{"id":960,"date":"2026-05-04T13:47:47","date_gmt":"2026-05-04T13:47:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.dhammadelaforet.com\/?page_id=960"},"modified":"2026-05-04T13:54:52","modified_gmt":"2026-05-04T13:54:52","slug":"manuel-pour-lhumanite","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/manuel-pour-lhumanite\/","title":{"rendered":"Manuel pour l&rsquo;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.293px, 1.018rem + ((1vw - 3.2px) * 0.989), 25px);\">par Buddhadasa Bhikkhu<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);\"><em>Traduction de Jeanne Schut<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1956, le v\u00e9n\u00e9rable Buddhadasa a donn\u00e9 un cours sur le bouddhisme \u00e0 un groupe de personnes qui allaient devenir juges. Ces conf\u00e9rences, donn\u00e9es en langue tha\u00efe, ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es puis transcrites et structur\u00e9es pour finir par former ce qui est devenu un Manuel pour l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis lors, le succ\u00e8s remport\u00e9 par ce petit livre a \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fiant et il continue \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s populaire, tant en Tha\u00eflande qu\u2019en Occident. La raison en est que le v\u00e9n\u00e9rable Buddhadasa offre ici un regard neuf sur une v\u00e9rit\u00e9 qui ne conna\u00eet pas les limites du temps (le Dhamma) dans le style direct et simple qui caract\u00e9risait son enseignement. La clart\u00e9 de sa vision p\u00e9n\u00e9trante donne vie au Dhamma de sorte qu\u2019aujourd\u2019hui encore, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de lecteurs peut ressentir tout le sens et toute la valeur de ses paroles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce livre est un guide inestimable pour tout nouveau venu au Bouddha-Dhamma, la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 laquelle s\u2019est \u00e9veill\u00e9 le Bouddha et qu\u2019il a enseign\u00e9e ensuite car il contient l\u2019essentiel des enseignements du bouddhisme. Le \u00ab&nbsp;manuel&nbsp;\u00bb est tout particuli\u00e8rement utile \u00e0 ceux qui s\u2019int\u00e9ressent aux enseignements du Bouddha non comme \u00e0 un th\u00e8me d\u2019\u00e9tude mais comme un moyen de comprendre leur vie et de lui donner toute sa noblesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous remercions Mr&nbsp;Pun Chongprasoed qui a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 mettre ce livre en forme en tha\u00ef et tous ceux qui ont ensuite permis qu\u2019il soit reproduit et traduit en de nombreuses langues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre&nbsp;1<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>REGARDS SUR LE BOUDDHISME<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les auteurs modernes s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre que toutes les religions du monde sont n\u00e9es de la peur. Autrefois les hommes craignaient le tonnerre, les \u00e9clairs, l\u2019obscurit\u00e9 et autres ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019ils \u00e9taient incapables de comprendre ou de ma\u00eetriser. Pour en \u00e9viter le danger, ils faisaient preuve d\u2019humilit\u00e9 ou de soumission ou rendaient hommage \u00e0 ces manifestations et les v\u00e9n\u00e9raient. Plus tard, lorsque la connaissance et la compr\u00e9hension de l\u2019homme se d\u00e9velopp\u00e8rent, cette peur des forces de la nature se transforma en une peur plus difficile \u00e0 appr\u00e9hender. Les religions bas\u00e9es sur la v\u00e9n\u00e9ration des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, des esprits et des \u00eatres c\u00e9lestes en vinrent \u00e0 \u00eatre ridiculis\u00e9es, tandis que la peur se faisait plus subtile&nbsp;: une peur de la souffrance, de cette souffrance qu\u2019aucun moyen mat\u00e9riel ne peut soulager. L\u2019homme se mit \u00e0 craindre la souffrance inh\u00e9rente \u00e0 la naissance, \u00e0 la vieillesse, \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort, ainsi que la d\u00e9ception et le d\u00e9sespoir engendr\u00e9s par le d\u00e9sir, la col\u00e8re et l\u2019ignorance \u2013 toutes choses qu\u2019aucun pouvoir, aucune richesse ne peut soulager.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a quelque deux mille ans, en Inde, d\u2019intelligents penseurs et chercheurs cess\u00e8rent de rendre hommage aux \u00eatres surnaturels et choisirent de rechercher plut\u00f4t les moyens de conqu\u00e9rir la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, ainsi que les moyens de supprimer la convoitise, la haine et l\u2019ignorance. De ces recherches est n\u00e9 le bouddhisme, m\u00e9thode pratique d\u00e9couverte par le Bouddha pour \u00e9liminer la souffrance et venir ainsi d\u00e9finitivement \u00e0 bout des peurs de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab&nbsp;bouddhisme&nbsp;\u00bb signifie \u00ab&nbsp;l\u2019enseignement de celui qui est \u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb. Un Bouddha est un \u00eatre \u00ab&nbsp;\u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb, qui conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9 de toute chose, qui conna\u00eet pr\u00e9cis\u00e9ment la v\u00e9ritable nature des choses et peut ainsi se comporter de mani\u00e8re appropri\u00e9e en toutes circonstances. Le bouddhisme est une religion bas\u00e9e sur l\u2019intelligence, la science et la connaissance. Son but est d\u2019\u00e9liminer la souffrance ainsi que les causes de la souffrance. Tous les hommages rendus \u00e0 des objets sacr\u00e9s sous forme de rites et de rituels, d\u2019offrandes ou de pri\u00e8res, n\u2019ont rien \u00e0 voir avec le bouddhisme. Le Bouddha a rejet\u00e9 les \u00eatres c\u00e9lestes, alors consid\u00e9r\u00e9s par certaines sectes comme les cr\u00e9ateurs de toutes choses, ainsi que les divinit\u00e9s dont on pensait qu\u2019elles r\u00e9sidaient dans les \u00e9toiles. On rapporte, en effet, que le Bouddha a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le savoir, l\u2019habilet\u00e9 et les capacit\u00e9s engendrent le succ\u00e8s et ont des cons\u00e9quences b\u00e9n\u00e9fiques&nbsp;; ils sont bons en eux-m\u00eames, ind\u00e9pendamment du mouvement des corps c\u00e9lestes. Gr\u00e2ce aux m\u00e9rites acquis par ces qualit\u00e9s, un individu pourra largement d\u00e9passer les insens\u00e9s qui se contentent de s\u2019asseoir en faisant leurs calculs astrologiques&nbsp;\u00bb. Et aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si l\u2019eau des rivi\u00e8res, comme le Gange, pouvait r\u00e9ellement laver les p\u00e9ch\u00e9s et la souffrance, alors toutes les tortues, tous les crabes, poissons et coquillages vivant dans ces rivi\u00e8res sacr\u00e9es seraient lib\u00e9r\u00e9s de leurs p\u00e9ch\u00e9s et de leurs souffrances&nbsp;\u00bb. Et encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si un homme pouvait \u00e9liminer la souffrance en faisant des offrandes, en rendant hommage et en priant, plus personne au monde ne serait expos\u00e9 \u00e0 la souffrance car n\u2019importe qui peut rendre hommage et prier. Or, si les gens sont encore sujets \u00e0 la souffrance, bien qu\u2019ils ob\u00e9issent, rendent hommage et pratiquent des rituels, ce n\u2019est s\u00fbrement pas la solution pour s\u2019en lib\u00e9rer&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour parvenir \u00e0 la lib\u00e9ration, nous devons tout d\u2019abord examiner attentivement ce qui nous entoure, afin d\u2019en conna\u00eetre et d\u2019en comprendre la v\u00e9ritable nature et, ensuite, agir en fonction de cette v\u00e9rit\u00e9. Tel est l\u2019enseignement du bouddhisme, ce que nous devons savoir et garder pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit\u2026 Le bouddhisme n\u2019incite ni aux hypoth\u00e8ses ni aux suppositions mais insiste, au contraire, pour que nous agissions en accord avec notre intuition profonde. Il ne s\u2019agit pas d\u2019accepter aveugl\u00e9ment tout ce que l\u2019on entend. Si quelqu\u2019un affirme quelque chose, nous devons l\u2019\u00e9couter et consid\u00e9rer son point de vue en toute objectivit\u00e9. Si nous le trouvons raisonnable, nous pouvons l\u2019accepter provisoirement et tenter de le v\u00e9rifier par nous-m\u00eames. C\u2019est l\u00e0 une des caract\u00e9ristiques tr\u00e8s particuli\u00e8re du bouddhisme, qui le distingue des autres religions du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute religion a plusieurs facettes et peut donc prendre diff\u00e9rents aspects selon l\u2019angle sous lequel on la consid\u00e8re. Le bouddhisme, au m\u00eame titre que les autres religions, a souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 partir de diff\u00e9rents points de vue, de sorte qu\u2019on en a obtenu des images tr\u00e8s vari\u00e9es. Parce que chacun de nous a naturellement confiance en sa propre opinion, sa v\u00e9rit\u00e9 co\u00efncide avec sa compr\u00e9hension et son point de vue particuliers. En cons\u00e9quence, la \u00ab&nbsp;v\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb varie selon les personnes. Nous examinons les probl\u00e8mes \u00e0 des niveaux diff\u00e9rents, avec des moyens diff\u00e9rents et des degr\u00e9s d\u2019intelligence diff\u00e9rents. Nous pouvons difficilement admettre comme vrai ce qui d\u00e9passe notre intelligence, notre connaissance et notre compr\u00e9hension. Et m\u00eame si, en apparence, nous nous plions aux id\u00e9es des autres, nous continuons de penser qu\u2019il ne s\u2019agit pas de&nbsp;\u00ab&nbsp;la&nbsp;\u00bb&nbsp;v\u00e9rit\u00e9 telle que nous la concevons. Notre conception de la v\u00e9rit\u00e9 peut cependant \u00e9voluer avec l\u2019\u00e9largissement de notre intelligence, de notre savoir et de notre compr\u00e9hension, jusqu\u2019au moment o\u00f9 nous parvenons \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ultime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l\u2019avons dit, le bouddhisme est une m\u00e9thode pratique dont le but est de nous lib\u00e9rer de la souffrance en parvenant \u00e0 voir, comme l\u2019a fait le Bouddha, la v\u00e9ritable nature des choses. Or tout texte religieux contient in\u00e9vitablement des rajouts et notre&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;ne fait pas exception. Au fil des temps, on y a ajout\u00e9 des passages bas\u00e9s sur les id\u00e9es courantes de l\u2019\u00e9poque, que ce soit pour gagner la confiance du peuple ou par exc\u00e8s de z\u00e8le religieux. H\u00e9las, les rites et rituels qui se sont ainsi d\u00e9velopp\u00e9s et imbriqu\u00e9s dans la religion sont aujourd\u2019hui accept\u00e9s et consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant le vrai bouddhisme. Les c\u00e9r\u00e9monies telles que l\u2019offrande de plateaux de sucreries et de fruits \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb du Bouddha, semblables \u00e0 l\u2019offrande de nourriture aux moines vivants, ne sont pas en harmonie avec les principes du bouddhisme. Pourtant, certains les consid\u00e8rent comme d\u2019authentiques pratiques bouddhiques, les enseignent comme telles et les suivent tr\u00e8s rigoureusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rites et c\u00e9r\u00e9monies de cette sorte sont devenus si nombreux qu\u2019ils ont maintenant occult\u00e9 le vrai bouddhisme et son objectif originel. Prenez, par exemple, l\u2019ordination d\u2019un moine&nbsp;: elle s\u2019est transform\u00e9e en une c\u00e9r\u00e9monie de remise de cadeaux au nouveau bhikkhu&nbsp;; les invit\u00e9s sont pri\u00e9s d\u2019apporter de la nourriture et d\u2019assister aux r\u00e9jouissances, et la f\u00eate se termine parfois m\u00eame dans l\u2019ivresse et le chahut, aussi bien au temple qu\u2019\u00e0 la maison&nbsp;! Quant au nouveau bhikkhu, il se peut qu\u2019il quitte la communaut\u00e9 religieuse quelques jours \u00e0 peine apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 pour devenir peut-\u00eatre encore plus antireligieux qu\u2019avant. Souvenons-nous que rien de tel n\u2019existait \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Bouddha&nbsp;; ces c\u00e9r\u00e9monies ne se sont d\u00e9velopp\u00e9es que plus tard. Au temps du Bouddha, \u00eatre ordonn\u00e9 signifiait simplement que, avec le consentement de ses parents, on renon\u00e7ait \u00e0 sa maison et \u00e0 sa famille. On pouvait tirer un trait sur son pass\u00e9 familial et s\u2019en aller rejoindre le Bouddha et la communaut\u00e9 monastique des bhikkhus. Lorsque l\u2019occasion se pr\u00e9sentait, on se faisait ordonner et on risquait alors de ne jamais revoir sa famille. Quelques moines, \u00e0 de rares occasions, pouvaient retourner voir leurs parents mais c\u2019\u00e9tait l\u2019exception. Il existe une r\u00e8gle autorisant un bhikkhu \u00e0 se rendre chez lui pour une raison valable mais, du temps du Bouddha, elle n\u2019\u00e9tait pas observ\u00e9e. Enfin, les moines n\u2019\u00e9taient pas ordonn\u00e9s en pr\u00e9sence de leurs parents, ne c\u00e9l\u00e9braient pas l\u2019\u00e9v\u00e9nement par des festivit\u00e9s et ne quittaient pas le Sangha au bout de quelques jours, gu\u00e8re plus avanc\u00e9s qu\u2019avant, comme cela se produit si souvent de nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malheureusement, ce \u00ab&nbsp;n\u00e9o-bouddhisme&nbsp;\u00bb s\u2019est r\u00e9pandu presque universellement. Le Dhamma, l\u2019enseignement authentique autrefois souverain, est \u00e0 pr\u00e9sent si surcharg\u00e9 de c\u00e9r\u00e9monies que tout l\u2019objectif du bouddhisme en a \u00e9t\u00e9 obscurci, falsifi\u00e9 et transform\u00e9. L\u2019ordination, par exemple, est devenue une fa\u00e7on de sauver la face pour les jeunes gens mis \u00e0 l\u2019index, ou une n\u00e9cessit\u00e9 pr\u00e9alable pour trouver une \u00e9pouse, car avoir \u00e9t\u00e9 moine est consid\u00e9r\u00e9 comme une preuve de maturit\u00e9. Pour certains, c\u2019est une occasion de collecter de l\u2019argent \u2013 activit\u00e9 pour laquelle on trouvera toujours des volontaires \u2013 et donc un moyen de s\u2019enrichir. Cela aussi se fait appeler \u00ab&nbsp;bouddhisme&nbsp;\u00bb et quiconque se permettrait d\u2019y trouver \u00e0 redire serait consid\u00e9r\u00e9 comme un ignorant ou m\u00eame un adversaire de la religion&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019offrande de tissu lors de la f\u00eate de Kathina est un autre exemple de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. L\u2019intention originelle du Bouddha \u00e9tait que l\u2019on donne, \u00e0 tous les moines en m\u00eame temps, du tissu pour la fabrication de leurs v\u00eatements. Cela leur permettait de les coudre tous ensemble et \u00e9vitait les pertes de temps. S\u2019il n\u2019y avait qu\u2019un seul v\u00eatement, on le donnait, non pas au plus ancien des moines mais \u00e0 celui que le groupe consid\u00e9rait comme le plus digne de le recevoir ou \u00e0 celui qui en avait le plus besoin. Le v\u00eatement \u00e9tait alors offert au nom de la communaut\u00e9 monastique tout enti\u00e8re. L\u2019intention du Bouddha \u00e9tait de faire en sorte qu\u2019aucun des moines n\u2019ait une trop bonne opinion de lui-m\u00eame. Ce jour-l\u00e0, quel que soit le degr\u00e9 d\u2019anciennet\u00e9, tout le monde devait se montrer humble et participer, au m\u00eame titre, \u00e0 la coupe et \u00e0 la couture du tissu, \u00e0 la teinture \u2013 en faisant bouillir des essences d\u2019arbres \u2013 et \u00e0 toutes les autres activit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 la confection des v\u00eatements, en un seul et m\u00eame jour. Il s\u2019agissait d\u2019un effort de coop\u00e9ration entre moines et c\u2019est ce que souhaitait le Bouddha. Les la\u00efcs n\u2019y participaient pas n\u00e9cessairement du tout. De nos jours, on en fait toute une histoire, il y a une c\u00e9r\u00e9monie et puis des jeux et des rires bruyants. C\u2019est m\u00eame, pour certains, une occasion de gagner de l\u2019argent. On se croirait \u00e0 un pique-nique, et tous les m\u00e9rites et les bons r\u00e9sultats que l\u2019on aurait pu en escompter \u00e0 l\u2019origine sont perdus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences sont une v\u00e9ritable tumeur qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au sein du bouddhisme et qui fait des ravages. Elle prend des centaines d\u2019aspects diff\u00e9rents qu\u2019il serait trop long d\u2019\u00e9num\u00e9rer. C\u2019est une tumeur maligne et dangereuse qui a progressivement recouvert et obscurci la base saine, l\u2019essence r\u00e9elle du bouddhisme, qui l\u2019a compl\u00e8tement d\u00e9figur\u00e9. L\u2019une des cons\u00e9quences a \u00e9t\u00e9 l\u2019apparition de multiples sectes d\u2019importance diff\u00e9rente, dont certaines sont m\u00eame engag\u00e9es dans la sensualit\u00e9&nbsp;! Il est essentiel que nous apprenions \u00e0 faire la diff\u00e9rence entre ces d\u00e9viations et le vrai bouddhisme originel. Nous ne devons pas nous cramponner b\u00eatement \u00e0 la coquille ext\u00e9rieure ou aux rituels et c\u00e9r\u00e9monies, au point de perdre leur v\u00e9ritable objectif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vraie pratique du bouddhisme est bas\u00e9e sur la purification de la conduite \u00e0 travers le corps et la parole, suivie de la purification de l\u2019esprit, laquelle m\u00e8ne, \u00e0 son tour, \u00e0 la vision p\u00e9n\u00e9trante et \u00e0 la compr\u00e9hension juste. N\u2019allez pas croire que le bouddhisme est ceci ou cela sous pr\u00e9texte que tout le monde le dit. De m\u00eame, ceux qui appartiennent \u00e0 d\u2019autres religions ont tort de d\u00e9signer ces tumeurs honteuses et disgracieuses comme \u00e9tant le bouddhisme&nbsp;; c\u2019est injuste parce que ce ne sont que des excroissances. Ceux d\u2019entre nous qui sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 propager le bouddhisme, pour leur propre bien comme pour celui des autres, doivent savoir comment en saisir la v\u00e9ritable essence et non se cramponner \u00e0 une excroissance insignifiante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voyons, \u00e0 pr\u00e9sent, comment les multiples facettes du bouddhisme, m\u00eame authentique, peuvent conduire \u00e0 une fausse compr\u00e9hension. Par exemple, du point de vue d\u2019un philosophe de la moralit\u00e9, le bouddhisme est consid\u00e9r\u00e9 comme une religion \u00ab&nbsp;morale&nbsp;\u00bb. On y parle de m\u00e9rite et de d\u00e9m\u00e9rite, de bien et de mal, d\u2019honn\u00eatet\u00e9, de gratitude, d\u2019harmonie, de franchise et ainsi de suite. Le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;est rempli d\u2019enseignements d\u2019ordre moral. De nombreux nouveaux venus au bouddhisme s\u2019en approchent par cet angle, attir\u00e9s par ses vertus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un aspect plus profond du bouddhisme appara\u00eet lorsqu\u2019on le consid\u00e8re sous l\u2019angle de la v\u00e9rit\u00e9, une v\u00e9rit\u00e9 profond\u00e9ment enfouie sous la surface et invisible \u00e0 l\u2019homme ordinaire. Voir cette v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est conna\u00eetre intellectuellement la vanit\u00e9 de toute chose, l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et le non-soi&nbsp;; c\u2019est conna\u00eetre intellectuellement la nature de la souffrance, de l\u2019\u00e9limination totale de la souffrance&nbsp;; c\u2019est percevoir tout ceci en termes de v\u00e9rit\u00e9 absolue, de cette v\u00e9rit\u00e9 qui ne changera jamais et que tous devraient conna\u00eetre. Tel est le bouddhisme en tant que v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bouddhisme en tant que religion est une m\u00e9thode pratique bas\u00e9e sur la vertu, la concentration et la connaissance, et qui culmine en lib\u00e9rant la vision p\u00e9n\u00e9trante intuitive. Cette m\u00e9thode, lorsqu\u2019elle est pratiqu\u00e9e jusqu\u2019au bout, permet de se lib\u00e9rer de la souffrance. Tel est le bouddhisme en tant que religion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ensuite vient le bouddhisme en tant que psychologie, comme il nous est pr\u00e9sent\u00e9 dans la troisi\u00e8me partie du&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, o\u00f9 la nature de l\u2019esprit est d\u00e9crite de fa\u00e7on remarquablement d\u00e9taill\u00e9e. Aujourd\u2019hui encore, la psychologie du bouddhisme est source d\u2019int\u00e9r\u00eat et d\u2019\u00e9merveillement pour les chercheurs de l\u2019esprit car elle est beaucoup plus profonde que les connaissances actuelles en psychologie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vu sous un autre angle encore, le bouddhisme est une philosophie. En philosophie, la connaissance peut \u00eatre clairement per\u00e7ue au moyen de preuves raisonn\u00e9es et logiques mais elle ne peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e exp\u00e9rimentalement. Elle s\u2019oppose \u00e0 la science dont la connaissance r\u00e9sulte de l\u2019observation visuelle, d\u2019exp\u00e9riences physiques et de tests ou m\u00eame du \u00ab&nbsp;regard int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb de l\u2019intuition. Un concept aussi profond que celui du \u00ab&nbsp;vide&nbsp;\u00bb (l\u2019impermanence) n\u2019est que philosophie pour celui qui n\u2019en a pas encore p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 mais il est science pour qui l\u2019a saisi parfaitement, pour un \u00eatre r\u00e9alis\u00e9, un&nbsp;Arahant, qui l\u2019a vu clairement, intuitivement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De nombreux aspects du bouddhisme, en particulier les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s, sont scientifiques en ce qu\u2019ils peuvent \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9s par une preuve exp\u00e9rimentale claire, au moyen de l\u2019introspection. Toute personne dot\u00e9e d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019observation et int\u00e9ress\u00e9e par l\u2019\u00e9tude et la recherche, peut y trouver, comme dans la science, des rapports de cause \u00e0 effet. Mais le bouddhisme n\u2019est pas une vague chose obscure, ce n\u2019est pas une simple philosophie comme le sont les disciplines fabriqu\u00e9es par les hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains consid\u00e8rent le bouddhisme comme une culture. Les v\u00e9ritables connaisseurs y d\u00e9couvrent de nombreux aspects communs \u00e0 toutes les cultures mais aussi d\u2019autres, typiquement bouddhiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De toutes ces diff\u00e9rentes facettes du bouddhisme, celle \u00e0 laquelle un vrai bouddhiste se doit d\u2019attacher le plus d\u2019importance est le bouddhisme en tant que religion. Le bouddhisme est avant tout une m\u00e9thode pratique et directe permettant d\u2019acqu\u00e9rir la connaissance de la v\u00e9ritable nature des choses, connaissance qui permet d\u2019abandonner toute forme de convoitise, d\u2019attachement, d\u2019ignorance et d\u2019engouement, et de devenir totalement ind\u00e9pendant. C\u2019est ainsi que l\u2019on p\u00e9n\u00e8tre au c\u0153ur m\u00eame du bouddhisme. Vu sous cet angle, le bouddhisme est beaucoup plus utile qu\u2019en tant que simple syst\u00e8me moral ou en tant que v\u00e9rit\u00e9 limit\u00e9e \u00e0 une connaissance profonde mais th\u00e9orique&nbsp;; plus utile qu\u2019en tant que philosophie, objet de sp\u00e9culation et de discussion mais qui ne m\u00e8ne pas \u00e0 l\u2019abandon des pollutions de l\u2019esprit&nbsp;; et certainement plus utile que vu comme une culture, un comportement attirant qui n\u2019int\u00e9resse que les sociologues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A tout le moins, chacun devrait consid\u00e9rer le bouddhisme comme un art, comme l\u2019art de vivre. En effet, il incarne une capacit\u00e9 et une comp\u00e9tence \u00e0 se comporter en \u00eatre humain, \u00e0 vivre de fa\u00e7on exemplaire, digne d\u2019\u00e9loges, propre \u00e0 impressionner et \u00e0 \u00e9muler tout son entourage. Ce qu\u2019il faut faire, c\u2019est cultiver \u00ab&nbsp;les&nbsp;trois vertus&nbsp;\u00bb&nbsp;: tout d\u2019abord d\u00e9velopper la puret\u00e9 morale, ensuite habituer l\u2019esprit au calme et \u00e0 la stabilit\u00e9 pour qu\u2019il soit capable de faire son travail au mieux, et enfin donner naissance \u00e0 une telle abondance de sagesse et une vision si claire de la nature r\u00e9elle des choses que celles-ci ne seront plus en mesure de causer de la souffrance. On peut dire que celui dont la vie est \u00e9clair\u00e9e par ces&nbsp;trois vertus a parfaitement ma\u00eetris\u00e9 l\u2019art de vivre. Les Occidentaux sont int\u00e9ress\u00e9s par cet aspect du bouddhisme et le discutent plus que tout autre. Il est certain qu\u2019il permet de p\u00e9n\u00e9trer si profond\u00e9ment dans la v\u00e9ritable essence du bouddhisme qu\u2019il en devient notre guide dans la vie, engendre une joie et un enthousiasme spirituels tout en dissipant d\u00e9pression et d\u00e9sillusion. Il chasse aussi les peurs, comme la peur que l\u2019abandon total de tout ce qui pollue de l\u2019esprit (avidit\u00e9, n\u00e9gativit\u00e9 et ignorance) rende la vie terne, inint\u00e9ressante et insipide, ou la peur qu\u2019un complet d\u00e9tachement bloque le fonctionnement de la pens\u00e9e et de l\u2019action&nbsp;; alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, celui qui m\u00e8ne sa vie selon l\u2019art de vivre bouddhiste ma\u00eetrise tout ce qui l\u2019entoure. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019animaux, de personnes, de biens ou de tout autre chose, et que ces choses p\u00e9n\u00e8trent sa conscience par la vue, l\u2019ou\u00efe, l\u2019odorat, le go\u00fbt, le toucher ou la pens\u00e9e, elles seront in\u00e9vitablement vaincues, incapables d\u2019obscurcir sa vision, de le tromper ou de le perturber. La victoire sur toutes ces choses engendre la joie pure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha-Dhamma ravira l\u2019esprit de ceux qui s\u2019y seront int\u00e9ress\u00e9s. Il peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une forme indispensable de nourriture. Il est vrai que l\u2019individu qui est toujours sous l\u2019emprise des pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit d\u00e9sire toujours se nourrir par le biais des yeux, des oreilles, du nez, du palais et du corps et qu\u2019il poursuit cette recherche selon sa nature. Mais il existe aussi quelque chose en lui de plus profond qui ne recherche pas cette sorte de nourriture&nbsp;: c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment pur et libre de son esprit qui aspire \u00e0 la joie et au nectar de la nourriture spirituelle, \u00e0 commencer par les d\u00e9lices qu\u2019apporte la puret\u00e9 morale. Cette nourriture spirituelle est la source de contentement des \u00eatres pleinement \u00e9veill\u00e9s&nbsp;; ils ont une telle tranquillit\u00e9 int\u00e9rieure que les pollutions qui obscurcissent normalement l\u2019esprit&nbsp; ne peuvent les perturber&nbsp;; ils ont une vision claire de la v\u00e9ritable nature des choses et aucun d\u00e9sir pour elles. Ces \u00eatres sont capables de se poser sans avoir \u00e0 courir ici et l\u00e0 comme ces gens dont le Bouddha disait qu\u2019ils \u00e9taient \u00ab&nbsp;fum\u00e9e la nuit, feu le jour&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Fum\u00e9e la nuit&nbsp;\u00bb signifie insomnie, agitation. Celui qui souffre de ces maux passe la nuit la main sur le front, soucieux de ce qu\u2019il doit faire, r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la meilleure fa\u00e7on de s\u2019enrichir et de se procurer tout ce qu\u2019il d\u00e9sire. Son esprit est plein de \u00ab&nbsp;fum\u00e9e&nbsp;\u00bb. Tout ce qu\u2019il peut faire, c\u2019est rester allong\u00e9 jusqu\u2019au matin&nbsp;; il pourra alors se lever et courir satisfaire les d\u00e9sirs de la \u00ab&nbsp;fum\u00e9e&nbsp;\u00bb qu\u2019il a retenue toute la nuit \u2013 et c\u2019est cette activit\u00e9 fi\u00e9vreuse que le Bouddha appelle \u00ab&nbsp;feu le jour&nbsp;\u00bb. Ces sympt\u00f4mes r\u00e9v\u00e8lent un esprit qui n\u2019a pas trouv\u00e9 la tranquillit\u00e9, un esprit priv\u00e9 de nourriture spirituelle, qui souffre d\u2019une faim et d\u2019une soif pathologiques dues \u00e0 la convoitise. Toute la nuit, la victime retient la \u00ab&nbsp;fum\u00e9e&nbsp;\u00bb et la chaleur qui, devenue feu au matin, br\u00fblera en lui toute la journ\u00e9e. Si l\u2019on doit passer sa vie \u00e0 \u00e9touffer la fum\u00e9e de nuit puis attiser le feu de jour, comment trouvera-t-on jamais la fra\u00eecheur et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de la paix&nbsp;? Essayez d\u2019imaginer un peu cette situation&nbsp;: endurer cette souffrance, ce tourment, toute sa vie, de la naissance jusqu\u2019\u00e0 la mort, simplement parce que l\u2019on n\u2019aura pas su d\u00e9velopper la vision p\u00e9n\u00e9trante qui aurait compl\u00e8tement \u00e9teint feu et fum\u00e9e. Pour soigner ce mal, il faut utiliser la connaissance \u2013 les \u00ab&nbsp;rem\u00e8des&nbsp;\u00bb \u2013 que nous a l\u00e9gu\u00e9e le Bouddha. Alors la fum\u00e9e et le feu diminueront proportionnellement au degr\u00e9 de compr\u00e9hension que l\u2019on aura de la v\u00e9ritable nature des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l\u2019avons vu, le bouddhisme a plusieurs facettes ou aspects diff\u00e9rents. De m\u00eame qu\u2019une montagne se pr\u00e9sente diff\u00e9remment selon qu\u2019on la regarde d\u2019un point de vue ou d\u2019un autre, les avantages que l\u2019on peut retirer du bouddhisme varient selon la fa\u00e7on dont on le consid\u00e8re. Comme les autres religions, le bouddhisme est n\u00e9 de la peur des hommes \u2013 pas la peur des fous ignorants qui se prosternent aux pieds d\u2019idoles ou de ph\u00e9nom\u00e8nes surnaturels mais une forme de peur plus raffin\u00e9e, la peur de n\u2019\u00eatre jamais lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019oppression que repr\u00e9sentent la naissance, la vieillesse, la douleur et la mort, lib\u00e9r\u00e9 de toutes les diff\u00e9rentes formes de souffrance que nous connaissons. Le vrai bouddhisme n\u2019est pas ce que l\u2019on trouve dans les livres, ce n\u2019est pas la r\u00e9p\u00e9tition litt\u00e9rale du&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, pas plus que les rites ou les rituels. Le vrai bouddhisme est une pratique qui d\u00e9truit les \u00ab&nbsp;pollutions&nbsp;\u00bb qui obscurcissent l\u2019esprit, partiellement ou totalement, au moyen du corps, de la parole et de la pens\u00e9e. Pour cela, point n\u2019est besoin de consulter livres ou manuels, de s\u2019appuyer sur des rites ou sur tout autre \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur, y compris esprits et \u00eatres c\u00e9lestes. Mieux vaut se concentrer directement sur les mouvements du corps, de la parole et de la pens\u00e9e&nbsp;; autrement dit, pers\u00e9v\u00e9rer dans l\u2019effort qui consiste \u00e0 \u00e9liminer ce qui obscurcit l\u2019esprit et permettre ainsi \u00e0 la claire vision p\u00e9n\u00e9trante de s\u2019\u00e9veiller. Nous serons alors automatiquement capables d\u2019agir de fa\u00e7on appropri\u00e9e dans toutes les situations. Nous serons lib\u00e9r\u00e9s de la souffrance d\u00e8s cet instant et jusqu\u2019\u00e0 la fin de nos jours. Voil\u00e0 le vrai bouddhisme tel que nous devons le comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre II<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>LA V\u00c9RITABLE NATURE DES CHOSES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab&nbsp;religion&nbsp;\u00bb a un sens plus vaste que le mot \u00ab&nbsp;moralit\u00e9&nbsp;\u00bb. La moralit\u00e9 traite du comportement et du bonheur, et on la retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s semblable dans tous les coins du monde. Une religion est une m\u00e9thode de pratique de haut niveau et les fa\u00e7ons de pratiquer varient \u00e9norm\u00e9ment d\u2019une religion \u00e0 l\u2019autre. La moralit\u00e9 fait de nous des personnes honn\u00eates, nous fait agir selon les principes de la vie en soci\u00e9t\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 ne causer de mal \u00e0 personne. Pourtant, m\u00eame si un individu est profond\u00e9ment vertueux, il souffrira, comme les autres, de tout ce qui se rattache \u00e0 la naissance, la vieillesse, la douleur et la mort, et sera opprim\u00e9 par les obscurcissements de l\u2019esprit. La moralit\u00e9 est loin de permettre l\u2019\u00e9limination de la convoitise, de l\u2019aversion et de l\u2019ignorance&nbsp;; elle ne peut donc pas supprimer la souffrance. Tandis que la religion \u2013 et le bouddhisme en particulier \u2013 va beaucoup plus loin&nbsp;: elle vise directement \u00e0 l\u2019\u00e9limination compl\u00e8te des pollutions de l\u2019esprit et donc \u00e0 l\u2019extinction des diff\u00e9rentes formes de souffrance li\u00e9es \u00e0 la naissance, la vieillesse, la douleur et la mort. Cela prouve que la religion se distingue de la simple moralit\u00e9 et que le bouddhisme va beaucoup plus loin que les syst\u00e8mes moraux du monde en g\u00e9n\u00e9ral. Ceci \u00e9tant bien clair, nous pouvons \u00e0 pr\u00e9sent orienter notre attention vers le bouddhisme lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bouddhisme est une m\u00e9thode dont le but est d\u2019apporter une connaissance technique ins\u00e9parable de sa pratique, et d\u2019apporter une compr\u00e9hension pratique et structur\u00e9e de la v\u00e9ritable nature des choses. En gardant bien \u00e0 l\u2019esprit cette d\u00e9finition, vous n\u2019aurez aucun mal \u00e0 comprendre le bouddhisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Interrogez-vous et voyez si, oui ou non, vous percevez les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. M\u00eame si vous savez ce que vous \u00eates, ce qu\u2019est la vie, ce que sont le travail, le devoir, les moyens d\u2019existence, l\u2019argent, les biens, l\u2019honneur et la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, oseriez-vous pr\u00e9tendre que vous connaissez tout&nbsp;\u00e0 fond ? Si nous connaissions vraiment les choses telles qu\u2019elles sont, nous n\u2019agirions jamais de fa\u00e7on inad\u00e9quate et, si nous agissions toujours de fa\u00e7on ad\u00e9quate, il est certain que nous ne serions jamais sujets \u00e0 la souffrance. Il se trouve que nous ignorons la v\u00e9ritable nature des choses et, en cons\u00e9quence, nous nous comportons seulement de fa\u00e7on plus ou moins ad\u00e9quate, ce qui engendre in\u00e9vitablement la souffrance. La pratique bouddhique a pour but de nous apprendre \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb r\u00e9ellement. Savoir ce qui est, parfaitement clairement, c\u2019est parvenir au fruit de la Voie, peut-\u00eatre m\u00eame au fruit final, le Nirvana, parce que c\u2019est cette connaissance qui d\u00e9truit les pollutions de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous en arrivons \u00e0 conna\u00eetre \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la v\u00e9ritable nature des choses, le d\u00e9senchantement prend le pas sur la fascination, et nous sommes automatiquement d\u00e9livr\u00e9s de la souffrance. Pour le moment, nous pratiquons \u00e0 un niveau o\u00f9 nous ne connaissons toujours pas la v\u00e9ritable nature des choses et, en particulier, nous n\u2019avons pas encore r\u00e9alis\u00e9 que tout est impermanent et d\u00e9pourvu d\u2019un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb personnel. Nous ne r\u00e9alisons pas encore que la vie, toutes les choses auxquelles nous sommes attach\u00e9s, que nous aimons, d\u00e9sirons et appr\u00e9cions, sont impermanentes, insatisfaisantes et vides de tout \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. C\u2019est pour cette raison que nous en sommes entich\u00e9s, que nous les aimons, nous les d\u00e9sirons, nous nous r\u00e9jouissons de les poss\u00e9der, nous nous y attachons avidement. Quand, en suivant les enseignements du Bouddha, nous en arrivons \u00e0 voir les choses&nbsp;<strong>correctement<\/strong>, \u00e0 voir clairement qu\u2019elles sont toutes impermanentes, insatisfaisantes et d\u00e9pourvues de \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb, qu\u2019elles ne valent pas la peine que l\u2019on s\u2019y attache, il se produit imm\u00e9diatement une sorte de glissement qui nous lib\u00e8re du pouvoir dominateur des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son essence, l\u2019enseignement du Bouddha, tel qu\u2019il appara\u00eet dans le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, n\u2019est autre que la connaissance de la v\u00e9ritable nature des choses \u2013 ni plus ni moins. Tenez-vous en \u00e0 cette d\u00e9finition&nbsp;: elle est exacte et il est bon de l\u2019avoir en esprit pendant la pratique.