{"id":876,"date":"2026-05-03T18:16:40","date_gmt":"2026-05-03T18:16:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=876"},"modified":"2026-05-03T18:16:40","modified_gmt":"2026-05-03T18:16:40","slug":"lintention-juste-par-bhikkhu-bodhi","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/lintention-juste-par-bhikkhu-bodhi\/","title":{"rendered":"L&rsquo;intention juste par Bhikkhu Bodhi"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.082px, 0.88rem + ((1vw - 3.2px) * 0.786), 21px);\"><strong>Extrait de <em>Le Noble Octuple Sentier <\/em>par Bhikkhu Bodhi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><em>Traduction de Anne Michel et Jeanne Schut<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le deuxi\u00e8me facteur de la voie est appel\u00e9 en p\u0101li samma sankapa, que nous traduirons par \u00ab&nbsp;l\u2019intention juste&nbsp;\u00bb. Ce facteur est parfois traduit par \u00ab&nbsp;la pens\u00e9e juste&nbsp;\u00bb, un choix qui peut \u00eatre accept\u00e9 si nous ajoutons que, dans ce contexte, le mot \u00ab&nbsp;pens\u00e9e&nbsp;\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019aspect projectif ou impulsif de l\u2019activit\u00e9 mentale, l\u2019aspect cognitif \u00e9tant couvert par le premier facteur de la Compr\u00e9hension Juste. Il serait artificiel cependant de trop insister sur la division entre ces deux fonctions. D\u2019un point de vue bouddhiste, les c\u00f4t\u00e9s cognitif et projectif de l\u2019esprit ne restent pas isol\u00e9s dans des compartiments s\u00e9par\u00e9s mais s\u2019entrem\u00ealent et interagissent dans une proche corr\u00e9lation. Les pr\u00e9f\u00e9rences \u00e9motionnelles influencent la pens\u00e9e et la pens\u00e9e d\u00e9termine les pr\u00e9f\u00e9rences. Ainsi, un regard p\u00e9n\u00e9trant sur la nature de l\u2019existence, acquis par une profonde r\u00e9flexion et valid\u00e9 par l\u2019investigation, permet une restructuration des valeurs qui oriente l\u2019esprit vers des objectifs \u00e0 la taille du nouveau regard que l\u2019on pose sur les choses. L\u2019orientation de l\u2019esprit n\u00e9cessaire pour atteindre ces objectifs est ce que l\u2019on appelle l\u2019Intention Juste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha explique l\u2019Intention Juste en trois aspects&nbsp;: l\u2019intention de renoncement, l\u2019intention de bienveillance et l\u2019intention de ne pas blesser. Ces trois aspects sont oppos\u00e9s aux trois aspects de l\u2019intention erron\u00e9e&nbsp;: l\u2019intention anim\u00e9e par le d\u00e9sir, l\u2019intention anim\u00e9e par la malveillance et l\u2019intention anim\u00e9e par l\u2019intention de blesser. Chaque aspect de l\u2019Intention Juste neutralise l\u2019aspect correspondant de l\u2019intention erron\u00e9e. L\u2019intention de renoncement neutralise l\u2019intention de d\u00e9sir, l\u2019intention de bienveillance neutralise l\u2019intention de malveillance, et l\u2019intention de ne pas blesser neutralise l\u2019intention de faire du mal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a d\u00e9couvert ces deux sortes de pens\u00e9es justes avant son \u00c9veil (voir MN 19). Pendant qu\u2019il luttait pour se lib\u00e9rer, m\u00e9ditant dans la for\u00eat, il a d\u00e9couvert que ses pens\u00e9es pouvaient \u00eatre divis\u00e9es en deux cat\u00e9gories. Dans l\u2019une, il a mis les pens\u00e9es de d\u00e9sir, de n\u00e9gativit\u00e9 et de malveillance et, dans l\u2019autre, celles de renoncement, de bonne volont\u00e9 et de bienveillance. Quand il voyait \u00e9merger en lui des pens\u00e9es de la premi\u00e8re sorte, il comprenait que ces pens\u00e9es menaient \u00e0 la souffrance pour lui et pour les autres, qu\u2019elles obstruaient la sagesse, et qu\u2019elles l\u2019\u00e9loignaient du nibb\u0101na. R\u00e9fl\u00e9chissant ainsi, il expulsait de telles pens\u00e9es de son esprit et les amenait \u00e0 la cessation. Mais quand des pens\u00e9es de la deuxi\u00e8me sorte apparaissaient en lui, il voyait qu\u2019elles \u00e9taient b\u00e9n\u00e9fiques, qu\u2019elles conduisaient \u00e0 une amplification de la sagesse, qu\u2019elles \u00e9taient une aide pour atteindre le nibb\u0101na. Alors, il renfor\u00e7ait ces pens\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 les amener \u00e0 leur pleine r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019Intention Juste occupe la deuxi\u00e8me place, dans la voie, entre la Compr\u00e9hension Juste et la triade des facteurs \u00e9thiques qui commence avec la Parole Juste, parce que la fonction intentionnelle de l\u2019esprit forme un lien crucial entre notre perspective cognitive et nos modes d\u2019engagement actif dans le monde. