cr\u00e9er un nouveau monast\u00e8re. Cette id\u00e9e re\u00e7ut l\u2019approbation d\u2019Ajahn Chah et c\u2019est ainsi que naquit ce monast\u00e8re d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la formation des Occidentaux int\u00e9ress\u00e9s par la pratique monastique dont le nombre allait toujours croissant et dont la langue commune \u00e9tait l\u2019anglais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu de temps apr\u00e8s, en 1976, Ajahn Sumedho fut invit\u00e9 par un groupe de bouddhistes de Londres \u00e0 \u00e9tablir un monast\u00e8re Theravada en Angleterre. L\u2019ann\u00e9e suivante, Ajahn Chah accompagna Ajahn Sumedho en Angleterre, au Vihara bouddhiste de Hampstead \u2013 belle maison dans une rue tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e du nord de Londres \u2013 et le laissa l\u00e0, avec un petit groupe de moines. En l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, les moines avaient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 la campagne et plusieurs autres monast\u00e8res affili\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 implant\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis lors, nombre des premiers disciples occidentaux d\u2019Ajahn Chah ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s dans la t\u00e2che consistant \u00e0 implanter de nouveaux monast\u00e8res et \u00e0 faire conna\u00eetre le Dhamma sur plusieurs continents. D\u2019autres monast\u00e8res sont ainsi apparus en France, en Australie, en Nouvelle-Z\u00e9lande, en Suisse, en Italie, au Canada et aux Etats-Unis. Ajahn Chah lui-m\u00eame a voyag\u00e9 deux fois en Europe et en Am\u00e9rique du Nord en 1977 et en 1979 et il soutenait ces nouvelles implantations de tout son c\u0153ur. Il a dit, un jour, que le bouddhisme en Tha\u00eflande \u00e9tait comme un vieil arbre qui autrefois avait \u00e9t\u00e9 vigoureux et avait port\u00e9 beaucoup de fruits mais qui \u00e9tait maintenant si vieux qu\u2019il ne donnait plus que quelques fruits, et m\u00eame ceux-ci \u00e9taient petits et amers. Par contre, il comparait le bouddhisme en Occident \u00e0 un jeune arbre, plein d\u2019\u00e9nergie et de potentiel pour une belle croissance mais qui avait besoin d\u2019un bon entretien et d\u2019un bon soutien pour se d\u00e9velopper correctement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la m\u00eame veine, lors de son voyage aux \u00c9tats-Unis en 1979, il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Grande-Bretagne est un endroit favorable \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du bouddhisme en Occident mais elle aussi a une culture ancienne. Par contre, les Etats-Unis ont l\u2019\u00e9nergie et la flexibilit\u00e9 d\u2019un pays jeune \u2013 tout est neuf ici. C\u2019est ici que le Dhamma pourra r\u00e9ellement s\u2019\u00e9panouir.&nbsp;\u00bb Quand il s\u2019adressa \u00e0 un groupe de jeunes Am\u00e9ricains qui venaient d\u2019ouvrir un centre de m\u00e9ditation bouddhiste, il ajouta cette mise en garde&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous r\u00e9ussirez \u00e0 v\u00e9ritablement faire conna\u00eetre le Bouddha-Dhamma ici \u00e0 condition de ne pas avoir peur d\u2019aller \u00e0 l\u2019encontre des d\u00e9sirs et des opinions de vos \u00e9tudiants (litt\u00e9ralement&nbsp;: \u2018de poignarder leur c\u0153ur\u2019). Dans ce cas, vous y parviendrez&nbsp;; sinon, si vous modifiez les enseignements et la pratique pour qu\u2019ils s\u2019adaptent aux habitudes existantes et aux opinions des gens, \u00e0 cause du d\u00e9sir erron\u00e9 de leur faire plaisir, vous aurez failli \u00e0 votre devoir de servir de la meilleure fa\u00e7on possible.