<br>\u00c0 pr\u00e9sent, nous allons d\u00e9montrer la validit\u00e9 de cette d\u00e9finition en prenant pour exemple les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Premi\u00e8re Noble V\u00e9rit\u00e9, qui fait appara\u00eetre que tout est souffrance ou cause de souffrance, nous dit pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il en est de toutes choses. Mais comme nous ne parvenons pas \u00e0 comprendre tout ce qui est source de souffrance, nous d\u00e9sirons ces choses-l\u00e0. Si nous les voyions comme sources de souffrance, \u00e0 coup s\u00fbr, nous n\u2019en voudrions pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Seconde Noble V\u00e9rit\u00e9 montre que le d\u00e9sir est la cause de la souffrance. Les gens ne savent toujours pas, ne voient pas, ne comprennent pas que les d\u00e9sirs sont causes de souffrance. Ils d\u00e9sirent tous ceci ou cela, simplement parce qu\u2019ils ne comprennent pas la nature du d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Troisi\u00e8me Noble V\u00e9rit\u00e9 montre que la d\u00e9livrance \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la lib\u00e9ration de la souffrance ou Nirvana \u2013 consiste en l\u2019extinction totale du d\u00e9sir. Les gens ne comprennent pas que le Nirvana est un \u00e9tat qui peut \u00eatre atteint \u00e0 tout moment et en tout lieu, \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9cis o\u00f9 le d\u00e9sir dispara\u00eet totalement. Ainsi, n\u2019ayant aucune connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 des choses, ils ne s\u2019int\u00e9ressent pas au Nirvana parce qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Quatri\u00e8me Noble V\u00e9rit\u00e9 est appel\u00e9e \u00ab&nbsp;la Voie&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;l\u2019Octuple Sentier \u00bb. C\u2019est la m\u00e9thode qui permet d\u2019\u00e9liminer tout d\u00e9sir. Personne ne la comprend ainsi, personne ne s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019Octuple Sentier qui abolit le d\u00e9sir. Les gens ne voient pas qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du soutien dont ils ont pr\u00e9cis\u00e9ment besoin, d\u2019un point d\u2019appui qu\u2019ils devraient s\u2019empresser de consolider. Ils ne s\u2019int\u00e9ressent pas au Noble Sentier du Bouddha qui est pourtant un joyau parfait et pr\u00e9cieux parmi la masse des connaissances humaines. C\u2019est une ignorance \u00e9pouvantable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous voyons donc que les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s nous informent clairement sur la v\u00e9ritable nature des choses. Il nous est dit que, si nous jouons avec le d\u00e9sir, il engendrera la souffrance\u2026 et pourtant nous persistons \u00e0 jouer avec lui jusqu\u2019\u00e0 n\u2019en plus pouvoir de souffrir&nbsp;! C\u2019est tragiquement ridicule&nbsp;! Ne connaissant pas la v\u00e9ritable nature des choses, nos actions sont inad\u00e9quates en tous points. Trop rares sont les circonstances o\u00f9 nous agissons de mani\u00e8re appropri\u00e9e&nbsp;; en g\u00e9n\u00e9ral nos actions ne sont appropri\u00e9es que selon la norme des personnes sujettes \u00e0 l\u2019attachement et pour lesquelles la fin justifie les moyens. Mais, sur le plan spirituel, ces actions sont injustifiables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons maintenant nous pencher sur un passage des textes du Canon Pali qui r\u00e9sume l\u2019essence du bouddhisme. Il s\u2019agit des paroles que le bhikkhu Assaji adressa \u00e0 Sariputta quand celui-ci lui demanda de r\u00e9sumer l\u2019essence du bouddhisme en quelques mots. Assaji r\u00e9pondit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout ph\u00e9nom\u00e8ne na\u00eet d\u2019une cause. Le Bouddha a montr\u00e9 quelles sont les causes et comment tous les ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent dispara\u00eetre quand on en \u00e9limine les causes. Voil\u00e0 ce qu\u2019enseigne le Ma\u00eetre&nbsp;\u00bb. Ce qu\u2019il a dit, en fait, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019origine de tout ph\u00e9nom\u00e8ne, il y a des causes qui se sont combin\u00e9es pour lui donner naissance. Le ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut \u00eatre \u00e9limin\u00e9 tant que les causes ne l\u2019auront pas \u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci est un avertissement&nbsp;: ne consid\u00e9rons rien comme ayant une r\u00e9alit\u00e9 propre et permanente. Rien n\u2019est permanent. Il n\u2019y a que des effets qui apparaissent suite \u00e0 des causes, qui se d\u00e9veloppent en fonction de ces causes, et qui disparaissent \u00e0 la cessation de ces causes. Le monde n\u2019est qu\u2019un flux perp\u00e9tuel de forces naturelles qui ne cessent de s\u2019entrecroiser et de changer. Le bouddhisme nous montre que tout est d\u00e9pourvu d\u2019identit\u00e9 propre. Il n\u2019y a qu\u2019un flux en perp\u00e9tuel changement, ce qui est fondamentalement insatisfaisant du fait de l\u2019absence de libert\u00e9 et de l\u2019assujettissement \u00e0 la loi de cause \u00e0 effet. Cette insatisfaction prendra fin d\u00e8s que le processus s\u2019arr\u00eatera, et le processus s\u2019arr\u00eatera d\u00e8s que les causes seront \u00e9limin\u00e9es et qu\u2019il n\u2019y aura donc plus d\u2019interaction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u00e0 un expos\u00e9 tr\u00e8s profond de la v\u00e9ritable nature de toute chose que seul un \u00eatre \u00e9veill\u00e9 pouvait donner. C\u2019est le c\u0153ur du bouddhisme. Il nous est dit que tout n\u2019est qu\u2019apparence et que nous ne devons pas tomber dans le pi\u00e8ge d\u2019aimer ceci ou d\u00e9tester cela. Lib\u00e9rer r\u00e9ellement l\u2019esprit signifie \u00e9chapper compl\u00e8tement \u00e0 la cha\u00eene de causalit\u00e9, en \u00e9liminer radicalement les causes. Ainsi l\u2019insatisfaction engendr\u00e9e par les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019attirance et de r\u00e9pulsion sera an\u00e9antie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Penchons-nous, \u00e0 pr\u00e9sent, sur l\u2019intention du Bouddha lorsqu\u2019il a choisi de devenir asc\u00e8te. Quelle a \u00e9t\u00e9 sa motivation&nbsp;? La r\u00e9ponse est clairement indiqu\u00e9e dans l\u2019un de ses discours&nbsp;: il a quitt\u00e9 son foyer et il est devenu moine pour trouver une r\u00e9ponse \u00e0 la question&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que le bien&nbsp;?&nbsp;\u00bb Le mot \u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb (<em>kusala<\/em>) tel qu\u2019il est utilis\u00e9 ici, signifie \u00ab&nbsp;perfection&nbsp;\u00bb, connaissance de la v\u00e9rit\u00e9 absolue. Il voulait conna\u00eetre, en particulier, ce que sont la souffrance, la cause de la souffrance, et la lib\u00e9ration de la souffrance. Atteindre la connaissance absolue est l\u2019ultime perfection. L\u2019objectif du bouddhisme n\u2019est autre que cette connaissance parfaite de la v\u00e9ritable nature des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre \u00e9l\u00e9ment important de l\u2019enseignement du bouddhisme&nbsp;: les Trois Caract\u00e9ristiques, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019impermanence (<em>anicca<\/em>), l\u2019insatisfaction ou souffrance (<em>dukkha<\/em>) et le non-soi (<em>anatt\u0101<\/em>). Ignorer cet enseignement, c\u2019est ignorer le bouddhisme. Il montre que tout est impermanent, tout est insatisfaisant et d\u00e9pourvu de \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dire que tout est impermanent signifie que tout est en perp\u00e9tuel changement du fait qu\u2019il n\u2019y a aucune entit\u00e9 (ou \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb) qui reste inchang\u00e9e, ne serait-ce qu\u2019un instant.<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dire que tout est insatisfaisant signifie qu\u2019en toutes choses se trouve une source inh\u00e9rente de souffrance et de tourment. De par leur nature, elles ne peuvent qu\u2019inspirer r\u00e9pulsion et d\u00e9senchantement.<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dire qu\u2019il n\u2019existe pas de soi signifie qu\u2019il n\u2019existe nulle part la moindre entit\u00e9 que l\u2019on aurait le droit de consid\u00e9rer comme une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb (moi) ou appeler \u00ab&nbsp;sien&nbsp;\u00bb (\u00e0 moi). Si nous nous saisissons des choses et nous attachons \u00e0 elles, nous n\u2019en retirerons que souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les choses mat\u00e9rielles sont plus dangereuses que le feu parce qu\u2019un incendie est visible de loin, ce qui permet d\u2019\u00e9viter de s\u2019en approcher&nbsp;; tandis que les choses sont un feu invisible que nous allons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment saisir \u00e0 pleines mains, ce qui ne peut manquer d\u2019\u00eatre douloureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet enseignement nous \u00e9claire sur la nature des choses selon les Trois Caract\u00e9ristiques. Le bouddhisme appara\u00eet simplement comme une m\u00e9thode pratique et structur\u00e9e, destin\u00e9e \u00e0 nous montrer les choses telles qu\u2019elles sont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons vu combien il est important de conna\u00eetre la nature r\u00e9elle des choses. Il nous faut \u00e9galement savoir comment pratiquer pour agir en accord avec cette nature. Il existe un autre enseignement dans les textes, connu comme \u00ab&nbsp;l\u2019enseignement majeur&nbsp;\u00bb. Il se r\u00e9sume \u00e0 trois points&nbsp;: \u00e9viter le mal, faire le bien et purifier l\u2019esprit. Tel est le principe de la pratique. Savoir que tout est impermanent, sans valeur et pas \u00ab&nbsp;n\u00f4tre&nbsp;\u00bb, que rien ne vaut donc que l\u2019on s\u2019en saisisse et que l\u2019on s\u2019y attache, doit nous inciter \u00e0 agir en cons\u00e9quence et avec prudence&nbsp;; c\u2019est ce qui s\u2019appelle \u00e9viter le mal. Cela implique ne pas enfreindre le code moral en vigueur et renoncer \u00e0 la convoitise et \u00e0 l\u2019attachement excessifs. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il faut faire le bien \u2013 le bien tel que l\u2019ont compris les sages. Ces deux \u00e9l\u00e9ments ne sont que des niveaux de moralit\u00e9. Le troisi\u00e8me, par contre, selon lequel nous devons purifier notre esprit de tout type de contamination, est du bouddhisme pur. Il nous dit de lib\u00e9rer notre esprit. Tant que l\u2019esprit est sous la domination des pens\u00e9es et des \u00e9motions \u2013 que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;les objets de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb \u2013 il ne peut pas \u00eatre propre et pur. La libert\u00e9 de l\u2019esprit doit venir d\u2019une connaissance extr\u00eamement profonde de la nature de ses objets. Sans cette connaissance, nous continuerons in\u00e9vitablement \u00e0 errer aveugl\u00e9ment, d\u2019attirance en r\u00e9pulsion, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Tant que nous r\u00e9agirons ainsi, nous ne pourrons pas nous pr\u00e9tendre libres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fondamentalement, nous, \u00eatres humains, sommes sujets \u00e0 deux sortes d\u2019\u00e9tats \u00e9motionnels, pas plus&nbsp;: l\u2019attirance et la r\u00e9pulsion (lesquels correspondent \u00e0 des sensations de l\u2019esprit agr\u00e9ables et d\u00e9sagr\u00e9ables). Nous sommes esclaves de nos humeurs et n\u2019avons aucune libert\u00e9 r\u00e9elle du simple fait que nous ne connaissons pas la v\u00e9ritable nature de ces humeurs ou des choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. Lorsque nous aimons une chose, nous voulons nous en emparer, l\u2019accaparer. Lorsqu\u2019une chose nous r\u00e9pugne, nous cherchons \u00e0 la repousser, \u00e0 nous en d\u00e9barrasser. Tant que ces deux \u00e9tats \u00e9motionnels existent, l\u2019esprit n\u2019est pas libre. Tant qu\u2019il continue n\u00e9gligemment \u00e0 aimer ceci et \u00e0 d\u00e9tester cela, il ne pourra en aucun cas \u00eatre purifi\u00e9 et lib\u00e9r\u00e9 de la tyrannie de ses r\u00e9actions. C\u2019est pour cela que l\u2019enseignement le plus \u00e9lev\u00e9 du bouddhisme condamne l\u2019attachement aux choses attirantes ou r\u00e9pugnantes, et va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 condamner, en dernier ressort, l\u2019attachement au bien et au mal. Quand l\u2019esprit est purifi\u00e9 de ces deux r\u00e9actions \u00e9motionnelles, il devient ind\u00e9pendant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres religions recommandent simplement d\u2019\u00e9viter le mal et de s\u2019attacher au bien, de s\u2019y attacher jusqu\u2019\u00e0 inclure le bien par excellence&nbsp;: Dieu. Le bouddhisme va beaucoup plus loin en condamnant toute forme d\u2019attachement. L\u2019attachement au bien est une pratique juste \u00e0 un niveau interm\u00e9diaire mais, quoi que nous fassions, il ne pourra nous mener au niveau le plus \u00e9lev\u00e9. Au niveau le plus bas, nous \u00e9vitons le mal, ensuite nous faisons notre possible pour faire le bien mais, au niveau le plus \u00e9lev\u00e9, nous amenons l\u2019esprit \u00e0 s\u2019envoler au-del\u00e0 de la domination du bien et du mal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tant que l\u2019on est attach\u00e9 aux fruits des bonnes actions, il n\u2019y a pas de lib\u00e9ration totale de la souffrance car, tout comme une personne m\u00e9chante souffre proportionnellement \u00e0 sa m\u00e9chancet\u00e9, une bonne personne souffre proportionnellement \u00e0 sa bont\u00e9. Quand on est bon, on souffre comme les personnes bonnes peuvent souffrir. Un \u00eatre c\u00e9leste bon ressent la souffrance qui \u00e9choit aux \u00eatres c\u00e9lestes et m\u00eame un dieu souffre en fonction de sa nature divine. La lib\u00e9ration totale de la souffrance n\u2019intervient que lorsqu\u2019un \u00eatre est lib\u00e9r\u00e9 et qu\u2019il a m\u00eame d\u00e9pass\u00e9 ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;le bien&nbsp;\u00bb, pour devenir un&nbsp;<em>ariyan<\/em>, celui qui a transcend\u00e9 la condition humaine et fini par devenir un \u00eatre totalement parfait, un&nbsp;Arahant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme nous l\u2019avons vu, le bouddhisme est l\u2019enseignement du Bouddha, l\u2019Eveill\u00e9, et un bouddhiste est une personne qui met en pratique ses enseignements. En quoi le Bouddha a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e9veill\u00e9&nbsp;? Simplement dans la mesure o\u00f9 il a compris la v\u00e9ritable nature de toute chose. Le bouddhisme est donc l\u2019enseignement qui nous montre la v\u00e9rit\u00e9 de ce qui est. A nous de le pratiquer jusqu\u2019\u00e0 conna\u00eetre cette v\u00e9rit\u00e9 par nous-m\u00eames. Nous pouvons \u00eatre assur\u00e9s que, d\u00e8s que nous aurons atteint cette connaissance parfaite, tout d\u00e9sir dispara\u00eetra, car la connaissance s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 l\u2019ignorance dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le bouddhisme, chaque aspect de la pratique a pour but de d\u00e9velopper la connaissance. C\u2019est simplement pour acqu\u00e9rir cette connaissance que vous engagez votre esprit sur la voie de la pratique qui p\u00e9n\u00e9trera au c\u0153ur du Bouddha-Dhamma. Mais faites en sorte que ce soit une connaissance juste, obtenue par la claire vision p\u00e9n\u00e9trante, et non une connaissance mondaine, partielle, qui risque, par exemple, de prendre le mal pour le bien, et de croire qu\u2019une source de souffrance sera source de bonheur. Essayez vraiment de consid\u00e9rer les choses en termes de souffrance et vous en viendrez \u00e0 cette connaissance, progressivement, pas \u00e0 pas. Cette connaissance-l\u00e0 sera la connaissance du bouddhisme, bas\u00e9e sur de solides principes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En utilisant cette m\u00e9thode, une personne simple et sans \u00e9ducation sera capable de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019essence du bouddhisme, tandis qu\u2019un \u00e9rudit religieux, aux nombreux titres universitaires, totalement absorb\u00e9 par l\u2019\u00e9tude du&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;mais qui ne consid\u00e8re pas les choses de ce point de vue, peut ne pas du tout p\u00e9n\u00e9trer l\u2019enseignement. Ceux d\u2019entre nous qui sont dot\u00e9s d\u2019une certaine intelligence devraient \u00eatre en mesure d\u2019\u00e9tudier et observer les choses \u00e0 fond, jusqu\u2019\u00e0 en conna\u00eetre la v\u00e9ritable nature. Nous devons observer absolument tous les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous rencontrons, en comprendre la nature, mais aussi trouver la source de la souffrance qu\u2019ils causent, cette souffrance qui nous enflamme et nous br\u00fble. S\u2019\u00e9tablir dans l\u2019attention, observer et attendre, examiner, comme cela a \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9, la souffrance qui nous arrive&nbsp;: telle est la meilleure fa\u00e7on de p\u00e9n\u00e9trer le Bouddha-Dhamma. C\u2019est beaucoup plus profitable que de l\u2019\u00e9tudier \u00e0 partir du <em>Tipitaka<\/em>. S\u2019employer activement \u00e0 \u00e9tudier le Dhamma dans le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, du point de vue linguistique ou litt\u00e9raire, ne permet en aucun cas de d\u00e9couvrir la v\u00e9ritable nature des choses. Bien entendu, le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;est rempli d\u2019explications sur la nature des choses, mais le probl\u00e8me est que les gens les \u00e9coutent \u00e0 la mani\u00e8re des perroquets, pour les r\u00e9p\u00e9ter plus tard, comme ils auront pu les retenir. Ils sont incapables de p\u00e9n\u00e9trer eux-m\u00eames la v\u00e9ritable nature des choses. Si, au contraire, ils pratiquaient l\u2019introspection et d\u00e9couvraient par eux-m\u00eames comment fonctionne l\u2019esprit, si leur propre exemple les amenait \u00e0 voir de pr\u00e8s le m\u00e9canisme de ces pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit, de la souffrance, de la nature \u2013 autrement dit, de tout ce qui fait leur vie \u2013 ils seraient alors en mesure de p\u00e9n\u00e9trer le v\u00e9ritable Bouddha-Dhamma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un individu peut tr\u00e8s bien n\u2019avoir jamais lu ou entendu parler du&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, s\u2019il s\u2019astreint \u00e0 une observation approfondie \u00e0 chaque fois que la souffrance vient le br\u00fbler, on peut dire de lui qu\u2019il \u00e9tudie le <em>Tipitaka<\/em>&nbsp;directement et beaucoup plus correctement que les gens qui le lisent. Ces derniers peuvent se contenter de caresser chaque jour les livres, sans avoir conscience du Dhamma immortel qu\u2019ils contiennent. De m\u00eame, nous avons notre propre personne \u00e0 disposition \u00e0 chaque instant, mais nous nous engageons dans toutes sortes de choses sans rien savoir de nous-m\u00eames, sans \u00eatre capables de r\u00e9gler nos propres probl\u00e8mes. Nous sommes toujours sujets \u00e0 la souffrance, prisonniers de la convoitise qui vient augmenter cette souffrance chaque jour de notre vie, simplement parce que nous ne connaissons toujours pas le fonctionnement de notre esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est extr\u00eamement difficile de comprendre le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;et les v\u00e9rit\u00e9s profondes qu\u2019il renferme, alors commen\u00e7ons plut\u00f4t par \u00e9tudier le Bouddha-Dhamma en apprenant \u00e0 conna\u00eetre notre v\u00e9ritable nature. Apprenons \u00e0 conna\u00eetre toutes les choses qui constituent ce corps et cet esprit. Apprenons les le\u00e7ons de la vie, cette vie qui tourne sans fin dans le cycle du d\u00e9sir, de l\u2019action li\u00e9e au d\u00e9sir, de la soif des fruits de l\u2019action, lesquels renforcent \u00e0 nouveau l\u2019envie d\u2019en avoir toujours plus, et ainsi de suite \u00e0 l\u2019infini&nbsp;; cette vie soumise au cercle vicieux du&nbsp;<em>sams\u0101ra<\/em>, l\u2019oc\u00e9an de souffrance, purement et simplement \u00e0 cause de l\u2019ignorance de la v\u00e9ritable nature des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, le bouddhisme est une m\u00e9thode pratique et structur\u00e9e dont le but est de nous r\u00e9v\u00e9ler les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. Une fois que nous avons vu leur v\u00e9ritable nature, nous n\u2019avons plus besoin de personne pour nous enseigner ou nous aider, nous pouvons continuer \u00e0 pratiquer seuls. Le progr\u00e8s que nous faisons sur la Voie de l\u2019<em>ariyan<\/em>&nbsp;suit le rythme auquel nous \u00e9liminons les pollutions de l\u2019esprit et nous abandonnons les actions erron\u00e9es. Finalement, nous atteindrons ce qui peut arriver de mieux \u00e0 un \u00eatre humain, ce que l\u2019on appelle le fruit de la Voie, le Nirvana. Nous pouvons y parvenir seuls, simplement en apprenant \u00e0 comprendre le sens ultime de la v\u00e9ritable nature des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre III<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>LES TROIS CARACT\u00c9RISTIQUES UNIVERSELLES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 pr\u00e9sent nous allons \u00e9tudier en d\u00e9tail les trois caract\u00e9ristiques communes \u00e0 toutes choses&nbsp;: l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction (ou la souffrance) et le non-soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout change constamment dans ce monde, tout est instable. La caract\u00e9ristique de toute chose est de n\u2019apporter qu\u2019insatisfaction, d\u00e9sillusion et d\u00e9senchantement \u00e0 qui en per\u00e7oit clairement la nature impermanente. Enfin, rien ne permet de dire que quoi que ce soit dans ce monde nous appartienne en propre. Les choses paraissent \u00ab&nbsp;personnelles&nbsp;\u00bb aux yeux non avertis mais, d\u00e8s que notre vision s\u2019\u00e9claircit et se pr\u00e9cise, nous r\u00e9alisons qu\u2019il n\u2019existe aucune entit\u00e9 personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son enseignement, le Bouddha a tout particuli\u00e8rement mis l\u2019accent sur ces trois caract\u00e9ristiques. L\u2019enseignement tout entier peut se r\u00e9sumer simplement \u00e0 un regard p\u00e9n\u00e9trant sur l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et le non-soi. Parfois ces \u00e9l\u00e9ments sont mentionn\u00e9s explicitement, parfois exprim\u00e9s dans d\u2019autres termes mais, fondamentalement, ils visent \u00e0 d\u00e9montrer la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9. L\u2019impermanence de toute chose avait \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e avant l\u2019\u00e9poque du Bouddha mais n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e aussi profond\u00e9ment qu\u2019il l\u2019a fait. De m\u00eame l\u2019insatisfaction avait \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e, mais pas dans toues ses facettes. Elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e du point de vue de la causalit\u00e9, et aucun enseignement n\u2019avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 pour permettre de l\u2019\u00e9radiquer compl\u00e8tement et d\u00e9finitivement. Les ma\u00eetres qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le Bouddha n\u2019en avaient pas compris la v\u00e9ritable nature comme il le fit lors de son \u00c9veil. Quant au non-soi, au sens ultime du terme, il n\u2019est enseign\u00e9 que dans le bouddhisme. Seul le Bouddha, gr\u00e2ce \u00e0 une compr\u00e9hension totale et profonde de \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de la v\u00e9ritable nature des choses, a enseign\u00e9 que quiconque a parfaitement compris \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb saura que rien, absolument rien n\u2019est \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb ou n\u2019appartient \u00e0 un soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe de nombreuses techniques pour permettre de d\u00e9velopper une vision p\u00e9n\u00e9trante de ces trois caract\u00e9ristiques et, immanquablement, un simple fait se r\u00e9v\u00e9lera alors aussit\u00f4t&nbsp;: rien ne justifie la convoitise et l\u2019attachement, rien ne vaut la peine que nous voulions absolument l\u2019obtenir, le poss\u00e9der ou le devenir. Bref&nbsp;: rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu, rien de vaut la peine de devenir ou d\u2019\u00eatre v\u00e9cu. Ce n\u2019est que lorsque l\u2019on comprend que poss\u00e9der ou \u00eatre quoi que ce soit n\u2019est qu\u2019une illusion, une tromperie, un mirage, que rien n\u2019en vaut la peine, que l\u2019on atteint la v\u00e9ritable vision p\u00e9n\u00e9trante de l\u2019impermanence, de l\u2019insatisfaction et du non-soi. Vous pouvez r\u00e9citer du matin au soir \u00ab&nbsp;<em>anicca, dukkha, anatt\u0101&nbsp;\u00bb<\/em>, des centaines et des milliers de fois, sans \u00eatre capable de comprendre et de voir ces caract\u00e9ristiques. De par leur nature, il est impossible de vraiment les voir si on se contente de les entendre ou de les r\u00e9citer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vision p\u00e9n\u00e9trante intuitive, que nous appelons aussi \u00ab&nbsp;vision du Dhamma&nbsp;\u00bb, est tr\u00e8s diff\u00e9rente de la pens\u00e9e rationnelle, laquelle ne permettra jamais de voir le Dhamma. La vision p\u00e9n\u00e9trante intuitive ne peut s\u2019obtenir qu\u2019au moyen d\u2019une r\u00e9alisation int\u00e9rieure authentique. Supposons, par exemple, que nous examinions une situation&nbsp;dans laquelle nous nous sommes laiss\u00e9 entra\u00eener et qui nous a ensuite fait souffrir. Si, en observant de pr\u00e8s le cours des \u00e9v\u00e9nements, nous ressentons un r\u00e9el d\u00e9senchantement, une lassitude, une d\u00e9sillusion, nous pourrons dire que nous avons vu le Dhamma ou que nous avons obtenu une perception claire des choses. Cette perception peut se d\u00e9velopper, avec le temps, jusqu\u2019\u00e0 se perfectionner et avoir le pouvoir de nous lib\u00e9rer de toutes choses. Si vous r\u00e9p\u00e9tez \u00ab&nbsp;<em>anicca, dukkha, anatt\u0101<\/em>&nbsp;\u00bb ou que vous examinez les trois caract\u00e9ristiques jour et nuit mais sans jamais vous lasser des choses, sans perdre le d\u00e9sir d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre quelque chose, ou le d\u00e9sir de vous saisir des choses, vous n\u2019avez pas encore atteint la vision p\u00e9n\u00e9trante. En r\u00e9sum\u00e9, la perception claire de l\u2019impermanence, de l\u2019insatisfaction et du non-soi consiste \u00e0 r\u00e9aliser que rien de vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe un mot, dans le bouddhisme, qui traduit exactement cela, c\u2019est le mot \u00ab&nbsp;<em>su\u00f1\u00f1ata<\/em>&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;vide&nbsp;\u00bb, vide de soi, vide d\u2019une essence \u00e0 laquelle nous aurions le droit de nous cramponner de toutes nos forces comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;n\u00f4tre&nbsp;\u00bb. L\u2019observation qui m\u00e8ne \u00e0 la vision claire que tout est d\u00e9nu\u00e9 d\u2019essence est le noyau central, la cl\u00e9 de la pratique du bouddhisme. Lorsque nous avons compris r\u00e9ellement que tout, absolument tout, est d\u00e9nu\u00e9 de \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb, nous pouvons dire que nous connaissons le Bouddha-Dhamma \u00e0 fond. La simple expression \u00ab&nbsp;vide de soi&nbsp;\u00bb r\u00e9sume l\u2019impermanence (<em>anicca<\/em>), l\u2019insatisfaction (<em>dukkha<\/em>) et le non-soi (<em>anatt\u0101<\/em>). Quand une chose est en perp\u00e9tuelle \u00e9volution, d\u00e9nu\u00e9e de tout \u00e9l\u00e9ment permanent et stable, on peut aussi dire qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;vide&nbsp;\u00bb. Quand on voit qu\u2019elle est capable de nous induire en erreur, on peut la d\u00e9crire comme vide de toute entit\u00e9 \u00e0 laquelle nous aurions le droit de nous cramponner. Et lorsque nous d\u00e9couvrons, apr\u00e8s examen, que cette chose ne poss\u00e8de aucun \u00e9l\u00e9ment stable qui serait son essence, que ce n\u2019est qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment de la nature qui change et qui fluctue selon les lois de la nature que nous n\u2019avons aucune raison de dire \u00ab&nbsp;n\u00f4tres&nbsp;\u00bb, il ne nous reste qu\u2019\u00e0 conclure que cette chose est d\u00e9pourvue de soi. D\u00e8s qu\u2019un individu en vient \u00e0 percevoir le vide de toute chose, na\u00eet en lui la r\u00e9alisation rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Ce sentiment a le pouvoir de le prot\u00e9ger de la domination des pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit et des r\u00e9actions \u00e9motionnelles. Lorsqu\u2019un individu a atteint ce niveau, il lui devient impossible d\u2019avoir un \u00e9tat d\u2019esprit malsain, il ne se laisse plus entra\u00eener \u00e0 r\u00e9agir brusquement \u00e0 quoi que ce soit, rien ne peut plus l\u2019attirer ou le s\u00e9duire. Son esprit d\u00e9couvre une libert\u00e9 et une ind\u00e9pendance permanentes, et il est lib\u00e9r\u00e9 de toute souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette phrase \u00ab&nbsp;rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu&nbsp;\u00bb doit \u00eatre comprise dans sa signification particuli\u00e8re. Les mots \u00ab&nbsp;obtenu&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;v\u00e9cu&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8rent ici au fait de chercher \u00e0 poss\u00e9der et \u00e0 exister avec un esprit confus, avide et possessif. Nous ne sugg\u00e9rons pas de vivre sans \u00ab&nbsp;avoir&nbsp;\u00bb ni \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb quoi que ce soit. Il y a des choses dont on ne peut g\u00e9n\u00e9ralement pas se passer&nbsp;: une propri\u00e9t\u00e9, des enfants, une \u00e9pouse, un jardin, des champs, etc. On se sent oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre bon&nbsp;; on ne peut s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre un gagnant ou un perdant, ni d\u2019avoir une condition sociale ou une autre&nbsp;; on ne peut \u00e9viter d\u2019\u00eatre une chose ou une autre. Pourquoi, alors, nous apprend-on \u00e0 consid\u00e9rer les choses comme n\u2019ayant aucune valeur&nbsp;? Voici la r\u00e9ponse&nbsp;: les concepts \u00ab&nbsp;avoir&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb sont purement relatifs, ce sont des id\u00e9es de ce monde bas\u00e9es sur l\u2019ignorance. En termes de r\u00e9alit\u00e9 pure ou de v\u00e9rit\u00e9 absolue, nous ne pouvons rien avoir ni \u00eatre. Pourquoi&nbsp;? Simplement parce que la personne qui veut poss\u00e9der et la chose \u00e0 poss\u00e9der sont toutes deux impermanentes, insatisfaisantes et n\u2019appartiennent \u00e0 personne. Pourtant un individu qui ne per\u00e7oit pas cela pensera naturellement&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019obtiens ceci, j\u2019ai cela, je suis ainsi \u00bb. Nous pensons automatiquement en ces termes et c\u2019est ce concept m\u00eame qui est \u00e0 la source de notre d\u00e9sespoir et de notre malheur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avoir et \u00eatre repr\u00e9sentent une forme de d\u00e9sir, le d\u00e9sir de ne pas laisser la chose que l\u2019on est en train d\u2019acqu\u00e9rir ou d\u2019\u00eatre, dispara\u00eetre ou s\u2019\u00e9loigner. La souffrance na\u00eet du d\u00e9sir d\u2019avoir et du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre \u2013 bref, du d\u00e9sir. Quant au d\u00e9sir, il na\u00eet de l\u2019ignorance du fait que, fondamentalement, les choses n\u2019ont rien de d\u00e9sirable. La fausse id\u00e9e selon laquelle les choses sont d\u00e9sirables appara\u00eet, comme un instinct, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, et engendre le d\u00e9sir. Suite \u00e0 ce d\u00e9sir, des actions seront entreprises et des r\u00e9sultats obtenus, satisfaisants ou pas. Si notre d\u00e9sir est satisfait, il engendrera un d\u00e9sir encore plus grand&nbsp;; dans le cas contraire, il y aura in\u00e9vitablement lutte et efforts jusqu\u2019\u00e0 ce que, d\u2019une mani\u00e8re ou une autre, le d\u00e9sir soit satisfait. Cette attitude nous encha\u00eene \u00e0 un cercle vicieux&nbsp;: action (karma), r\u00e9sultat, action, r\u00e9sultat \u2013 c\u2019est ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la roue du <em>sams\u0101ra<\/em>&nbsp;\u00bb. Le mot&nbsp;<em>sams\u0101ra<\/em>&nbsp;ne se r\u00e9f\u00e8re pas, comme on le croit souvent, \u00e0 un cercle sans fin d\u2019une existence physique apr\u00e8s l\u2019autre. Il se r\u00e9f\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 au cercle vicieux de trois \u00e9l\u00e9ments&nbsp;: le d\u00e9sir, l\u2019action qui na\u00eet de ce d\u00e9sir, et les effets qui r\u00e9sultent de l\u2019action. Ensuite il y a l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 cesser de d\u00e9sirer \u2013 comme une obligation de d\u00e9sirer \u00e0 nouveau \u2013 qui entra\u00eene une nouvelle action et un autre effet, lequel ne fait qu\u2019augmenter encore le d\u00e9sir, et ainsi de suite \u00e0 l\u2019infini. Le Bouddha a appel\u00e9 cela la \u00ab&nbsp;roue&nbsp;\u00bb du <em>sams\u0101ra<\/em>&nbsp;parce que c\u2019est un cercle sans fin qui continue \u00e0 tourner. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de ce cercle que nous devons endurer souffrance et tourments. R\u00e9ussir \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 ce cercle vicieux, c\u2019est atteindre la lib\u00e9ration de toutes les formes de souffrance, autrement dit, le Nirvana. Que l\u2019on soit pauvre ou millionnaire, roi ou empereur, \u00eatre c\u00e9leste ou dieu, tant que l\u2019on est pris dans ce cercle vicieux, on ne peut \u00e9viter la souffrance et le tourment qui correspondent au d\u00e9sir. C\u2019est pourquoi nous pouvons dire que cette roue du <em>sams\u0101ra<\/em>&nbsp;regorge de souffrance. Pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, nous ne pouvons nous contenter de&nbsp;<em>s\u012bla<\/em>, la moralit\u00e9&nbsp;ou vertu ; nous devons nous appuyer sur les principes les plus \u00e9lev\u00e9s du Dhamma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons vu que la souffrance na\u00eet de la soif du d\u00e9sir, comme le Bouddha l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 dans sa Seconde Noble V\u00e9rit\u00e9. Nous verrons maintenant que cette \u00ab&nbsp;soif&nbsp;\u00bb se d\u00e9cline sous trois formes. La premi\u00e8re est le d\u00e9sir sensoriel&nbsp;: d\u00e9sirer des choses \u2013 formes, couleurs, sons, parfums, saveurs ou objets tactiles \u2013 et y trouver du plaisir. La seconde forme est le d\u00e9sir de devenir, d\u2019exister en tant que ceci ou cela, selon nos souhaits. La troisi\u00e8me est le d\u00e9sir de ne pas devenir, de ne pas exister en tant que ceci ou cela. En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019y a que ces trois formes de d\u00e9sir. Je d\u00e9fie quiconque de trouver un d\u00e9sir qui n\u2019entre pas dans l\u2019une de ces trois cat\u00e9gories.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pouvons tous constater que, l\u00e0 o\u00f9 il y a d\u00e9sir, il y a souffrance&nbsp;: quand nous sommes pouss\u00e9s \u00e0 agir sur l\u2019impulsion d\u2019un d\u00e9sir, nous souffrons immanquablement en proportion de l\u2019action entreprise et puis, ayant obtenu un r\u00e9sultat, nous sommes incapables de mettre fin \u00e0 notre d\u00e9sir et nous poursuivons notre qu\u00eate. La raison pour laquelle nous sommes forc\u00e9s de continuer \u00e0 souffrir, c\u2019est que nous ne sommes pas encore lib\u00e9r\u00e9s du d\u00e9sir, nous en sommes les esclaves. Ainsi un m\u00e9chant homme fait du mal parce qu\u2019il d\u00e9sire faire du mal et souffre ensuite&nbsp;proportionnellement \u00e0&nbsp;sa m\u00e9chancet\u00e9&nbsp;; de la m\u00eame mani\u00e8re, un homme bon d\u00e9sire faire du bien et souffre d\u2019un autre type de souffrance,&nbsp;proportionnellement \u00e0 sa bont\u00e9. Attention, n\u2019allez pas croire qu\u2019il ne faut pas faire le bien&nbsp;! Cet enseignement nous montre simplement qu\u2019il existe des degr\u00e9s de souffrance tr\u00e8s subtils, imperceptibles \u00e0 l\u2019individu moyen. Nous devons suivre les conseils du Bouddha&nbsp;:&nbsp;si nous voulons nous lib\u00e9rer compl\u00e8tement de la souffrance, faire du bien ne suffit pas. Il est indispensable d\u2019accomplir des choses qui vont plus loin, au-del\u00e0 des bonnes actions&nbsp;; des choses qui permettront de lib\u00e9rer l\u2019esprit de sa condition d\u2019asservissement aux d\u00e9sirs de toutes sortes. Telle est la quintessence de l\u2019enseignement du Bouddha et nous devons bien nous en souvenir. R\u00e9ussir \u00e0 nous affranchir de ces trois formes de d\u00e9sir, c\u2019est atteindre la lib\u00e9ration compl\u00e8te de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment pouvons-nous \u00e9liminer la soif du d\u00e9sir, l\u2019\u00e9radiquer et y mettre fin pour de bon&nbsp;? La r\u00e9ponse est simple&nbsp;: observer et prendre note de l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction (ou souffrance) et le non-soi, jusqu\u2019\u00e0 voir clairement que rien de vaut la peine d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9. Qu\u2019y a-t-il qui vaille la peine d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre&nbsp;?&nbsp;Qu\u2019y a-t-il qui n\u2019engendre pas une forme de souffrance une fois obtenu&nbsp;? Posez-vous cette question&nbsp;: qu\u2019y a-t-il que vous puissiez obtenir ou devenir sans entra\u00eener d\u00e9tresse ou angoisse&nbsp;? Pensez-y bien. Le fait d\u2019avoir une femme et des enfants engendre-t-il la gaiet\u00e9 de c\u0153ur et la libert\u00e9 ou, au contraire, toutes sortes de responsabilit\u00e9s&nbsp;? Le fait d\u2019avoir obtenu une haute position sociale vous donne-t-il automatiquement la paix et le calme ou, au contraire, de lourdes obligations&nbsp;? Quand on consid\u00e8re les choses sous cet angle, on se rend vite compte que tout cela n\u2019apporte que fardeau et responsabilit\u00e9. Pourquoi&nbsp;? Tout, absolument tout, est fardeau, du simple fait des caract\u00e9ristiques d\u2019impermanence, d\u2019insatisfaction et de non-soi. Une fois que nous avons obtenu une certaine chose, nous devons veiller \u00e0 la garder, nous assurer qu\u2019elle est bien comme nous le voulons ou qu\u2019elle nous est profitable. Mais cette chose, de par sa nature, est impermanente, insatisfaisante et n\u2019appartient \u00e0 personne. Elle ne peut se conformer \u00e0 nos objectifs et \u00e0 nos desseins personnels&nbsp;; elle ne peut que changer en fonction de sa nature. Tous nos efforts ne sont alors qu\u2019une tentative de nous opposer et de r\u00e9sister \u00e0 la loi du changement&nbsp;; or la vie, v\u00e9cue comme une tentative de faire se conformer les choses \u00e0 nos souhaits, est pleine de difficult\u00e9s et de souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe une technique pour prendre conscience que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Elle consiste \u00e0 examiner les choses assez profond\u00e9ment pour d\u00e9couvrir que, en pr\u00e9sence de la convoitise, nous sommes attir\u00e9s par l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre, tandis que, lorsque le d\u00e9sir a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 la vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses, notre attitude est tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Prenons un exemple facile&nbsp;: la nourriture. Un homme qui mange avec avidit\u00e9 et recherche les saveurs d\u00e9licieuses se distingue, par certains traits, de celui qui mange sans d\u00e9sir mais avec la compr\u00e9hension claire ou vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses. Leur fa\u00e7on de manger est n\u00e9cessairement diff\u00e9rente, leurs sensations quand ils mangent sont n\u00e9cessairement diff\u00e9rentes, et il en va de m\u00eame pour les r\u00e9sultats engendr\u00e9s par le fait de manger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qu\u2019il faut comprendre, \u00e0 pr\u00e9sent, c\u2019est que l\u2019on peut se nourrir m\u00eame si on a perdu tout d\u00e9sir pour les saveurs d\u00e9licieuses. Le Bouddha et les&nbsp;Arahants, qui \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9s du d\u00e9sir, \u00e9taient tout de m\u00eame capables de faire des choses et d\u2019\u00eatre&nbsp;; ils effectuaient leurs t\u00e2ches et en faisaient bien plus qu\u2019aucun d\u2019entre nous avec tous nos d\u00e9sirs. En vertu de quel pouvoir pouvaient-ils faire cela \u2013 autrement dit, \u00e0 quoi correspondait chez eux la force de la convoitise et du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre ceci ou cela, qui nous pousse \u00e0 agir&nbsp;? La r\u00e9ponse est qu\u2019ils agissaient en vertu du pouvoir de la vision p\u00e9n\u00e9trante, la connaissance claire et profonde de \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb ou v\u00e9ritable nature des choses. Ils ne d\u00e9siraient rien obtenir ou poss\u00e9der pour eux-m\u00eames, et leur bienveillance et leur sagesse ont profit\u00e9 aux autres. C\u2019est ainsi qu\u2019ils ont pu transmettre leurs enseignements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00catre lib\u00e9r\u00e9 de la convoitise a de nombreux \u00e0-c\u00f4t\u00e9s positifs. Un corps et un esprit lib\u00e9r\u00e9s de la convoitise peuvent rechercher la nourriture et manger en \u00e9tant motiv\u00e9s par un discernement intelligent et non, comme avant, par le d\u00e9sir. Si nous voulons nous lib\u00e9rer de la souffrance en suivant les traces du Bouddha et des Arahants, nous devons nous exercer \u00e0 agir avec discernement plut\u00f4t qu\u2019avec convoitise. Si vous \u00eates \u00e9tudiant, apprenez \u00e0 distinguer le bien du mal et v\u00e9rifiez qu\u2019\u00e9tudier est ce que vous avez de mieux \u00e0 faire. Si vous avez un travail, apprenez \u00e0 distinguer le bien du mal, assurez-vous que ce travail est ce que pouvez faire de mieux et qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie \u00e0 toutes les personnes concern\u00e9es. Ensuite, faites-le bien, avec tout le d\u00e9tachement et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 que votre vision p\u00e9n\u00e9trante peut procurer. Si nous faisons quelque chose en \u00e9tant motiv\u00e9s par le d\u00e9sir, nous sommes inquiets en le faisant et inquiets quand c\u2019est fini&nbsp;; tandis que, si nous nous laissons guider par le discernement, nous ne sommes pas inquiets du tout. Voil\u00e0 la diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est donc essentiel que nous soyons toujours conscients qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 tout est impermanent, insatisfaisant et d\u00e9pourvu de soi, c\u2019est-\u00e0-dire que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Si nous devons nous engager dans ce monde, faisons-le avec discernement&nbsp;; ainsi nos actions ne seront pas contamin\u00e9es par le d\u00e9sir. Si nous agissons avec sagesse, nous serons lib\u00e9r\u00e9s de la souffrance, du d\u00e9but \u00e0 la fin. L\u2019esprit ne cherchera pas aveugl\u00e9ment \u00e0 se saisir des choses et \u00e0 se les approprier comme si elles en valaient la peine. Nous serons assur\u00e9s d\u2019agir la conscience en \u00e9veil mais \u00e9galement en mesure de vivre selon la tradition, les coutumes ou les lois. Par exemple, m\u00eame si nous poss\u00e9dons des terres, nous ne sommes pas oblig\u00e9s d\u2019avoir un comportement possessif&nbsp;; il est inutile de nous y attacher au point qu\u2019elles nous deviennent un fardeau pesant qui nous tourmente l\u2019esprit. La loi a pour mission de veiller \u00e0 ce que ces terres restent en notre possession&nbsp;; alors inutile de nous angoisser, elles ne vont pas nous glisser entre les doigts et dispara\u00eetre. M\u00eame si quelqu\u2019un venait nous les prendre, nous pourrions certainement nous y opposer et les prot\u00e9ger intelligemment. Nous pouvons r\u00e9sister sans col\u00e8re, sans nous laisser br\u00fbler par les flammes de la haine. Nous pouvons nous appuyer sur la loi et opposer notre propre r\u00e9sistance, sans qu\u2019il soit n\u00e9cessaire de souffrir. Bien s\u00fbr que nous devons veiller \u00e0 notre propri\u00e9t\u00e9, mais si vraiment elle devait nous \u00eatre arrach\u00e9e, il ne servirait \u00e0 rien de nous laisser aller \u00e0 de grandes \u00e9motions. Tout est impermanent, en perp\u00e9tuel changement. Lorsque nous comprenons bien cela, nous n\u2019avons plus besoin de nous inqui\u00e9ter de rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il en est de m\u00eame pour \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb. Il est inutile de s\u2019attacher \u00e0 notre \u00e9tat d\u2019\u00eatre ceci ou cela parce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il n\u2019existe aucun \u00e9tat satisfaisant. Toutes les circonstances sont charg\u00e9es, en puissance, d\u2019une forme de souffrance ou d\u2019une autre. Il y a une technique tr\u00e8s simple que nous \u00e9tudierons plus tard qui s\u2019appelle <em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;et qui est la pratique directe du Dhamma. C\u2019est une introspection tr\u00e8s fine qui r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il n\u2019y a rien qui vaille la peine d\u2019\u00eatre ou qu\u2019il n\u2019y a r\u00e9ellement aucun \u00e9tat d\u2019\u00eatre satisfaisant. Consid\u00e9rez vous-m\u00eames cette question, voyez si vous pouvez trouver ne serait-ce qu\u2019une situation ou un \u00e9tat d\u2019\u00eatre satisfaisant&nbsp;: \u00eatre fils&nbsp;? Parent&nbsp;? Mari&nbsp;? \u00c9pouse&nbsp;? Patron&nbsp;? Employ\u00e9&nbsp;? Y en a-t-il un qui soit agr\u00e9able&nbsp;? M\u00eame \u00eatre dans une situation avantageuse, \u00eatre celui qui a la main haute sur les autres, le gagnant \u2013 est-ce agr\u00e9able&nbsp;? La condition d\u2019\u00eatre humain est-elle agr\u00e9able&nbsp;? Et m\u00eame la condition d\u2019\u00eatre c\u00e9leste ou de dieu, serait-elle agr\u00e9able&nbsp;? Lorsque vous avez vraiment compris \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb, vous d\u00e9couvrez qu\u2019absolument rien n\u2019est agr\u00e9able. Nous trouvons une satisfaction aveugle \u00e0 avoir et \u00e0 \u00eatre, mais pourquoi continuer \u00e0 risquer notre vie \u00e0 agir inconsid\u00e9r\u00e9ment sur l\u2019impulsion du d\u00e9sir&nbsp;? Il nous faut comprendre les choses et vivre avec sagesse, ne nous engageant dans la vie que de mani\u00e8re \u00e0 causer un minimum de souffrance ou, mieux encore, aucune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et maintenant venons-en \u00e0 un autre point important&nbsp;: nous devons faire savoir \u00e0 ceux qui nous entourent, \u00e0 nos amis, et en particulier \u00e0 notre famille et \u00e0 nos proches, quelle est la v\u00e9ritable nature des choses, de sorte qu\u2019ils adoptent la m\u00eame vue juste que nous. Ainsi il n\u2019y aura pas de bouleversements dans la famille, dans la ville, dans le pays et, en fin de compte, dans le monde. L\u2019esprit de chaque individu sera immunis\u00e9 contre le d\u00e9sir, il ne cherchera pas \u00e0 s\u2019approprier ou \u00e0 s\u2019attacher des objets ou des personnes. Au contraire, la vie sera guid\u00e9e par la vision p\u00e9n\u00e9trante, par la vision toujours pr\u00e9sente et claire qu\u2019il n\u2019y a, en r\u00e9alit\u00e9, rien que nous puissions nous approprier et nous attacher. Tout le monde parviendra \u00e0 r\u00e9aliser que tout, en ce monde, est impermanent, insatisfaisant et d\u00e9pourvu d\u2019un soi et, en cons\u00e9quence, que rien ne justifie que l\u2019on se laisse happer dans le cercle vicieux. C\u2019est \u00e0 nous d\u2019avoir le bon sens de l\u00e2cher prise, d\u2019adopter une vision juste, en rapport avec les enseignements du Bouddha. Celui qui agit ainsi m\u00e9rite d\u2019\u00eatre appel\u00e9 un vrai bouddhiste. M\u00eame s\u2019il ne devient jamais moine et ne prend pas m\u00eame les pr\u00e9ceptes, il aura p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 vraiment le Bouddha, le Dhamma et le Sangha. Son esprit sera identique \u00e0 celui du Bouddha, du Dhamma et du Sangha&nbsp;: immacul\u00e9, \u00e9veill\u00e9 et paisible en vertu du non attachement \u00e0 des choses qu\u2019il ne consid\u00e8re plus comme valant la peine d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre. Ainsi il est possible de devenir un authentique bouddhiste \u00e0 part enti\u00e8re, simplement gr\u00e2ce \u00e0 cette technique qui consiste \u00e0 observer, \u00e0 percevoir l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et le non-soi, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9aliser que rien ne vaut la peine d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre quoi que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les formes les plus viles du mal prennent naissance et sont renforc\u00e9es par le d\u00e9sir d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre&nbsp;quelque chose ; des formes moins virulentes du mal sont engendr\u00e9es par des actions moins fortement motiv\u00e9es par le d\u00e9sir&nbsp;; et toutes les formes du bien proviennent d\u2019actions bas\u00e9es sur une forme de d\u00e9sir tr\u00e8s subtil, tr\u00e8s raffin\u00e9, un d\u00e9sir d\u2019\u00eatre ou d\u2019avoir \u00e0 un niveau positif. M\u00eame dans ses formes les plus \u00e9lev\u00e9es, le bien est bas\u00e9 sur le d\u00e9sir mais un d\u00e9sir si t\u00e9nu que les gens ne le consid\u00e8rent pas comme mauvais. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019une bonne action n\u2019apportera jamais la lib\u00e9ration de la souffrance. Celui qui s\u2019est totalement lib\u00e9r\u00e9 du d\u00e9sir, l\u2019Arahant, a cess\u00e9 d\u2019agir sur l\u2019impulsion du d\u00e9sir, il est devenu incapable de faire le mal&nbsp;; ses actions se situent au-del\u00e0 des cat\u00e9gories du bien et du mal&nbsp;; il est ainsi compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci est un des principes fondamentaux du bouddhisme. Que nous soyons capables de l\u2019appliquer ou non, que nous le voulions ou non, telle est la voie de la lib\u00e9ration de la souffrance. Il se peut qu\u2019aujourd\u2019hui vous n\u2019en vouliez pas mais, un jour ou l\u2019autre, in\u00e9vitablement, vous y viendrez. Lorsque nous avons compl\u00e8tement abandonn\u00e9 le mal et que nous avons fait tout le bien que nous pouvions, l\u2019esprit demeure embourb\u00e9 dans toutes sortes de d\u00e9sirs flous, et il n\u2019existe aucun moyen de s\u2019en d\u00e9barrasser, sinon s\u2019efforcer d\u2019aller au-del\u00e0 du d\u00e9sir d\u2019avoir ou d\u2019\u00eatre quoi que ce soit, bon ou mauvais. Pour que vienne le Nirvana, la lib\u00e9ration de la souffrance sous toutes ses formes, il doit y avoir une absence totale et absolue de d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, savoir \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb au sens ultime du terme, c\u2019est voir partout l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et l\u2019absence de soi. Lorsque nous sommes r\u00e9ellement persuad\u00e9s de cela, l\u2019esprit parvient \u00e0 voir les choses de telle mani\u00e8re qu\u2019il ne s\u2019y cramponne plus. Alors, si nous devons nous engager dans le monde en \u00ab&nbsp;ayant&nbsp;\u00bb et en \u00ab&nbsp;\u00e9tant&nbsp;\u00bb quelque chose, nous pouvons le faire intelligemment, motiv\u00e9s par la vision p\u00e9n\u00e9trante et non par le d\u00e9sir. En agissant ainsi nous demeurons libres de toute souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre VI<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>CONVOITISE ET ATTACHEMENT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment pouvons-nous \u00e9chapper aux choses et en devenir compl\u00e8tement ind\u00e9pendants, libres de ces choses qui sont toutes passag\u00e8res, insatisfaisantes et d\u00e9nu\u00e9es de soi&nbsp;? La r\u00e9ponse est que nous devons d\u00e9couvrir la&nbsp;<strong>cause&nbsp;<\/strong>de nos d\u00e9sirs et de notre attachement \u00e0 ces choses. En connaissant la cause, nous serons \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9liminer compl\u00e8tement son effet&nbsp;: la convoitise. Les bouddhistes reconnaissent l\u2019existence de quatre formes de convoitise ou attachement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1) L\u2019attachement sensoriel <\/strong>(<em>k\u0101m\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se r\u00e9f\u00e8re aux objets des sens attirants et d\u00e9sirables. C\u2019est l\u2019attachement que nous \u00e9prouvons tout naturellement pour les choses que nous aimons et qui nous donnent satisfaction&nbsp;: couleurs, formes, sons, odeurs, saveurs, objets tactiles ou images mentales \u2013 objets pass\u00e9s, pr\u00e9sents ou futurs qui viennent \u00e0 l\u2019esprit et correspondent \u00e0 des objets du monde mat\u00e9riel, du corps ou de l\u2019imagination. D\u2019instinct nous \u00e9prouvons du plaisir, nous nous d\u00e9lectons au contact de ces objets des sens. Ils font les d\u00e9lices de l\u2019esprit qui les per\u00e7oit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s sa naissance, un individu apprend \u00e0 conna\u00eetre le go\u00fbt des six objets des sens et \u00e0 s\u2019y attacher&nbsp;; au fil des ann\u00e9es il s\u2019y attache de plus en plus. La majorit\u00e9 des gens est incapable d\u2019y \u00e9chapper, c\u2019est un s\u00e9rieux probl\u00e8me. Il est indispensable d\u2019avoir une connaissance et une compr\u00e9hension de ces objets des sens, et d\u2019agir en cons\u00e9quence, faute de quoi l\u2019attachement risque d\u2019entra\u00eener une d\u00e9rive absolue. Si nous \u00e9tudions le cas de toute personne ayant sombr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive, nous d\u00e9couvrons immanquablement qu\u2019il y avait, \u00e0 l\u2019origine, un fort attachement \u00e0 un objet d\u00e9sirable \u00e0 ses sens. En fait, tout ce que font les humains est li\u00e9 aux sens. Qu\u2019ils aiment, se mettent en col\u00e8re, d\u00e9testent, jalousent, tuent ou se suicident, la cause ultime est in\u00e9vitablement un objet des sens. Si nous allons voir de pr\u00e8s pourquoi les \u00eatres humains travaillent ou s\u2019activent \u00e0 toutes sortes de choses avec \u00e9nergie, nous constatons que, ce qui les pousse, c\u2019est le d\u00e9sir, le d\u00e9sir d\u2019obtenir quelque chose, quelle qu\u2019en soit la nature. Les gens font des efforts, \u00e9tudient et gagnent tout l\u2019argent qu\u2019ils peuvent, puis s\u2019en vont \u00e0 la recherche du plaisir sous forme de couleurs et de formes, de sons et d\u2019odeurs, de saveurs et d\u2019objets tactiles. C\u2019est ce qui les fait avancer. M\u00eame accomplir des actions m\u00e9ritoires pour aller au paradis n\u2019est qu\u2019une forme de d\u00e9sir sensuel. Tous les probl\u00e8mes et les d\u00e9sordres de ce monde ont une seule et m\u00eame source&nbsp;: la recherche aveugle du plaisir des sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le danger r\u00e9side dans la force de l\u2019attachement aux sens. C\u2019est pour cette raison que le Bouddha consid\u00e9rait la soif de plaisirs sensoriels comme la forme premi\u00e8re de l\u2019attachement. C\u2019est vraiment un probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Ce qui adviendra au monde, \u00e0 l\u2019avenir, sa destruction ou sa r\u00e9demption, d\u00e9pend pr\u00e9cis\u00e9ment de cet attachement aux sens. Il est de notre devoir d\u2019\u00e9tudier comment et dans quelle mesure nous sommes attach\u00e9s aux sens, et s\u2019il est en notre pouvoir d\u2019abandonner cet attachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon les crit\u00e8res du monde, l\u2019attachement \u00e0 la sensualit\u00e9 est une tr\u00e8s bonne chose qui engendre amour familial, efficacit\u00e9 et \u00e9nergie dans la qu\u00eate de la fortune, de la gloire, etc. Mais, du point de vue spirituel, il est \u00e9vident que c\u2019est la porte secr\u00e8te qui ouvre sur la souffrance et le tourment. Spirituellement parlant, l\u2019attachement \u00e0 la sensualit\u00e9 doit \u00eatre tenu sous contr\u00f4le et, si toute souffrance doit dispara\u00eetre un jour, l\u2019attachement aux sens devra dispara\u00eetre compl\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2) L\u2019attachement aux opinions <\/strong>(<em>ditth\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un minimum d\u2019introspection permet ais\u00e9ment de d\u00e9tecter et d\u2019identifier notre attachement \u00e0 nos points de vue et \u00e0 nos opinions. Depuis notre naissance, nous avons re\u00e7u une certaine \u00e9ducation, une formation qui a engendr\u00e9 des id\u00e9es et des opinions. J\u2019appelle \u00ab&nbsp;opinions&nbsp;\u00bb ces id\u00e9es auxquelles on tient et que l\u2019on refuse d\u2019abandonner. S\u2019en tenir \u00e0 son point de vue est, somme toute, assez naturel et, en g\u00e9n\u00e9ral, nul ne condamne ou ne critique une telle attitude. Pourtant, elle repr\u00e9sente un danger aussi grave que l\u2019attachement aux objets des sens. Il arrive, n\u2019est-ce pas, que des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, auxquelles nous nous cramponnions obstin\u00e9ment, soient balay\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements. Il faut donc r\u00e9guli\u00e8rement faire \u00e9voluer notre fa\u00e7on de voir, l\u2019am\u00e9liorer progressivement, l\u2019\u00e9lever, passant ainsi d\u2019une opinion erron\u00e9e \u00e0 un point de vue qui se rapproche de plus en plus de la v\u00e9rit\u00e9, pour aboutir enfin \u00e0 inclure dans nos id\u00e9es les Quatre Noble V\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a plusieurs causes \u00e0 l\u2019ent\u00eatement dans ses opinions mais ce comportement est principalement li\u00e9 aux coutumes, aux traditions, aux c\u00e9r\u00e9monies et aux doctrines religieuses. Les convictions personnelles ne sont pas tr\u00e8s importantes et sont certainement moins nombreuses que celles qui proviennent de lointaines traditions et c\u00e9r\u00e9monies populaires. Adh\u00e9rer \u00e0 un point de vue ou un autre est une forme d\u2019ignorance. Ne poss\u00e9dant pas la connaissance, nous d\u00e9veloppons nos opinions personnelles en les basant sur notre propre ignorance. Nous sommes convaincus, par exemple, que les choses sont d\u00e9sirables et valent la peine que l\u2019on s\u2019y attache, qu\u2019elles peuvent durer, qu\u2019elles ont de la valeur et existent par elles-m\u00eames, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 elles sont illusoires, trompeuses, changeantes, sans valeur et sans existence propre. Lorsque nous nous sommes fait une id\u00e9e sur quelque chose, il ne nous est bien s\u00fbr pas agr\u00e9able d\u2019admettre ensuite que nous nous sommes tromp\u00e9s, m\u00eame si nous constatons parfois que nous avons fait erreur. C\u2019est cette obstination qui fait terriblement obstacle au progr\u00e8s et nous rend incapables d\u2019\u00e9voluer, incapables de modifier nos fausses convictions religieuses et autres vieilles croyances. Cela risque de poser un probl\u00e8me aux gens qui s\u2019en tiennent \u00e0 des doctrines na\u00efves car, m\u00eame s\u2019ils s\u2019aper\u00e7oivent un jour qu\u2019elles sont na\u00efves, ils refuseront d\u2019en changer sous pr\u00e9texte que leurs parents, leurs grands-parents et leurs anc\u00eatres y \u00e9taient fid\u00e8les. Ou bien, s\u2019ils ne tiennent pas vraiment \u00e0 se corriger et \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer, ils se contenteront de repousser les arguments \u00e0 l\u2019encontre de leurs vieilles id\u00e9es, en r\u00e9pondant que c\u2019est ce \u00e0 quoi ils ont toujours cru. Pour toutes ces raisons, l\u2019attachement aux opinions doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un poison mortel, un danger majeur que nous devons, si nous souhaitons vraiment nous am\u00e9liorer, employer toutes nos forces \u00e0 \u00e9liminer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3) L\u2019attachement aux rites et rituels <\/strong><em>(s\u012blabbat\u016bp\u0101d\u0101na)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019attachement \u00e0 des pratiques traditionnelles d\u00e9pourvues de sens qui se sont transmises sans raison, pratiques que les gens d\u00e9cident de consid\u00e9rer comme sacr\u00e9es et refusent de changer \u00e0 tout prix. Il y en a en Tha\u00eflande, comme partout ailleurs&nbsp;: croyances concernant des amulettes, des objets magiques et toutes sortes de pratiques secr\u00e8tes. On croit, par exemple qu\u2019en sortant du sommeil, il faut prononcer une formule mystique au-dessus d\u2019une bassine d\u2019eau puis se laver le visage avec cette eau&nbsp;; on croit qu\u2019avant de se soulager il faut tourner la t\u00eate dans telle ou telle direction&nbsp;; ou encore qu\u2019avant de manger ou de se coucher il faut pratiquer certains rituels. On croit en l\u2019existence d\u2019esprits, d\u2019\u00eatres c\u00e9lestes, d\u2019arbres sacr\u00e9s et de toutes sortes d\u2019objets magiques. Tout cela est compl\u00e8tement irrationnel. Les gens ne pensent pas de fa\u00e7on rationnelle, ils se contentent de se cramponner \u00e0 un sch\u00e9ma pr\u00e9\u00e9tabli&nbsp;: puisqu\u2019ils se sont toujours comport\u00e9s ainsi, ils refusent de changer. Beaucoup de gens, qui se pr\u00e9tendent bouddhistes, s\u2019attachent aussi \u00e0 ces croyances et jouent ainsi sur les deux tableaux&nbsp;! On trouve m\u00eame parmi eux des gens qui se pr\u00e9tendent bhikkhus, disciples du Bouddha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La raison pour laquelle nous devons nous lib\u00e9rer de ces id\u00e9es est que, si nous pratiquons le Dhamma sans avoir conscience de son objectif original, de sa raison d\u2019\u00eatre, in\u00e9vitablement nous le consid\u00e9rons na\u00efvement comme une autre de ces pratiques magiques. Nous voyons ainsi des gens prendre les pr\u00e9ceptes ou pratiquer le Dhamma, uniquement pour se conformer au sch\u00e9ma en vigueur, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie traditionnelle, pour suivre l\u2019exemple qu\u2019on leur a transmis. Ils ne savent rien du pourquoi et ne font les choses que par habitude. Une telle attitude est difficile \u00e0 combattre. C\u2019est ce que nous appelons \u00ab&nbsp;attachement insens\u00e9 aux pratiques traditionnelles&nbsp;\u00bb. La m\u00e9ditation de la vision p\u00e9n\u00e9trante ou m\u00e9ditation de la tranquillit\u00e9, telle qu\u2019elle est pratiqu\u00e9e aujourd\u2019hui, risque fort, si elle est faite sans rime ni raison et sans connaissance, d\u2019\u00eatre motiv\u00e9e par la convoitise et l\u2019attachement, d\u2019\u00eatre mal dirig\u00e9e, et donc de n\u2019\u00eatre qu\u2019une autre forme d\u2019ignorance. M\u00eame chose pour la prise des pr\u00e9ceptes, que ce soit cinq, huit, dix ou plus&nbsp;: s\u2019ils sont pris dans l\u2019espoir de devenir un saint aux pouvoirs magiques, surnaturels, psychiques ou autres, cela devient un rite mal compris, uniquement motiv\u00e9 par l\u2019attachement aux coutumes et aux rituels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il nous faut donc \u00eatre tr\u00e8s prudents. La pratique du bouddhisme doit avoir une base solide dans la pens\u00e9e, la compr\u00e9hension et le d\u00e9sir de d\u00e9truire les pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit. Sinon elle ne sera qu\u2019une action mal dirig\u00e9e et irrationnelle, une perte de temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4) L\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un soi <\/strong>(<em>attav\u0101d\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette croyance en un soi personnel est tr\u00e8s importante et aussi tr\u00e8s subtile. Toutes les cr\u00e9atures vivantes ne peuvent qu\u2019avoir une fausse notion du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et du \u00ab&nbsp;mien&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est l\u2019instinct originel de tout de qui vit et la base de tous les autres instincts. Ainsi, l\u2019instinct qui consiste \u00e0 rechercher de la nourriture et la manger, l\u2019instinct d\u2019\u00e9viter le danger, de procr\u00e9er, et beaucoup d\u2019autres, proviennent du fait que toute cr\u00e9ature a une conscience instinctive d\u2019exister et croit \u00eatre une entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e, un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. Convaincue de cela, elle d\u00e9sire naturellement \u00e9viter la mort, rechercher la nourriture pour en nourrir son corps, s\u2019abriter du danger, et multiplier son esp\u00e8ce. Nous voyons qu\u2019une telle croyance est universellement r\u00e9pandue chez tous les \u00eatres vivants&nbsp;; s\u2019il en allait autrement, ils ne pourraient pas survivre. Pourtant, cette m\u00eame croyance est \u00e9galement la cause de la souffrance qui est inh\u00e9rente \u00e0 la recherche de la nourriture et de la protection d\u2019un abri, \u00e0 la propagation de l\u2019esp\u00e8ce et \u00e0 toute activit\u00e9 quelle qu\u2019elle soit. C\u2019est l\u2019une des raisons pour lesquelles le Bouddha a enseign\u00e9 que l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un soi est la racine de toute souffrance. Il r\u00e9suma cela en quelques mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les choses, si nous nous y attachons, sont souffrance ou source de souffrance&nbsp;\u00bb. Cet attachement est la source et la base de la vie, et il est en m\u00eame temps la source et la base de la souffrance sous toutes ses formes. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cela que le Bouddha faisait allusion quand il a dit que la vie est souffrance et que la souffrance est la vie. Cela signifie que le corps et l\u2019esprit (les cinq \u00ab&nbsp;agr\u00e9gats&nbsp;\u00bb) auxquels nous nous attachons sont souffrance. Conna\u00eetre la source et la base de la vie et de la souffrance est consid\u00e9r\u00e9 comme la connaissance la plus profonde et la plus p\u00e9n\u00e9trante puisqu\u2019elle nous permet d\u2019\u00e9liminer radicalement la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fa\u00e7on la plus efficace de se d\u00e9barrasser de l\u2019attachement est de le reconna\u00eetre \u00e0 chaque fois qu\u2019il se pr\u00e9sente. Ceci est surtout valable pour l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un soi qui est la base m\u00eame de la vie. C\u2019est quelque chose qui appara\u00eet spontan\u00e9ment et s\u2019installe en nous sans qu\u2019on ait \u00e0 nous l\u2019inculquer. Il est pr\u00e9sent d\u2019instinct chez l\u2019enfant comme chez les petits des animaux, d\u00e8s la naissance. Regardez comme les chatons prennent une attitude d\u00e9fensive d\u00e8s qu\u2019on les approche&nbsp;! Il y a toujours pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit ce \u00ab&nbsp;quelque chose&nbsp;\u00bb, ce \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, et un attachement se manifeste in\u00e9vitablement. La seule chose \u00e0 faire est de lui tenir les r\u00eanes jusqu\u2019\u00e0 ce que vous ayez bien avanc\u00e9 dans la connaissance spirituelle&nbsp;; en d\u2019autres termes, utilisez les principes du bouddhisme jusqu\u2019\u00e0 ce que cet instinct soit domin\u00e9 puis compl\u00e8tement \u00e9radiqu\u00e9. Sans cela, une personne ordinaire de ce monde ne peut pas d\u00e9passer cet instinct. Seuls les plus \u00e9lev\u00e9s des&nbsp;<em>ariyan<\/em>s, les Arahants, r\u00e9ussissent \u00e0 l\u2019\u00e9liminer. Nous devons reconna\u00eetre cet obstacle comme \u00e9tant de premi\u00e8re importance pour toutes les cr\u00e9atures vivantes. Si nous voulons b\u00e9n\u00e9ficier pleinement de l\u2019enseignement du Bouddha, il nous revient de d\u00e9passer cette conception erron\u00e9e. La souffrance \u00e0 laquelle nous sommes soumis diminuera en fonction de nos efforts dans ce sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 sur ces choses qui font notre vie quotidienne doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un immense cadeau, un des plus grands dons. R\u00e9fl\u00e9chissez bien \u00e0 ces quatre attachements, sans jamais oublier que rien, absolument rien ne vaut la peine que l\u2019on s\u2019y attache&nbsp;; que, de par la nature des choses, rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Si nous sommes compl\u00e8tement asservis par les choses, c\u2019est tout simplement du fait de ces quatre formes d\u2019attachement. Il est important que nous \u00e9tudiions de pr\u00e8s la nature extr\u00eamement dangereuse des choses et que nous nous familiarisions avec elle. Le probl\u00e8me est que cette nature malfaisante ne saute pas imm\u00e9diatement aux yeux comme celle d\u2019un incendie, d\u2019une arme ou d\u2019un poison&nbsp;; au contraire, les choses de la vie semblent douces, pleines de saveur, attirantes, belles ou m\u00e9lodieuses, c\u2019est pourquoi il est difficile de les reconna\u00eetre et d\u2019agir correctement. Nous devons, pour cela, utiliser la connaissance que nous a transmise le Bouddha&nbsp;: contr\u00f4ler notre attachement instinctif et le remplacer par le pouvoir de la vision p\u00e9n\u00e9trante. Nous serons ainsi en mesure d\u2019organiser notre vie de fa\u00e7on \u00e0 nous lib\u00e9rer de la souffrance, de toute trace de souffrance. Nous pourrons travailler et vivre paisiblement dans le monde, \u00e9chapper aux pollutions mentales, \u00eatre \u00e9clair\u00e9s et sereins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, ces quatre formes d\u2019attachement sont le seul probl\u00e8me que les bouddhistes ou ceux qui s\u2019int\u00e9ressent au bouddhisme doivent comprendre. Le but de la vie monastique bouddhiste (<em>brahmacariya<\/em>) est de permettre \u00e0 l\u2019esprit d\u2019abandonner sa convoitise instinctive. Vous retrouverez cet enseignement dans tous les textes qui traitent des \u00e9tapes menant \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant&nbsp;; l\u2019expression utilis\u00e9e est \u00ab&nbsp;libre de tout attachement&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est l\u2019ultime \u00e9tape. Quand l\u2019esprit est libre des attachements, plus rien ne peut le retenir et l\u2019asservir au monde. Rien ne peut continuer \u00e0 le faire tourner encore et encore dans le cycle des naissances et des morts, de sorte que le processus s\u2019arr\u00eate ou plut\u00f4t, transcende le monde, s\u2019en lib\u00e8re. L\u2019abandon de l\u2019attachement instinctif est donc la cl\u00e9 de la pratique du bouddhisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre V<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>LE TRIPLE APPRENTISSAGE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce chapitre, nous \u00e9tudierons la technique qui permet d\u2019\u00e9liminer l\u2019attachement. Cette technique s\u2019appuie sur trois \u00e9l\u00e9ments concrets \u2013 la vertu, la concentration et la vision p\u00e9n\u00e9trante \u2013 connus sous le nom de \u00ab&nbsp;triple apprentissage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier \u00e9l\u00e9ment est la vertu (<em>s\u012bla<\/em>). Etre vertueux signifie simplement avoir une attitude correcte, conforme aux normes en vigueur et ne causant aucune souffrance \u00e0 autrui ou \u00e0 soi. La vertu (ou comportement moral) peut \u00eatre codifi\u00e9e sous forme de \u00ab&nbsp;pr\u00e9ceptes&nbsp;\u00bb \u2013 les cinq, huit, dix ou deux-cent-vingt-sept pr\u00e9ceptes \u2013 ou autrement. Elle concerne la parole et l\u2019action qui doivent s\u2019appliquer \u00e0 apporter la paix, le bien-\u00eatre et la lib\u00e9ration de tout ce qui peut \u00eatre ind\u00e9sirable, au niveau le plus simple. Elle se r\u00e9f\u00e8re aux membres d\u2019un groupe social et aux diff\u00e9rentes possessions n\u00e9cessaires \u00e0 la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le second aspect du triple apprentissage est la concentration (<em>sam\u0101dhi<\/em>). Celle-ci consiste \u00e0 forcer l\u2019esprit \u00e0 se maintenir dans l\u2019\u00e9tat le plus favorable possible pour atteindre son objectif. Qu\u2019est-ce, au juste, que la concentration&nbsp;? En g\u00e9n\u00e9ral, les gens pensent que la concentration engendre automatiquement un esprit tranquille et aussi immobile qu\u2019une b\u00fbche. Mais ces deux attributs, tranquillit\u00e9 et stabilit\u00e9, ne suffisent pas \u00e0 expliquer le sens r\u00e9el de la concentration. La meilleure d\u00e9finition en a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par le Bouddha, qui d\u00e9crivit l\u2019esprit concentr\u00e9 comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;apte au travail&nbsp;\u00bb (<em>karan\u012bya<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire dans la condition appropri\u00e9e pour accomplir sa t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me aspect est l\u2019apprentissage de la vision p\u00e9n\u00e9trante qui d\u00e9veloppe la sagesse (<em>pa\u00f1\u00f1\u0101<\/em>). Il s\u2019agit d\u2019une pratique assidue qui permet d\u2019\u00e9veiller la compr\u00e9hension juste et la perception int\u00e9rieure claire de la v\u00e9ritable nature des choses. En temps normal, nous en sommes incapables&nbsp;: soit nous nous en tenons \u00e0 des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, soit nous r\u00e9p\u00e9tons ce que disent les autres, de sorte que nous ne voyons pas les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. C\u2019est pourquoi la pratique du bouddhisme inclut cet apprentissage de la vision p\u00e9n\u00e9trante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le contexte religieux, la compr\u00e9hension et la vision p\u00e9n\u00e9trante sont deux choses tr\u00e8s diff\u00e9rentes. La compr\u00e9hension est, en grande partie, bas\u00e9e sur l\u2019usage du raisonnement intellectuel. La vision p\u00e9n\u00e9trante va bien plus loin&nbsp;: elle absorbe l\u2019objet de son observation apr\u00e8s l\u2019avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 et \u00e9tudi\u00e9 directement&nbsp;; l\u2019esprit voit alors s\u2019\u00e9veiller un d\u00e9tachement profond\u00e9ment authentique vis-\u00e0-vis de cet objet, coupant toute \u00e9motion envers lui. Dans le contexte du bouddhisme, l\u2019apprentissage de la vision p\u00e9n\u00e9trante ne repose donc pas sur une compr\u00e9hension intellectuelle telle qu\u2019on la trouve aujourd\u2019hui dans les milieux acad\u00e9miques o\u00f9 chacun peut d\u00e9tenir sa propre v\u00e9rit\u00e9. La vision p\u00e9n\u00e9trante doit \u00eatre intuitive, claire et imm\u00e9diate&nbsp;; elle r\u00e9sulte d\u2019une investigation si profonde de l\u2019objet qu\u2019elle marquera l\u2019esprit de mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile. C\u2019est pourquoi les objets d\u2019\u00e9tude de la vision p\u00e9n\u00e9trante doivent \u00eatre de ceux que l\u2019on rencontre dans la vie de tous les jours, ou du moins \u00eatre assez importants pour en saturer r\u00e9ellement l\u2019esprit qui les verra enfin tels qu\u2019ils sont, c\u2019est-\u00e0-dire impermanents, insatisfaisants et sans r\u00e9alit\u00e9 propre. Nous avons beau r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e9tudier les caract\u00e9ristiques de l\u2019impermanence, de l\u2019insatisfaction et de l\u2019absence d\u2019un moi personnel, nous n\u2019en retirerons rien de plus qu\u2019une compr\u00e9hension intellectuelle, laquelle sera incapable de d\u00e9truire la convoitise et l\u2019attachement aux choses de ce monde. Or la vision p\u00e9n\u00e9trante se manifeste lorsque le d\u00e9senchantement remplace l\u2019attirance possessive. C\u2019est un fait naturel que la vision p\u00e9n\u00e9trante, claire et authentique, entra\u00eene automatiquement un r\u00e9el d\u00e9tachement. Mais le processus ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 une perception claire&nbsp;; il continue jusqu\u2019au moment o\u00f9 le d\u00e9senchantement remplace irr\u00e9vocablement le d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apprentissage de la vertu n\u2019est qu\u2019une pr\u00e9paration de base qui nous permet de vivre heureux et nous aide \u00e0 stabiliser l\u2019esprit. Elle offre de nombreux avantages \u2013 elle peut mener au bonheur ou \u00e0 une prochaine vie en tant qu\u2019\u00eatre c\u00e9leste \u2013 mais, selon le Bouddha, ce ne doit pas \u00eatre l\u00e0 son objectif imm\u00e9diat. Avant tout, en lib\u00e9rant l\u2019esprit, elle ouvre la voie \u00e0 la concentration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apprentissage de la concentration consiste \u00e0 d\u00e9velopper notre capacit\u00e9 \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019esprit pour lui faire accomplir sa t\u00e2che au mieux. Tandis que la vertu d\u00e9veloppe l\u2019attitude juste par rapport \u00e0 l\u2019action et \u00e0 la parole, la concentration s\u2019adresse \u00e0 l\u2019esprit. Elle est le fruit d\u2019un travail et d\u2019une discipline spirituelle approfondis. L\u2019esprit concentr\u00e9 est libre de toute pens\u00e9e mauvaise ou erron\u00e9e, et ne s\u2019\u00e9loigne jamais de l\u2019objet de sa concentration. Il est ainsi en mesure de bien faire son travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De fait, la concentration est n\u00e9cessaire \u00e0 toutes les situations de la vie. Quoi que nous entreprenions, l\u2019esprit doit \u00eatre concentr\u00e9 pour le mener \u00e0 bien. C\u2019est pourquoi le Bouddha consid\u00e9rait la concentration comme la caract\u00e9ristique d\u2019un \u00eatre noble, que ce soit dans le monde mat\u00e9riel ou le monde spirituel. L\u2019\u00e9colier qui \u00e9tudie l\u2019arithm\u00e9tique&nbsp;utilise ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la concentration naturelle&nbsp;\u00bb \u2013 d\u2019ailleurs souvent peu d\u00e9velopp\u00e9e&nbsp;! Quant \u00e0 la concentration dont nous parlons ici, en tant que pratique du bouddhisme, elle est le fruit d\u2019un entra\u00eenement assidu, et atteint des sommets bien sup\u00e9rieurs. Lorsque l\u2019esprit a \u00e9t\u00e9 correctement entra\u00een\u00e9, il obtient de nombreux pouvoirs et la personne avance dans sa connaissance des secrets de la nature. Savoir contr\u00f4ler l\u2019esprit apporte des capacit\u00e9s ignor\u00e9es du commun des mortels. Le Bouddha lui-m\u00eame, consid\u00e9rait la concentration profonde comme un pouvoir surhumain \u2013 dont les moines ne devaient d\u2019ailleurs jamais se vanter, sous peine d\u2019\u00eatre d\u00e9chus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Atteindre la concentration n\u00e9cessite des sacrifices. Nous devons faire face \u00e0 toutes sortes de difficult\u00e9s dans la pratique, jusqu\u2019au moment o\u00f9 nous atteignons le degr\u00e9 de concentration en rapport avec nos capacit\u00e9s. Parall\u00e8lement, par contre, nous obtenons de bien meilleurs r\u00e9sultats dans notre travail, du simple fait que nous disposons de meilleurs outils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, penchez-vous sur cette question de la concentration, ne la croyez pas ridicule ou d\u00e9mod\u00e9e. Elle est, au contraire, extr\u00eamement importante et peut s\u2019utiliser \u00e0 tout moment, en particulier dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui qui semble tourner trop vite et \u00eatre pr\u00eat \u00e0 se consumer. La concentration est certainement encore plus n\u00e9cessaire de nos jours qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait au temps du Bouddha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voyons maintenant comment se fait le passage de l\u2019apprentissage de la concentration \u00e0 l\u2019apprentissage de la vision p\u00e9n\u00e9trante. Le Bouddha a dit un jour que, lorsque l\u2019esprit est concentr\u00e9, il est en mesure de voir les choses telles qu\u2019elles sont r\u00e9ellement. Quand l\u2019esprit est concentr\u00e9 et apte au travail, il conna\u00eet la v\u00e9ritable nature des choses. Il est dr\u00f4le de constater que la r\u00e9ponse \u00e0 toutes les questions que se posent les gens est g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans leur esprit mais ils ne s\u2019en rendent pas compte car cela se passe au niveau de leur subconscient. Tant qu\u2019ils essaieront de r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes sans mettre leur esprit dans les conditions favorables, la solution leur \u00e9chappera. Si, au contraire, pour r\u00e9pondre \u00e0 une question d\u2019ordre mental, une personne d\u00e9veloppe la concentration juste et la vision p\u00e9n\u00e9trante, c\u2019est-\u00e0-dire si elle fait en sorte que son esprit soit \u00ab&nbsp;apte au travail&nbsp;\u00bb, la r\u00e9ponse se pr\u00e9sentera d\u2019elle-m\u00eame. Et si cette tactique \u00e9choue, il existe encore une autre m\u00e9thode pour diriger l\u2019esprit vers la r\u00e9solution du probl\u00e8me&nbsp;; il s\u2019agit de l\u2019introspection concentr\u00e9e ou \u00ab&nbsp;apprentissage de la vision p\u00e9n\u00e9trante&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le jour de son Eveil, le Bouddha a atteint la vision p\u00e9n\u00e9trante de la loi des causes et effets. Cela signifie que, gr\u00e2ce \u00e0 sa concentration, il a per\u00e7u la v\u00e9ritable nature des choses et l\u2019ordre dans lequel elles se d\u00e9roulent. Le Bouddha a fait le r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement mais on peut le r\u00e9sumer ainsi&nbsp;: d\u00e8s que son esprit fut bien concentr\u00e9, il fut \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9lucider la question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est que lorsque l\u2019esprit est paisible et d\u00e9tach\u00e9, dans un \u00e9tat de bien-\u00eatre, frais et concentr\u00e9, que la solution \u00e0 un probl\u00e8me r\u00e9current se pr\u00e9sente. La vision p\u00e9n\u00e9trante d\u00e9pend toujours de la concentration, m\u00eame si nous ne l\u2019avons jamais remarqu\u00e9. Le Bouddha insiste sur le lien tr\u00e8s \u00e9troit qui existe entre les deux, en montrant que la concentration est indispensable \u00e0 la vision p\u00e9n\u00e9trante, et la vision p\u00e9n\u00e9trante indispensable \u00e0 la concentration, \u00e0 un certain niveau de profondeur, car cela n\u00e9cessite la compr\u00e9hension de certaines caract\u00e9ristiques de l\u2019esprit. En effet, il faut savoir dans quelle mesure exacte l\u2019esprit doit \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 pour lui permettre d\u2019atteindre la concentration. Donc, plus une personne est capable de vision p\u00e9n\u00e9trante, plus sa concentration pourra s\u2019approfondir et, \u00e0 son tour, l\u2019approfondissement de la concentration m\u00e8nera \u00e0 l\u2019approfondissement de la vision p\u00e9n\u00e9trante. Les deux se renforcent mutuellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vision p\u00e9n\u00e9trante sous-entend un regard sans complaisance, lequel conduit in\u00e9vitablement au d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et \u00e0 l\u2019ennui. Il en r\u00e9sulte un recul vis-\u00e0-vis de toutes ces choses qui nous attiraient si fort auparavant&nbsp;; un d\u00e9tachement sur le plan mental, qui a pour cons\u00e9quence de lib\u00e9rer l\u2019esprit de l\u2019esclavage des choses. C\u2019est ce qui arrive lorsque le d\u00e9sir c\u00e8de le pas au d\u00e9tachement. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019aller se suicider, de se retirer comme un ermite dans la for\u00eat, ou de mettre le feu \u00e0 tout. En apparence, rien n\u2019est chang\u00e9, on se comporte normalement et on respecte les choses. La diff\u00e9rence est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;: l\u2019esprit est ind\u00e9pendant et libre. Telle est la vertu de la vision p\u00e9n\u00e9trante. Le Bouddha a appel\u00e9 cela \u00ab&nbsp;la d\u00e9livrance&nbsp;\u00bb, la fin de l\u2019esclavage des choses et, en particulier, de celles que nous aimons. En r\u00e9alit\u00e9, nous sommes \u00e9galement esclaves de celles que nous n\u2019aimons pas \u2013 esclaves dans le sens o\u00f9 nous ne pouvons pas nous emp\u00eacher de ne pas les aimer, parce qu\u2019elles nous font r\u00e9agir, activent nos \u00e9motions et parviennent ainsi \u00e0 nous mener par le bout du nez, tout autant que les choses que nous d\u00e9sirons ardemment. L\u2019expression \u00ab&nbsp;esclave des choses&nbsp;\u00bb se r\u00e9f\u00e8re donc aux r\u00e9actions d\u2019attraction comme de r\u00e9pulsion. Ceci pour en revenir au fait que nous pouvons \u00e9chapper \u00e0 l\u2019esclavage des choses et devenir libres gr\u00e2ce \u00e0 la pratique de la vision p\u00e9n\u00e9trante. Le Bouddha r\u00e9suma ce principe en quelques mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;La vision p\u00e9n\u00e9trante est le moyen qui nous permet de nous purifier&nbsp;\u00bb. Pas la vertu ou la concentration mais la vision p\u00e9n\u00e9trante. Si l\u2019on n\u2019est pas lib\u00e9r\u00e9 des choses, on est impur, pollu\u00e9, pr\u00e9tentieux, passionn\u00e9. Une fois libre, on est pur, immacul\u00e9, \u00e9veill\u00e9 et en paix. C\u2019est le fruit de la sagesse lorsqu\u2019elle a achev\u00e9 son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Observez bien cet \u00e9l\u00e9ment, la sagesse, troisi\u00e8me aspect du Triple Apprentissage. Apprenez \u00e0 le conna\u00eetre et vous en viendrez rapidement \u00e0 le consid\u00e9rer comme la plus grande des vertus. La sagesse conduit \u00e0 un recul par rapport aux choses, en d\u00e9truisant compl\u00e8tement les quatre formes d\u2019attachement (objets des sens, opinions, habitudes et id\u00e9e d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb). Celles-ci sont comme des cordes serr\u00e9es qui nous lient tandis que la sagesse est le couteau capable de les couper et de nous lib\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces trois \u00e9l\u00e9ments de la pratique r\u00e9sistent-ils au test de la vie&nbsp;? Ont-ils une base saine et sont-ils utilisables par tous&nbsp;? Observez-les et vous constaterez qu\u2019ils ne s\u2019opposent \u00e0 aucune doctrine religieuse \u2013 \u00e9tant bien entendu que la religion en question cherche r\u00e9ellement \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la souffrance humaine. Les enseignements du Bouddha ne s\u2019opposent \u00e0 aucune religion mais, par contre, ils apportent certains \u00e9l\u00e9ments uniques et, en particulier, la pratique de la vision p\u00e9n\u00e9trante qui est la technique la plus extraordinaire pour r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9liminer les quatre formes d\u2019attachement. Elle lib\u00e8re l\u2019esprit, le rend ind\u00e9pendant, plus rien ne peut le lier ou l\u2019\u00e9touffer, pas m\u00eame le dieu du ciel, les esprits ou les \u00eatres c\u00e9lestes. Nous devons \u00eatre pleinement conscients de ce principe d\u2019autonomie qui est un facteur cl\u00e9 du bouddhisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand nous voyons que le bouddhisme a tout ce que les autres religions ont, plus certains autres \u00e9l\u00e9ments qui lui sont propres, nous comprenons qu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 tous, qu\u2019il est une religion universelle. De tous temps, les \u00eatres ont eu la m\u00eame pr\u00e9occupation, qu\u2019il s\u2019agisse des \u00eatres c\u00e9lestes, des humains ou des animaux&nbsp;: se lib\u00e9rer de la souffrance qui est inh\u00e9rente \u00e0 la naissance, \u00e0 la vieillesse, \u00e0 la douleur et \u00e0 la mort \u2013 souffrance qui na\u00eet du d\u00e9sir et de l\u2019attachement. Tous ont la m\u00eame t\u00e2che, qui consiste \u00e0 \u00e9liminer compl\u00e8tement le d\u00e9sir et l\u2019attachement instinctifs, causes premi\u00e8res de la souffrance. C\u2019est pourquoi le bouddhisme est une religion universelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre VI<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>CE QUI NOUS ATTACHE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A quoi sommes-nous attach\u00e9s&nbsp;? Quelle est cette chose \u00e0 laquelle nous nous agrippons si fort dans la vie&nbsp;? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question est&nbsp;: \u00ab&nbsp;le monde&nbsp;\u00bb. Dans le bouddhisme ce mot recouvre tout&nbsp;: non seulement le monde des \u00eatres humains mais aussi celui des \u00eatres c\u00e9lestes, des dieux, des b\u00eates ou des d\u00e9mons de l\u2019enfer, des fant\u00f4mes affam\u00e9s, des titans et de tout autre sph\u00e8re d\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est difficile de conna\u00eetre ce vaste monde car certains niveaux nous demeurent invisibles&nbsp;; nous n\u2019en connaissons le plus souvent que la couche superficielle, celle de la v\u00e9rit\u00e9 relative, qui correspond au niveau moyen de l\u2019intelligence humaine. C\u2019est pour cette raison que le bouddhisme nous instruit sur le \u00ab&nbsp;monde&nbsp;\u00bb \u00e0 tous ses niveaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha, dans son enseignement, divisait le monde en deux&nbsp;: le monde mat\u00e9riel ou physique, et le monde non mat\u00e9riel ou mental. Il subdivisait ensuite le monde mental en quatre parties, de sorte qu\u2019en y ajoutant le monde physique on arrive \u00e0 un total de cinq composants que le Bouddha a appel\u00e9 \u00ab&nbsp;les cinq agr\u00e9gats&nbsp;\u00bb. Dans notre \u00e9tude du monde, nous mettrons l\u2019accent sur le monde des cr\u00e9atures vivantes et de l\u2019\u00eatre humain en particulier, parce que c\u2019est lui qui pose probl\u00e8me. Ces cinq composants sont tous pr\u00e9sents chez l\u2019\u00eatre humain : son corps physique est l\u2019agr\u00e9gat mat\u00e9riel, et son esprit peut se diviser selon les quatre autres agr\u00e9gats suivants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier des agr\u00e9gats de l\u2019esprit est&nbsp;<strong>la sensation<\/strong>&nbsp;ou <strong>le ressenti <\/strong>(<em>vedan\u0101<\/em>), laquelle peut prendre trois aspects&nbsp;: le plaisir ou la satisfaction, le d\u00e9plaisir ou l\u2019insatisfaction, et une sensation neutre qui n\u2019est ni plaisir ni d\u00e9plaisir mais qui correspond tout de m\u00eame \u00e0 une forme de sensation. En temps normal, les sensations sont toujours pr\u00e9sentes en nous&nbsp;; nous sommes envahis de sensations, c\u2019est pourquoi le bouddhisme les a d\u00e9crites comme l\u2019une des composantes de l\u2019esprit humain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me composante de l\u2019esprit est la&nbsp;<strong>perception<\/strong>&nbsp;(<em>sa\u00f1\u00f1\u0101<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire le processus qui consiste \u00e0 prendre conscience de son environnement, un peu comme la diff\u00e9rence entre l\u2019\u00e9tat de veille et l\u2019\u00e9tat de sommeil ou de mort. Il fait appel \u00e0 la m\u00e9moire ainsi qu\u2019\u00e0 la conscience des sensations, et recouvre donc \u00e0 la fois les sensations primaires r\u00e9sultant du contact d\u2019un objet avec les yeux, les oreilles, le nez, le palais ou le corps, mais aussi le souvenir des contacts sensoriels pass\u00e9s. Il est ainsi possible d\u2019\u00eatre directement conscient de la couleur, de la taille ou du genre d\u2019un objet, et d\u2019en avoir \u00e9galement conscience avec recul, du fait de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le troisi\u00e8me agr\u00e9gat de l\u2019esprit est la&nbsp;<strong>pens\u00e9e active <\/strong>(<em>sankh\u0101r\u0101<\/em>), penser que l\u2019on va faire ou dire quelque chose, bonnes et mauvaises pens\u00e9es, pens\u00e9e volontaire, pens\u00e9e active.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le quatri\u00e8me composant est &nbsp;<strong>la conscience sensorielle <\/strong>(<em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em>). Cette fonction de l\u2019esprit consiste \u00e0 prendre connaissance des objets per\u00e7us par les sens \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la vue, l\u2019ou\u00efe, l\u2019odorat, le go\u00fbt et le contact du corps \u2013 mais aussi par l\u2019esprit lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces quatre agr\u00e9gats, ainsi que le corps physique, sont le si\u00e8ge des quatre types d\u2019attachement \u00e9tudi\u00e9s au chapitre 4. Retournez en arri\u00e8re et relisez-le jusqu\u2019\u00e0 bien le comprendre. Vous verrez alors que ces cinq agr\u00e9gats sont \u00e0 la fois l\u2019objet et la pierre angulaire de notre attachement et de nos peurs. Selon notre degr\u00e9 d\u2019ignorance, nous pouvons nous identifier \u00e0 n\u2019importe lequel d\u2019entre eux. Un enfant qui se fait mal en se cognant accidentellement la t\u00eate contre une porte, par exemple, se lib\u00e8re de sa col\u00e8re et de sa douleur en donnant un coup de pied \u00e0 la porte. Autrement dit, il prend la porte, objet purement mat\u00e9riel, pour une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 de l\u2019attachement au niveau le plus simple mais, un adulte furieux contre son corps, au point de se frapper ou de se taper sur la t\u00eate, fait preuve du m\u00eame attachement en s\u2019identifiant au corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un homme un peu plus intelligent s\u2019identifiera plut\u00f4t \u00e0 ses sensations, \u00e0 sa perception des choses, \u00e0 sa pens\u00e9e ou \u00e0 sa conscience sensorielle et, s\u2019il est incapable de distinguer les cinq agr\u00e9gats les uns des autres, il s\u2019identifiera globalement \u00e0 l\u2019ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le corps physique, l\u2019aspect auquel nous risquons de nous identifier le plus facilement est &nbsp;<strong>la sensation<\/strong>, qu\u2019elle soit agr\u00e9able, douloureuse ou neutre. Imaginons, par exemple, que nous baignions dans des sensations particuli\u00e8rement d\u00e9lectables, que nous soyons gris\u00e9s, c\u0153ur et \u00e2me, par une d\u00e9licieuse vari\u00e9t\u00e9 de couleurs et de formes, de sons, de parfums, de saveurs et de contacts. Dans ce cas, la sensation est l\u2019exp\u00e9rience du plaisir, et c\u2019est \u00e0 cette sensation de plaisir que nous nous attachons. Pratiquement tout le monde s\u2019identifie \u00e0 ses sensations, pour la simple raison que tout le monde aime les sensations agr\u00e9ables et, en particulier, le toucher, les sensations li\u00e9es au contact avec la peau. L\u2019ignorance ou l\u2019illusion nous aveugle. Nous voyons seulement l\u2019objet de nos d\u00e9lices et nous nous y attachons en l\u2019appelant \u00ab&nbsp;n\u00f4tre&nbsp;\u00bb. La sensation, qu\u2019elle soit agr\u00e9able ou d\u00e9sagr\u00e9able, est v\u00e9ritablement l\u2019un des si\u00e8ges de la souffrance. Spirituellement parlant, ces sensations sont synonymes de souffrance car elles n\u2019engendrent que le tourment de l\u2019esprit&nbsp;: le plaisir l\u2019agite tandis que le d\u00e9plaisir l\u2019abat. Gain et perte, bonheur et chagrin, ne se r\u00e9sument finalement qu\u2019\u00e0 une forme d\u2019agitation de l\u2019esprit, ils lancent la toupie du mental. Voil\u00e0 ce que signifie l\u2019attachement par identification \u00e0 la sensation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous aurions tous int\u00e9r\u00eat \u00e0 bien \u00e9tudier et \u00e0 bien comprendre ce processus. Si l\u2019esprit parvient \u00e0 consid\u00e9rer la sensation comme un simple objet d\u2019attachement, il s\u2019en affranchira. D\u2019ordinaire, les sensations contr\u00f4lent l\u2019esprit, nous entra\u00eenent dans des situations que nous regrettons ensuite. Sur la voie pratique que le Bouddha a con\u00e7ue pour nous mener \u00e0 la perfection (ou \u00e9tat d\u2019Arahant), il nous incite inlassablement \u00e0 bien observer, \u00e9tudier et comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne des sensations. Beaucoup se sont lib\u00e9r\u00e9s de la souffrance et ont atteint la perfection&nbsp;<strong>en faisant des sensations un simple objet d\u2019observation<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sensation, plus qu\u2019aucun des autres agr\u00e9gats, risque de servir de base \u00e0 notre attachement pour la simple raison qu\u2019elle est le but premier de toute notre agitation et de toutes nos actions. Nous \u00e9tudions avec s\u00e9rieux et travaillons pour gagner de l\u2019argent avec lequel nous achetons toutes sortes de choses&nbsp;: ustensiles, nourriture, amusements, depuis la gastronomie jusqu\u2019au sexe. Nous profitons de ces choses dans un unique objectif&nbsp;: le plaisir des sens, autrement dit la stimulation agr\u00e9able de nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre palais et notre corps. Nous investissons toutes nos ressources financi\u00e8res, physiques et mentales dans l\u2019unique perspective de sensations agr\u00e9ables. D\u2019ailleurs, chacun sait, au fond de lui, que jamais il n\u2019investirait tant d\u2019\u00e9tudes, de travail et d\u2019\u00e9nergie s\u2019il n\u2019esp\u00e9rait en retirer un profit sous forme de sensations agr\u00e9ables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est donc bien \u00e9vident qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un point crucial. Conna\u00eetre et comprendre l\u2019importance des sensations nous permet d\u2019en garder le contr\u00f4le, nous \u00e9l\u00e8ve au-dessus d\u2019elles, et nous donne la possibilit\u00e9 d\u2019accomplir nos t\u00e2ches bien plus efficacement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la m\u00eame mani\u00e8re, les probl\u00e8mes sociaux ont leur origine dans la sensation de plaisir et, lorsqu\u2019on analyse de pr\u00e8s les heurts entre nations ou entre blocs oppos\u00e9s, on d\u00e9couvre, l\u00e0 aussi, que les deux c\u00f4t\u00e9s sont esclaves de la sensation de plaisir. Les guerres ne naissent pas de la foi en une doctrine, un id\u00e9al ou quoi que ce soit, mais de l\u2019anticipation du plaisir sensoriel. De chaque c\u00f4t\u00e9, on s\u2019imagine accumulant toutes sortes de gains et de richesses. La doctrine n\u2019est que le camouflage ou, au mieux, une motivation secondaire. La cause la plus profond\u00e9ment ancr\u00e9e de tout conflit est, en r\u00e9alit\u00e9, la soumission au plaisir de la sensation. Conna\u00eetre la sensation, c\u2019est donc \u00eatre conscient d\u2019une cause essentielle de notre esclavage aux pollutions de l\u2019esprit, au mal et \u00e0 la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si telle est la situation dans le monde des humains, sachez que les \u00eatres c\u00e9lestes ne sont pas mieux lotis. Ils sont tout aussi d\u00e9pendants des sensations de plaisir, et peut-\u00eatre m\u00eame plus. Bien qu\u2019ils consid\u00e8rent cet attrait comme plus raffin\u00e9, ils n\u2019en sont pas moins attach\u00e9s et fascin\u00e9s par les sensations d\u00e9lectables per\u00e7ues par les yeux, les oreilles, le nez, le palais, le corps et l\u2019esprit. Au-del\u00e0, au niveau des d\u00e9it\u00e9s, les d\u00e9lices des sens ont forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s mais il existe un autre type de satisfaction cause d\u2019attachement&nbsp;: le plaisir li\u00e9 \u00e0 la pratique de la concentration profonde. L\u2019esprit profond\u00e9ment concentr\u00e9 \u00e9prouve du plaisir, une sensation d\u00e9licieuse \u00e0 laquelle il s\u2019attache. Les animaux, au-dessous des \u00eatres humains, sont in\u00e9vitablement la proie des sensations, d\u2019une mani\u00e8re plus crue que nous. Conna\u00eetre la nature des sensations et surtout&nbsp;<strong>savoir que nous ne sommes pas la sensation<\/strong>&nbsp;et que nous n\u2019avons aucune raison de nous y attacher ou de nous y identifier, est donc une aide tr\u00e8s pr\u00e9cieuse dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La perception<\/strong>&nbsp;est aussi un aspect de l\u2019esprit auquel il est facile de s\u2019identifier. Les paysans se plaisent \u00e0 affirmer que, dans notre sommeil, une chose appel\u00e9e \u00ab&nbsp;\u00e2me&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9chappe hors du corps, lequel se retrouve alors comme une b\u00fbche, incapable de percevoir la moindre stimulation sensorielle. D\u00e8s que cette \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb r\u00e9int\u00e8gre le corps, la conscience et l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9veil r\u00e9apparaissent. Nombreux sont ceux qui, na\u00efvement, assimilent ainsi la perception \u00e0 un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. Cependant, comme l\u2019a enseign\u00e9 le Bouddha, percevoir n\u2019implique pas l\u2019existence d\u2019une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb. La perception n\u2019est qu\u2019un amalgame de sensations et de souvenirs, c\u2019est-\u00e0-dire de connaissances accumul\u00e9es et elle est in\u00e9vitablement pr\u00e9sente tant que le corps continue \u00e0 fonctionner normalement. D\u00e8s que les fonctions corporelles se d\u00e9r\u00e8glent, cette chose que nous appelons \u00ab&nbsp;perception&nbsp;\u00bb change ou cesse de fonctionner. C\u2019est la raison pour laquelle les vrais bouddhistes refusent d\u2019assimiler la perception \u00e0 un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb personnel. De fait, une \u00e9tude fine et profonde selon les crit\u00e8res enseign\u00e9s par le Bouddha aboutit \u00e0 un r\u00e9sultat diam\u00e9tralement oppos\u00e9&nbsp;: la perception n\u2019implique aucun \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb, elle n\u2019est que le fruit de processus naturels et rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre cause d\u2019attachement vient de&nbsp;<strong>la pens\u00e9e active<\/strong>, celle qui projette l\u2019intention de faire ceci ou d\u2019obtenir cela, l\u2019action de l\u2019esprit, qu\u2019elle soit bonne ou mauvaise. La pens\u00e9e est, elle aussi, la base d\u2019une forte identification \u00e0 un moi personnel. Les gens vous diront que, s\u2019il faut s\u2019identifier \u00e0 quelque chose, ce sera en priorit\u00e9 \u00e0 cet \u00e9l\u00e9ment penseur. C\u2019est ainsi qu\u2019un philosophe du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle a bas\u00e9 ses th\u00e9ories sur le postulat&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je pense, donc je suis&nbsp;\u00bb. Les philosophes de notre \u00e9poque scientifique n\u2019ont pas \u00e9volu\u00e9 sur le sujet&nbsp;: comme depuis des milliers d\u2019ann\u00e9es, ils maintiennent que la pens\u00e9e est le si\u00e8ge du moi personnel&nbsp;; selon eux, le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb est le penseur. Nous avons vu que, pour le Bouddha, ni les sensations ni les perceptions ne constituaient un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Il a rejet\u00e9 de m\u00eame la pens\u00e9e, l\u2019aspect penseur de l\u2019esprit, en tant que soi, du fait que l\u2019activit\u00e9 qui se manifeste sous forme de pens\u00e9e est un&nbsp;<strong>processus purement naturel<\/strong>. La pens\u00e9e na\u00eet du r\u00e9sultat de l\u2019interaction d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements ant\u00e9rieurs. Elle n\u2019est qu\u2019un ensemble d\u2019agr\u00e9gats, de composants vari\u00e9s qui constituent \u00ab&nbsp;l\u2019individu&nbsp;\u00bb et ne prouvent aucunement l\u2019existence d\u2019un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb ou d\u2019un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. En cons\u00e9quence, nous maintenons que l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00ab&nbsp;pens\u00e9e&nbsp;\u00bb est d\u00e9nu\u00e9 de toute entit\u00e9 personnelle, au m\u00eame titre que les agr\u00e9gats pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre difficult\u00e9 \u00e0 comprendre cela est due \u00e0 une m\u00e9connaissance de notre esprit. Nous connaissons bien le corps, l\u2019agr\u00e9gat mat\u00e9riel, mais pratiquement pas l\u2019esprit, l\u2019ensemble des agr\u00e9gats immat\u00e9riels. Nous dirons simplement ici que le Bouddha a enseign\u00e9 que \u00ab&nbsp;l\u2019individu&nbsp;\u00bb est un ensemble compos\u00e9 de cinq agr\u00e9gats physiques et mentaux. Lorsque ce que nous appelons une \u00ab&nbsp;pens\u00e9e&nbsp;\u00bb se produit, nous concluons trop vite qu\u2019il y a \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb derri\u00e8re, un penseur, une \u00e2me qui domine le corps ou quelque chose de ce genre. Mais le Bouddha rejette totalement cette fa\u00e7on de voir. Lorsque l\u2019on d\u00e9compose le soi-disant \u00ab&nbsp;individu&nbsp;\u00bb selon les cinq \u00e9l\u00e9ments, il ne reste rien, ce qui revient \u00e0 prouver que seuls ces composants existent et qu\u2019il n\u2019y a aucune \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb. La pens\u00e9e ne prouve donc pas davantage l\u2019existence d\u2019un soi, contrairement \u00e0 ce que croient les gens, en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant au dernier groupe,&nbsp;<strong>la conscience<\/strong>&nbsp;<strong>sensorielle<\/strong> (<em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em>), elle n\u2019est qu\u2019une fonction qui consiste \u00e0 \u00eatre pleinement conscient des objets per\u00e7us au travers des cinq sens. Ce n\u2019est en aucun cas non plus un moi personnel. Les organes se contentent d\u2019enregistrer la couleur, la forme, les sons, les odeurs, la saveur et les objets tactiles qui s\u2019imposent \u00e0 eux. Il en r\u00e9sulte une conscience de ces objets qui s\u2019\u00e9veille en trois temps. Dans le cas de la vue, il y a une prise de conscience claire de la forme de l\u2019objet observ\u00e9&nbsp;: s\u2019il s\u2019agit d\u2019un homme ou d\u2019un animal, s\u2019il est grand ou petit, blanc ou noir, etc. Une telle prise de conscience est un processus m\u00e9canique, qui se produit de lui-m\u00eame, automatiquement. Certains pr\u00e9tendent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00e2me qui entre et sort de l\u2019esprit, re\u00e7oit des stimuli au travers des organes des sens, et que l\u00e0 se situe le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Les bouddhistes n\u2019y voient que l\u2019\u0153uvre de la nature&nbsp;: si un objet visuel entre en contact avec un \u0153il et son nerf optique, la vision appara\u00eet ainsi que la conscience de voir. Et ceci, une fois de plus, ne n\u00e9cessite en aucune fa\u00e7on la pr\u00e9sence d\u2019un soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eatre&nbsp;\u00bb et l\u2019avoir ainsi d\u00e9compos\u00e9 en agr\u00e9gats \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire le corps, la sensation, la perception, la pens\u00e9e et la conscience sensorielle \u2013 nous n\u2019en trouvons aucun qui puisse pr\u00e9tendre \u00eatre un soi ou appartenir \u00e0 un soi. Nous pouvons donc rejeter compl\u00e8tement cette fausse id\u00e9e et conclure que nul n\u2019est ou ne poss\u00e8de un soi. Celui qui cesse de se saisir des choses, de les aimer ou de les d\u00e9tester, montre qu\u2019il a per\u00e7u le non-soi de toute chose. La pens\u00e9e rationnelle doit suffire \u00e0 prouver qu\u2019il n\u2019y a pas de soi&nbsp;; cependant il n\u2019en r\u00e9sulte g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019une croyance, une opinion, et non la perception claire et enti\u00e8re qui permettrait de couper d\u00e9finitivement l\u2019attachement \u00e0 un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. C\u2019est la raison pour laquelle nous devons \u00e9tudier attentivement les cinq agr\u00e9gats sur la base du triple apprentissage et d\u00e9velopper suffisamment de perception int\u00e9rieure pour \u00eatre en mesure d\u2019abandonner notre attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un soi. Cette pratique vise \u00e0 d\u00e9velopper la sagesse et \u00e0 \u00e9liminer l\u2019ignorance. Alors seulement, nous pourrons voir par nous-m\u00eames qu\u2019aucun des agr\u00e9gats n\u2019est un soi, et qu\u2019aucun ne vaut la peine que l\u2019on s\u2019y attache. Toutes les formes d\u2019attachement, m\u00eame celles, instinctives, qui existent depuis la naissance, cesseront alors d\u00e9finitivement. C\u2019est pourquoi il est essentiel que nous approfondissions notre connaissance des cinq agr\u00e9gats qui sont \u00e0 la base du mythe du \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. Le Bouddha a particuli\u00e8rement insist\u00e9 sur cet aspect de son enseignement. On peut le r\u00e9sumer ainsi&nbsp;:&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;Aucun des agr\u00e9gats n\u2019est un soi.