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les actes sont toujours issus des pens\u00e9es qui les engendrent. La pens\u00e9e pr\u00e9c\u00e8de l\u2019action, dirigeant le corps et la parole, les mettant en activit\u00e9, les utilisant comme instruments pour exprimer ses buts et ses id\u00e9aux. Ces buts et ces id\u00e9aux, nos intentions, sont eux-m\u00eames pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par nos points de vue primordiaux. Lorsqu\u2019un regard erron\u00e9 pr\u00e9domine, le r\u00e9sultat est l\u2019intention erron\u00e9e, laquelle engendre des actions non-b\u00e9n\u00e9fiques. Ainsi celui qui nie l\u2019efficacit\u00e9 morale de l\u2019acte et mesure le r\u00e9sultat en termes de gain et de position sociale, ne va aspirer \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019au gain et \u00e0 la position sociale, utilisant tous les moyens pour les acqu\u00e9rir. Lorsque de telles intentions se g\u00e9n\u00e9ralisent, le r\u00e9sultat, c\u2019est la souffrance, la terrible souffrance des individus, des groupes sociaux et des nations pour obtenir la richesse, la position sociale et le pouvoir, sans se soucier des cons\u00e9quences. La cause de la comp\u00e9tition sans limite, du conflit, de l\u2019injustice et de l\u2019oppression ne se trouve pas \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019esprit. Ce ne sont que des manifestations de nos intentions, une \u00e9mergence de pens\u00e9es men\u00e9es par l\u2019aversion, l\u2019avidit\u00e9 et l\u2019ignorance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais quand les intentions sont justes, les actions sont justes et, pour avoir des intentions justes, la meilleure garantie est la Compr\u00e9hension Juste. Celui qui reconna\u00eet la loi du karma et qui voit que les actions apportent des cons\u00e9quences conformes \u00e0 l\u2019acte, va fonctionner dans le monde en accord avec cette loi\u00a0; ainsi ses actions, exprimant ses intentions seront conformes aux crit\u00e8res de la conduite juste. Le Bouddha r\u00e9sume succinctement la chose\u00a0: lorsqu\u2019une personne est attach\u00e9e \u00e0 une vision erron\u00e9e des choses, ses actes, ses paroles, ses projets et ses objectifs, ancr\u00e9s dans cette vision, vont la mener \u00e0 la souffrance\u00a0; inversement, lorsqu\u2019une personne est attach\u00e9e \u00e0 la Compr\u00e9hension Juste, ses actes, ses paroles, ses projets et ses objectifs, ancr\u00e9s dans cette vision, vont la mener au bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l\u2019expression la plus importante de la Compr\u00e9hension Juste est la compr\u00e9hension des quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s, il s\u2019ensuit que cette vision des choses devrait, en quelque sorte, d\u00e9terminer le contenu de l\u2019Intention Juste. C\u2019est effectivement le cas. Comprendre les quatre V\u00e9rit\u00e9s en relation avec notre propre vie engendre l\u2019intention de renoncement. Les comprendre en lien \u00e0 autrui fait appara\u00eetre les deux autres aspects de l\u2019Intention Juste. Quand nous voyons comment notre vie est envahie par <em>dukka<\/em> et que ce <em>dukka<\/em> provient de la soif du d\u00e9sir, l\u2019esprit tend vers le renoncement \u2013 l\u2019abandon du d\u00e9sir et des objets qui nous attachent \u00e0 lui. Ensuite, si nous appliquons les V\u00e9rit\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re analogue aux autres \u00eatres vivants, la contemplation nourrit le d\u00e9veloppement de la bonne volont\u00e9 et de la bienveillance. Nous voyons que, comme nous, tous les \u00eatres vivants veulent \u00eatre heureux et que, comme nous, ils sont sensibles \u00e0 la souffrance. Comprendre que tous les \u00eatres recherchent le bonheur engendre des pens\u00e9es de bonne volont\u00e9 \u2013 le souhait amical qu\u2019ils se portent bien, qu\u2019ils soient heureux et en paix. Comprendre que les \u00eatres sont expos\u00e9s \u00e0 la souffrance permet \u00e0 des pens\u00e9es de bienveillance d\u2019\u00e9merger \u2013 le souhait compatissant qu\u2019ils soient libres de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment o\u00f9 se d\u00e9veloppe le Noble Octuple Sentier, les facteurs de la Compr\u00e9hension Juste et de l\u2019Intention Juste, ensemble, commencent \u00e0 freiner les trois racines non-b\u00e9n\u00e9fiques. L\u2019ignorance, la principale impuret\u00e9 cognitive, est frein\u00e9e par la Compr\u00e9hension Juste, la graine naissante de la sagesse. L\u2019\u00e9radication compl\u00e8te de l\u2019ignorance va seulement \u00eatre atteinte lorsque la Compr\u00e9hension Juste sera d\u00e9velopp\u00e9e jusqu\u2019au stade de la pleine r\u00e9alisation, mais chaque goutte de compr\u00e9hension juste contribue \u00e0 sa destruction future. Les deux autres racines, \u00e9tant des impuret\u00e9s \u00e9motionnelles, n\u00e9cessitent, pour \u00eatre frein\u00e9es, une r\u00e9orientation