&nbsp;\u00bb [&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(20.515px, 1.282rem + ((1vw - 3.2px) * 1.419), 33px);\">M\u00e9thodes d\u2019entra\u00eenement<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait une multitude de dimensions diff\u00e9rentes \u00e0 la fa\u00e7on dont Ajahn Chah entra\u00eenait ses \u00e9l\u00e8ves. Il donnait, bien \u00e9videmment, des instructions orales, comme nous l\u2019avons indiqu\u00e9 plus haut, mais la plus grande partie du processus d\u2019apprentissage se faisait dans ce que l\u2019on pourrait appeler \u00ab&nbsp;la mise en situation&nbsp;\u00bb. Ajahn Chah avait compris que, pour que le c\u0153ur s\u2019impr\u00e8gne v\u00e9ritablement de tout aspect de l\u2019enseignement et en soit transform\u00e9, la le\u00e7on devait \u00eatre absorb\u00e9e sur le plan exp\u00e9rimental et pas seulement sur le plan intellectuel. C\u2019est pourquoi il utilisait les dix mille \u00e9v\u00e9nements et aspects de la routine monastique, aussi bien dans la vie communautaire que dans la vie en <em>tudong<\/em>, comme autant d\u2019outils pour former ses disciples&nbsp;: il les faisait travailler en groupes, \u00e9tudier les r\u00e8gles par c\u0153ur, participer aux t\u00e2ches quotidiennes \u2026 Il changeait aussi l\u2019emploi du temps du monast\u00e8re par surprise&nbsp;! Tout cela, et plus encore, \u00e9tait autant d\u2019occasions de travailler sur l\u2019apparition de la souffrance et sur les moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour qu\u2019elle cesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il encourageait les gens \u00e0 \u00eatre pr\u00eats \u00e0 apprendre de toute chose, comme il le dit dans le chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;La nature du Dhamma&nbsp;\u00bb (dans le livre <em>M\u00e9ditation et sagesse<\/em>). Il r\u00e9p\u00e9tait sans cesse que chacun est son propre ma\u00eetre&nbsp;: si nous consid\u00e9rons les choses avec sagesse, tout probl\u00e8me personnel, tout \u00e9v\u00e9nement et tout aspect de la nature peuvent nous apprendre quelque chose&nbsp;; par contre, si nous consid\u00e9rons les choses stupidement, m\u00eame nous trouver face au Bouddha et \u00e9couter ses explications ne nous apporterait rien. On retrouve cette attitude dans sa fa\u00e7on de r\u00e9pondre aux questions : il r\u00e9pondait davantage \u00e0 la personne qu\u2019\u00e0 sa question. Souvent, quand on lui demandait quelque chose, il semblait accueillir la question, la r\u00e9duire gentiment en pi\u00e8ces et puis retourner les morceaux au questionneur. Celui-ci pouvait alors voir par lui-m\u00eame comment elle se pr\u00e9sentait et, \u00e0 sa surprise, il constatait qu\u2019Ajahn Chah l\u2019avait guid\u00e9 de telle sorte qu\u2019il avait lui-m\u00eame r\u00e9pondu \u00e0 sa propre question. Quand on demandait \u00e0 Ajahn Chah comment il parvenait si souvent \u00e0 ce r\u00e9sultat, il r\u00e9pondait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si la personne ne connaissait pas d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9ponse, elle n\u2019aurait jamais pu poser la question.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on peut le voir tout au long des enseignements regroup\u00e9s dans ces deux livres, il encourageait \u00e9galement deux autres attitudes tr\u00e8s importantes&nbsp;: d\u2019une part, la n\u00e9cessit\u00e9 de cultiver un profond sentiment d\u2019urgence dans la pratique de la m\u00e9ditation&nbsp;; d\u2019autre part, le d\u00e9veloppement de la patience et de l\u2019endurance en toutes circonstances. Ces deux vertus ne sont pas l\u2019apanage des temps modernes, en particulier dans les milieux spirituels de la culture \u00ab&nbsp;vite fait&nbsp;\u00bb occidentale. Par contre, dans la vie de la for\u00eat, on les consid\u00e8re presque comme synonymes de l\u2019entra\u00eenement spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand le Bouddha donna ses toutes premi\u00e8res instructions sur la discipline monastique, ses premiers mots furent&nbsp;: \u00ab&nbsp;La patience doubl\u00e9e d\u2019endurance est la pratique supr\u00eame pour lib\u00e9rer le c\u0153ur et l\u2019esprit de toutes leurs pollutions [avidit\u00e9, aversion et confusion mentale].&nbsp;\u00bb C\u2019est pourquoi, <strong>quand quelqu\u2019un venait raconter ses malheurs \u00e0 Ajahn Chah \u2013 un mari qui boit, une mauvaise r\u00e9colte, etc. \u2013 sa premi\u00e8re r\u00e9ponse \u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pouvez-vous l\u2019endurer&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il ne s\u2019agissait pas d\u2019une esp\u00e8ce de d\u00e9fi mais plut\u00f4t d\u2019une fa\u00e7on de montrer que la voie qui m\u00e8ne au-del\u00e0 de la souffrance ne consiste ni \u00e0 fuir, ni \u00e0 se lamenter, ni non plus \u00e0 serrer les dents et tenir par la force de la volont\u00e9. Non. L\u2019encouragement \u00e0 l\u2019endurance et \u00e0 la patience est de tenir bon au milieu des difficult\u00e9s, de v\u00e9ritablement accueillir et dig\u00e9rer l\u2019exp\u00e9rience de la souffrance, de comprendre ses causes et ensuite de les laisser aller.