&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un point cl\u00e9 du bouddhisme, que ce soit du point de vue de la philosophie, de la science ou de la religion. Lorsque nous prenons conscience de cette v\u00e9rit\u00e9, l\u2019attachement et la peur \u2013 qui sont bas\u00e9s sur l\u2019ignorance \u2013 disparaissent, le d\u00e9sir n\u2019a plus aucun moyen de se manifester, et ainsi prend fin la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi donc ne percevons-nous pas les cinq agr\u00e9gats tels qu\u2019ils sont&nbsp;? A la naissance, nous ne comprenions rien au monde qui nous entourait&nbsp;; ensuite, les connaissances que nous avons acquises \u00e9taient bas\u00e9es sur ce que notre entourage nous disait, et la fa\u00e7on dont on nous les a communiqu\u00e9es nous a induits \u00e0 croire qu\u2019il y avait un moi personnel en toute chose. C\u2019est ainsi que la force de cette croyance en un soi, instinctive, primaire, que nous acqu\u00e9rons d\u00e8s la naissance, s\u2019accro\u00eet sans cesse au fil du temps. Dans le langage, nous utilisons les mots \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;il&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;elle&nbsp;\u00bb, qui ne font que renforcer l\u2019id\u00e9e du moi. Nous disons aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voici M. X et voil\u00e0 Mme Y. Il est le fils de M. Z et le petit-fils de Mme W&nbsp;\u00bb. Cette mani\u00e8re de parler nous encourage \u00e0 nous identifier \u00e0 une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb. En cons\u00e9quence, aucun de nous n\u2019est conscient de la fa\u00e7on dont il s\u2019attache, chaque jour davantage, \u00e0 un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Or, quand on s\u2019attache au moi, la cons\u00e9quence in\u00e9vitable est l\u2019\u00e9go\u00efsme, et nos actions quotidiennes s\u2019en ressentent. Si nous pouvons d\u00e9velopper suffisamment de clairvoyance pour d\u00e9couvrir qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une erreur, nous cesserons de nous attacher \u00e0 ces id\u00e9es de M. X et Mme Y, de classe sociale plus ou moins \u00e9lev\u00e9e, d\u2019\u00eatre humain ou animal, etc. et nous verrons que ce ne sont que des termes que l\u2019homme a invent\u00e9s pour faciliter la communication. Une fois cela compris, nous pourrons dire que nous nous sommes affranchis d\u2019une forme de \u00ab&nbsp;tricherie sociale&nbsp;\u00bb. Lorsque nous examinons l\u2019ensemble de ce qui constitue M. X, nous constatons qu\u2019il n\u2019est que l\u2019amalgame d\u2019un corps, de sensations, de perceptions, de pens\u00e9es et d\u2019une conscience sensorielle. Voil\u00e0 une mani\u00e8re plus intelligente de consid\u00e9rer les choses. Ce faisant, on \u00e9vite d\u2019\u00eatre pi\u00e9g\u00e9 par la v\u00e9rit\u00e9 relative du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est possible de pousser l\u2019analyse encore plus loin. Le corps physique, par exemple, peut se diviser grossi\u00e8rement en \u00e9l\u00e9ments (terre, eau, air et feu) ou \u00eatre analys\u00e9 scientifiquement (carbone, hydrog\u00e8ne, oxyg\u00e8ne, etc.). Plus nous approfondirons notre investigation, moins nous nous laisserons duper par l\u2019illusion d\u2019\u00eatre une \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb. En p\u00e9n\u00e9trant sous la surface, nous constatons qu\u2019il n\u2019existe que des agr\u00e9gats physiques et mentaux. Consid\u00e9r\u00e9e sous cet angle, la \u00ab&nbsp;personne&nbsp;\u00bb dispara\u00eet. L\u2019id\u00e9e de M. X et Mme Y ou d\u2019une certaine classe sociale dispara\u00eet. L\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;mon fils, mon mari, ma femme&nbsp;\u00bb dispara\u00eet. Lorsque nous consid\u00e9rons les choses \u00e0 la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 absolue, nous ne trouvons que&nbsp;<strong>des agr\u00e9gats,<\/strong>&nbsp;et en \u00e9tudiant ces agr\u00e9gats de pr\u00e8s, nous leur trouvons un d\u00e9nominateur commun&nbsp;:&nbsp;<strong>le vide<\/strong>. Chacun de ces agr\u00e9gats est vide de ce que l\u2019on appelle un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb. Nous sommes tous capables de constater cette absence. D\u00e8s lors, l\u2019attachement et la peur n\u2019auront plus aucune raison d\u2019\u00eatre ou de perdurer. Ils dispara\u00eetront d\u2019eux-m\u00eames, dissous, envol\u00e9s d\u00e9finitivement, sans laisser de trace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a donc pas d\u2019animaux, pas de personnes, pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments, pas d\u2019agr\u00e9gats. Il n\u2019y a rien d&rsquo;autre que le vide, l\u2019absence de soi. Si nous cessons de nous saisir des choses, il est impossible de souffrir. Celui qui per\u00e7oit le vide de toutes choses n\u2019est aucunement perturb\u00e9 si on le qualifie de bon ou de m\u00e9chant, de joyeux, de triste ou de quoi que ce soit. Tel est le fruit de la connaissance, de la compr\u00e9hension et de la claire perception int\u00e9rieure de la vraie nature des cinq agr\u00e9gats, qui permet d\u2019abandonner compl\u00e8tement les quatre formes d\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, toute chose, en ce monde, se retrouve dans les cinq agr\u00e9gats \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la mati\u00e8re, la sensation, la perception, la pens\u00e9e et la conscience sensorielle. Chacun de ces groupes nous induit en erreur car, bien que totalement d\u00e9nu\u00e9 de soi, il a le pouvoir d\u2019attirer l\u2019attachement et la peur. En cons\u00e9quence, le commun des mortels d\u00e9sire poss\u00e9der, d\u00e9sire \u00eatre ou encore ne pas poss\u00e9der, ne pas \u00eatre, ce qui, dans tous les cas, ne contribue qu\u2019\u00e0 engendrer la souffrance, une souffrance qui ne s\u2019\u00e9tale pas n\u00e9cessairement au grand jour, une souffrance cach\u00e9e. Il est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de chacun de mettre \u00e0 profit les enseignements relatifs \u00e0 la vertu, la concentration et la sagesse, afin d\u2019\u00e9liminer d\u00e9finitivement et radicalement l\u2019illusion relative aux cinq agr\u00e9gats. C\u2019est la voie de la libert\u00e9, de la lib\u00e9ration de la souffrance. La vie devient pur \u00e9merveillement, l\u2019esprit s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus de toute chose pour le restant de ses jours. Tel est le fruit de la vision p\u00e9n\u00e9trante claire et parfaite, appliqu\u00e9e aux cinq agr\u00e9gats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre VII<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>LA VISION&nbsp;P\u00c9N\u00c9TRANTE<br>&nbsp; &nbsp; PAR LA M\u00c9THODE NATURELLE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce chapitre, nous allons voir comment la concentration peut venir de mani\u00e8re naturelle aussi bien que r\u00e9sulter d\u2019une pratique organis\u00e9e. L&rsquo;aboutissement est identique dans les deux cas&nbsp;: l\u2019esprit est concentr\u00e9 et en mesure d\u2019entreprendre une introspection extr\u00eamement fine. Il faut cependant souligner que la concentration spontan\u00e9e est, en g\u00e9n\u00e9ral, suffisamment intense pour permettre l\u2019introspection et la vision p\u00e9n\u00e9trante, tandis que la concentration qui r\u00e9sulte d\u2019un entra\u00eenement sp\u00e9cifique est souvent excessive pour les besoins de la cause, sans compter qu\u2019elle risque d\u2019engendrer une autosatisfaction tr\u00e8s pr\u00e9judiciable. En effet, l\u2019esprit profond\u00e9ment concentr\u00e9 peut ressentir un bien-\u00eatre si parfait que le m\u00e9ditant s\u2019y attache ou s\u2019imagine qu\u2019il a atteint l\u00e0 le fruit de la Voie. Au contraire, la concentration spontan\u00e9e, suffisante et adapt\u00e9e aux besoins de l\u2019introspection, est inoffensive et ne souffre d\u2019aucun de ces d\u00e9savantages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a, dans le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, de nombreux exemples de personnes ayant atteint spontan\u00e9ment toutes les \u00e9tapes de la Voie et ses fruits, souvent en pr\u00e9sence du Bouddha, mais \u00e9galement plus tard, avec d\u2019autres ma\u00eetres. Or ces personnes ne partaient pas dans la for\u00eat pratiquer assid\u00fbment la concentration sur des objets particuliers comme cela a \u00e9t\u00e9 prescrit, beaucoup plus tard, dans certains manuels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est bien \u00e9vident qu\u2019il n\u2019a fallu aucun effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 aux cinq premiers disciples du Bouddha pour atteindre l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant&nbsp;en entendant son discours sur le non-soi, ni au millier d\u2019ermites qui ont entendu son \u00ab&nbsp;sermon du feu&nbsp;\u00bb. La sagesse, aigu\u00eb et profonde, surgit tout naturellement. Ces exemples montrent que la concentration naturelle peut se d\u00e9velopper d\u2019elle-m\u00eame lorsqu\u2019un individu essaie de comprendre le sens profond d\u2019un probl\u00e8me. La sagesse qui en d\u00e9coule, dans la mesure o\u00f9 elle est fermement \u00e9tablie, est certainement intense et tr\u00e8s stable. Elle appara\u00eet naturellement, automatiquement, de la m\u00eame mani\u00e8re que lorsque l\u2019esprit se concentre pour faire de l\u2019arithm\u00e9tique ou pour viser avant de tirer \u00e0 l\u2019arc. En temps normal, nous ne tenons pas compte de ce type de concentration car il n\u2019offre rien de magique, de miraculeux ou d\u2019impressionnant. Pourtant, par la simple force de cette concentration naturelle, la plupart d\u2019entre nous pourrait atteindre la lib\u00e9ration, le fruit de la Voie, le Nirvana, l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors ne n\u00e9gligeons pas ce type de concentration que nous poss\u00e9dons tous, \u00e0 un degr\u00e9 ou \u00e0 un autre, et que nous pouvons toujours d\u00e9velopper. Nous devons faire notre possible pour le cultiver, le faire fonctionner parfaitement, et en retirer les r\u00e9sultats appropri\u00e9s, tout comme l\u2019ont fait ceux qui sont devenus des&nbsp;Arahantssans avoir jamais entendu parler des techniques modernes de concentration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tudions, \u00e0 pr\u00e9sent, la nature des \u00e9tats de conscience qui permettent la vision p\u00e9n\u00e9trante du \u00ab&nbsp;monde&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des cinq agr\u00e9gats. La premi\u00e8re \u00e9tape est la&nbsp;<strong>joie<\/strong>&nbsp;<em>(piti)<\/em>, bonheur de l\u2019esprit ou bien-\u00eatre spirituel. Faire le bien, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, m\u00eame faire une offrande de nourriture aux moines \u2013 ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme la forme la plus simple d\u2019obtention de m\u00e9rites \u2013 peut \u00eatre source de joie. Plus haut sur l\u2019\u00e9chelle de la vertu, un comportement irr\u00e9prochable en paroles et en actions peut apporter une joie plus grande encore. Puis vient la concentration, o\u00f9 nous d\u00e9couvrons un plaisir certain d\u00e8s les tout premiers niveaux de la pratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette joie poss\u00e8de, en elle-m\u00eame, la capacit\u00e9 de faire appara\u00eetre un \u00e9tat de&nbsp;<strong>tranquillit\u00e9<\/strong>. D\u2019ordinaire l&rsquo;esprit part dans tous les sens, esclave des pens\u00e9es et des sentiments associ\u00e9s aux attraits du monde \u2013 il est agit\u00e9. Mais lorsque la joie spirituelle s\u2019installe, in\u00e9vitablement le calme et la stabilit\u00e9 de l\u2019esprit augmentent en proportion&nbsp;; et, quand la stabilit\u00e9 se perfectionne, il en r\u00e9sulte une concentration totale. L\u2019esprit s\u2019apaise, il devient souple et flexible, l\u00e9ger, d\u00e9tendu, pr\u00eat \u00e0 servir n\u2019importe quelle cause et, en particulier, la suppression des pollutions qui l\u2019obscurcissent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas que l\u2019esprit devienne silencieux et le corps rigide comme un roc \u2013 absolument pas. Le corps est ressenti comme \u00e9tant dans son \u00e9tat normal mais l\u2019esprit est particuli\u00e8rement calme, parfaitement clair, frais et alerte, autrement dit \u00ab&nbsp;apte au travail&nbsp;\u00bb, pr\u00eat \u00e0 apprendre. Tel est le degr\u00e9 de concentration qu\u2019il faut rechercher plut\u00f4t qu\u2019une concentration trop profonde, o\u00f9 le m\u00e9ditant se retrouve comme une statue de pierre, d\u00e9nu\u00e9e de toute pr\u00e9sence consciente. Ce type de concentration ne permet pas d\u2019approfondir quoi que ce soit, ne se pr\u00eate \u00e0 aucune esp\u00e8ce d\u2019investigation. L\u2019esprit n\u2019\u00e9tant pas pr\u00e9sent, il n\u2019a aucun moyen d\u2019atteindre la vision p\u00e9n\u00e9trante.&nbsp;La concentration profonde est un obstacle majeur \u00e0 la pratique de la vision p\u00e9n\u00e9trante.&nbsp;Pour pratiquer l\u2019introspection, il faut d\u2019abord retourner \u00e0 un niveau de concentration moins profond&nbsp;; on peut alors utiliser la force acquise par l\u2019esprit lors de sa plong\u00e9e. Ainsi la concentration profonde peut \u00eatre un outil, mais seulement un outil. Ce que nous devons rechercher plut\u00f4t, c\u2019est un esprit calme et stable, et tellement apte au travail que, lorsqu\u2019on l\u2019applique \u00e0 la pratique de la vision p\u00e9n\u00e9trante, il obtienne une compr\u00e9hension juste de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes du monde. Une telle vision est tout \u00e0 fait naturelle, elle est semblable \u00e0 celle obtenue par les disciples du Bouddha lorsqu\u2019ils l\u2019\u00e9coutaient enseigner le&nbsp;<em>Dhamma<\/em>. Elle n\u2019inclut ni rituels ni miracles mais engendre introspection et pens\u00e9es justes \u2013 de celles qui m\u00e8nent \u00e0 la compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela ne veut pas dire pour autant que la sagesse na\u00eetra spontan\u00e9ment. On ne devient pas Arahant&nbsp;instantan\u00e9ment. Le premier pas sur le chemin de la connaissance peut survenir n\u2019importe quand, selon l\u2019intensit\u00e9 de la concentration. Il se peut aussi que ce qui appara\u00eet ne soit pas la v\u00e9ritable sagesse, du fait d\u2019une pratique erron\u00e9e ou parce que les bases de la connaissance sont fausses. Cependant, quoi qu\u2019il en soit, la vision qui appara\u00eet ne peut \u00eatre que tr\u00e8s sp\u00e9ciale, particuli\u00e8rement claire et profonde. Si la connaissance qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, au Dhamma, elle continuera \u00e0 progresser jusqu\u2019\u00e0 devenir une connaissance juste et vraie de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes. Si la sagesse ne se d\u00e9veloppe que dans une certaine mesure, elle transformera quelqu\u2019un en&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;du premier niveau ou au moins en un individu de valeur. Si l\u2019environnement s\u2019y pr\u00eate et que de bonnes qualit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 correctement d\u00e9velopp\u00e9es et renforc\u00e9es, il est possible d&rsquo;avancer ainsi jusqu&rsquo;au niveau de l&rsquo;Arahant. Tout d\u00e9pend des circonstances. Mais quelle que soit la distance parcourue, tant que l\u2019esprit poss\u00e8de la capacit\u00e9 de concentration naturelle, cet \u00e9l\u00e9ment que nous appelons \u00ab&nbsp;vision p\u00e9n\u00e9trante&nbsp;\u00bb ne peut manquer de s\u2019\u00e9veiller et de correspondre plus ou moins \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. En ce qui concerne les bouddhistes qui ont entendu parler du \u00ab&nbsp;monde&nbsp;\u00ab&nbsp; (les cinq agr\u00e9gats et les ph\u00e9nom\u00e8nes), qui y ont r\u00e9fl\u00e9chi et qui l\u2019ont \u00e9tudi\u00e9 pour en comprendre la v\u00e9ritable nature, la connaissance qui d\u00e9coulera de leur \u00e9tat de concentration paisible ne sera en aucun cas trompeuse. Elle ne peut qu\u2019\u00eatre toujours b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expression \u00ab&nbsp;vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses&nbsp;\u00bb signifie voir l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et le non-soi de toute chose, voir que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou d\u2019\u00eatre, voir que nous ne devrions nous attacher \u00e0 absolument rien en ce monde, car rien n&rsquo;est ou ne poss\u00e8de un soi propre, rien n&rsquo;est bon ou mauvais, attirant ou repoussant. Le simple fait d\u2019aimer ou de ne pas aimer quelque chose, ne serait-ce qu\u2019une id\u00e9e ou un souvenir, est une forme d\u2019attachement. Dire que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou d\u2019\u00eatre signifie la m\u00eame chose que \u00ab&nbsp;rien ne vaut la peine que l\u2019on s\u2019y attache&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Obtenir&nbsp;\u00bb c\u2019est, par exemple, souhaiter ardemment des biens ou une position, de l\u2019argent ou un quelconque objet de plaisir. \u00ab&nbsp;\u00catre&nbsp;\u00bb signifie ici avoir conscience de son statut&nbsp;: \u00eatre mari\u00e9, pas mari\u00e9, riche, pauvre, gagnant ou perdant, et m\u00eame la conscience d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un, d\u2019\u00eatre une personne. Si nous y regardons de tr\u00e8s pr\u00e8s, m\u00eame \u00eatre quelqu\u2019un n\u2019est pas dr\u00f4le, c\u2019est lassant car source de souffrance. Si nous pouvons abandonner compl\u00e8tement notre attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e que nous sommes \u00ab&nbsp;quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb, alors \u00eatre ne sera plus une souffrance. Voil\u00e0 ce que nous gagnons \u00e0 voir l\u2019inanit\u00e9 de l\u2019\u00eatre. C\u2019est le sens profond de cette affirmation selon laquelle tout entra\u00eene in\u00e9vitablement une souffrance en rapport avec son \u00e9tat particulier. Pour se perp\u00e9tuer, tout \u00e9tat doit perdurer, au moins en esprit, sous forme d\u2019une croyance en sa propre existence. Ensuite, lorsqu\u2019il y a \u00ab&nbsp;une personne&nbsp;\u00bb, in\u00e9vitablement il y a des objets autres qu\u2019elle, qui lui appartiennent&nbsp;: des enfants, un conjoint, telle ou telle possession, etc. Puis viennent les devoirs qui s\u2019imposent au mari, \u00e0 la femme, au travailleur, etc. Tout ceci tend \u00e0 d\u00e9montrer la justesse du fait que tout \u00e9tat, pour se maintenir, n\u00e9cessite un effort. Les probl\u00e8mes et la souffrance engendr\u00e9s pour maintenir notre position ne sont que le r\u00e9sultat d\u2019un amour aveugle pour les choses, d\u2019un attachement aux objets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et maintenant, si nous abandonnions l\u2019envie de poss\u00e9der ou d\u2019\u00eatre quelque chose, comment pourrions-nous continuer \u00e0 exister&nbsp;? Voil\u00e0 certainement une question qui fait sourire les sceptiques et ceux qui n\u2019auraient pas s\u00e9rieusement r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la question. Le sens des mots \u00ab&nbsp;poss\u00e9der&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00eatre&nbsp;\u00bb tels qu\u2019ils sont utilis\u00e9s ici se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce qui est obtenu et v\u00e9cu au travers des pollutions de l\u2019esprit, de la convoitise, \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;cela vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu&nbsp;\u00bb, de sorte que l\u2019esprit s\u2019y applique tr\u00e8s s\u00e9rieusement. Une telle attitude ne peut que mener \u00e0 la d\u00e9pression, l\u2019angoisse, la d\u00e9tresse, le bouleversement ou, au minimum, \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 permanente. Sachant cela, nous allons pouvoir \u00eatre tr\u00e8s attentifs et veiller \u00e0 ce que notre esprit ne soit jamais la proie du d\u00e9sir de poss\u00e9der ou d\u2019\u00eatre. Conscients qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou d\u2019\u00eatre, nous aurons l\u2019intelligence d\u2019en rester \u00e9loign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, s\u2019il ne nous est pas possible de nous \u00e9loigner compl\u00e8tement des choses de ce monde, nous devons \u00eatre extr\u00eamement vigilants, de sorte que, si nous poss\u00e9dons effectivement quelque chose, ce soit avec un d\u00e9tachement total. Nous ne ferons pas comme ces personnes qui se bouchent les yeux et les oreilles et, sans r\u00e9fl\u00e9chir, s\u2019enfoncent toujours davantage dans le d\u00e9sir d\u2019obtenir et d\u2019\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 sombrer dans le puits de leur propre ignorance et de leur attachement, et finir par se suicider.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde \u2013 et tout ce qu\u2019il comporte \u2013 a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre impermanent, sans valeur intrins\u00e8que et de n\u2019appartenir \u00e0 personne. Quiconque essaie de poss\u00e9der quelque chose ou de s\u2019y attacher en souffrira&nbsp;tout au long : d\u00e8s le d\u00e9but, lorsque le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre ou d\u2019obtenir le br\u00fble&nbsp;; ensuite, tandis qu\u2019il poursuit son but&nbsp;; et plus tard encore, quand il obtient ce qu\u2019il d\u00e9sire. A chaque \u00e9tape, avant, pendant et apr\u00e8s, quand on cherche aveugl\u00e9ment \u00e0 obtenir ou \u00e0 s\u2019approprier quelque chose, la coupe est pleine de souffrance. Nous pouvons le constater en regardant souffrir autour de nous tous les \u00eatres qui vivent dans l\u2019ignorance. Il en va de m\u00eame pour la bont\u00e9, bien qu\u2019elle soit g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s pris\u00e9e. Si l\u2019on s\u2019engage dans les bonnes actions de mani\u00e8re erron\u00e9e et que l\u2019on s\u2019y attache trop, on en retirera autant de souffrance que ceux qui font le mal. Lorsque l\u2019on s\u2019engage sur la voie de la bont\u00e9, on ne doit pas oublier qu\u2019elle poss\u00e8de les m\u00eames caract\u00e9ristiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sceptique dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si absolument rien sur cette terre ne vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cu ou obtenu, doit-on en conclure que nous ne devrions pas travailler, gagner de l\u2019argent, acqu\u00e9rir une position sociale ou des biens&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il est pourtant simple de comprendre que celui qui avance dans la vie avec la connaissance et la compr\u00e9hension justes est bien plus avantag\u00e9 pour entreprendre une t\u00e2che que celui qui est esclave de ses d\u00e9sirs et ignorant de ces choses. En bref, en nous engageant dans le monde, nous devons rester attentifs et veiller \u00e0 ce que nos actions ne soient pas motiv\u00e9es par le d\u00e9sir. Le r\u00e9sultat s\u2019ensuivra en cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha et tous les autres&nbsp;Arahants \u00e9taient totalement lib\u00e9r\u00e9s du d\u00e9sir et ils r\u00e9ussirent pourtant \u00e0 accomplir des choses beaucoup plus utiles que ce qu\u2019aucun d\u2019entre nous pourrait faire. Dans les r\u00e9cits sur la vie du Bouddha, il est dit qu\u2019il ne dormait que quatre heures et passait le reste du temps \u00e0 travailler. Nous passons plus de quatre heures par jour simplement \u00e0 nous divertir&nbsp;! Si le Bouddha et tous les&nbsp;Arahants avaient \u00e9limin\u00e9 ces pollutions qui engendrent le d\u00e9sir d\u2019obtenir et d\u2019\u00eatre, alors quelle \u00e9tait leur motivation au travail&nbsp;? Eh bien, ils \u00e9taient motiv\u00e9s par le&nbsp;<strong>discernement&nbsp;<\/strong>doubl\u00e9 de&nbsp;<strong>compassion<\/strong>. M\u00eame les actions bas\u00e9es sur les besoins naturels du corps, telles que recevoir et manger la nourriture, \u00e9taient guid\u00e9es par le discernement. Ils \u00e9taient libres de toute impuret\u00e9, libres de tout d\u00e9sir de continuer \u00e0 vivre pour \u00eatre ceci ou obtenir cela, mais ils avaient assur\u00e9ment la capacit\u00e9 de discerner ce qui valait la peine d\u2019\u00eatre fait et ce qui n\u2019en valait pas la peine&nbsp;; telle \u00e9tait la force de motivation qui poussait leur corps \u00e0 aller chercher de la nourriture. S\u2019ils en trouvaient, tr\u00e8s bien&nbsp;; sinon, tant pis. Quand ils avaient la fi\u00e8vre, ils savaient comment la soigner et le faisaient aussi bien que possible. Mais si la fi\u00e8vre \u00e9tait tr\u00e8s forte et qu\u2019ils \u00e9taient de constitution fragile, ils se souvenaient que la mort est un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel. Qu\u2019ils vivent ou meurent, cela n\u2019avait aucune signification, cela avait la m\u00eame valeur \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est la meilleure attitude \u00e0 avoir pour \u00eatre enti\u00e8rement lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance. Il est inutile qu\u2019il y ait un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb qui soit ma\u00eetre du corps. Le simple discernement permet au corps de se maintenir selon une force naturelle. L\u2019exemple du Bouddha montre que le pouvoir du pur discernement et de la pure bont\u00e9 suffit \u00e0 maintenir un&nbsp;Arahant&nbsp;en vie dans le monde et, qui plus est, \u00e0 lui permettre d\u2019accomplir beaucoup plus de bienfaits pour autrui que ne pourraient le faire ceux qui sont sujets \u00e0 l\u2019attachement. L\u2019ignorant agira in\u00e9vitablement pour son seul profit, puisqu\u2019il est motiv\u00e9 par l\u2019\u00e9go\u00efsme, tandis que les actions de l\u2019Arahant&nbsp;en sont totalement d\u00e9pourvues et donc parfaitement pures. Mue par le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre et d\u2019obtenir, notre action est erron\u00e9e, nous prenons le mal pour le bien ne sachant pas \u00ab&nbsp;ce qui est&nbsp;\u00bb. Alors, abordons les choses intelligemment&nbsp;! N\u2019oublions jamais qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, rien ne vaut la peine que l\u2019on s\u2019y attache. Agissons plut\u00f4t de mani\u00e8re coh\u00e9rente : sachant que, de par leur nature m\u00eame, les choses n&rsquo;ont aucune valeur, s\u2019il nous faut vraiment participer \u00e0 ce monde, faisons-le de mani\u00e8re juste et appropri\u00e9e. Ainsi notre esprit restera pur, clair, paisible et l\u00e9ger. Nous pourrons participer aux affaires du monde sans en souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand un homme ordinaire entend dire que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, il n\u2019est pas convaincu et refuse de le croire. Mais quiconque en comprend le sens r\u00e9el se sent affermi et joyeux. Son esprit ma\u00eetrise les choses et en est ind\u00e9pendant. Il devient capable de poursuivre des objectifs sans craindre d\u2019en devenir l\u2019esclave. Ses actions ne sont pas motiv\u00e9es par le d\u00e9sir et il n\u2019est aveugl\u00e9 par aucune passion qui l\u2019encha\u00eenerait aux choses. Dans le fait d\u2019obtenir ou d\u2019\u00eatre quelque chose, soyons toujours conscients qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, en termes de v\u00e9rit\u00e9 absolue, nous ne pouvons rien obtenir ou \u00eatre car il n\u2019existe rien que nous puissions obtenir ou \u00eatre selon nos souhaits. Tout est impermanent et insatisfaisant, et rien ne peut jamais nous appartenir. Et pourtant nous avan\u00e7ons dans la vie comme des ignorants, pleins de d\u00e9sirs et d\u2019attachements. Autrement dit, nous agissons de mani\u00e8re inad\u00e9quate, en d\u00e9saccord avec la nature v\u00e9ritable des choses, tout simplement parce que nous l&rsquo;ignorons. In\u00e9vitablement cela entra\u00eene toutes sortes de probl\u00e8mes et de souffrances. Nous sommes incapables de faire notre travail \u00e0 la perfection parce que nous sommes beaucoup trop pr\u00e9occup\u00e9s par nos propres d\u00e9sirs de constamment \u00eatre ou obtenir quelque chose. En cons\u00e9quence, nous ne ma\u00eetrisons rien et ne pouvons \u00eatre bons, honn\u00eates et justes en toutes circonstances. La cause premi\u00e8re de toutes les situations d\u2019\u00e9chec et de d\u00e9sastre est l\u2019asservissement au d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apprendre \u00e0 conna\u00eetre la v\u00e9ritable nature des choses est l\u2019objectif r\u00e9el de tout bouddhiste. C\u2019est le moyen de nous lib\u00e9rer. Ind\u00e9pendamment du fait que nous esp\u00e9rions, ou pas, en retirer des b\u00e9n\u00e9fices dans ce monde (richesse, position sociale et c\u00e9l\u00e9brit\u00e9) ou dans l\u2019au-del\u00e0 (sph\u00e8re c\u00e9leste), ou encore des b\u00e9n\u00e9fices supra-mondains (le fruit de la Voie ou Nirvana), quoi que nous en esp\u00e9rions, le seul moyen de l\u2019atteindre est la connaissance juste et la vision p\u00e9n\u00e9trante. Nous nous enrichissons par la vision p\u00e9n\u00e9trante. Il est dit, dans les Ecritures, que nous serons purifi\u00e9s par la vision p\u00e9n\u00e9trante et par rien d\u2019autre. Notre chemin vers la lib\u00e9ration passe par la vision p\u00e9n\u00e9trante, la perception claire qu\u2019en toute chose il n\u2019y a et il n\u2019y aura jamais quoi que ce soit qui vaille la peine de s\u2019y attacher, d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, de risquer sa vie. Nous poss\u00e9dons des choses et sommes quelque chose, seulement en termes de v\u00e9rit\u00e9 relative. Dans le langage du monde, nous disons que nous sommes ceci ou cela, simplement parce qu\u2019en soci\u00e9t\u00e9 il est pratique de donner aux choses des noms et des titres. Mais nous ne devons pas croire que nous sommes r\u00e9ellement ceci ou cela, comme on le pr\u00e9tend au niveau de la v\u00e9rit\u00e9 relative. Agir ainsi serait agir comme les criquets qui perdent tout sens de l\u2019orientation quand leur t\u00eate est recouverte de poussi\u00e8re, au point de se battre et de s\u2019entre-tuer. Nous, les humains, lorsque notre t\u00eate est recouverte de poussi\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire quand nous sommes la proie de toutes sortes de concepts erron\u00e9s, nous sommes tellement d\u00e9sorient\u00e9s que nous faisons des choses qu\u2019aucun \u00eatre humain ne ferait dans des circonstances normales \u2013 comme tuer, par exemple. Alors, ne nous laissons pas asservir aveugl\u00e9ment par des v\u00e9rit\u00e9s relatives&nbsp;; soyons plut\u00f4t conscients du fait qu\u2019elles ne sont que relatives, n\u00e9cessaires pour la vie en soci\u00e9t\u00e9 mais sans plus. Nous devons prendre conscience de ce que sont r\u00e9ellement ce corps et cet esprit, quelle est leur v\u00e9ritable nature. Prendre conscience, en particulier, de leur impermanence, de l\u2019\u00e9tat d\u2019insatisfaction qui leur est inh\u00e9rent, et de l\u2019absence de soi personnel, et faire en sorte de ne jamais nous identifier \u00e0 eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ce qui concerne la richesse, le statut social, et toutes ces choses dont nous ne pouvons nous passer, consid\u00e9rons-les \u00e9galement comme des v\u00e9rit\u00e9s relatives, de fa\u00e7on \u00e0 nous lib\u00e9rer de la fa\u00e7on habituelle de s\u2019exprimer : \u00ab&nbsp;Ceci appartient \u00e0 X et cela \u00e0 Y&nbsp;\u00bb. La l\u00e9gislation du pays veille au respect de la propri\u00e9t\u00e9, inutile que nous nous cramponnions en plus \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;c\u2019est \u00e0 moi&nbsp;\u00bb. Nous ne devrions poss\u00e9der des choses que pour des raisons pratiques, purement et simplement, et non pour que ces possessions dominent notre esprit. Lorsque l\u2019on sait cela, les objets deviennent nos serviteurs et nous les dominons en toute occasion. Par contre, si nos pens\u00e9es d\u00e9rivent vers le d\u00e9sir et l\u2019attachement, si nous sommes persuad\u00e9s de poss\u00e9der ceci et cela, d\u2019\u00eatre ceci et cela, et que nous nous cramponnons \u00e0 ces id\u00e9es, les choses mat\u00e9rielles nous dominerons et c\u2019est nous qui en serons les esclaves. Les situations peuvent facilement se retourner ainsi&nbsp;; il nous faut donc \u00eatre tr\u00e8s vigilants. Nous devons organiser notre vie de telle sorte que nous soyons toujours s\u00fbrs d\u2019\u00eatre ind\u00e9pendants des choses et de les dominer. Sinon nous risquons fort de nous retrouver dans des situations peu enviables et de nous apitoyer sur notre sort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque nous avons enfin per\u00e7u clairement que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, appara\u00eet le d\u00e9senchantement (<em>nibbid\u0101<\/em>) qui se d\u00e9veloppe proportionnellement \u00e0 l\u2019intensit\u00e9 de la vision p\u00e9n\u00e9trante. C\u2019est signe que l\u2019attachement commence \u00e0 se rel\u00e2cher, signe que nous avons \u00e9t\u00e9 esclaves pendant si longtemps que l\u2019id\u00e9e d\u2019essayer de nous \u00e9chapper nous est enfin venue. C\u2019est le d\u00e9but du d\u00e9senchantement et de la d\u00e9sillusion&nbsp;: nous en avons assez de notre propre aveuglement \u00e0 d\u00e9sirer des choses et \u00e0 nous y cramponner comme si elles en valaient la peine. D\u00e8s que le d\u00e9senchantement s\u2019installe, in\u00e9vitablement commence un processus naturel et automatique de d\u00e9tachement (<em>vir\u0101ga<\/em>) \u2013 comme si une corde avec laquelle nous \u00e9tions fortement attach\u00e9s se d\u00e9nouait, ou comme la teinture d\u2019un tissu dispara\u00eet au rin\u00e7age. Le Bouddha a appel\u00e9 ce processus \u2013 selon lequel l\u2019attachement fait place \u00e0 une dissolution ou \u00e0 une lib\u00e9ration du monde ou des objets de cet attachement&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;\u00e9mancipation&nbsp;\u00bb (<em>vimutti<\/em>). Cet \u00e9tat est extr\u00eamement important&nbsp;; bien qu\u2019il ne soit pas l\u2019\u00e9tape finale, c\u2019est un pas tr\u00e8s net vers la lib\u00e9ration totale. Arriv\u00e9s \u00e0 ce stade d\u2019\u00e9mancipation, la lib\u00e9ration compl\u00e8te de la souffrance nous est assur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois libres, nous ne serons plus jamais esclaves du monde. \u00catre esclave des choses c\u2019est \u00eatre pollu\u00e9 dans son corps, ses paroles et ses pens\u00e9es. Se lib\u00e9rer de l\u2019esclavage des parfums d\u00e9licieux du monde, c\u2019est atteindre l\u2019\u00e9tat de puret\u00e9 et ne jamais plus risquer d\u2019\u00eatre souill\u00e9. Cette puret\u00e9 absolue (<em>visuddhi<\/em>) une fois atteinte donnera naissance \u00e0 un calme, \u00e0 une authentique s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, libre de toute agitation, lutte ou tourment. Le Bouddha a appel\u00e9 cette cessation de l\u2019oppression et de l\u2019agitation \u00ab&nbsp;paix&nbsp;\u00bb (<em>santi<\/em>), tout simplement, c\u2019est-\u00e0-dire calme, s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 en toute situation, ce qui est virtuellement la m\u00eame chose que le Nirvana.