de l\u2019intention. Elles trouvent ainsi leurs antidotes dans des pens\u00e9es de renoncement, de bonne volont\u00e9 et de bienveillance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l\u2019avidit\u00e9 et l\u2019aversion sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es, elles ne disparaissent pas facilement. Cependant, parvenir \u00e0 les d\u00e9passer n\u2019est pas impossible si une strat\u00e9gie efficace est mise en place. La voie propos\u00e9e par le Bouddha fait usage d\u2019une approche indirecte&nbsp;: il commence par s\u2019attaquer aux pens\u00e9es qui g\u00e9n\u00e8rent ces impuret\u00e9s. L\u2019avidit\u00e9 et l\u2019aversion apparaissent sous la forme de pens\u00e9es&nbsp;; elles peuvent donc \u00eatre affaiblies par le proc\u00e9d\u00e9 de la substitution, en rempla\u00e7ant ces pens\u00e9es par des pens\u00e9es oppos\u00e9es. L\u2019intention de renoncement procure un rem\u00e8de \u00e0 l\u2019avidit\u00e9. L\u2019avidit\u00e9 se manifeste par des pens\u00e9es de d\u00e9sir \u2013 des pens\u00e9es sensuelles, cupides et possessives, tandis que les pens\u00e9es de renoncement viennent de la racine b\u00e9n\u00e9fique de la non-avidit\u00e9 qu\u2019elles activent chaque fois qu\u2019elles sont cultiv\u00e9es. Comme des pens\u00e9es oppos\u00e9es ne peuvent pas coexister, quand des pens\u00e9es de renoncement sont d\u00e9velopp\u00e9es, elles d\u00e9logent les pens\u00e9es de d\u00e9sir, de sorte que la non-avidit\u00e9 remplace l\u2019avidit\u00e9. De m\u00eame, les intentions de bonne volont\u00e9 et de bienveillance offrent un antidote \u00e0 l\u2019aversion. L\u2019aversion se manifeste soit par des pens\u00e9es de mauvaise volont\u00e9 \u2013 des pens\u00e9es de col\u00e8re, d\u2019hostilit\u00e9, ou de ressentiment \u2013, soit par des pens\u00e9es blessantes \u2013 des impulsions \u00e0 la cruaut\u00e9, \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 ou \u00e0 la destruction. Les pens\u00e9es de bonne volont\u00e9 r\u00e9fr\u00e8nent le flot d\u2019aversion, les pens\u00e9es de bienveillance r\u00e9fr\u00e8nent le flot suivant, \u00e9radiquant ainsi la racine non-b\u00e9n\u00e9fique de l\u2019aversion elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);\">L\u2019intention de renoncement<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha d\u00e9crit ses enseignements comme allant \u00e0 contre-courant du monde. Le comportement du monde est li\u00e9 au d\u00e9sir et la personne non \u00e9veill\u00e9e qui se comporte ainsi suit le courant du d\u00e9sir, cherchant le bonheur dans la poursuite d\u2019objets gr\u00e2ce auxquels elle imagine pouvoir s\u2019\u00e9panouir. Le message de renonciation du Bouddha exprime juste le contraire&nbsp;: l\u2019attrait du d\u00e9sir doit \u00eatre repouss\u00e9 et finalement abandonn\u00e9. Le d\u00e9sir doit \u00eatre abandonn\u00e9, non parce qu\u2019il est \u00e9thiquement mauvais mais parce qu\u2019il est la racine m\u00eame de la souffrance. Ainsi, le renoncement, en se d\u00e9tournant de la soif du d\u00e9sir et de ses penchants pour la gratification, devient la cl\u00e9 du bonheur, de la lib\u00e9ration de l\u2019emprise de l\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha ne demande pas que tout le monde quitte la vie la\u00efque pour la vie monastique. Il ne demande pas \u00e0 ses disciples d\u2019abandonner tous les plaisirs des sens imm\u00e9diatement. Le degr\u00e9 de renoncement d\u2019une personne d\u00e9pend de ses dispositions et de sa situation. Mais un principe directeur demeure&nbsp;: la r\u00e9alisation de la lib\u00e9ration implique l&rsquo;\u00e9radication compl\u00e8te du d\u00e9sir, et la progression sur la voie s\u2019acc\u00e9l\u00e8re dans la mesure o\u00f9 nous surmontons nos d\u00e9sirs. Il n\u2019est s\u00fbrement pas facile de se lib\u00e9rer de la domination du d\u00e9sir, mais la difficult\u00e9 n\u2019en diminue pas la n\u00e9cessit\u00e9. Puisque la soif du d\u00e9sir est \u00e0 l&rsquo;origine de dukkha, mettre fin \u00e0 dukkha d\u00e9pend de l&rsquo;\u00e9limination de l&rsquo;avidit\u00e9, et cela implique d\u2019orienter l&rsquo;esprit vers le renoncement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais, au moment o\u00f9 nous essayons de l\u00e2cher l\u2019attachement, nous rencontrons une puissante r\u00e9sistance int\u00e9rieure. L\u2019esprit ne veut pas l\u00e2cher son emprise sur les objets auxquels il est attach\u00e9. Il est habitu\u00e9 depuis si longtemps \u00e0 obtenir, saisir, garder, qu\u2019il lui semble impossible de briser ces habitudes par un acte de volont\u00e9. Nous pouvons admettre le besoin de renoncement et m\u00eame avoir envie d\u2019abandonner nos attachements mais, lorsque nous sommes mis en situation, l\u2019esprit recule et continue \u00e0 agir sous l\u2019emprise