<\/strong> [&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(20.515px, 1.282rem + ((1vw - 3.2px) * 1.419), 33px);\">Repousser la superstition<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019une des caract\u00e9ristiques que l\u2019on attribuait souvent \u00e0 Ajahn Chah, en Tha\u00eflande, \u00e9tait son ardeur \u00e0 faire dispara\u00eetre toute trace de superstition en lien avec la pratique bouddhiste. Il critiquait fermement les sortil\u00e8ges, les pr\u00e9dictions des diseurs de bonne aventure, et les amulettes qui comptaient tellement dans la soci\u00e9t\u00e9 tha\u00eflandaise. Il parlait rarement de vies pass\u00e9es ou futures, des autres sph\u00e8res d\u2019existence, de visions ou d\u2019exp\u00e9riences psychiques. Si quelqu\u2019un lui demandait quels seraient les num\u00e9ros gagnants du prochain tirage de la loterie \u2013 chose tr\u00e8s fr\u00e9quente parmi les visiteurs des grands ma\u00eetres en Tha\u00eflande \u2013, il l\u2019envoyait bien vite sur les roses&nbsp;! Il consid\u00e9rait que le Dhamma \u00e9tait le plus pr\u00e9cieux des joyaux, le seul \u00e0 pouvoir garantir une protection et une s\u00e9curit\u00e9 authentiques dans la vie, et il secouait les gens qui se laissaient attirer par les promesses de menues am\u00e9liorations du <em>samsara<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par pure bont\u00e9 pour ses semblables, il ne cessait de souligner l\u2019utilit\u00e9 concr\u00e8te de la pratique bouddhiste, bousculant ainsi l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue selon laquelle le Dhamma \u00e9tait trop \u00e9lev\u00e9 ou trop complexe pour le commun des mortels. Ses critiques n\u2019avaient pas seulement pour but de venir \u00e0 bout des d\u00e9pendances pu\u00e9riles \u00e0 la chance et aux sortil\u00e8ges. Il voulait surtout que les personnes s\u2019investissent dans quelque chose qui leur serait vraiment b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on consid\u00e8re ses efforts dans ce sens tout au long de sa vie, ce qui s\u2019est pass\u00e9 au moment de ses fun\u00e9railles, en 1993, est assez ironique. Ajahn Chah est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 16 janvier 1992 et ses fun\u00e9railles eurent lieu un an plus tard, jour pour jour. Le stupa construit \u00e0 sa m\u00e9moire avait 16 piliers, faisait 32 m\u00e8tres de haut et avait des fondations de 16 m\u00e8tres de profondeur \u2026 de sorte qu\u2019un grand nombre de personnes de la province d\u2019Ubon achet\u00e8rent des billets de loterie avec des 1 et des 6 accol\u00e9s&nbsp;! Le lendemain, les gros titres du journal local proclamaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le dernier cadeau d\u2019Ajahn Chah \u00e0 ses disciples&nbsp;\u00bb \u2013 le 16 avait tout ramass\u00e9 et deux ou trois bookmakers avaient m\u00eame fait faillite&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(20.515px, 1.282rem + ((1vw - 3.2px) * 1.419), 33px);\">Humour<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette anecdote nous ram\u00e8ne \u00e0 une derni\u00e8re particularit\u00e9 du style d\u2019enseignement d\u2019Ajahn Chah&nbsp;: l\u2019humour. Ajahn Chah avait l\u2019esprit extr\u00eamement vif et jouait tout naturellement la com\u00e9die. Dans sa mani\u00e8re de s\u2019exprimer, il se montrait parfois tr\u00e8s froid et impressionnant, d\u2019autres fois tr\u00e8s sensible et doux mais, la plupart du temps, il pimentait son enseignement de beaucoup d\u2019humour. Il avait le chic pour gagner le c\u0153ur de ses interlocuteurs par la vivacit\u00e9 de son esprit. Il ne le faisait pas pour amuser mais pour faire passer des v\u00e9rit\u00e9s qui, sans cela, auraient eu du mal \u00e0 \u00eatre re\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son