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab&nbsp;nirvana&nbsp;\u00bb a parfois \u00e9t\u00e9 traduit comme \u00ab&nbsp;absence de tout instrument de torture&nbsp;\u00bb mais aussi comme \u00ab&nbsp;extinction sans laisser de traces&nbsp;\u00bb. Il a donc deux significations importantes&nbsp;: premi\u00e8rement, lib\u00e9ration de toute source de tourment et de br\u00fblure, de toutes les formes d\u2019attachement et de contrainte&nbsp;; deuxi\u00e8mement, extinction de toute souffrance, sans aucun combustible restant pour la perp\u00e9tuer. La combinaison de ces deux significations indique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00e9tat de totale libert\u00e9 par rapport \u00e0 la souffrance. Il existe plusieurs autres sens int\u00e9ressants du mot \u00ab&nbsp;Nirvana&nbsp;\u00bb. Il peut signifier l\u2019extinction de la souffrance ou l\u2019\u00e9limination compl\u00e8te des poisons du mental ou encore l\u2019\u00e9tat, la sph\u00e8re ou la condition qui est la cessation de toute souffrance, de toute pollution et de toute activit\u00e9 karmique. Bien que le mot Nirvana soit souvent utilis\u00e9, le sens qu\u2019on lui donne peut beaucoup varier. Pour certains, il signifiera, par exemple, \u00ab&nbsp;calme et s\u00e9r\u00e9nit\u00e9&nbsp;\u00bb parce qu\u2019on l\u2019identifie \u00e0 la concentration profonde&nbsp;; tandis que d\u2019autres vont jusqu\u2019\u00e0 appeler \u00ab&nbsp;nirvana&nbsp;\u00bb l\u2019absorption totale dans la sensualit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a d\u00e9fini le Nirvana simplement comme l\u2019\u00e9tat de libert\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019attachement, le tourment et la souffrance&nbsp;; \u00e9tat qui r\u00e9sulte de l\u2019observation de la v\u00e9ritable nature des choses de ce monde et de la capacit\u00e9 qui s\u2019ensuit d\u2019abandonner tout attachement envers elles. Il est donc essentiel que nous r\u00e9alisions l\u2019immense valeur de la vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses et que nous nous appliquions \u00e0 d\u00e9velopper cette vision d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Avec la m\u00e9thode naturelle, nous l\u2019encourageons \u00e0 appara\u00eetre d\u2019elle-m\u00eame, simplement, en d\u00e9veloppant nuit et jour la joie qui r\u00e9sulte de la puret\u00e9 de l\u2019esprit, jusqu\u2019\u00e0 ce que les qualit\u00e9s que nous avons d\u00e9crites fassent surface. L\u2019autre m\u00e9thode consiste \u00e0 d\u00e9velopper la force de l\u2019esprit en suivant une technique de concentration pr\u00e9cise et en pratiquant la vision p\u00e9n\u00e9trante. Cette m\u00e9thode-l\u00e0 s\u2019adresse aux personnes ayant certaines dispositions pr\u00e9alables et capables de faire de rapides progr\u00e8s dans des circonstances appropri\u00e9es. Mais nous pouvons \u00e9galement pratiquer le d\u00e9veloppement de la vision p\u00e9n\u00e9trante par la m\u00e9thode naturelle, en tout temps et en tout lieu, simplement en vivant notre quotidien de mani\u00e8re si pure et honn\u00eate que progressivement vont appara\u00eetre la joie spirituelle (<em>p\u012bti<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>pamoda<\/em>), le calme (<em>passaddhi<\/em>), la vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses (<em>yath\u0101bh\u016bta\u00f1\u0101na-dassana<\/em>), le d\u00e9senchantement (<em>nibbid\u0101<\/em>), le d\u00e9tachement (<em>vir\u0101ga<\/em>), la lib\u00e9ration (<em>vimutti<\/em>), la purification des pollutions mentales (<em>visuddhi<\/em>) et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 (<em>santi<\/em>). Nous avons ainsi un avant-go\u00fbt du Nirvana (<em>nibb\u0101na<\/em>), la lib\u00e9ration de toute souffrance, r\u00e9guli\u00e8rement, naturellement, au jour le jour, mois apr\u00e8s mois, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, nous rapprochant peu \u00e0 peu du Nirvana final.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9sum\u00e9, la concentration et la vision p\u00e9n\u00e9trante naturelle, qui permettent d\u2019atteindre \u00ab&nbsp;la Voie et le fruit&nbsp;\u00bb, consistent \u00e0 v\u00e9rifier, chaque jour et \u00e0 longueur de journ\u00e9e, la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019affirmation selon laquelle rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Quiconque souhaite atteindre ce r\u00e9sultat doit s\u2019efforcer de se purifier et de d\u00e9velopper des qualit\u00e9s personnelles exemplaires, de fa\u00e7on \u00e0 trouver une constante joie spirituelle, dans le travail comme dans les loisirs. Cette joie entra\u00eenera la clart\u00e9 et la fra\u00eecheur, le calme de l\u2019esprit et la tranquillit\u00e9&nbsp;; elle donnera \u00e0 l\u2019esprit, de mani\u00e8re naturelle et automatique, une certaine capacit\u00e9 de r\u00e9flexion et d\u2019introspection. Avec la vision claire et constante que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, l\u2019esprit perd tout d\u00e9sir des objets qui lui paraissaient autrefois si attirants et attachants, et il peut enfin se lib\u00e9rer de ce qu\u2019il appelait \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;mien&nbsp;\u00bb. Toute convoitise aveugle pour les choses prend fin. La souffrance, qui ne trouve plus o\u00f9 se loger, s\u2019efface aussit\u00f4t, et ainsi s\u2019ach\u00e8ve la t\u00e2che qui consistait \u00e0 l\u2019\u00e9liminer. C\u2019est la r\u00e9compense \u2013 et chacun d\u2019entre nous peut y pr\u00e9tendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre VIII<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>LA VISION P\u00c9N\u00c9TRANTE PAR LA PRATIQUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons maintenant \u00e9tudier les techniques de pratique de la vision p\u00e9n\u00e9trante qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9es par le Bouddha mais ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es plus tard par des ma\u00eetres de m\u00e9ditation. Ce type de pratique convient aux personnes qui en sont \u00e0 un stade assez peu d\u00e9velopp\u00e9 et ne peuvent pas encore percevoir spontan\u00e9ment, par elles-m\u00eames, l\u2019insatisfaction de l\u2019existence de ce monde. Cela ne signifie pas pour autant que les r\u00e9sultats obtenus par ces techniques aient des vertus sup\u00e9rieures \u00e0 ceux obtenus par la m\u00e9thode naturelle car, lorsque nous lisons le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>, nous constatons que seule la m\u00e9thode naturelle y est mentionn\u00e9e. Certains consid\u00e8rent cependant que la vision p\u00e9n\u00e9trante naturelle ne peut \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e que par ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 atteint un tel degr\u00e9 de vertu et une telle pr\u00e9disposition, qu\u2019atteindre une pleine compr\u00e9hension des choses leur est un jeu d\u2019enfant. Que doivent donc faire ceux qui n\u2019ont pas ces vertus transcendantes et la pr\u00e9disposition appropri\u00e9e&nbsp;? C\u2019est \u00e0 leur intention que des ma\u00eetres ont mis au point des techniques progressives de pratique, des le\u00e7ons claires et pr\u00e9cises qui vont de A jusqu\u2019\u00e0 Z, et doivent \u00eatre suivies pas \u00e0 pas, s\u00e9rieusement et syst\u00e9matiquement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces formes de pratique de d\u00e9veloppement de la vision p\u00e9n\u00e9trante sont, \u00e0 pr\u00e9sent, connues sous le terme technique de&nbsp;<em>vipassan\u0101-dhura<\/em>. On oppose&nbsp;<em>vipassan\u0101-dhura<\/em>&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9tude (<em>gantha-dhura<\/em>), les deux \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s aujourd\u2019hui comme des aspects compl\u00e9mentaires de l\u2019enseignement.&nbsp;<em>Vipassan\u0101-dhura<\/em>&nbsp;est l\u2019\u00e9tude v\u00e9cue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;; c\u2019est une formation de l\u2019esprit qui n\u2019a rien \u00e0 faire avec les livres. Aucun de ces deux termes n\u2019est mentionn\u00e9 dans le&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>&nbsp;; ils n\u2019apparaissent que beaucoup plus tard, dans d\u2019autres \u00e9crits.&nbsp;<em>Vipassan\u0101-dhura<\/em>&nbsp;n\u2019en est pas moins une authentique pratique bouddhiste \u00e0 l\u2019intention de ceux qui souhaitent se lib\u00e9rer de la souffrance. Elle est directement fond\u00e9e sur une introspection soutenue et concentr\u00e9e. Pour aborder&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>, les anciens ma\u00eetres s\u2019exprimaient ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle est la base, le fondement de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;?<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelles sont les caract\u00e9ristiques qui permettent de reconna\u00eetre <em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;?<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle est au juste cette activit\u00e9 que nous appelons&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em> ?<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel devrait \u00eatre l\u2019aboutissement ultime de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En r\u00e9ponse \u00e0 la premi\u00e8re question, relative aux fondements de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>, nous r\u00e9pondons&nbsp;: vertu et concentration. \u00ab&nbsp;<em>Vipassan\u0101<\/em>&nbsp;\u00bb signifie \u00ab&nbsp;vision p\u00e9n\u00e9trante&nbsp;\u00bb et se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cette vision claire qui appara\u00eet lorsque l\u2019esprit est joyeux et libre de toute pollution. Comme la joie se d\u00e9veloppe en pr\u00e9sence de la puret\u00e9 morale (<em>s\u012bla-visuddhi<\/em>), un comportement sain et honn\u00eate est une base morale indispensable. Ceci est exprim\u00e9 dans les textes (<em>Rathavin\u012bta Sutta, Majjhima Nik\u0101ya<\/em>, 24) o\u00f9 la pratique est d\u00e9crite comme d\u00e9coulant d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tapes appel\u00e9es \u00ab&nbsp;les sept purifications&nbsp;\u00bb qui culminent sur la Voie et ses fruits. Les ma\u00eetres consid\u00e8rent l\u2019\u00e9tape de la puret\u00e9 morale comme la premi\u00e8re des sept purifications. Elle n\u00e9cessite une attitude irr\u00e9prochable et sert de base \u00e0 la purification de l\u2019esprit (<em>citta-visuddhi<\/em>). Celle-ci est atteinte quand on parvient \u00e0 lib\u00e9rer l\u2019esprit de toute contamination, acc\u00e9dant ainsi \u00e0 la purification des id\u00e9es (<em>ditthi-visuddhi<\/em>) qui met fin \u00e0 toute possibilit\u00e9 de mauvaise compr\u00e9hension. Cette nouvelle libert\u00e9 m\u00e8ne \u00e0 la puret\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la fin du doute (<em>kankh\u0101-vitarana-visuddhi<\/em>), laquelle conduit, \u00e0 son tour, \u00e0 l\u2019apparition de la puret\u00e9 par la connaissance et la vision de ce qu&rsquo;est la v\u00e9ritable voie \u00e0 suivre et ce qui ne l\u2019est pas (<em>magg\u0101-magga-\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>). Cette connaissance de la Voie m\u00e8ne \u00e0 la puret\u00e9 par la connaissance et la vision du progr\u00e8s le long de la Voie (<em>patipad\u0101-\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>). On est ainsi conduit \u00e0 l\u2019\u00e9tape o\u00f9 la vision p\u00e9n\u00e9trante est totale et intuitive&nbsp;: c\u2019est la puret\u00e9 de la connaissance et de la vision (<em>\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>) qui est la perfection du Noble Sentier. Du fait que le fruit de la Voie est automatiquement obtenu une fois que l\u2019on est engag\u00e9 sur la Voie, atteindre la Voie est consid\u00e9r\u00e9 comme le summum de la pratique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puret\u00e9 morale signifie avoir une attitude irr\u00e9prochable vis-\u00e0-vis de tout ce qui concerne le corps et la parole. Tant qu\u2019il reste la moindre imperfection dans le comportement du corps ou de la parole, on peut dire qu\u2019il n\u2019y a pas de vertu ou \u00ab&nbsp;moralit\u00e9&nbsp;\u00bb au vrai sens du terme. Par contre, quand la vertu a \u00e9t\u00e9 perfectionn\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019on a atteint la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans les activit\u00e9s du corps et de la parole, le r\u00e9sultat ne peut manquer d\u2019appara\u00eetre sous l\u2019aspect de la tranquillit\u00e9, laquelle \u00e0 son tour m\u00e8ne aux \u00e9tapes suivantes de purification. C\u2019est la fin de l\u2019incompr\u00e9hension, la fin du doute, de la discrimination entre ce qu\u2019est la Voie \u00e0 suivre et ce qui ne l\u2019est pas. C\u2019est la connaissance et la vision du progr\u00e8s le long de la Voie, et finalement, c\u2019est la vision p\u00e9n\u00e9trante compl\u00e8te et intuitive. Ces cinq derni\u00e8res \u00e9tapes constituent&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em> \u00e0 proprement parler. La purification de la conduite et de l\u2019esprit ne sont que la porte qui ouvre sur la voie de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>Les sept purifications<\/strong><br><strong>Les cinq \u00e9tapes de Vipassana<\/strong><br><strong>Les neuf \u00e9tapes de la perfection de la connaissance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">I.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puret\u00e9 morale<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">II.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puret\u00e9 de l\u2019esprit<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">III.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;1\/&nbsp;Fin des id\u00e9es fausses<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">IV.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;2\/&nbsp;Fin du doute<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">V.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;3\/&nbsp;Connaissance et vision de ce qu\u2019est la vraie Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">VI.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;4\/&nbsp;Connaissance et vision du progr\u00e8s le long de la Voie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(a) Prise de conscience du d\u00e9but et de la fin des ph\u00e9nom\u00e8nes<br>(b) Prise de conscience de la fin des ph\u00e9nom\u00e8nes<br>(c) Conscience de la peur<br>(d) Conscience du danger<br>(e) D\u00e9senchantement<br>f) D\u00e9sir de libert\u00e9<br>(g) Lutte pour s\u2019\u00e9chapper<br>(h) Imperturbabilit\u00e9<br>(i) Capacit\u00e9 de comprendre les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">VII.&nbsp;&nbsp;&nbsp;5\/&nbsp;Vision p\u00e9n\u00e9trante compl\u00e8te et intuitive<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>(III. 1<\/strong>)<br><strong>La purification qui lib\u00e8re d\u2019une mauvaise compr\u00e9hension des choses<\/strong>&nbsp;implique l\u2019\u00e9limination des toutes les id\u00e9es fausses, inn\u00e9es et acquises, depuis les croyances irrationnelles dans la magie jusqu\u2019aux id\u00e9es fausses sur la v\u00e9ritable nature des choses. Par exemple, consid\u00e9rer le corps et l\u2019esprit comme quelque chose de constant, d\u2019important, un \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb&nbsp;; le consid\u00e9rer comme un \u00eatre animal, humain, c\u00e9leste ou divin, ou encore comme quelque chose de magique ou de sacr\u00e9. Ne pas voir qu\u2019il consiste simplement en quatre \u00e9l\u00e9ments, ou juste en un corps et un esprit, et le consid\u00e9rer au contraire comme un soi, poss\u00e9dant une \u00e2me qui y entre et en ressort. Ne pas voir qu\u2019il ne se compose que de cinq agr\u00e9gats&nbsp;: le corps, les sensations et sentiments, les perceptions, la pens\u00e9e active et la conscience sensorielle. Ne pas le voir comme une simple masse de perceptions re\u00e7ues au moyen de l\u2019\u0153il, de l\u2019oreille, du nez, du palais, du corps et de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les concepts erron\u00e9s conduisent \u00e0 la croyance en la magie et les objets sacr\u00e9s, et engendrent ainsi la peur. Des rites et rituels sont alors c\u00e9l\u00e9br\u00e9s pour neutraliser la peur avec, pour r\u00e9sultat final, un attachement aux rites et rituels \u2013 tout cela \u00e0 cause de concepts erron\u00e9s. Une telle situation indique que les pens\u00e9es ne sont pas encore irr\u00e9prochables. Avoir abandonn\u00e9 les id\u00e9es fausses, c\u2019est avoir atteint ce que l\u2019on appelait autrefois \u00ab&nbsp;la troisi\u00e8me purification&nbsp;\u00bb et que les ma\u00eetres ont ensuite appel\u00e9 \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re \u00e9tape de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>(IV. 2)<\/strong><br><strong>La purification qui lib\u00e8re du doute <\/strong>provient de l\u2019introspection dans les causes. Une fois lib\u00e9r\u00e9 des id\u00e9es fausses, on se per\u00e7oit comme n\u2019\u00e9tant que l\u2019amalgame d\u2019un corps et d\u2019un esprit. \u00catre libre du doute signifie percevoir la nature des causes qui sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019existence de l\u2019ensemble corps-esprit. On voit, de mani\u00e8re p\u00e9n\u00e9trante et dans tous leurs d\u00e9tails, l\u2019apparition et l\u2019interaction de l\u2019ignorance, du d\u00e9sir, de l\u2019attachement, du karma, de la \u00ab&nbsp;nourriture&nbsp;\u00bb , etc. qui constituent le corps et l\u2019esprit. La lib\u00e9ration du doute r\u00e9sulte simplement de la connaissance claire des causes et des effets de toute chose. Dans la technique de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>, les ma\u00eetres ont distingu\u00e9 vingt-neuf ou trente types de doute mais, tout compte fait, ils se r\u00e9sument tous \u00e0 une seule question&nbsp;: notre \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb existe-t-il, a-t-il d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9, et continuera-t-il \u00e0 exister dans le futur et, dans ce cas, sous quelle forme&nbsp;? Le seul moyen de faire dispara\u00eetre d\u00e9finitivement ce doute est de r\u00e9aliser qu\u2019il n\u2019y a pas de \u00ab&nbsp;soi&nbsp;\u00bb mais seulement des \u00e9l\u00e9ments, des agr\u00e9gats et un syst\u00e8me nerveux qui se m\u00ealent \u00e0 l\u2019ignorance, la convoitise, et l\u2019attachement, au karma et \u00e0 la \u00ab&nbsp;nourriture&nbsp;\u00bb, etc. C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019y a pas de \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb du tout que l\u2019on peut commencer \u00e0 abandonner l\u2019id\u00e9e floue de \u00ab&nbsp;je suis, j\u2019ai \u00e9t\u00e9, je serai&nbsp;\u00bb. Avec l\u2019\u00e9radication totale du doute, on atteint la seconde \u00e9tape de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Cela ne signifie pas que l\u2019illusion du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e d\u00e9finitivement&nbsp;; il en reste quelques vestiges. Mais une bonne compr\u00e9hension du mode d\u2019interaction des causes a permis de faire s\u2019\u00e9vanouir le doute et d\u2019abandonner l\u2019id\u00e9e du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb dans ses formes les plus grossi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>(V. 3)<\/strong><br>Une fois le doute transcend\u00e9, il est possible d\u2019aborder&nbsp;<strong>la purification qui consiste \u00e0 distinguer le juste sentier \u00e0 suivre de ce qui ne l\u2019est pas<\/strong>. Il y a plusieurs obstacles \u00e0 ce nouveau progr\u00e8s, obstacles qui apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement pendant la pratique de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Tandis que l\u2019esprit est dans un \u00e9tat de concentration, il peut se produire des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tranges qui risquent d\u2019impressionner fortement le m\u00e9ditant, telles des lumi\u00e8res merveilleuses apparaissant \u00e0 l\u2019\u0153il int\u00e9rieur (les yeux physiques \u00e9tant ferm\u00e9s). Si ces manifestations sont encourag\u00e9es, elles peuvent se d\u00e9velopper \u00e9norm\u00e9ment. Pour le m\u00e9ditant qui saute \u00e0 la conclusion que \u00ab&nbsp;ce sont les fruits de la pratique de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;\u00bb ou qui se f\u00e9licite en pensant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 quelque chose de miraculeux qui me convient parfaitement&nbsp;\u00bb, de tels ph\u00e9nom\u00e8nes risquent fort d\u2019obstruer le reste de la Voie et de ses fruits. C\u2019est pourquoi les ma\u00eetres consid\u00e8rent qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une d\u00e9viation, d\u2019une impasse. Il existe d\u2019autres types de d\u00e9viation, comme quand des sentiments de joie d\u00e9bordante et de satisfaction envahissent si fort l\u2019esprit qu\u2019il n\u2019est plus capable d\u2019introspection et saute \u00e0 la conclusion que \u00ab&nbsp;c\u2019est le Nirvana, ici et maintenant&nbsp;\u00bb. En fait, la route se bloque, et tout progr\u00e8s devient impossible. Les ma\u00eetres disent que m\u00eame la vision claire de la nature du corps et de l\u2019esprit peut conduire le m\u00e9ditant \u00e0 l\u2019autosatisfaction et \u00e0 l\u2019illusion qu\u2019il a atteint un degr\u00e9 remarquable de compr\u00e9hension spirituelle, ce qui le rend trop confiant. C\u2019est un autre des obstacles au progr\u00e8s de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Il arrive aussi que le m\u00e9ditant utilise les pouvoirs qu\u2019il a ainsi d\u00e9velopp\u00e9s pour rendre son corps rigide au point de perdre toute la conscience n\u00e9cessaire au progr\u00e8s de l\u2019introspection. C\u2019est un obstacle difficile \u00e0 surmonter car les m\u00e9ditants en sont g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s satisfaits, consid\u00e9rant cela comme un pouvoir surnaturel ou m\u00eame comme le fruit de la Voie. Ils sont, en fait, tr\u00e8s \u00e0 plaindre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une autre situation, que l&rsquo;on rencontre aussi fr\u00e9quemment, est l\u2019apparition d\u2019un \u00e9tat de b\u00e9atitude tel que le m\u00e9ditant n\u2019en a jamais connu. \u00c9merveillement et \u00e9tonnement pr\u00e9c\u00e8dent une autosatisfaction absolument injustifi\u00e9e. Tant que dure cette b\u00e9atitude, le corps et l\u2019esprit sont dans un \u00e9tat de bien-\u00eatre profond et tous les probl\u00e8mes disparaissent. Ce que l\u2019on aimait ou que l\u2019on n\u2019aimait pas, nous est tout \u00e0 coup indiff\u00e9rent quand on y pense. Ce que le m\u00e9ditant avait craint, ce qui l\u2019inqui\u00e9tait, l\u2019angoissait, le bouleversait ne provoque plus aucune de ces r\u00e9actions, de sorte qu\u2019il croit \u00e0 tort avoir d\u00e9j\u00e0 atteint la lib\u00e9ration de tous les poisons mentaux&nbsp;; car il est vrai que, tant qu\u2019il est dans cet \u00e9tat, il a toutes les caract\u00e9ristiques d\u2019un individu ayant r\u00e9ellement atteint la perfection. Mais si la satisfaction appara\u00eet en r\u00e9ponse \u00e0 cet \u00e9tat, elle sera un obstacle \u00e0 la suite du progr\u00e8s dans&nbsp;<em>vipassan\u0101&nbsp;<\/em>; puis, avec le temps, cet \u00e9tat s\u2019affaiblira de sorte que l\u2019on recommencera \u00e0 aimer ou \u00e0 ne pas aimer les choses, comme avant, et peut-\u00eatre m\u00eame plus fort qu\u2019avant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre obstacle peut provenir de la foi, d\u2019une confiance plus grande que jamais : confiance dans le Triple Joyau \u2013 le Bouddha, le Dhamma et le Sangha \u2013 ou dans des th\u00e9ories que le m\u00e9ditant se cr\u00e9e lui-m\u00eame. Il peut aussi ressentir une intense satisfaction dans le Dhamma. La capacit\u00e9 \u00e0 rester d\u00e9tach\u00e9 de tout se d\u00e9veloppe tant et si bien qu\u2019elle peut faire croire au m\u00e9ditant qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 atteint le fruit de la Voie et m\u00eame le Nirvana. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes repr\u00e9sentent de grosses difficult\u00e9s pour ceux qui les rencontrent pour la premi\u00e8re fois \u2013 m\u00eame si les m\u00e9ditants les trouvent souvent tr\u00e8s \u00e0 leur go\u00fbt \u2013 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils atteignent enfin la connaissance permettant de voir clairement ces exp\u00e9riences comme des obstacles et qu\u2019ils r\u00e9ussissent \u00e0 se d\u00e9faire totalement de ces pollutions subtiles. Ils d\u00e9couvrent alors ce qu\u2019est r\u00e9ellement la Voie et ce qui ne l\u2019est pas. Cette connaissance est la troisi\u00e8me \u00e9tape de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;et la cinqui\u00e8me purification.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>(VI. 4)<\/strong><br>Jusque-l\u00e0, l\u2019aspirant doit veiller \u00e0 se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart de toutes les voies adjacentes. Par contre, d\u00e8s qu\u2019il saura pr\u00e9cis\u00e9ment <strong>distinguer la Voie juste<\/strong>, tout ce qu\u2019il d\u00e9couvrira par la suite d\u00e9coulera automatiquement de cette Voie. Cette connaissance se d\u00e9veloppera progressivement&nbsp;; elle apportera une compr\u00e9hension parfaitement claire de la v\u00e9ritable nature des choses et, finalement, une parfaite libert\u00e9 et un d\u00e9tachement total vis-\u00e0-vis de ces choses. Quant \u00e0 l\u2019esprit, enrichi de cette compr\u00e9hension, il est pr\u00eat \u00e0 atteindre la vision p\u00e9n\u00e9trante des Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s. On dit qu\u2019il a atteint l\u2019\u00e9tat de puret\u00e9 qui d\u00e9coule de la connaissance et de la vision du progr\u00e8s sur la Voie. C\u2019est la quatri\u00e8me \u00e9tape de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;et la sixi\u00e8me purification. Le <em>Tipitaka<\/em>&nbsp;ne donne aucun d\u00e9tail sur cette \u00e9tape mais, plus tard, certains ma\u00eetres l\u2019ont subdivis\u00e9e ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">a) L\u2019aspirant a progress\u00e9 correctement en&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;et a pu approfondir en d\u00e9tail les ph\u00e9nom\u00e8nes de la naissance, du vieillissement, de la douleur et de la mort de toute chose. Le d\u00e9but et la fin de tout ph\u00e9nom\u00e8ne ont \u00e9t\u00e9 parfaitement observ\u00e9s. Toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale est clairement per\u00e7ue comme n\u2019\u00e9tant qu\u2019un processus infini de naissance et de mort, de d\u00e9but et de fin, comme les lueurs du soleil \u00e0 la surface de la mer ou comme la formation de la cr\u00eate moutonneuse des vagues et leur dispersion. C\u2019est ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la connaissance du d\u00e9but et de la fin&nbsp;\u00bb (<em>udayabbay\u0101-nupassan\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>). Elle na\u00eet d\u2019une introspection concentr\u00e9e, si claire et maintenue si longtemps, que la connaissance est fermement \u00e9tablie, comme une teinture absorb\u00e9e par l\u2019esprit, assez puissante pour provoquer chez le m\u00e9ditant un d\u00e9senchantement par rapport aux choses et la fin de l\u2019attachement. Telle est la premi\u00e8re \u00e9tape de la connaissance et de la vision du progr\u00e8s sur la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">b) Si le d\u00e9but et la fin des ph\u00e9nom\u00e8nes sont observ\u00e9s simultan\u00e9ment, il est impossible de les percevoir aussi clairement que lorsque l&rsquo;on se concentre sur eux s\u00e9par\u00e9ment. A ce stade, le m\u00e9ditant abandonne l\u2019observation du d\u00e9but, et se concentre exclusivement sur la fin. Ceci lui permet de voir le processus de d\u00e9sint\u00e9gration et de disparition avec une telle profondeur et une telle intensit\u00e9 qu\u2019il en vient \u00e0 r\u00e9aliser que la d\u00e9cr\u00e9pitude et la mortalit\u00e9 sont universellement pr\u00e9sents, o\u00f9 que le regard se pose. L\u2019esprit qui d\u00e9couvre cela et maintient cette connaissance est enrichi de ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;la connaissance de la d\u00e9cr\u00e9pitude et de la dissolution&nbsp;\u00bb (<em>bhang\u0101nupassan\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>). C\u2019est la deuxi\u00e8me \u00e9tape du d\u00e9veloppement de la connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">c) La connaissance de la d\u00e9cr\u00e9pitude et de la dissolution, une fois suffisamment d\u00e9velopp\u00e9e, fait \u00e9merger la prise de conscience que toute chose est \u00e0 craindre. Toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale, que ce soit dans le domaine des sens, des formes ou du sans-forme, est per\u00e7ue comme \u00e9minemment effrayante car la d\u00e9cr\u00e9pitude et la dissolution de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes sont v\u00e9cues consciemment \u00e0 chaque instant. Ainsi une appr\u00e9hension tr\u00e8s forte na\u00eet dans l\u2019esprit de celui qui a cette perception&nbsp;; elle devient une peur r\u00e9elle. Toute chose appara\u00eet aussi potentiellement effrayante qu\u2019un poison, une arme mortelle ou de terribles bandits arm\u00e9s. Les trois sph\u00e8res de l\u2019existence ph\u00e9nom\u00e9nale ne sont plus qu\u2019objets de frayeur. Cette conscience de la qualit\u00e9 effrayante de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes (<em>bhayatupatthana-\u00f1\u0101na<\/em>) est consid\u00e9r\u00e9e comme la troisi\u00e8me \u00e9tape.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">d) Lorsque la conscience de la nature \u00e9minemment effrayante de toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale a \u00e9t\u00e9 totalement d\u00e9velopp\u00e9e, appara\u00eet la conscience que toute chose, de par sa nature, est dangereuse. Nous ne sommes pas en s\u00e9curit\u00e9 dans le monde mat\u00e9riel. Il est comme une for\u00eat pleine de b\u00eates mena\u00e7antes et si l\u2019on cherche \u00e0 s\u2019amuser dans cette for\u00eat, on n\u2019y trouve plus rien d\u2019agr\u00e9able. Cette conscience du danger (<em>\u0101d\u012bnavanupassana-\u00f1\u0101na<\/em>) inh\u00e9rent \u00e0 toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale est la quatri\u00e8me \u00e9tape.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">e) Quand toute chose est per\u00e7ue comme \u00e9tant dangereuse en tous points, le d\u00e9senchantement appara\u00eet. Tout ressemble \u00e0 une maison br\u00fbl\u00e9e dont il ne reste que des cendres et un squelette \u2013 absolument sans attrait. Ce d\u00e9senchantement (<em>nibbid\u0101nupassana-\u00f1\u0101na<\/em>) par rapport \u00e0 notre relation aux choses conditionn\u00e9es est la cinqui\u00e8me \u00e9tape du d\u00e9veloppement et de la connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">f) Quand un authentique d\u00e9senchantement s\u2019est install\u00e9, s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors le d\u00e9sir de se lib\u00e9rer vraiment des choses. Ce d\u00e9sir est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de notre envie normale de libert\u00e9 laquelle, d\u00e9pourvue de la stimulation qu\u2019apporte la force de la concentration ou la vision p\u00e9n\u00e9trante, n\u2019est pas un r\u00e9el d\u00e9sir de libert\u00e9. Le d\u00e9senchantement qui na\u00eet de la vision p\u00e9n\u00e9trante de <em>vipassan\u0101<\/em> englobe l\u2019esprit tout entier et le d\u00e9sir de libert\u00e9 est aussi vaste que le d\u00e9senchantement, et donc tout \u00e0 fait authentique. Ce d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019insatisfaction de l\u2019existence ph\u00e9nom\u00e9nale est aussi grand que le d\u00e9sir de libert\u00e9 d\u2019une grenouille qui chercherait \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la gueule d\u2019un serpent, ou celui d\u2019un daim ou d\u2019un oiseau qui se d\u00e9bat pour \u00e9chapper au pi\u00e8ge dont il est prisonnier. Ce v\u00e9ritable d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la souffrance <em>(mu\u00f1citukamyat\u0101-\u00f1\u0101na)<\/em> est la sixi\u00e8me \u00e9tape.