de ses d\u00e9sirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me qui se pose est donc de savoir comment briser les cha\u00eenes du d\u00e9sir. Le Bouddha ne nous sugg\u00e8re pas de refouler nos d\u00e9sirs ni de les chasser par peur ou par d\u00e9go\u00fbt. Cette approche ne solutionne pas le probl\u00e8me&nbsp;; elle ne fait que le repousser juste sous la surface o\u00f9 il continue \u00e0 bouillonner. L\u2019outil que propose le Bouddha pour lib\u00e9rer l\u2019esprit du d\u00e9sir, c\u2019est la compr\u00e9hension. Le vrai renoncement ne consiste pas \u00e0 nous contraindre de l\u00e2cher des choses qui nous sont encore ch\u00e8res int\u00e9rieurement, mais \u00e0 changer le regard que nous portons sur elles de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elles ne nous entravent plus. Lorsque nous comprenons la nature du d\u00e9sir, lorsque nous l\u2019investiguons avec une vive attention, le d\u00e9sir s\u2019estompe de lui-m\u00eame, sans qu\u2019il y ait besoin de lutter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre le d\u00e9sir de telle mani\u00e8re qu\u2019il perde son emprise sur nous, il faut voir profond\u00e9ment qu\u2019il est toujours li\u00e9 \u00e0 dukkha. Tout le ph\u00e9nom\u00e8ne du d\u00e9sir, avec ses cycles d\u2019attrait et de gratification, d\u00e9pend de notre fa\u00e7on de voir les choses. Nous restons dans la servitude du d\u00e9sir parce que nous croyons que c\u2019est le moyen d\u2019arriver au bonheur. Si nous pouvons consid\u00e9rer le d\u00e9sir sous un angle diff\u00e9rent, sa force sera diminu\u00e9e, r\u00e9sultant dans un mouvement vers le renoncement. Ce qui est n\u00e9cessaire pour modifier notre perception, c\u2019est ce que l\u2019on appelle une \u00ab&nbsp;sage consid\u00e9ration&nbsp;\u00bb (yoniso manasikara). Tout comme la perception influence les pens\u00e9es, la pens\u00e9e peut influencer la perception. Nos perceptions habituelles sont teint\u00e9es de \u00ab&nbsp;consid\u00e9rations erron\u00e9es&nbsp;\u00bb (ayoniso manasikara). Habituellement, nous regardons seulement la surface des choses, nous les examinons en fonction de nos int\u00e9r\u00eats et de nos besoins imm\u00e9diats ; nous nous plongeons rarement dans les racines de nos engagements ni explorons leurs cons\u00e9quences \u00e0 long terme. Voir tout cela clairement n\u00e9cessite un sage discernement qui nous permette de rechercher les nuances cach\u00e9es derri\u00e8re nos actions, d\u2019explorer leurs r\u00e9sultats et d\u2019\u00e9valuer la valeur de nos objectifs. Dans cette investigation, notre souci ne doit pas \u00eatre li\u00e9 \u00e0 ce qui est agr\u00e9able, mais \u00e0 ce qui est vrai. Nous devons \u00eatre pr\u00eats et d\u00e9sireux de d\u00e9couvrir ce qui est vrai, m\u00eame au prix de notre confort. Car la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9elle se trouve toujours du c\u00f4t\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9, pas du c\u00f4t\u00e9 du confort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand le d\u00e9sir est examin\u00e9 de pr\u00e8s, nous constatons qu&rsquo;il est constamment assombri par dukkha. Parfois dukkha appara\u00eet sous forme de douleur ou d\u2019irritation ; souvent il est plus profond\u00e9ment enfoui sous forme d\u2019un m\u00e9contentement latent permanent. Mais le d\u00e9sir et dukkha sont concomitants, ins\u00e9parables. Nous pouvons le v\u00e9rifier par nous-m\u00eames en consid\u00e9rant l&rsquo;ensemble du cycle du d\u00e9sir&nbsp;: au moment o\u00f9 le d\u00e9sir appara\u00eet, il cr\u00e9e en nous un sentiment de manque, la douleur du vouloir&nbsp;; pour mettre fin \u00e0 cette douleur, nous nous effor\u00e7ons de satisfaire le d\u00e9sir&nbsp;; ensuite, si notre effort \u00e9choue, nous \u00e9prouvons de la frustration, de la d\u00e9ception, parfois du d\u00e9sespoir et, m\u00eame le plaisir de la r\u00e9ussite n&rsquo;est pas sans r\u00e9serve, nous nous inqui\u00e9tons de risquer de perdre ce que nous avons gagn\u00e9, nous nous sentons pouss\u00e9s \u00e0 s\u00e9curiser notre position, \u00e0 sauvegarder notre territoire, pour gagner plus, pour monter plus haut, pour \u00e9tablir un contr\u00f4le plus strict.