sens de l\u2019humour et son \u0153il aiguis\u00e9 pour les absurdit\u00e9s tragi-comiques de la vie permettaient aux gens de voir les situations de telle fa\u00e7on qu\u2019ils pouvaient rire d\u2019eux-m\u00eames et se laisser guider vers un point de vue plus sage. Ses remarques pouvaient porter sur le comportement \u2013 comme la fois o\u00f9 il fit une d\u00e9monstration inoubliable des \u00ab&nbsp;mauvaises fa\u00e7ons de porter un sac de moine&nbsp;\u00bb&nbsp;: lanc\u00e9 sur le dos, enroul\u00e9 autour du cou, attrap\u00e9 par le poing, tra\u00een\u00e9 par terre \u2026 \u2013 ou sur des combats personnels douloureux. Un jour, un jeune moine vint le trouver,&nbsp;tr\u00e8s abattu ; il avait pris conscience de la souffrance du monde, de l\u2019horreur de l\u2019emprisonnement des \u00eatres entre la vie et la mort, et il s\u2019\u00e9tait dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne pourrai plus jamais rire. Tout cela est si triste et si douloureux.&nbsp;\u00bb Et voil\u00e0 qu\u2019en quarante-cinq minutes, en lui mimant les vains efforts d\u2019un petit \u00e9cureuil apprenant \u00e0 grimper aux arbres, Ajahn Chah r\u00e9ussit \u00e0 faire rire le jeune moine au point qu\u2019il se tenait les c\u00f4tes, se pliait et pleurait de rire, lui qui croyait toute joie d\u00e9finitivement perdue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(20.515px, 1.282rem + ((1vw - 3.2px) * 1.419), 33px);\">Les derni\u00e8res ann\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au cours de la retraite des pluies de 1981, Ajahn Chah tomba gravement malade, \u00e0 la suite d\u2019une sorte d\u2019attaque. Sa sant\u00e9 n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bonne, les derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 il \u00e9tait sujet \u00e0 des vertiges et avait des probl\u00e8mes de diab\u00e8te \u2013 mais cette fois, c\u2019\u00e9tait beaucoup plus s\u00e9rieux. Au cours des mois qui suivirent, il re\u00e7ut plusieurs traitements dont deux ou trois op\u00e9rations mais rien n\u2019y fit. Sa sant\u00e9 continua \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer et, au milieu de l\u2019ann\u00e9e suivante, il \u00e9tait presque compl\u00e8tement paralys\u00e9 et incapable de parler. Il ne pouvait que faire un petit mouvement de la main et cligner des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans cet \u00e9tat qu\u2019il passa les dix ann\u00e9es suivantes, avec un affaiblissement lent mais progressif des quelques possibilit\u00e9s qui lui restaient. Finalement, il ne put plus faire le moindre mouvement. Pendant cette p\u00e9riode, beaucoup disaient qu\u2019il continuait \u00e0 donner un enseignement \u00e0 ses disciples&nbsp;: n\u2019avait-il pas r\u00e9p\u00e9t\u00e9 inlassablement qu\u2019il est dans la nature du corps de tomber malade et de se d\u00e9grader, et que le corps n\u2019est pas sous le contr\u00f4le d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb&nbsp;? C\u2019\u00e9tait une le\u00e7on mise en pratique&nbsp;: <strong>ni un grand ma\u00eetre ni m\u00eame le Bouddha ne peuvent \u00e9chapper aux inexorables lois de la nature. La t\u00e2che, comme toujours, consistant \u00e0 trouver la paix de la libert\u00e9 en ne s\u2019identifiant pas aux formes changeantes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Durant cette p\u00e9riode, malgr\u00e9 son important handicap, Ajahn Chah r\u00e9ussissait, si l\u2019occasion se pr\u00e9sentait, \u00e0 transmettre aussi un enseignement autre qu\u2019en personnifiant les processus incertains de la vie et en donnant \u00e0 ses moines et novices l\u2019occasion d\u2019offrir leur soutien en lui apportant des soins \u2013 en effet, les moines, par groupe de trois ou quatre, se relayaient aupr\u00e8s de lui pour r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins physiques car il n\u00e9cessitait une attention de tous les instants, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Un jour, deux moines qui veillaient sur lui commenc\u00e8rent \u00e0 se quereller. Si Ajahn Chah avait \u00e9t\u00e9 en bonne sant\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 impensable qu\u2019ils se comportent ainsi devant lui