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">g) A pr\u00e9sent, avec le plein d\u00e9veloppement du d\u00e9sir de s\u2019\u00e9chapper, appara\u00eet un sentiment de lutte intense pour trouver une issue. Par l\u2019introspection, on per\u00e7oit l\u2019attachement et les poisons du mental qui sont la cause de l\u2019emprisonnement de l\u2019esprit, les liens qui l\u2019enserrent dans cette condition. On cherche alors le moyen de diminuer ces pollutions puis, quand on parvient \u00e0 les diminuer, on cherche \u00e0 les \u00e9liminer compl\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette diminution des pollutions de l\u2019esprit peut \u00eatre illustr\u00e9e par une comparaison. Un homme rel\u00e8ve son filet de p\u00eache et y trouve un serpent qu\u2019il prend pour un poisson. Si on lui dit que c\u2019est un serpent, il ne le croit pas, du moins pas tant qu\u2019il n\u2019aura pas rencontr\u00e9 un ma\u00eetre bon, sage et compatissant qui le guidera et l\u2019\u00e9duquera jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il voie par lui-m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit effectivement d\u2019un serpent. Alors il prend peur et cherche un moyen de tuer le serpent. Il le prend par le cou, le soul\u00e8ve au-dessus de sa t\u00eate et le fait tourner jusqu\u2019\u00e0 ce que, \u00e9puis\u00e9, le serpent tombe mort. Cette comparaison illustre l\u2019\u00e9veil de la prise de conscience que les voiles qui polluent l\u2019esprit sont la cause de l\u2019asservissement des hommes \u00e0 une condition redoutable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans technique pour diminuer, au jour le jour, l\u2019impact des pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit, il sera impossible de les \u00e9liminer d\u00e9finitivement. Leur force est beaucoup plus grande que les connaissances encore maigres que nous pouvons d\u00e9ployer contre elles. C\u2019est pourquoi ces connaissances doivent \u00eatre \u00e9largies&nbsp;et la souffrance caus\u00e9e par les pollutions de l\u2019esprit diminuera simultan\u00e9ment. Garder toujours pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit le fait que tout est impermanent, sans valeur intrins\u00e8que et d\u00e9pourvu de soi, que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu, permet de cesser d\u2019alimenter tout ce qui obscurcit l\u2019esprit, d\u2019affaiblir ces pollutions mentales de jour en jour. Il nous appartient de nous d\u00e9velopper, de nous renforcer, de nous rendre toujours plus fins et plus ing\u00e9nieux. Aussi petits que nous soyons, nous pourrons ainsi d\u00e9passer des obstacles grands comme des montagnes. Nous sommes comme une petite souris qui aurait \u00e0 tuer plusieurs tigres. Nous devons \u00eatre extr\u00eamement d\u00e9termin\u00e9s et sans cesse pr\u00eats \u00e0 trouver des moyens adapt\u00e9s \u00e0 notre taille. Si nous ne pouvons arriver \u00e0 rien directement, nous devons utiliser toutes sortes de m\u00e9thodes et de techniques pour affaiblir ces tigres, jour apr\u00e8s jour, plut\u00f4t qu\u2019essayer de les tuer d\u2019embl\u00e9e. Cette recherche intense de moyens d\u2019\u00e9chappatoire (<em>patisankh\u0101nupassana-\u00f1\u0101na<\/em>) constitue la septi\u00e8me \u00e9tape de la connaissance et de la vision du progr\u00e8s sur la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">h) L\u2019affaiblissement des pollutions de l\u2019esprit permet de nous rendre de plus en plus ind\u00e9pendants et d\u00e9tach\u00e9s des choses. Ainsi, l\u2019\u00e9tape suivante dans le d\u00e9veloppement de la compr\u00e9hension juste qui r\u00e9sulte dans l\u2019absence d\u2019attirance pour les choses, consiste \u00e0 voir tous les ph\u00e9nom\u00e8nes comme \u00e9tant vides, d\u00e9pourvus d\u2019essence, d\u00e9pourvus de statut \u2013 animaux, personnes, etc. \u2013 d\u00e9pourvus de substance ou de permanence, d\u00e9pourvus de valeur car profond\u00e9ment insatisfaisants, et d\u00e9pourvus de tout attrait car profond\u00e9ment d\u00e9cevants. Progressivement, l\u2019esprit devient ind\u00e9pendant et imperm\u00e9able \u00e0 tout, dans n\u2019importe quel domaine d\u2019existence. Les choses qui \u00e9taient auparavant agr\u00e9ables, d\u00e9sirables et attachantes sont per\u00e7ues comme des blocs de pierre et de terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ceci a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement expliqu\u00e9 au moyen d\u2019une comparaison. Un homme qui a toujours aim\u00e9 sa femme peut un jour changer et cesser de l\u2019aimer si, par exemple, elle a \u00e9t\u00e9 infid\u00e8le. Une fois divorc\u00e9, il est libre d\u2019agir \u00e0 sa guise et son esprit n\u2019a plus de raison d\u2019\u00eatre perturb\u00e9. A ce niveau de connaissance, des situations qui paraissaient jusqu\u2019alors attrayantes \u00e0 leur mani\u00e8re, sont per\u00e7ues comme d\u00e9nu\u00e9es de substance, de sorte que l\u2019on peut s\u2019en lib\u00e9rer et y \u00eatre imperturbable en toutes circonstances \u2013 tout comme l\u2019homme devient ind\u00e9pendant apr\u00e8s son divorce. Ce d\u00e9tachement par rapport \u00e0 tous les ph\u00e9nom\u00e8nes (<em>sankh\u0101rupekkh\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>) est la huiti\u00e8me \u00e9tape.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">i) L\u2019esprit qui se retrouve ainsi ind\u00e9pendant et d\u00e9tach\u00e9 de toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale est pr\u00eat \u00e0 perfectionner la Voie et \u00e0 conna\u00eetre les Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s (<em>saccanulomika-\u00f1\u0101na<\/em>). A ce stade, on est enti\u00e8rement dispos\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer les pollutions de l\u2019esprit, \u00e0 briser les cha\u00eenes qui asservissent au monde et \u00e0 devenir un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;\u00e0 un degr\u00e9 ou un autre. C\u2019est la neuvi\u00e8me \u00e9tape du processus de la connaissance et de la vision du progr\u00e8s le long de la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque toutes les \u00e9tapes de ce d\u00e9veloppement de la connaissance ont \u00e9t\u00e9 franchies, depuis la connaissance du d\u00e9but et de la fin de toute chose jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat de r\u00e9ceptivit\u00e9 aux Quatre Nobles V\u00e9rit\u00e9s, le m\u00e9ditant a atteint le quatri\u00e8me niveau de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;ou sixi\u00e8me Purification. La connaissance pure et parfaite qui en d\u00e9coule est un instrument qui r\u00e9v\u00e8le au chercheur le chemin qu\u2019il a parcouru, et qui peut continuer \u00e0 le mener \u00e0 la vision intuitive parfaite qui an\u00e9antit toutes les pollutions de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>(VII. 5)<\/strong><br><strong>La vision intuitive parfaite<\/strong>, ou puret\u00e9 de la connaissance et de la vision, septi\u00e8me purification, est la vision p\u00e9n\u00e9trante qui na\u00eet de la Voie perfectionn\u00e9e. Elle est le but, le fruit de la pratique de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Cette vision p\u00e9n\u00e9trante qui na\u00eet de la Voie perfectionn\u00e9e est la cinqui\u00e8me et derni\u00e8re \u00e9tape de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre l\u2019\u00e9tat de r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00e0 percevoir les Nobles V\u00e9rit\u00e9s et cette vision intuitive parfaite, il y a la connaissance \u00ab&nbsp;probatoire&nbsp;\u00bb (<em>gotrabh<\/em><em><u>\u016b<\/u><\/em><em>-\u00f1\u0101na<\/em>) qui marque le point de transition entre l\u2019individu ordinaire, dont l\u2019esprit est obscurci par des pollutions, et l\u2019<em>ariyan<\/em>. Mais cette connaissance probatoire ne dure qu\u2019un instant. Elle est le point culminant de la perfection progressive de la connaissance et se situe encore au niveau du bon karma, au niveau du royaume des sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour nous r\u00e9sumer,&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;est une observation p\u00e9n\u00e9trante qui s\u2019appuie sur la vertu et la concentration. Qu\u2019observons-nous&nbsp;? Absolument tout. Nous observons le monde, l\u2019existence ph\u00e9nom\u00e9nale, les objets conditionn\u00e9s ou les cinq agr\u00e9gats \u2013 puisque toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale n\u2019est autre que le jeu des cinq agr\u00e9gats. Et que cherchons-nous \u00e0 voir&nbsp;? Nous cherchons \u00e0 voir l\u2019impermanence, l\u2019insatisfaction et l\u2019impersonnalit\u00e9 inh\u00e9rentes \u00e0 toutes les choses de ce monde. Nous les voyons na\u00eetre, vivre et dispara\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 les percevoir comme absolument terrifiantes et d\u00e9cevantes, et r\u00e9aliser que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre obtenu ou v\u00e9cu. Telles sont les situations qui doivent na\u00eetre de la pratique de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Quel est le but de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;? Le but imm\u00e9diat est de diminuer l\u2019ignorance, le mot&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;signifiant \u00ab&nbsp;claire vision&nbsp;\u00bb. Quel est le fruit de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;? C\u2019est l\u2019apparition d\u2019une vision intuitive, d\u2019une vision claire et durable de la nature des choses, laquelle aboutira \u00e0 \u00e9liminer progressivement toutes les pollutions de l\u2019esprit. Une fois celles-ci disparues, il ne reste que la perfection, l\u2019\u00c9veil, la paix. Rien ne lie plus l\u2019esprit aux conditions du monde et, en cons\u00e9quence, on \u00e9chappe au monde et \u00e0 l\u2019esclavage des sens. L\u2019esprit est lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance parce qu\u2019il est lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 jamais de toute convoitise et de tout d\u00e9sir. Le Bouddha a appel\u00e9 cet \u00e9tat&nbsp;: l\u2019obtention du fruit de la Voie, le Nirvana. Atteindre cela, c\u2019est avoir men\u00e9 jusqu\u2019au bout la t\u00e2che que le bouddhisme nous a assign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est la voie de la vision p\u00e9n\u00e9trante que nous devons parcourir. Elle compte sept niveaux de purification qui incluent les neuf \u00e9tapes du processus de d\u00e9veloppement de la connaissance du monde. Ensemble ils constituent&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>. Dans les \u00c9critures, <em>vipassan\u0101<\/em> est pr\u00e9sent\u00e9 comme un syst\u00e8me structur\u00e9, tandis que les points de d\u00e9tail se trouvent dans les \u00e9crits ult\u00e9rieurs des ma\u00eetres de m\u00e9ditation. Cependant il y a quelque chose d\u2019important qu\u2019il faut bien saisir pour \u00e9viter tout malentendu. Il se trouve que, m\u00eame dans la pratique du Dhamma, aspect le plus \u00e9lev\u00e9 du bouddhisme, il existe des d\u00e9viations. A l\u2019heure actuelle, nombreux sont ceux qui pr\u00e9tendent enseigner, sous le nom de&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>, quelque chose qui n\u2019a rien en commun avec la r\u00e9alit\u00e9. Ils en font leur gagne-pain, cr\u00e9ent des groupes de pratique et attirent les gens en leur accordant le grade d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9veill\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>ariya puggala<\/em>) \u00e0 la mode moderne. Tout ceci est extr\u00eamement m\u00e9prisable et regrettable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" style=\"font-size:clamp(17.371px, 1.086rem + ((1vw - 3.2px) * 1.094), 27px);\">Chapitre IX<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>\u00c9MANCIPATION DU MONDE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9ditation&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;est un entra\u00eenement de l\u2019esprit dont le but est d\u2019\u00e9lever l\u2019esprit \u00e0 un niveau tel qu\u2019il ne soit plus sujet \u00e0 la souffrance. L\u2019esprit se lib\u00e8re de la souffrance gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance claire que rien ne vaut la peine d\u2019\u00eatre convoit\u00e9 ; ainsi les choses du monde cessent de nous entra\u00eener dans de nouveaux attachements et de nouveaux rejets. L\u2019esprit qui ma\u00eetrise cette connaissance transcende la condition humaine et atteint le niveau que l\u2019on appelle&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;le plan supra-mondain&nbsp;\u00bb (<em>lokuttara-bh\u016bmi<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour bien comprendre ce qu\u2019est le plan supra-mondain, il nous faut d\u2019abord conna\u00eetre son contraire, le plan mondain (<em>lokiya-bh\u016bmi<\/em>). Le plan mondain se situe \u00e0 tous les niveaux o\u00f9 les choses du monde contr\u00f4lent l\u2019esprit. Tr\u00e8s bri\u00e8vement on peut dire qu\u2019il y a trois niveaux sur le plan mondain&nbsp;: le niveau des sens (<em>k\u0101m\u0101vacara-bh\u016bmi<\/em>), lorsque l\u2019esprit se satisfait des plaisirs de toutes sortes&nbsp;; le niveau des formes (<em>r\u016bpavacara-bh\u016bmi<\/em>), condition de l\u2019esprit qui se d\u00e9sint\u00e9resse des objets des sens mais qui trouve sa satisfaction dans les diff\u00e9rents stades de la concentration sur les formes en tant qu\u2019objets&nbsp;; et enfin, le niveau du sans-forme (<em>ar\u016bpavacara-bh\u016bmi<\/em>), niveau le plus \u00e9lev\u00e9 de l\u2019esprit qui trouve sa satisfaction dans les d\u00e9lices et la paix de la concentration sur des objets autres que des formes. A ces trois niveaux du plan mental, on trouve la plupart des \u00eatres. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00eatres humains ou c\u00e9lestes, de dieux, d\u2019animaux ou d\u2019habitants de l\u2019enfer, ils sont tous inclus dans ces trois niveaux mondains. L\u2019esprit d\u2019un \u00eatre peut habiter alternativement l\u2019un de ces trois niveaux \u00e0 tout moment&nbsp;; il n\u2019y a l\u00e0 rien d\u2019exceptionnel, c\u2019est tout \u00e0 fait normal. Cependant, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on aura tendance \u00e0 retomber naturellement au niveau des sens sans concentration, l\u2019esprit humain \u00e9tant normalement sous l\u2019influence des d\u00e9lices que repr\u00e9sentent les couleurs et les formes, les sons, les odeurs, les saveurs et les contacts physiques. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 certaines occasions qu\u2019il peut \u00e9chapper \u00e0 ces attraits et faire l\u2019exp\u00e9rience de la tranquillit\u00e9 et de la f\u00e9licit\u00e9 qui naissent de la pratique de la concentration sur les formes ou sur le sans-forme \u2013 tout d\u00e9pend de sa concentration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 certains moments, donc, l\u2019esprit d\u2019une personne peut se situer \u00e0 n\u2019importe lequel de ces niveaux de concentration. En Inde, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Bouddha, ceci devait \u00eatre assez fr\u00e9quent car il y avait, dans tout le pays, des hommes vivant dans les for\u00eats qui \u00e9taient \u00e0 la recherche de la paix et du bonheur que l\u2019on associe aux diff\u00e9rents niveaux de concentration. De nos jours, de tels hommes se font rares, mais il est n\u00e9anmoins possible \u00e0 l\u2019homme ordinaire d\u2019atteindre ces niveaux. Si quelqu\u2019un dans ce monde fait l\u2019exp\u00e9rience de la joie supr\u00eame de la concentration sur une forme, alors \u00ab&nbsp;le monde&nbsp;\u00bb, pour lui, se r\u00e9duit \u00e0 cette forme car il n\u2019est conscient de rien d\u2019autre. \u00c0 cet instant et pour cette personne, \u00ab&nbsp;le monde&nbsp;\u00bb n\u2019est que cela et restera cela jusqu\u2019\u00e0 ce que la condition de son esprit \u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame si une personne vivant \u00e0 l\u2019un de ces trois niveaux a atteint un tel calme et une telle tranquillit\u00e9 qu\u2019il en vient \u00e0 rester parfaitement immobile comme un roc ou une souche, la convoitise et l\u2019attachement au soi sont toujours pr\u00e9sents. Il existe \u00e9galement encore en lui toutes sortes de d\u00e9sirs, m\u00eame des plus subtils \u2013 comme la d\u00e9ception, lors de la disparition de l\u2019\u00e9tat dans lequel il se trouve, d\u00e9ception qui le pousse \u00e0 rechercher un nouvel \u00e9tat. Ce d\u00e9sir de changement constitue le karma, et cette personne n\u2019a donc pas encore transcend\u00e9 l\u2019\u00e9tat mondain. Elle n\u2019a pas atteint le plan supra-mondain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un esprit qui se situe sur le plan supra-mondain a transcend\u00e9 le monde. Il consid\u00e8re l\u2019\u00e9tat mondain comme d\u00e9nu\u00e9 d\u2019essence, de soi, de substance, et s\u2019en d\u00e9tourne. Les individus qui vivent dans cette sph\u00e8re se situent \u00e0 l\u2019un des quatre niveaux de la Voie et de ses fruits&nbsp;: il y a le niveau de Celui qui p\u00e9n\u00e8tre dans le courant (<em>sot\u0101panna<\/em>), de Celui qui ne reviendra qu\u2019une fois (<em>sakad\u0101g\u0101m\u012b<\/em>), de Celui qui ne reviendra plus (<em>an\u0101g\u0101m\u012b<\/em>) et le niveau du Parfait ou Arahant. La condition de ces quatre types de nobles \u00eatres ou&nbsp;<em>ariyans<\/em>&nbsp;est dite \u00ab&nbsp;supra-mondaine&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Supra-mondaine&nbsp;\u00bb signifie \u00ab&nbsp;au-dessus du monde&nbsp;\u00bb, et se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019esprit et non au corps. Le corps peut se trouver n\u2019importe o\u00f9, pourvu que les conditions de vie soient ad\u00e9quates. Le mot \u00ab&nbsp;supra-mondain&nbsp;\u00bb d\u00e9crit simplement un esprit qui r\u00e9side au-dessus du monde. Quant aux mondes d\u2019en-dessous \u2013 tels que l\u2019enfer, le purgatoire ou les lieux de souffrance, de tourment et d\u2019esclavage \u2013, ils n\u2019existent tout simplement pas pour les&nbsp;<em>ariyan<\/em>s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les crit\u00e8res qui permettent de reconna\u00eetre les quatre niveaux du plan supra-mondain sont les diff\u00e9rents poisons du mental qui sont en cours d\u2019\u00e9limination. Le Bouddha a divis\u00e9 les poisons de ce groupe selon dix cat\u00e9gories et les a appel\u00e9es \u00ab&nbsp;les entraves&nbsp;\u00bb (<em>samyojana<\/em>). Ces dix entraves retiennent l\u2019homme et tous les \u00eatres du monde en les maintenant sur le plan mondain. Si l\u2019on commence \u00e0 desserrer ces liens et \u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer, l\u2019esprit se lib\u00e8re progressivement, graduellement, de sa condition mondaine. Quand on r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer compl\u00e8tement, on transcende r\u00e9ellement le monde et on vient demeurer en permanence sur le plan supra-mondain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re de ces pollutions mentales subtiles qui nous lie est&nbsp;<strong>la croyance en un soi<\/strong>&nbsp;(<em>sakk\u0101ya-ditthi<\/em>)&nbsp;: penser que le corps et l\u2019esprit sont \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une erreur, d\u2019un malentendu bas\u00e9 sur l\u2019attachement \u00e0 l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;je suis&nbsp;\u00bb. Du fait que l\u2019individu moyen n\u2019est, en g\u00e9n\u00e9ral, pas conscient de la v\u00e9ritable nature du corps et de l\u2019esprit, il les consid\u00e8re, sans r\u00e9fl\u00e9chir, comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;lui&nbsp;\u00bb. Il lui semble \u00e9vident que le corps et l\u2019esprit constituent un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb. Cette id\u00e9e instinctive est si fermement enracin\u00e9e que personne ne la remet jamais en question. Il est vrai que l\u2019instinct de pr\u00e9servation est ce qui permet \u00e0 la vie de se maintenir, de rechercher la nourriture et de multiplier l\u2019esp\u00e8ce. Mais ce que nous appelons ici \u00ab&nbsp;croyance en un soi&nbsp;\u00bb doit \u00eatre compris, dans son sens le plus primaire, comme la cause essentielle de l\u2019\u00e9go\u00efsme. C\u2019est la premi\u00e8re des entraves, celle qui doit dispara\u00eetre avant toute autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La deuxi\u00e8me entrave est&nbsp;<strong>le doute<\/strong>&nbsp;(<em>vicikicch\u0101<\/em>), cause de l\u2019h\u00e9sitation et de l\u2019incertitude. Avant tout, il s\u2019agit l\u00e0 du doute concernant la pratique qui m\u00e8ne \u00e0 la lib\u00e9ration de la souffrance&nbsp;; ce doute na\u00eet d\u2019une connaissance insuffisante de l\u2019efficacit\u00e9 de cette pratique&nbsp;: est-ce vraiment ce qui me convient&nbsp;? En suis-je capable&nbsp;? N\u2019y a-t-il pas de meilleure fa\u00e7on d\u2019y parvenir&nbsp;? Est-ce vraiment efficace&nbsp;? Le Bouddha a-t-il r\u00e9ellement atteint l\u2019\u00c9veil&nbsp;? S\u2019est-il vraiment lib\u00e9r\u00e9 de la souffrance&nbsp;? Ses enseignements et la m\u00e9thode qu\u2019il propose lib\u00e8rent-ils r\u00e9ellement de la souffrance&nbsp;? Est-il vraiment possible \u00e0 un moine du Sangha d\u2019atteindre la lib\u00e9ration de la souffrance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La racine du doute est l\u2019ignorance. Si l\u2019on raconte \u00e0 un poisson qui a toujours v\u00e9cu dans l\u2019eau ce qui se passe sur la terre s\u00e8che, il n\u2019en croirait pas un mot ou du moins pas grand-chose. Quant \u00e0 nous, immerg\u00e9s dans un univers de sensualit\u00e9, nous y vivons comme le poisson dans l\u2019eau, de sorte que si l\u2019on nous parle de transcender la sensualit\u00e9 et le monde, nous n\u2019y comprenons rien. Et ce que nous pourrions comprendre dans une certaine mesure, nous en doutons. Il nous est naturel de penser ainsi. Penser \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 fait appara\u00eetre une nouvelle image : c\u2019est le conflit entre le niveau de pens\u00e9e plus \u00e9lev\u00e9 et le niveau de pens\u00e9e ordinaire qui provoque l\u2019h\u00e9sitation et le doute. Si l\u2019\u00e9nergie de l\u2019esprit est insuffisante, c\u2019est le bas niveau de pens\u00e9e qui triomphera. Le doute et l\u2019h\u00e9sitation relatifs au bien sont pr\u00e9sents en chacun de nous, de mani\u00e8re r\u00e9currente, depuis notre naissance. Chez une personne dont l\u2019\u00e9ducation a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ficiente, cela peut \u00eatre une maladie tr\u00e8s ordinaire. Il nous faut observer, par l\u2019introspection, combien les cons\u00e9quences de ces h\u00e9sitations sont n\u00e9gatives, qu\u2019elles sont constamment pr\u00e9sentes dans notre travail et notre vie quotidienne, au point que nous en venons \u00e0 douter du bien, de la v\u00e9rit\u00e9 et de la lib\u00e9ration de la souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La troisi\u00e8me entrave est la&nbsp;<strong>superstition<\/strong>&nbsp;(<em>s\u012blabbatapar\u0101m\u0101sa<\/em>) ou attachement aux r\u00e8gles et aux rites bas\u00e9 sur une mauvaise compr\u00e9hension de leur raison d\u2019\u00eatre originelle. Il s\u2019agit essentiellement d\u2019un attachement erron\u00e9 \u00e0 certaines choses que l\u2019on fait, et qui a g\u00e9n\u00e9ralement trait \u00e0 des doctrines et des c\u00e9r\u00e9monies. Un exemple \u00e9vident de superstition, que l\u2019on retrouve m\u00eame parmi les bouddhistes, est la croyance en la magie et les pratiques magiques. M\u00e9diter dans l\u2019espoir d&rsquo;en retirer des pouvoirs magiques et psychiques ou des forces protectrices est totalement erron\u00e9 et irrationnel. Un autre exemple consiste \u00e0 prendre les pr\u00e9ceptes \u2013 dont le but r\u00e9el est de d\u00e9velopper une conduite vertueuse pour \u00e9liminer les pollutions qui obscurcissent l\u2019esprit \u2013 en croyant que cela donnera naissance \u00e0 des pouvoirs miraculeux qui nous permettront d\u2019\u00e9radiquer ces pollutions. Dans ce cas, nous ne faisons que nous attacher \u00e0 des objets, nous les approprier, et nous finissons par obtenir exactement l\u2019inverse de ce que nous recherchions. La pratique est parfaite en elle-m\u00eame mais, si nous ne la comprenons pas et que nous nous y attachons de mani\u00e8re irrationnelle, comme si elle \u00e9tait magique ou sacr\u00e9e, elle devient de la pure superstition. De m\u00eame, si on prend les pr\u00e9ceptes dans l\u2019espoir, par exemple, de rena\u00eetre sous la forme d\u2019un \u00eatre ang\u00e9lique, c\u2019est sans aucun doute une forme d\u2019attachement aux r\u00e8gles et aux rituels, et cela va \u00e0 l\u2019encontre des enseignements du bouddhisme. De telles croyances polluent une conduite qui pourrait \u00eatre vertueuse en tout point. Le but de la discipline du bouddhisme est d\u2019\u00e9liminer les pollutions les plus grossi\u00e8res du corps et de la parole pour pr\u00e9parer les fondations du d\u00e9veloppement progressif de la concentration et de la vision p\u00e9n\u00e9trante \u2013 ce n\u2019est pas de rena\u00eetre au paradis&nbsp;! Avoir une motivation aussi fausse, c\u2019est souiller et contaminer sa propre moralit\u00e9 par l\u2019attachement et la convoitise, par de faux concepts. Si on pratique la charit\u00e9, les pr\u00e9ceptes moraux ou la m\u00e9ditation avec une fausse id\u00e9e de leur objectif r\u00e9el, on s\u2019\u00e9loigne in\u00e9vitablement de la Voie que nous a montr\u00e9e le Bouddha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Prenez donc conscience que les pratiques bouddhiques elles-m\u00eames peuvent devenir superstition lorsqu\u2019elles sont associ\u00e9es \u00e0 une mauvaise compr\u00e9hension et \u00e0 l\u2019espoir d\u2019obtenir des pouvoirs mystiques. C\u2019est \u00e9galement vrai de toutes ces petites choses que la plupart d\u2019entre nous a plaisir \u00e0 pratiquer, comme les chants rituels, les actions m\u00e9ritoires et ainsi de suite. Si la c\u00e9r\u00e9monie qui consiste \u00e0 placer du riz et des plateaux de sucreries devant l\u2019image du Bouddha est pratiqu\u00e9e en croyant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une offrande \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019esprit&nbsp;\u00bb du Bouddha et qu\u2019il pourra en b\u00e9n\u00e9ficier, il est \u00e0 cent pour cent certain que les effets produits seront diam\u00e9tralement oppos\u00e9s \u00e0 ceux esp\u00e9r\u00e9s. Cette conduite, qui va \u00e0 l\u2019encontre de son objectif r\u00e9el, est tr\u00e8s r\u00e9pandue dans les milieux bouddhistes mais elle est totalement irrationnelle. C\u2019est ainsi que des pratiques qui \u00e9taient, \u00e0 l\u2019origine, belles et bonnes, sont contamin\u00e9es par l\u2019ignorance de ceux qui les appliquent. Voil\u00e0 ce qu\u2019est la superstition. Comme nous l\u2019avons vu, cette pollution a pour origine l\u2019ignorance et la mauvaise compr\u00e9hension des choses. Nous avons pratiquement tous des croyances personnelles sur les pouvoirs mystiques, du fait d\u2019une mauvaise information ou d\u2019un conditionnement erron\u00e9. Inutile d\u2019entrer davantage dans le d\u00e9tail \u00e0 ce stade mais, bien que cela d\u00e9range, chacun devrait faire son autocritique sur la question, en fonction de ce qui vient d\u2019\u00eatre dit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque quelqu\u2019un a compl\u00e8tement abandonn\u00e9 ces trois premiers obstacles \u2013 croyance en un \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb, doute, et superstition \u2013 on dit qu\u2019il a atteint le premier niveau du plan supra-mondain, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il est devenu \u00ab&nbsp;Celui qui entre dans le courant&nbsp;\u00bb. Abandonner d\u00e9finitivement ces trois entraves ou \u00ab&nbsp;poisons de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb n\u2019est pas difficile du tout, car ce ne sont que les attributs primitifs de gens primitifs et peu \u00e9volu\u00e9s. Quiconque a correctement \u00e9tudi\u00e9 et progress\u00e9 devrait \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de ces trois obstacles et \u00eatre capable de devenir un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;; sinon, c\u2019est que la personne est encore ignorante et dans l\u2019illusion ou, pour employer un meilleur terme, c\u2019est un \u00eatre du monde (<em>puthujjana<\/em>), un \u00eatre dont l\u2019\u0153il int\u00e9rieur est couvert d\u2019un \u00e9pais bandeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019un individu a r\u00e9ussi \u00e0 abandonner ces pollutions, son esprit est lib\u00e9r\u00e9 des entraves du monde. Il est lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019ignorance et de l\u2019illusion qui faisaient de l\u2019ombre \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et qui rattachaient l\u2019esprit au monde. Les abandonner, c\u2019est comme laisser derri\u00e8re soi trois entraves ou trois bandeaux sur les yeux, s\u2019en lib\u00e9rer et s\u2019\u00e9lever au-dessus du monde et au-del\u00e0, vers le premier niveau du plan supra-mondain. Voil\u00e0 ce que signifie devenir un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;du premier niveau, atteindre le premier niveau du plan supra-mondain. On dit d\u2019une telle personne qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;entr\u00e9e dans le courant&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle a atteint, pour la premi\u00e8re fois, le fleuve qui coule vers le Nirvana. Cela signifie qu\u2019apr\u00e8s avoir atteint ce stade, la personne est s\u00fbre d\u2019arriver au Nirvana, un jour ou l\u2019autre, dans l\u2019avenir. Elle n\u2019a atteint que le fleuve du Nirvana, pas le Nirvana lui-m\u00eame, mais ce fleuve est un courant qui coule directement vers le Nirvana, qui descend vers lui, exactement comme le cours d\u2019eau d\u2019une rivi\u00e8re descend vers la mer. Bien qu\u2019il lui faille encore du temps, un esprit qui a enfin p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 \u00ab&nbsp;le courant&nbsp;\u00bb est certain d\u2019arriver un jour au Nirvana.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Atteindre le second niveau du plan supra-mondain signifie abandonner les trois entraves dont nous venons de parler mais aussi \u00eatre capable d\u2019att\u00e9nuer certaines formes d\u2019attachement, d\u2019aversion et d\u2019ignorance, au point que l\u2019esprit s\u2019\u00e9l\u00e8ve et ne soit plus que tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 la sensualit\u00e9. La tradition veut qu\u2019un tel individu ne revienne plus qu\u2019une seule fois dans ce monde, c\u2019est pourquoi on l\u2019appelle \u00ab&nbsp;Celui qui reviendra une fois&nbsp;\u00bb. Cette personne est plus proche du Nirvana que \u00ab&nbsp;Celui qui entre dans le courant&nbsp;\u00bb car il ne reste en lui qu\u2019une infime trace d\u2019attachement au monde. S\u2019il devait revenir au monde sensoriel des \u00eatres humains, ce ne serait qu\u2019une seule fois parce que l\u2019attachement, l\u2019aversion et l\u2019ignorance, bien qu\u2019encore pr\u00e9sents, ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement att\u00e9nu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au troisi\u00e8me stade, nous trouvons \u00ab&nbsp;Celui qui ne reviendra pas&nbsp;\u00bb. Ce niveau d\u2019<em>ariyan<\/em>, outre une certaine lib\u00e9ration des pollutions de l\u2019esprit permettant d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;Celui qui reviendra une fois&nbsp;\u00bb, a \u00e9galement r\u00e9ussi \u00e0 abandonner les quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me entraves. La quatri\u00e8me entrave est le d\u00e9sir des sens, et la cinqui\u00e8me est la n\u00e9gativit\u00e9. Ni Celui qui entre dans le courant ni Celui qui reviendra une fois n\u2019a compl\u00e8tement abandonn\u00e9 le d\u00e9sir sensuel&nbsp;: il reste en eux une trace de satisfaction face aux objets attirants et d\u00e9sirables&nbsp;; m\u00eame s\u2019ils ne croient plus en un soi et ont \u00e9limin\u00e9 le doute et la superstition, ils ne sont pas encore capables de renoncer compl\u00e8tement \u00e0 leur attachement aux attraits des sens&nbsp;; il en reste des traces. Par contre, un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;du troisi\u00e8me niveau, celui qui ne reviendra pas, a r\u00e9ussi \u00e0 abandonner cela compl\u00e8tement&nbsp;; il n\u2019en reste aucune trace. Quant aux poisons de la n\u00e9gativit\u00e9, qui inclut tous les sentiments de col\u00e8re ou de ranc\u0153ur, il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 largement lav\u00e9 au stade de Celui qui reviendra une fois, de sorte qu\u2019il n\u2019en reste qu\u2019une trace qui obstrue l\u2019esprit&nbsp;; Celui qui ne reviendra pas s\u2019en d\u00e9barrasse totalement. Il a donc rejet\u00e9 tant le d\u00e9sir sensuel que la n\u00e9gativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le&nbsp;<strong>d\u00e9sir sensuel ou attachement aux plaisirs des sens<\/strong>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 expliqu\u00e9 au chapitre quatre. C\u2019est un obscurcissement chronique, fermement ancr\u00e9 dans l\u2019esprit, comme s\u2019il en faisait partie int\u00e9grante. Il est difficile, \u00e0 l\u2019homme ordinaire, de le comprendre et de l\u2019\u00e9liminer. Tout, absolument tout, peut \u00eatre objet de d\u00e9sir&nbsp;; les couleurs, les formes, les sons, les odeurs, les saveurs, les objets tactiles de toutes sortes sont les objets des sens <em>(k\u0101ma)<\/em>, et l\u2019\u00e9tat d\u2019attachement de l\u2019esprit, qui appara\u00eet sous forme de satisfaction, est le d\u00e9sir sensuel (<em>k\u0101ma-r\u0101ga<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que nous appelons&nbsp;<strong>n\u00e9gativit\u00e9<\/strong>&nbsp;est la r\u00e9action d\u2019un esprit qui ressent une insatisfaction. (Lorsqu\u2019il y a satisfaction, c\u2019est le d\u00e9sir sensuel&nbsp;; lorsqu\u2019il y a insatisfaction, c\u2019est la n\u00e9gativit\u00e9. L\u2019esprit de la plupart des humains est sujet \u00e0 ces deux \u00e9tats.) Nous pouvons m\u00eame \u00e9prouver de la n\u00e9gativit\u00e9 face \u00e0 des objets inanim\u00e9s et, plus grave encore, \u00eatre m\u00e9contents de ce que nous avons nous-m\u00eames cr\u00e9\u00e9, des choses qui sont n\u00e9es de notre esprit. Quand on ressent de la haine et de la col\u00e8re, la n\u00e9gativit\u00e9 est all\u00e9e trop loin. Un&nbsp;<em>ariyan<\/em>, de niveau inf\u00e9rieur \u00e0 \u00ab&nbsp;Celui qui ne reviendra pas&nbsp;\u00bb, l\u2019a d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 un point correspondant \u00e0 son \u00e9tat. La n\u00e9gativit\u00e9 qui demeure \u00e0 effacer pour un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;du troisi\u00e8me niveau n\u2019est plus qu\u2019une r\u00e9action de l\u2019esprit si subtile qu\u2019il n\u2019en para\u00eet parfois rien au dehors. C\u2019est une perturbation interne que nulle expression du visage ne trahit mais qui est ressentie \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme de l\u2019insatisfaction, de l\u2019irritation ou de l\u2019agacement vis-\u00e0-vis d\u2019une personne ou d\u2019un objet qui ne r\u00e9pond pas \u00e0 son attente. Imaginez une telle personne, totalement d\u00e9nu\u00e9e de n\u00e9gativit\u00e9&nbsp;; voyez quel \u00eatre exceptionnel ce pourrait \u00eatre, et combien digne de respect.