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les exigences du d\u00e9sir semblent infinies et chaque d\u00e9sir exige l\u2019\u00e9ternit\u00e9 : il veut que les choses que nous obtenons durent \u00e9ternellement. Or tous les objets du d\u00e9sir sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. Qu\u2019il s\u2019agisse de richesse, de pouvoir, de position sociale ou de personnes, la s\u00e9paration est in\u00e9vitable et la douleur qui l\u2019accompagne est proportionnelle \u00e0 la force de l\u2019attachement : un fort attachement apporte beaucoup de souffrance ; peu d&rsquo;attachement apporte peu de souffrance ; aucun attachement n\u2019apporte aucune souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La contemplation de la souffrance inh\u00e9rente au d\u00e9sir est une mani\u00e8re d\u2019orienter l\u2019esprit vers le renoncement. On peut aussi contempler directement les bienfaits du renoncement. Passer du d\u00e9sir au renoncement n\u2019est pas, comme on pourrait l\u2019imaginer, passer du bonheur \u00e0 la peine ou de l\u2019abondance au manque. C\u2019est plut\u00f4t passer des plaisirs grossiers et confus \u00e0 un bonheur et une paix joyeuse&nbsp;; d\u2019une condition de servitude \u00e0 une ma\u00eetrise de soi. Au final, le d\u00e9sir n\u2019apporte que peur et d\u00e9sespoir, tandis que le renoncement apporte confiance et joie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le renoncement favorise aussi l\u2019accomplissement des trois aspects des entra\u00eenements de la voie : il purifie notre conduite, aide \u00e0 la concentration et nourrit la graine de la sagesse. En fait, la voie enti\u00e8re de la pratique, du d\u00e9but \u00e0 la fin, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un processus \u00e9volutif de renoncement, culminant dans le nibb\u0101na qui est le stade ultime du l\u00e2cher prise, \u00ab&nbsp;le l\u00e2cher prise de tous les fondements de l\u2019existence&nbsp;\u00bb&nbsp;(sabb&rsquo;upadhipatinissagga).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque nous contemplons m\u00e9thodiquement les p\u00e9rils du d\u00e9sir et les bienfaits du renoncement, nous lib\u00e9rons graduellement notre esprit de la domination du d\u00e9sir. Nos attachements tombent comme les feuilles d\u2019un arbre, naturellement et spontan\u00e9ment. Le changement ne vient pas soudainement mais, quand la pratique est soutenue avec pers\u00e9v\u00e9rance, il se produit in\u00e9vitablement. Par la contemplation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, une pens\u00e9e chasse l\u2019autre et l\u2019intention de renoncement chasse l\u2019intention de d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);\">L\u2019intention de bienveillance<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intention de bienveillance s\u2019oppose \u00e0 l\u2019intention de malveillance, aux pens\u00e9es empreintes de col\u00e8re et d\u2019aversion. Comme dans le cas du d\u00e9sir, il y a deux mani\u00e8res non efficaces de traiter la malveillance. L\u2019une est d\u2019y c\u00e9der et de l\u2019exprimer par des paroles ou des actes. Cette approche soulage la tension, aide \u00e0 \u00e9liminer la col\u00e8re de notre syst\u00e8me, mais elle repr\u00e9sente aussi des dangers. Elle engendre le ressentiment, provoque une envie de repr\u00e9sailles, nous cr\u00e9e des ennemis, empoisonne les relations, et g\u00e9n\u00e8re du karma n\u00e9gatif. En d\u00e9finitive, la malveillance ne lib\u00e8re pas du tout le syst\u00e8me&nbsp;; elle arrive simplement \u00e0 un niveau plus profond o\u00f9 elle continue \u00e0 polluer les pens\u00e9es et le comportement. L\u2019autre approche, le refoulement, ne parvient pas non plus \u00e0 \u00e9loigner la force destructrice de la malveillance. Elle ne fait que la d\u00e9tourner et l\u2019enfoncer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur o\u00f9 elle se transforme en m\u00e9pris de soi, en d\u00e9pression chronique, ou en une tendance \u00e0 des acc\u00e8s irrationnels de violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rem\u00e8de que le Bouddha recommande pour neutraliser la malveillance, sp\u00e9cialement quand l\u2019objet de l\u2019aversion est une autre personne, c\u2019est une qualit\u00e9 appel\u00e9e mett\u0101 en p\u0101li. Ce mot est un d\u00e9riv\u00e9 d\u2019un autre mot qui veut dire \u00ab&nbsp;ami&nbsp;\u00bb, mais mett\u0101 signifie plus que l\u2019amiti\u00e9 ordinaire. Je pr\u00e9f\u00e8re le traduire par \u00ab&nbsp;bienveillance&nbsp;\u00bb, qui rend mieux le sens souhait\u00e9&nbsp;: un sentiment intense d\u2019amour d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 pour les autres, qui irradie sous la forme d\u2019une sollicitude sinc\u00e8re pour leur bien-\u00eatre et leur bonheur. Mett\u0101 n\u2019est pas juste une bienveillance sentimentale, ni une r\u00e9ponse de principe \u00e0 un imp\u00e9ratif moral ou \u00e0 un commandement divin. Il doit devenir un profond sentiment int\u00e9rieur, caract\u00e9ris\u00e9 par une chaleur du c\u0153ur spontan\u00e9e plut\u00f4t que par un sens du devoir. \u00c0 son apog\u00e9e, mett\u0101 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la hauteur des brahma vihara, les demeures divines, une mani\u00e8re de se centrer totalement sur le d\u00e9sir lumineux de bien-\u00eatre pour tous les \u00eatres vivants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sorte