mais, en l\u2019occurrence, ils oubli\u00e8rent totalement \u2013 comme cela arrive souvent en pr\u00e9sence de personnes paralys\u00e9es ou dans le coma \u2013 que l\u2019autre occupant de la pi\u00e8ce pouvait \u00eatre pleinement conscient de ce qui se passait. Tandis que les paroles s\u2019envenimaient, une agitation commen\u00e7a \u00e0 venir du lit, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la pi\u00e8ce. Soudain Ajahn Chah toussa violemment et on raconte qu\u2019une \u00e9norme glaire fusa \u00e0 travers la pi\u00e8ce, passa entre les deux protagonistes et s\u2019\u00e9crasa sur le mur juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux. Le message fut parfaitement re\u00e7u et la dispute prit aussit\u00f4t fin dans un silence embarrass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant la dur\u00e9e de la maladie d\u2019Ajahn Chah, la vie des monast\u00e8res continua comme avant. \u00c9trangement, le fait que le ma\u00eetre soit encore l\u00e0 tout en n\u2019y \u00e9tant plus vraiment, permit \u00e0 la communaut\u00e9 de s\u2019adapter \u00e0 une prise de d\u00e9cisions en commun et de se pr\u00e9parer \u00e0 vivre sans que son ma\u00eetre bien-aim\u00e9 soit le centre de tout. Il n\u2019est pas rare, apr\u00e8s la disparition d\u2019un tel personnage, que les choses se dissipent rapidement&nbsp;: les disciples poursuivent chacun leur route et l\u2019h\u00e9ritage du ma\u00eetre dispara\u00eet en l\u2019espace d\u2019une ou deux g\u00e9n\u00e9rations. Mais Ajahn Chah enseignait aux gens \u00e0 compter sur eux-m\u00eames et le fruit de cet enseignement appara\u00eet quand on consid\u00e8re qu\u2019il y avait soixante-quinze monast\u00e8res affili\u00e9s au moment o\u00f9 il tomba malade, plus de cent au moment de son d\u00e9c\u00e8s et plus de deux cents aujourd\u2019hui, tant en Tha\u00eflande que dans le monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 sa mort, la communaut\u00e9 monastique organisa ses fun\u00e9railles. Pour garder l\u2019esprit de sa vie et de son enseignement, les fun\u00e9railles ne devaient pas \u00eatre une simple c\u00e9r\u00e9monie mais \u00e9galement une occasion d\u2019entendre et de pratiquer le Dhamma. L\u2019\u00e9v\u00e9nement s\u2019\u00e9tala sur dix jours avec, chaque jour, plusieurs temps de m\u00e9ditation en groupe et d\u2019instructions donn\u00e9es par les enseignants du Dhamma les plus comp\u00e9tents du pays. Il y avait environ six mille moines, mille nonnes et dix mille personnes qui campaient dans la for\u00eat du monast\u00e8re&nbsp;; sans compter qu\u2019environ un million de personnes vinrent assister aux temps de pratique et quatre cent mille, y compris le roi et la reine de Tha\u00eflande, \u00e9taient pr\u00e9sents le jour de la cr\u00e9mation de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours dans l\u2019esprit des valeurs qu\u2019Ajahn Chah avait pr\u00f4n\u00e9es tout au long de sa vie, pas un centime ne fut r\u00e9clam\u00e9 pour quoi que ce soit&nbsp;: de la nourriture pour tout le monde fut gratuitement fournie par quarante-deux cuisines dirig\u00e9es et approvisionn\u00e9es par nombre des monast\u00e8res affili\u00e9s. Environ deux cent cinquante mille dollars de livres sur le Dhamma furent distribu\u00e9s gratuitement. De l\u2019eau en bouteille, offerte par une compagnie locale, arrivait par tonnes. Les bus et les camions de la r\u00e9gion se mobilis\u00e8rent pour transporter les milliers de moines jusqu\u2019aux villes et villages environnants o\u00f9 ils faisaient la qu\u00eate de leur nourriture. Ce fut un grand festival de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et une mani\u00e8re parfaitement appropri\u00e9e de dire adieu au grand homme. [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction de Jeanne Schut Ce texte est un extrait de l&rsquo;Introduction des livres Vertu et m\u00e9ditation et M\u00e9ditation et sagesse, les enseignements d\u2019Ajahn Chah, publi\u00e9 aux \u00e9ditions SULLY. Nous remercions le v\u00e9n\u00e9rable Ajahn Amaro de nous avoir autoris\u00e9s \u00e0 publier s\u00e9par\u00e9ment, sur notre site, cette tr\u00e8s belle introduction. 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