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cinq \u00ab entraves&nbsp;\u00bb dont nous venons de parler ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9es par le Bouddha comme \u00e9tant les premi\u00e8res \u00e0 abandonner&nbsp;: la croyance en un moi, le doute, la superstition, le d\u00e9sir sensuel et la n\u00e9gativit\u00e9 ont tous \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s par un&nbsp;<em>ariyan<\/em>&nbsp;du troisi\u00e8me niveau. Du fait qu\u2019il ne demeure aucun d\u00e9sir sensuel, ce niveau d\u2019<em>ariyan<\/em>&nbsp;ne retourne jamais \u00e0 un \u00e9tat d\u2019existence sensorielle, d\u2019o\u00f9 son nom de \u00ab&nbsp;Celui qui ne reviendra pas&nbsp;\u00bb. Il n\u2019existe plus pour lui qu\u2019un seul mouvement en avant vers l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant&nbsp;et le Nirvana, condition supr\u00eame qui n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec la sensualit\u00e9. Quant aux cinq obstacles qui demeurent, seul l\u2019Arahant, le quatri\u00e8me niveau de l\u2019<em>ariyan<\/em>, r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019en lib\u00e9rer totalement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sixi\u00e8me des entraves est un&nbsp;<strong>attachement aux d\u00e9lices associ\u00e9s aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes de la concentration sur les formes<\/strong>&nbsp;(<em>r\u016bpa-r\u0101ga<\/em>). Aux trois premiers niveaux, l\u2019<em>ariyan<\/em>&nbsp;n\u2019est toujours pas capable d\u2019abandonner son attachement au plaisir et \u00e0 la tranquillit\u00e9 li\u00e9s \u00e0 la profonde concentration sur les formes, mais il y parviendra quand il atteindra le dernier niveau, celui d\u2019Arahant. L\u2019\u00e9tat de parfaite concentration a une saveur enivrante que l\u2019on peut d\u00e9crire comme un avant-go\u00fbt du Nirvana. Bien que diff\u00e9rent du v\u00e9ritable Nirvana, il en a plus ou moins la saveur. Pendant la concentration parfaite, les pollutions restent en sommeil mais elles n\u2019ont pas compl\u00e8tement disparu&nbsp;; elles r\u00e9appara\u00eetront d\u00e8s que la concentration sera perdue. Mais il est vrai que, tant qu\u2019elles sont en sommeil, l\u2019esprit est vide, clair, libre et conna\u00eet la saveur du v\u00e9ritable Nirvana. C\u2019est pourquoi cet \u00e9tat peut \u00e9galement devenir une cause d\u2019attachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La septi\u00e8me impuret\u00e9 subtile est&nbsp;<strong>l\u2019attachement aux d\u00e9lices associ\u00e9s \u00e0 la concentration sur des objets autres que les formes<\/strong>&nbsp;(<em>arupa-raga<\/em>). Elle ressemble \u00e0 la sixi\u00e8me entrave mais se situe \u00e0 un niveau plus subtil encore et plus att\u00e9nu\u00e9. La concentration sur un objet comme l\u2019espace ou le vide fait na\u00eetre une tranquillit\u00e9 et une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 plus profondes que la concentration sur une forme, de sorte que l\u2019on risque fort de s\u2019attacher \u00e0 cet \u00e9tat. Le v\u00e9ritable&nbsp;Arahant&nbsp;ne sera jamais fascin\u00e9 par un \u00e9tat de sensations plaisantes, quel qu\u2019il soit, parce qu\u2019il est imm\u00e9diatement conscient de l\u2019impermanence, de l\u2019insatisfaction inh\u00e9rente et de l\u2019absence de soi de tout \u00e9tat de sensation. Il existe des ermites et des mystiques qui pratiquent la concentration dans la for\u00eat et qui ne sont pas conscients du danger cach\u00e9 de ces \u00e9tats de b\u00e9atitude&nbsp;; ils se laissent fasciner par eux et s\u2019attachent \u00e0 leur saveur, tout comme une personne immature s\u2019attache \u00e0 la saveur des objets des sens. C\u2019est la raison pour laquelle le Bouddha utilise le m\u00eame mot de \u00ab&nbsp;d\u00e9sir&nbsp;\u00bb dans les deux cas. Si vous r\u00e9fl\u00e9chissez bien \u00e0 tout cela et que vous arrivez \u00e0 en comprendre tout le sens, vous serez pleins d\u2019admiration et de respect pour ces \u00eatres que l\u2019on appelle&nbsp;<em>ariyan<\/em>s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La huiti\u00e8me entrave qui retient l\u2019homme au monde est un&nbsp;<strong>sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 ou d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 <\/strong>(<em>m\u0101na<\/em>). C\u2019est l\u2019illusion d\u2019avoir tel ou tel niveau par rapport aux autres. C\u2019est penser&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas aussi bien que lui \/ Je suis aussi bien que lui \/ Je suis meilleur ou plus \u00e9lev\u00e9 que lui&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire se sentir inf\u00e9rieur, \u00e9gal ou sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019autre. Attention, il ne s\u2019agit pas d\u2019orgueil ou de pr\u00e9tention, mais il est extr\u00eamement difficile de ne pas se comparer ainsi aux autres. Si cette entrave est plac\u00e9e en huiti\u00e8me position, c\u2019est probablement parce qu\u2019elle est tr\u00e8s difficile \u00e0 abandonner. Seul l\u2019<em>ariyan<\/em>&nbsp;du plus haut niveau peut s\u2019en d\u00e9tacher. Comparer est une certaine forme d\u2019attachement. Tant que l\u2019esprit demeure pr\u00e9occup\u00e9 de bien et de mal, la conscience de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, de la sup\u00e9riorit\u00e9 ou de l\u2019\u00e9galit\u00e9 par rapport aux autres continuera \u00e0 le perturber. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019il aura compl\u00e8tement transcend\u00e9 le bien et le mal que ces id\u00e9es dispara\u00eetront d\u2019elles-m\u00eames. Sinon, l\u2019\u00e9tat de f\u00e9licit\u00e9 et la tranquillit\u00e9 lui font encore d\u00e9faut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La neuvi\u00e8me entrave est&nbsp;<strong>l\u2019agitation<\/strong>&nbsp;(<em>uddhacca<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019agitation de l\u2019esprit, la distraction, l\u2019absence de paix et de calme. Ce sentiment appara\u00eet lorsqu\u2019il se passe quelque chose d\u2019int\u00e9ressant. Nous avons tous des d\u00e9sirs chroniques, en particulier le d\u00e9sir d\u2019avoir, d\u2019\u00eatre, de ne pas avoir, de ne pas \u00eatre une chose ou une autre. Quand quelque chose nous parvient \u2013 par l\u2019\u0153il, l\u2019oreille, le nez, le palais ou le corps \u2013 qui correspond \u00e0 l\u2019une de nos tendances, il est probable qu\u2019il se produira une r\u00e9action de l\u2019esprit, pour ou contre, que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb. Si nous voyons quelque chose de nouveau et d\u2019\u00e9trange, in\u00e9vitablement un certain trouble, une certaine curiosit\u00e9 s\u2019\u00e9veilleront, parce qu\u2019il y a encore des choses que nous d\u00e9sirons et des choses que nous craignons, dont nous nous m\u00e9fions. Chez les personnes ordinaires, l\u2019esprit ne peut pas r\u00e9sister, il ne peut pas s\u2019emp\u00eacher de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 toutes les choses qui surviennent. Si l\u2019objet en question co\u00efncide avec l\u2019un de nos d\u00e9sirs, il est difficile d\u2019y r\u00e9sister, nous nous y int\u00e9resserons probablement au point de nous y engager, nous nous en r\u00e9jouirons au point de nous oublier en lui. Si c\u2019est un objet ind\u00e9sirable, l\u2019esprit ressentira un certain abattement et son plaisir s\u2019ach\u00e8vera. Telle est la nature de l\u2019agitation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux trois premiers niveaux, l\u2019<em>ariyan<\/em>&nbsp;conna\u00eet encore la curiosit\u00e9 mais l\u2019Arahant&nbsp;en est totalement d\u00e9pourvu. Son esprit a aboli tout d\u00e9sir pour quoi que ce soit, toute peur, toute haine, tout souci, anxi\u00e9t\u00e9, m\u00e9fiance et doute, tout d\u00e9sir de conna\u00eetre et de voir des choses. Son esprit est libre. Rien ne peut le provoquer, l\u2019attirer ou \u00e9veiller sa curiosit\u00e9, du simple fait qu\u2019il a \u00e9limin\u00e9 la partialit\u00e9. Il faut remarquer que l\u2019existence ou la naissance de l\u2019agitation, dans toute situation, est la cons\u00e9quence d\u2019une certaine forme de d\u00e9sir, y compris le d\u00e9sir de connaissance. Quand on s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 du d\u00e9sir en r\u00e9alisant l\u2019impermanence, l\u2019inanit\u00e9 et la non personnalit\u00e9 de toute chose, rien ne para\u00eet plus valoir la peine d\u2019\u00eatre obtenu, c\u2019est pourquoi il n\u2019y a plus de curiosit\u00e9 pour rien. Si la foudre venait \u00e0 tomber aux pieds d\u2019un&nbsp;Arahant, il l\u2019ignorerait parce qu\u2019il n\u2019a ni peur de la mort, ni d\u00e9sir de vivre, ni quoi que ce soit. M\u00eame si quelque chose de dangereux arrivait ou qu\u2019une grande d\u00e9couverte \u00e9tait faite dans le monde, il n\u2019en \u00e9prouverait aucune curiosit\u00e9 parce que ces choses n\u2019ont aucun sens pour lui. Il ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 ce qu\u2019elles pourraient avoir \u00e0 lui offrir parce qu\u2019il n\u2019y a rien qui le tente ou qui \u00e9veille sa curiosit\u00e9. Son esprit conna\u00eet une puret\u00e9 et une tranquillit\u00e9 telles que nous, gens ordinaires, n\u2019avons jamais connues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dixi\u00e8me et derni\u00e8re entrave est&nbsp;<strong>l\u2019ignorance<\/strong>. Cela recouvre toutes les formes de pollutions dont nous n\u2019avons pas encore parl\u00e9. Le mot \u00ab&nbsp;ignorance&nbsp;\u00bb se rapporte \u00e0 une absence de connaissance et, dans ce cas, \u00ab&nbsp;connaissance&nbsp;\u00bb signifie \u00ab&nbsp;r\u00e9el savoir, connaissance juste&nbsp;\u00bb. \u00c9videmment aucune cr\u00e9ature ne peut exister sans une certaine connaissance, mais si celle-ci est fausse, elle ne vaut gu\u00e8re mieux qu\u2019une non-connaissance. La plupart des gens souffrent d\u2019ignorance chronique ou de fausse connaissance&nbsp;; nous sommes presque tous plong\u00e9s dans les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019ignorance. Les questions les plus importantes pour l\u2019\u00eatre humain sont celles qui se posent ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que la souffrance&nbsp;? Quelle est la v\u00e9ritable cause de l\u2019apparition de la souffrance&nbsp;? Quelle est la v\u00e9ritable lib\u00e9ration de la souffrance&nbsp;? Et quel est le v\u00e9ritable moyen d\u2019atteindre la lib\u00e9ration de la souffrance&nbsp;?&nbsp;\u00bb Celui qui a la connaissance vraie est libre de l\u2019ignorance, il est \u00e9veill\u00e9. L\u2019ensemble des connaissances de l\u2019humanit\u00e9 est infini mais le Bouddha a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que, pour la plupart, elles ne sont pas essentielles. L\u2019\u00c9veil du Bouddha n\u2019incluait que ce qu\u2019il est n\u00e9cessaire de savoir. Le Bouddha savait tout ce qu\u2019il est n\u00e9cessaire de savoir. Le mot \u00ab&nbsp;omniscient&nbsp;\u00bb signifie conna\u00eetre ce qui est n\u00e9cessaire, et n\u2019inclut rien de ce qui n\u2019est pas essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du fait de l\u2019ignorance, les gens prennent la souffrance pour du plaisir, au point de nager en rond dans une mer de souffrances. Ils se trompent de m\u00eame quand ils accusent les esprits, les \u00eatres c\u00e9lestes ou autres, d\u2019\u00eatre la cause de leurs souffrances et de leurs malheurs, au lieu de rectifier la situation par les moyens appropri\u00e9s. \u00c9mettre des souhaits en direction de ces esprits et de ces \u00eatres c\u00e9lestes est une manifestation du plus bas degr\u00e9 d\u2019ignorance. \u00c9liminer totalement la souffrance ne peut se faire qu\u2019en supprimant la soif du d\u00e9sir qui en est la cause directe. Croire que l\u2019\u00e9tat bienheureux de tranquillit\u00e9 ou d\u2019inconscience qui na\u00eet de la concentration est synonyme de compl\u00e8te extinction de la souffrance est faux. Cette id\u00e9e \u00e9tait courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Bouddha et perdure encore aujourd\u2019hui. Certaines \u00e9coles de pens\u00e9e en sont m\u00eame venues \u00e0 consid\u00e9rer la sensualit\u00e9 comme un instrument d\u2019\u00e9limination de la souffrance, de sorte que des sectes aux pratiques honteuses et obsc\u00e8nes sont n\u00e9es dans les temples m\u00eame. Ces gens-l\u00e0 croient fermement que la sensualit\u00e9 est un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la vie, une sorte de nourriture vitale. Non contents des quatre n\u00e9cessit\u00e9s que sont la nourriture, les v\u00eatements, l\u2019abri et les m\u00e9dicaments, ils en rajoutent une&nbsp;: la sensualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Celui qui ne conna\u00eet pas la Voie qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019extinction de la souffrance risque fort d\u2019agir de fa\u00e7on erron\u00e9e, motiv\u00e9 par ses seuls d\u00e9sirs, s\u2019appuyant na\u00efvement sur des choses mat\u00e9rielles ou sur des esprits et des \u00eatres c\u00e9lestes. Un tel individu, m\u00eame bouddhiste de naissance, peut aller aussi loin dans l\u2019erreur simplement \u00e0 cause du pouvoir de l\u2019ignorance qui l\u2019emp\u00eache de se satisfaire du Noble Octuple Sentier pour \u00e9liminer la souffrance. Il pr\u00e9f\u00e8re allumer de l\u2019encens et des cierges en faisant des souhaits adress\u00e9s \u00e0 des \u00eatres soi-disant surnaturels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout un chacun d\u00e9sire acqu\u00e9rir des connaissances mais, si la \u00ab&nbsp;connaissance&nbsp;\u00bb acquise est fausse, plus on en sait plus on se trompe et trop de connaissances finissent par aveugler. Nous devons faire attention au mot \u00ab&nbsp;illumination&nbsp;\u00bb. La \u00ab&nbsp;lumi\u00e8re&nbsp;\u00bb en question risque d\u2019\u00eatre une lueur d\u2019ignorance qui aveugle, trompe l\u2019\u0153il et donne une excessive confiance en soi. Aveugl\u00e9s par l\u2019\u00e9clat de l\u2019ignorance, nous ne pouvons plus r\u00e9fl\u00e9chir correctement et ne sommes donc pas en mesure de mettre la souffrance en d\u00e9route. Nous perdons notre temps en trivialit\u00e9s, en actions non essentielles, indignes de notre respect. Nous nous d\u00e9lectons de sensualit\u00e9, comme si c\u2019\u00e9tait une bonne chose, essentielle aux \u00eatres humains, comme si nous devions tous en profiter avant de mourir, et pr\u00e9textons que nous agissons ainsi en vertu d\u2019un id\u00e9al diff\u00e9rent. L\u2019espoir de rena\u00eetre au paradis est bas\u00e9 sur la sensualit\u00e9. Tout attachement, particuli\u00e8rement \u00e0 la sensualit\u00e9, na\u00eet de l\u2019ignorance qui encombre notre esprit et lui bloque toute issue. Dans les \u00c9critures, l\u2019ignorance est souvent compar\u00e9e \u00e0 une grosse coquille qui recouvre le monde et emp\u00eache les \u00eatres de voir la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bouddha a plac\u00e9 l\u2019ignorance en dernier sur la liste des dix entraves. Quand une personne devient un Arahant, le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019<em>ariyan<\/em>, il \u00e9limine compl\u00e8tement les cinq derni\u00e8res entraves ou poisons mentaux. Il \u00e9limine le d\u00e9sir des formes, le d\u00e9sir des objets autres que les formes, la comparaison aux autres, l\u2019agitation et l\u2019ignorance. Les quatre types d\u2019<em>ariyan<\/em> \u2013 Celui qui entre dans le courant, Celui qui reviendra une fois, Celui qui ne reviendra pas et l\u2019Arahant \u2013 se situent sur le plan supra-mondain. On reconna\u00eet, \u00e0 ce plan, neufs aspects. L\u2019\u00e9tat de celui qui entre dans le courant tandis qu\u2019il proc\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e9limination des pollutions s\u2019appelle \u00ab&nbsp;la Voie de l\u2019entr\u00e9e dans le courant&nbsp;\u00bb et, quand il a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9radiquer les pollutions, c\u2019est \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tat du fruit de l\u2019entr\u00e9e dans le courant&nbsp;\u00bb. De m\u00eame on trouve, allant de pair, la Voie et le fruit de Celui qui reviendra une fois, la Voie et le fruit de Celui qui ne reviendra pas, et la Voie et le fruit de l\u2019\u00e9tat d\u2019Arahant. Ces quatre paires ajout\u00e9es au Nirvana constituent les neufs aspects du plan supra-mondain. Un individu qui se situe sur ce plan voit le degr\u00e9 de sa souffrance diminuer, en fonction de son niveau, jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre totalement lib\u00e9r\u00e9. Lorsqu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 percevoir, dans une clart\u00e9 parfaite, la v\u00e9ritable nature des choses au point de cesser de d\u00e9sirer quoi que ce soit, il atteint le plan supra-mondain&nbsp;: son esprit a transcend\u00e9 la condition de ce monde. Ensuite, quand il aura compl\u00e8tement et absolument abandonn\u00e9 toutes les pollutions mentales, son esprit sera lib\u00e9r\u00e9 d\u00e9finitivement de toutes ces choses du monde qu\u2019il aimait ou d\u00e9testait autrefois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Nirvana est un \u00e9tat qui ne peut se comparer \u00e0 rien, diff\u00e9rent de toutes les conditions humaines. Il est, en fait, la n\u00e9gation m\u00eame de la condition humaine. Si l\u2019on prend toutes les caract\u00e9ristiques de la condition humaine, de l\u2019existence ph\u00e9nom\u00e9nale, et qu\u2019on les efface compl\u00e8tement, on obtient le Nirvana. Autrement dit, le Nirvana est ce qui est en tous points pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la condition humaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Nirvana ne cr\u00e9e ni n\u2019est cr\u00e9\u00e9, \u00e9tant lui-m\u00eame la cessation de toute cr\u00e9ation. En termes de bienfaits, le Nirvana est la lib\u00e9ration totale du feu de l\u2019enfer, de l\u2019oppression, de la torture, de l\u2019esclavage, de l\u2019assujettissement, car atteindre le Nirvana sous-entend une compl\u00e8te \u00e9limination des poisons mentaux qui sont la cause de tous les \u00e9tats de souffrance de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Nirvana se situe au-del\u00e0 des limitations de l\u2019espace et du temps. Il est unique, ne ressemble \u00e0 rien de ce qui existe dans ce monde&nbsp;; c\u2019est l\u2019extinction de la condition humaine. En m\u00e9taphore, le Bouddha l\u2019a appel\u00e9 \u00ab&nbsp;le monde o\u00f9 cesse tout ce qui est provisoire&nbsp;\u00bb (<em>sankh\u0101r\u0101-samatho<\/em>). C\u2019est donc un \u00e9tat de libert\u00e9, de libert\u00e9 par rapport aux entraves. C\u2019est comme la fin des tourments et des batailles, des blessures et des irritations, d\u2019o\u00f9 qu\u2019elles proviennent. Telle est la nature du supra-mondain, l\u2019ultime&nbsp;: c\u2019est le but et la destination des bouddhistes, le fruit final de leur pratique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(15.747px, 0.984rem + ((1vw - 3.2px) * 0.938), 24px);\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ces pages, nous avons expliqu\u00e9 m\u00e9thodiquement, les principes du bouddhisme. Nous l\u2019avons pr\u00e9sent\u00e9 comme une technique pratique et structur\u00e9e dont le but est d\u2019apporter la connaissance de la v\u00e9ritable nature des choses. En v\u00e9rit\u00e9, les choses sont impermanentes, insatisfaisantes et non personnelles, mais toutes les cr\u00e9atures sont attir\u00e9es par elles et s\u2019y attachent du fait de leur mauvaise compr\u00e9hension. La pratique bouddhique, bas\u00e9e sur la vertu (<em>s\u012bla<\/em>), la concentration (<em>samadhi)<\/em>&nbsp;et la sagesse (<em>pa\u00f1\u00f1\u0101<\/em>) est un outil qui permet d\u2019\u00e9radiquer compl\u00e8tement la convoitise et l\u2019attachement. Les objets de notre attachement sont les cinq agr\u00e9gats&nbsp;: le corps, les sensations, les perceptions, la pens\u00e9e active et la conscience sensorielle. Lorsque nous percevons la v\u00e9ritable nature de ces cinq agr\u00e9gats, nous comprenons si bien les choses que notre d\u00e9sir pour elles se transforme en d\u00e9senchantement, et nous nous d\u00e9tachons progressivement de tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qu\u2019il nous faut faire, c\u2019est vivre selon les principes de la vie juste (<em>samma vih\u0101reyyum<\/em>) et, jour et nuit, \u00eatre remplis de cette joie qui na\u00eet d\u2019un comportement toujours plein de bont\u00e9, de beaut\u00e9 et de droiture. Ceci permet de limiter les m\u00e9andres infinis de la pens\u00e9e, de se concentrer, et d\u2019avoir, \u00e0 tout moment, une vision p\u00e9n\u00e9trante des choses. Ensuite, si les conditions sont favorables, arrive le d\u00e9senchantement, la lutte pour se d\u00e9tacher des choses de ce monde, s\u2019en lib\u00e9rer, ou m\u00eame atteindre le Nirvana. Si nous voulons aller plus vite et obtenir des r\u00e9sultats rapides, il existe la voie de la pratique appel\u00e9e&nbsp;<em>vipassan\u0101<\/em>, qui commence par la puret\u00e9 morale, la puret\u00e9 de l\u2019esprit et continue jusqu\u2019\u00e0 la vision p\u00e9n\u00e9trante intuitive parfaitement claire. Ainsi nous pouvons couper d\u00e9finitivement les entraves qui nous attachent si solidement \u00e0 ce monde, et atteindre le fruit ultime de la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un bref r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019ensemble du Bouddha-Dhamma, du d\u00e9but \u00e0 la fin. Il inclut des principes th\u00e9oriques et pratiques et couvre tous les sujets, depuis les premiers pas sur la Voie jusqu\u2019au fruit ultime. L\u2019histoire s\u2019arr\u00eate au Nirvana. Comme l\u2019a dit le Bouddha&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tous les Bouddhas ont reconnu le Nirvana comme le bien le plus \u00e9lev\u00e9&nbsp;\u00bb. Il nous revient donc de mettre cela en pratique pour r\u00e9aliser et atteindre ce qui doit \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 et atteint. Ainsi nous m\u00e9riterons d\u2019\u00eatre appel\u00e9s bouddhistes, nous d\u00e9velopperons la vision p\u00e9n\u00e9trante et d\u00e9couvrirons l\u2019essence v\u00e9ritable du Bouddha-Dhamma. Si nous ne pratiquons pas le Bouddha-Dhamma, nous contentant de savoir qu\u2019il existe, nous n\u2019aurons aucun discernement v\u00e9ritable. Il revient \u00e0 chacun de nous de pratiquer l\u2019introspection, d\u2019observer et de comprendre nos propres imperfections, puis d\u2019essayer de les \u00e9radiquer compl\u00e8tement. M\u00eame si nous n\u2019obtenons qu\u2019un demi succ\u00e8s, il en r\u00e9sultera une compr\u00e9hension claire car, au fur et \u00e0 mesure que les pollutions sont \u00e9limin\u00e9es, apparaissent, \u00e0 leur place, la puret\u00e9, la vision p\u00e9n\u00e9trante et la paix.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pourquoi je vous recommande d\u2019aborder le Bouddha-Dhamma comme il vous est pr\u00e9sent\u00e9 ici. Cela vous permettra peut-\u00eatre de \u00ab&nbsp;p\u00e9n\u00e9trer dans son courant&nbsp;\u00bb. Ne gaspillez pas la chance que vous avez eue de vous incarner en tant qu\u2019\u00eatre humain et de conna\u00eetre les enseignements du Bouddha. Ne laissez pas passer cette chance de devenir un \u00eatre humain parfait.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:clamp(16.293px, 1.018rem + ((1vw - 3.2px) * 0.989), 25px);\"><strong>Glossaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mots en fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Canon pali&nbsp;: collection des Ecritures du bouddhisme Th\u00e9ravada en langue palie. Il se divise en trois \u00ab&nbsp;corbeilles&nbsp;\u00bb ou&nbsp;<em>Tipitaka<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Caract\u00e9ristiques (les Trois)&nbsp;:&nbsp;<em>anicca, dukkha&nbsp;<\/em>et&nbsp;<em>anatt\u0101<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019impermanence des ph\u00e9nom\u00e8nes, l\u2019insatisfaction ou la souffrance qui en d\u00e9coule, et le non-soi ou absence d\u2019un soi personnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fruit de la Voie&nbsp;: le r\u00e9sultat obtenu en avan\u00e7ant sur l\u2019Octuple Sentier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pollutions de l\u2019esprit&nbsp;:&nbsp;<em>kilesa<\/em>&nbsp;en p\u0101li. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tats mentaux qui obscurcissent temporairement l\u2019esprit et se manifestent sous formes d\u2019actions, de paroles ou de pens\u00e9es n\u00e9gatives, malveillantes ou malsaines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sentier (le Noble Octuple) : la Voie en huit parties propos\u00e9e par le Bouddha pour atteindre la sagesse et la lib\u00e9ration de tous les obstacles ou pollutions de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voie&nbsp;: Synonyme de l\u2019Octuple Sentier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mots en pali<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u0101d\u012bnavanupassana-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: conscience du danger inh\u00e9rent \u00e0 toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>akusala<\/em>&nbsp;:&nbsp;malsain, malavis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>an\u0101g\u0101m\u012b<\/em>&nbsp;: Celui qui ne reviendra plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>anatt\u0101<\/em>&nbsp;: non-soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>anicca&nbsp;<\/em>: impermanence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Arahant&nbsp;<\/em>: Celui qui a atteint le niveau parfait d\u2019accomplissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>ariya puggala \/ ariyan&nbsp;<\/em>: noble \u00eatre humain qui a atteint l\u2019un des quatre niveaux d\u2019Eveil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>attav\u0101d\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: croyance en un soi personnel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>bhang\u0101nupassan\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: connaissance de la d\u00e9cr\u00e9pitude et de la dissolution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>bhayatupatthana-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: conscience de la qualit\u00e9 effrayante de tous les ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>brahmacariya<\/em>&nbsp;: vie monastique de c\u00e9libat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>citta-visuddhi<\/em>&nbsp;: la purification de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>ditthi-visuddhi<\/em>&nbsp;: la purification des id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>ditth\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: l\u2019attachement aux opinions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>dukkha&nbsp;<\/em>: insatisfaction ou souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>gantha-dhura<\/em>&nbsp;: l\u2019\u00e9tude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>gotrabh<\/em><em><u>\u016b<\/u><\/em><em>-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: la connaissance \u00ab&nbsp;probatoire&nbsp;\u00bb qui marque le point de transition entre l\u2019individu ordinaire impur et l\u2019<em>ariyan<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>k\u0101ma<\/em>&nbsp;:&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;les objets des sens&nbsp;et l\u2019\u00e9tat d\u2019attachement de l\u2019esprit qui appara\u00eet sous forme de satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>k\u0101ma-r\u0101ga<\/em>&nbsp;: le d\u00e9sir sensuel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>k\u0101m\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: l\u2019attachement aux objets des sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>kankh\u0101-vitarana-visuddhi<\/em>&nbsp;: la fin du doute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>karan\u012bya<\/em>&nbsp;: condition de l\u2019esprit apte \u00e0 travailler sainement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>kusala<\/em>&nbsp;: ce qui est bon et bien pour avancer sur la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>lokiya-bh\u016bmi<\/em>&nbsp;: le plan mondain. Il se situe \u00e0 tous les niveaux o\u00f9 les choses du monde contr\u00f4lent l\u2019esprit. Il y a trois niveaux sur le plan mondain&nbsp;: le niveau des sens (<em>k\u0101m\u0101vacara-bh\u016bmi<\/em>) \u2013 lorsque l\u2019esprit se satisfait des plaisirs de toutes sortes&nbsp;; le niveau des formes,&nbsp;<em>r\u016bpavacara-bh\u016bmi<\/em>, condition de l\u2019esprit qui trouve sa satisfaction dans les diff\u00e9rents stades de la concentration sur les formes ; et enfin, le niveau du sans-forme,&nbsp;<em>ar\u016bpavacara-bh\u016bmi<\/em>, qui trouve sa satisfaction dans les d\u00e9lices et la paix de la concentration sur des objets autres que des formes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>lokuttara-bh\u016bmi<\/em>&nbsp;: le plan supra-mondain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>magg\u0101-magga-\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>&nbsp;: la puret\u00e9 par la connaissance et la vision de ce qu&rsquo;est la v\u00e9ritable Voie \u00e0 suivre et ce qui ne l\u2019est pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>m\u0101na&nbsp;<\/em>: l\u2019orgueil,&nbsp;un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 ou d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>mu\u00f1citukamyat\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: v\u00e9ritable d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper&nbsp;\u00e0 l\u2019insatisfaction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>&nbsp;: la puret\u00e9 de la connaissance qui est la perfection du Noble Sentier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>nibb\u0101na<\/em>&nbsp;: la lib\u00e9ration de toute souffrance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>nibbid\u0101<\/em>&nbsp;: le d\u00e9senchantement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>nibbid\u0101nupassana-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: d\u00e9senchantement vis-\u00e0-vis des choses conditionn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>pa\u00f1\u00f1\u0101&nbsp;<\/em>:&nbsp;sagesse, connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>passaddhi<\/em>&nbsp;: le calme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>patipad\u0101-\u00f1\u0101nadassana-visuddhi<\/em>&nbsp;: la puret\u00e9 par la connaissance et la vision du progr\u00e8s le long de la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>patisankh\u0101nupassana-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: recherche de moyens d\u2019\u00e9chappatoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>p\u012bti<\/em>&nbsp;<em>pamoda<\/em>&nbsp;: joie spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>puthujjana<\/em>&nbsp;: un \u00eatre humain \u00ab&nbsp;du monde&nbsp;\u00bb, dont l\u2019\u0153il int\u00e9rieur est couvert d\u2019un \u00e9pais bandeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>r\u016bpa-r\u0101ga&nbsp;<\/em>: la concentration sur les formes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>saccanulomika-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: l\u2019esprit ind\u00e9pendant et d\u00e9tach\u00e9 de toute existence ph\u00e9nom\u00e9nale, pr\u00eat \u00e0 avancer sur la Voie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sakad\u0101g\u0101m\u012b<\/em>&nbsp;: Celui qui ne reviendra qu\u2019une fois.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sakk\u0101ya-ditthi<\/em>&nbsp;: vision erron\u00e9e des choses, notamment penser que le corps et l\u2019esprit sont \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sam\u0101dhi<\/em>&nbsp;: \u00e9tat de concentration de l\u2019esprit qui le rend apte \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 la sagesse et \u00e0 la connaissance de ce qui est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>samma vih\u0101reyyum<\/em>&nbsp;: la vie juste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sams\u0101ra&nbsp;<\/em>: le cycle incessant des renaissances dans le monde de l\u2019ignorance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sankh\u0101r\u0101&nbsp;<\/em>: pens\u00e9e volontaire, active. Intention, volition. Tous les ph\u00e9nom\u00e8nes conditionn\u00e9s de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sankh\u0101r\u0101-samatho<\/em>&nbsp;: le monde o\u00f9 cesse tout ce qui est provisoire. Etre lib\u00e9r\u00e9 des entraves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sankh\u0101rupekkh\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: d\u00e9tachement par rapport \u00e0 tous les ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sa\u00f1\u00f1\u0101<\/em>&nbsp;: la perception ou prise de&nbsp;conscience de son environnement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>santi<\/em>&nbsp;: la paix, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>s\u012bla<\/em>&nbsp;: vertu ou comportement moral sur lequel se base toute la pratique bouddhique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>s\u012blabbatapar\u0101m\u0101sa<\/em>&nbsp;: attachement aux r\u00e8gles et aux rites bas\u00e9 sur une mauvaise compr\u00e9hension de leur raison d\u2019\u00eatre.&nbsp;Superstition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>s\u012blabbat\u016bp\u0101d\u0101na<\/em>&nbsp;: l\u2019attachement aux rites et rituels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>s\u012bla-visuddhi<\/em>&nbsp;: puret\u00e9 morale qui fait na\u00eetre la joie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>sot\u0101panna<\/em>&nbsp;: Celui qui p\u00e9n\u00e8tre dans le courant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tipitaka&nbsp;<\/em>: les \u00ab&nbsp;trois corbeilles&nbsp;\u00bb du Canon p\u0101li incluant les Sutta (discours \/ enseignements du Bouddha), le Vinaya (r\u00e8gles de conduite des moines) et l\u2019Abhidhamma Pitaka (les commentaires).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>udayabbay\u0101nupassan\u0101-\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: la connaissance du d\u00e9but et de la fin n\u00e9e d\u2019une introspection concentr\u00e9e claire et maintenue, assez puissante pour provoquer le d\u00e9senchantement du m\u00e9ditant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>uddhacca<\/em>&nbsp;:&nbsp;agitation de l\u2019esprit, distraction, absence de paix et de calme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vedan\u0101<\/em>&nbsp;: sensation ou sentiment qui na\u00eet d\u2019un contact sensoriel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vicikicch\u0101&nbsp;<\/em>:&nbsp;doute,&nbsp;cause de l\u2019h\u00e9sitation et de l\u2019incertitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vimutti<\/em>&nbsp;: la Lib\u00e9ration ultime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vi\u00f1\u00f1\u0101na<\/em>&nbsp;: la conscience sensorielle. Il en existe six&nbsp;aspects : conscience visuelle, auditive, olfactive, gustative, tactile et mentale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vipassan\u0101<\/em>&nbsp;: la vision p\u00e9n\u00e9trante&nbsp;; cette vision claire qui appara\u00eet lorsque l\u2019esprit est joyeux et libre de toute pollution.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vipassan\u0101-dhura<\/em>&nbsp;: l\u2019\u00e9tude v\u00e9cue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>vir\u0101ga<\/em>&nbsp;: le d\u00e9tachement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>visuddhi<\/em>&nbsp;: la purification des pollutions mentales ou des poisons de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>yath\u0101bh\u016bta\u00f1\u0101nadassana<\/em>&nbsp;: la vision p\u00e9n\u00e9trante de la v\u00e9ritable nature des choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Buddhadasa Bhikkhu Traduction de Jeanne Schut INTRODUCTION En 1956, le v\u00e9n\u00e9rable Buddhadasa a donn\u00e9 un cours sur le bouddhisme \u00e0 un groupe de personnes qui allaient devenir juges. Ces conf\u00e9rences, donn\u00e9es en langue tha\u00efe, ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es puis transcrites et structur\u00e9es pour finir par former ce qui est devenu un Manuel pour l\u2019Humanit\u00e9. Depuis [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-960","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=960"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/960\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":972,"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/960\/revisions\/972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dhammadelaforet.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}