d\u2019amour qu\u2019implique mett\u0101 doit \u00eatre diff\u00e9renci\u00e9e de l\u2019amour sensuel aussi bien que de l\u2019amour li\u00e9 \u00e0 l\u2019affection personnelle. Le premier est une sorte de d\u00e9sir, n\u00e9cessairement dirig\u00e9 vers soi-m\u00eame, alors que le second inclut encore un degr\u00e9 d\u2019attachement&nbsp;: nous aimons une personne parce qu\u2019elle nous donne du plaisir, qu\u2019elle appartient \u00e0 notre famille, ou qu\u2019elle renforce l\u2019image que nous avons de nous-m\u00eames. Il est rare que le sentiment d\u2019affection transcende toute trace de r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et, m\u00eame si c\u2019est le cas, sa port\u00e9e est limit\u00e9e. Il ne s\u2019applique qu\u2019\u00e0 une certaine personne ou \u00e0 un certain groupe de personnes en excluant les autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019amour de mett\u0101, par contre, ne repose pas sur des relations particuli\u00e8res avec des personnes particuli\u00e8res. Le point de r\u00e9f\u00e9rence du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb dispara\u00eet compl\u00e8tement. Nous souhaitons simplement faire rayonner vers les autres un esprit de bienveillance qui, id\u00e9alement, se d\u00e9veloppe en un \u00e9tat universel et s\u2019\u00e9tend \u00e0 tous les \u00eatres vivants, sans discrimination et sans r\u00e9serve. La mani\u00e8re de donner \u00e0 mett\u0101 cette dimension universelle, c\u2019est de la cultiver comme un exercice de m\u00e9ditation. Les sentiments spontan\u00e9s de bonne volont\u00e9 arrivent trop irr\u00e9guli\u00e8rement et sont trop limit\u00e9s pour agir comme rem\u00e8des \u00e0 l\u2019aversion. L\u2019id\u00e9e de d\u00e9velopper d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l\u2019amour a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e comme \u00e9tant forc\u00e9e, m\u00e9canique et calcul\u00e9e. L\u2019amour, a-t-on dit, ne peut \u00eatre authentique que lorsqu\u2019il est spontan\u00e9, qu\u2019il arrive sans incitation et sans effort. Mais une affirmation bouddhiste dit que l\u2019esprit ne peut pas \u00eatre oblig\u00e9 \u00e0 aimer spontan\u00e9ment&nbsp;; on ne peut que lui montrer les moyens utiles pour d\u00e9velopper l\u2019amour et l\u2019enjoindre \u00e0 pratiquer dans ce but. Au d\u00e9but, les moyens doivent \u00eatre employ\u00e9s d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, mais, avec la pratique, le sentiment d\u2019amour s\u2019enracine, se greffe \u00e0 l\u2019esprit comme une tendance naturelle et spontan\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9thode de d\u00e9veloppement s\u2019appelle mett\u0101-bhavana, la m\u00e9ditation de la bienveillance, une des pratiques les plus importantes de la m\u00e9ditation bouddhiste. La m\u00e9ditation commence par une pratique de la bienveillance envers soi-m\u00eame. Il est sugg\u00e9r\u00e9 de se prendre soi-m\u00eame comme premier objet de bienveillance, parce que la vraie bienveillance pour les autres n\u2019est possible que si nous pouvons ressentir une vraie bienveillance pour nous-m\u00eames. Il est probable que la plus grande partie de la col\u00e8re et de l\u2019hostilit\u00e9 que nous dirigeons vers autrui vient d\u2019une attitude n\u00e9gative que nous avons envers nous-m\u00eames. Quand mett\u0101 est dirig\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, vers nous-m\u00eames, il fait fondre la carapace cr\u00e9\u00e9e par ces attitudes n\u00e9gatives et cela permet une diffusion fluide de bont\u00e9 et de gentillesse vers l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous avons appris \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer le sentiment de mett\u0101 envers nous-m\u00eames, le pas suivant est de l\u2019\u00e9tendre aux autres. L\u2019extension de mett\u0101 repose sur un changement en termes d\u2019identit\u00e9&nbsp;: on \u00e9largit la notion d\u2019identit\u00e9 au-del\u00e0 de ses limites ordinaires et on apprend \u00e0 s\u2019identifier aux autres. Le changement est purement psychologique, enti\u00e8rement libre de tout postulat th\u00e9ologique ou m\u00e9taphysique, comme un soi universel immanent dans tous les \u00eatres. Il est plut\u00f4t l\u2019aboutissement d\u2019une r\u00e9flexion simple et directe qui nous permet de partager la subjectivit\u00e9 des autres et d\u2019exp\u00e9rimenter le monde (au moins en imagination) du point de vue de leur propre int\u00e9riorit\u00e9. Le processus commence en nous-m\u00eames. Si nous regardons en nous, nous voyons que l\u2019\u00e9lan fondamental de notre \u00eatre est le souhait d\u2019\u00eatre heureux et libre de la souffrance. Lorsque nous avons vu cela en nous-m\u00eames, nous pouvons imm\u00e9diatement comprendre que tous les \u00eatres vivants partagent le m\u00eame souhait. Tous veulent \u00eatre en bonne sant\u00e9, heureux et en s\u00e9curit\u00e9. Pour d\u00e9velopper mett\u0101 pour les autres, ce qu\u2019il faut faire, c\u2019est partager en imagination leur souhait fondamental de bonheur. Nous employons notre propre d\u00e9sir de bonheur comme une cl\u00e9, nous voyons ce d\u00e9sir comme un \u00e9lan de base chez les autres, puis nous revenons \u00e0 notre propre position et nous \u00e9tendons \u00e0 autrui le souhait qu\u2019ils puissent r\u00e9aliser leur objectif ultime, qu\u2019ils puissent \u00eatre en bonne sant\u00e9 et heureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le rayonnement m\u00e9thodique de mett\u0101 est pratiqu\u00e9 d\u2019abord en dirigeant la bienveillance vers des individus qui repr\u00e9sentent certains groupes. Ces groupes sont mis dans un ordre d\u2019\u00e9loignement progressif par rapport \u00e0 soi. Le rayonnement commence par une personne ch\u00e8re, comme les parents ou un enseignant, puis s\u2019\u00e9tend \u00e0 un ami, puis \u00e0 une personne neutre, et finalement \u00e0 une personne hostile. Bien que les groupes soient d\u00e9finis par la relation que nous avons avec eux, l\u2019amour qui est d\u00e9velopp\u00e9 n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 cette relation, mais \u00e0 l\u2019aspiration commune de chacun pour le bonheur. Avec chaque personne, nous devons \u00e9voquer son image et diffuser les pens\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019il (elle) soit bien, qu\u2019il (elle) soit heureux, qu\u2019il (elle) soit en paix&nbsp;!&nbsp;\u00bb Quand nous arrivons \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un sentiment chaleureux de bonne volont\u00e9 et de bienveillance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette personne, nous pouvons passer \u00e0 la suivante. Une fois que nous r\u00e9ussissons \u00e0 pratiquer ainsi avec les individus, nous pouvons travailler avec de plus grands groupes. Nous pouvons essayer de d\u00e9velopper mett\u0101 pour tous nos amis, toutes les personnes neutres, toutes les personnes hostiles. Mett\u0101 peut alors \u00eatre \u00e9largi au niveau spatial, dans toutes les directions \u2013 est, ouest, sud, nord, en-dessus, en-dessous, devant, derri\u00e8re \u2013 puis \u00e0 tous les \u00eatres vivants, sans exception. Pour finir, nous imbibons le monde entier d\u2019un esprit de bienveillance, \u00ab&nbsp;vaste, sublime, infini, libre d\u2019hostilit\u00e9, libre d\u2019aversion&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.834px, 1.052rem + ((1vw - 3.2px) * 1.042), 26px);\">L\u2019intention de ne pas blesser<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intention de ne pas blesser est une pens\u00e9e guid\u00e9e par la compassion (karuna), qui va \u00e0 l\u2019encontre des pens\u00e9es cruelles, agressives, et violentes. La compassion est compl\u00e9mentaire \u00e0 la bienveillance. Alors que la bienveillance a la caract\u00e9ristique de souhaiter le bonheur et le bien-\u00eatre d\u2019autrui, la compassion a la caract\u00e9ristique de souhaiter \u00e0 autrui d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance, d\u00e9sir qui est \u00e9tendu \u00e0 l\u2019infini \u00e0 tous les \u00eatres vivants. Comme avec la bienveillance, la compassion se d\u00e9veloppe en entrant dans la subjectivit\u00e9 des autres, en partageant leur int\u00e9riorit\u00e9 de mani\u00e8re profonde et totale. Elle appara\u00eet spontan\u00e9ment lorsque nous consid\u00e9rons que tous les \u00eatres, comme nous-m\u00eames, d\u00e9sirent \u00eatre libres de la souffrance et que, malgr\u00e9 leur souhait, ils continuent \u00e0 \u00eatre accabl\u00e9s par la peine, la peur, le chagrin et toutes sortes d\u2019autres formes de dukkha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9velopper la compassion comme un exercice de m\u00e9ditation, il est utile de commencer en \u00e9voquant quelqu\u2019un qui souffre r\u00e9ellement puisque la souffrance est l\u2019objet naturel de la compassion. Nous contemplons la souffrance de cette personne, soit directement, soit en imagination, puis nous voyons que, comme chacun, elle d\u00e9sire en \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e. La pens\u00e9e doit \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et la contemplation doit \u00eatre pratiqu\u00e9e avec constance, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un fort sentiment de compassion grandisse dans le c\u0153ur. Ensuite, en utilisant ce sentiment comme un mod\u00e8le, nous nous tournons vers diff\u00e9rentes personnes, conscients que chacun est expos\u00e9 \u00e0 la souffrance, et nous diffusons un doux sentiment de compassion \u00e0 leur \u00e9gard. Pour augmenter la dimension et l\u2019intensit\u00e9 de la compassion, il est bon de contempler les souffrances diverses qui assaillent les \u00eatres vivants. Une application utile de cette extension est le souvenir de la premi\u00e8re V\u00e9rit\u00e9, avec l\u2019\u00e9num\u00e9ration des diff\u00e9rents aspects de dukkha. Nous contemplons les \u00eatres comme \u00e9tant sujets au vieillissement, \u00e0 la maladie, \u00e0 la mort, \u00e0 la peine, aux lamentations, \u00e0 la douleur, au chagrin, et au d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous parvenons de plus en plus facilement \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer de la compassion en \u00e9voquant des \u00eatres qui sont directement touch\u00e9s par la souffrance, nous pouvons commencer \u00e0 \u00e9voquer des personnes qui jouissent actuellement d\u2019un certain bonheur mais un bonheur acquis par des moyens immoraux. Nous pouvons consid\u00e9rer que de telles personnes, en d\u00e9pit de leur chance superficielle, sont sans doute troubl\u00e9es en profondeur par les tourments de leur conscience. M\u00eame si elles ne pr\u00e9sentent aucun signe ext\u00e9rieur de d\u00e9tresse, nous savons qu\u2019elles finiront par r\u00e9colter les fruits amers de leurs mauvaises actions, qui vont leur amener d\u2019intenses souffrances. Finalement, nous pouvons \u00e9largir l\u2019\u00e9tendue de notre contemplation et inclure tous les \u00eatres vivants. Nous devons contempler tous les \u00eatres comme \u00e9tant sujets \u00e0 la souffrance universelle du samsara, pouss\u00e9s par leur avidit\u00e9, leur aversion et leur ignorance dans le cycle r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de la naissance et de la mort. Si, au d\u00e9but, la compassion est difficile \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer pour des personnes totalement \u00e9trang\u00e8res, nous pouvons la fortifier par la r\u00e9flexion sur les paroles du Bouddha&nbsp;: comme le cycle des naissances est sans commencement, il est difficile de trouver, m\u00eame un seul \u00eatre, qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9, \u00e0 une certaine \u00e9poque, notre m\u00e8re, notre p\u00e8re, notre s\u0153ur, notre fr\u00e8re, notre fils, ou notre fille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour r\u00e9sumer, nous voyons que les trois sortes d\u2019intention juste \u2013 renoncement, bienveillance et ne pas blesser \u2013 s\u2019opposent aux trois intentions n\u00e9fastes du d\u00e9sir, de l\u2019aversion et de la malveillance. L\u2019importance de mettre en pratique des contemplations qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de ces pens\u00e9es ne sera jamais assez soulign\u00e9e. Ces contemplations ont \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9es comme des m\u00e9thodes de pratique, pas comme des excursions th\u00e9oriques. Pour d\u00e9velopper l\u2019intention de renoncement, nous devons contempler la souffrance li\u00e9e \u00e0 la qu\u00eate des plaisirs ordinaires&nbsp;; pour d\u00e9velopper l\u2019intention de bienveillance, nous devons consid\u00e9rer comment chaque \u00eatre d\u00e9sire le bonheur&nbsp;; pour d\u00e9velopper l\u2019intention de ne pas blesser, nous devons contempler comment chaque \u00eatre d\u00e9sire \u00eatre libre de la souffrance. Les pens\u00e9es malsaines sont comme un clou pourri log\u00e9 dans l\u2019esprit&nbsp;et les pens\u00e9es b\u00e9n\u00e9fiques sont comme une cheville ad\u00e9quate pour le d\u00e9loger. La contemplation fonctionne comme un marteau utilis\u00e9 pour sortir le vieux clou et le remplacer par le nouveau. Le travail qui consiste \u00e0 enfoncer le nouveau clou est la pratique \u2013 pratiquer encore et encore, aussi souvent que n\u00e9cessaire pour atteindre le succ\u00e8s. Le Bouddha nous assure que la victoire peut \u00eatre remport\u00e9e. Il dit que ce \u00e0 quoi nous pensons fr\u00e9quemment devient l\u2019inclination de l\u2019esprit. Si nous avons souvent des pens\u00e9es de sensualit\u00e9, d\u2019hostilit\u00e9 ou des pens\u00e9es blessantes, le d\u00e9sir, la m\u00e9chancet\u00e9 et l\u2019agressivit\u00e9 vont devenir l\u2019inclination de l\u2019esprit. Si nous avons souvent des pens\u00e9es oppos\u00e9es, le renoncement, la bienveillance et la bont\u00e9 vont devenir l\u2019inclination de l\u2019esprit (MN19). La direction que nous prenons nous revient toujours, revient aux intentions que nous g\u00e9n\u00e9rons d\u2019un instant sur l\u2019autre, tout au long de notre vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Extrait de Le Noble Octuple Sentier par Bhikkhu Bodhi Traduction de Anne Michel et Jeanne Schut Le deuxi\u00e8me facteur de la voie est appel\u00e9 en p\u0101li samma sankapa, que nous traduirons par \u00ab&nbsp;l\u2019intention juste&nbsp;\u00bb. 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