Suggestions de pratique pendant le Vassa

Les trois mois du Vassa, qui correspondent à la saison des pluies en Asie, vont de la pleine lune de juillet à celle d’octobre. Le Bouddha a proposé à ses disciples de profiter de cette période, durant laquelle ils ne pouvaient pas se déplacer facilement, pour se poser, recentrer leur pratique et faire un effort particulier pour avancer sur la voie de la libération de la souffrance et de l’ouverture du cœur.

Il est naturellement bon que chacun travaille sur un point faible de son quotidien (les émotions volatiles, par exemple) et/ou de sa pratique (le manque de régularité dans la méditation, par exemple).

Cependant, comme certaines difficultés sont communes à tous, nous proposons chaque année des suggestions de pratique pour cette période et encourageons tous les lecteurs du site à se soutenir mutuellement pour trouver l’élan et la motivation de rester fidèles à leur souhait d’amélioration pendant au moins trois mois. En effet, trois mois permettent d’ancrer de nouvelles habitudes et d’effacer celles qui étaient néfastes au bien-être et à la paix de l’esprit.

Vassa 2026 – Voir et se libérer du jugement

Pour cette année, nous vous proposons de travailler sur le jugement, cette tendance dévastatrice qui nous habite tous et qui cause aversion et conflit en nous, dans notre entourage et, à une autre échelle, dans le monde.

Comment aborder cette question pas à pas ? Il s’agit, tout d’abord, de ne pas faire du jugement un ennemi à combattre mais un phénomène à comprendre. En réalité, ce n’est pas le jugement qui pose problème, c’est l’ignorance qui lui donne naissance (nos conditionnements et les préjugés accumulés) et l’attachement qui fait que l’on s’obstine à croire en la réalité absolue de nos opinions.

Malheureusement, le jugement donne l’impression d’être une connaissance. Alors, partons d’une idée simple : observer le jugement non comme une certitude mais comme une fabrication de l’esprit. Ainsi chaque jugement est une occasion de voir le fonctionnement du moi. Le problème est que le jugement apparaît avant même que nous en ayons conscience. Alors commençons par prendre conscience de son apparition.

1.  Voir le jugement

L’objectif n’est pas de juger moins, mais de voir que l’on juge presque continuellement. Alors remarquons :

  • les jugements sur les autres ;
  • les jugements sur soi ;
  • les jugements sur les événements (« cela ne devrait pas arriver ») ;
  • les jugements sur la pratique spirituelle (« je médite bien », « je ne progresse pas »…).

La question qui se pose alors est : « Que se passe-t-il exactement dans mon esprit ? »

  • Qu’est-ce qui vient d’être comparé ?
  • Quelle attente vient d’être déçue ?
  • Quelle peur se cache derrière ce jugement ?
  • Qui est en train de juger ?

2.  Comprendre les causes racines du jugement

Nous ne jugeons pas parce que nous sommes mauvais mais parce que nous croyons à l’existence d’un « moi » qu’il faut sans cesse protéger. Chaque jugement peut être remonté jusqu’à l’un des trois « obstacles » :

  • le désir (je voudrais que ce soit autrement) ;
  • l’aversion (je refuse ce qui est) ;
  • l’ignorance (je crois que mon interprétation est juste).

On peut aussi observer que presque tous les jugements protègent une image de soi. Si on pense, par exemple, « Cet homme est arrogant », on peut se demander :

  • pourquoi cela me dérange-t-il ?
  • quelle image de moi se sent affectée ?
  • qu’est-ce que j’essaie inconsciemment de défendre ?

3. Relâcher et lâcher prise

Une fois le jugement vu et compris, il peut commencer à perdre sa force. On peut alors :

  • remplacer la certitude par la curiosité ;
  • distinguer les faits de leur interprétation ;
  • développer la bienveillance ;
  • demeurer davantage dans la simple observation de « ce qui est » réellement.

Ainsi, au lieu de « Cette personne est insupportable », on pourra constater simplement un ressenti d’irritation. À partir de là, « Tous les ressentis ne font qu’apparaître et disparaître, alors autant lâcher maintenant ». Et le lâcher-prise engendre aussitôt légèreté et même joie.

C’est ainsi que, peu à peu, le jugement cesse d’être « moi » pour devenir un objet de contemplation et de croissance spirituelle.

Pour conclure : Le jugement est l’un des lieux où le « moi » se reconstitue sans cesse : il compare, classe, approuve, condamne, se défend. En apprendre les ressorts, non pour les réprimer mais pour les connaître et les reconnaître, est une manière très concrète d’approcher l’enseignement sur anattā – le non-soi ou impersonnalité des phénomènes – la clé de la libération de toutes les formes de souffrance.

Bonne pratique ! Bon Vassa !

Vassa 2025L’effort juste dans les pensées

Dans le domaine de la pensée, les quatre efforts suprêmes sont :
1) Veiller à ne pas laisser apparaître une pensée négative.
2) Ne pas entretenir une pensée négative déjà apparue.
3) Encourager l’apparition d’une pensée positive.
4) Cultiver une pensée positive déjà apparue. (Anguttara Nikaya 4.14)

Le Bouddha a dit également : « L’esprit est vif, difficile à contenir, il s’évade où il le désire. Sur lui, le sage doit veiller. L’esprit bien dompté est source de félicité. (Dhammapada 35-36)
Alors, comment procéder ?

1. Voir et lâcher les pensées négatives

Nous décidons donc d’être particulièrement attentifs aux pensées qui passent par notre esprit et d’arrêter systématiquement celles qui sont négatives. Pour nous y aider, nous observons le mal-être qu’engendre ce type de pensées et, comme nous souhaitons sincèrement ÊTRE HEUREUX (à vérifier par vous-même), nous lâchons ces pensées. L’enseignement sur la bienveillance nous y encourage absolument :

Prenant moi-même refuge dans le bonheur et dans la paix,
Je souhaite que tous les êtres soient heureux et en paix […]
C’est ce que l’on appelle « demeurer dans un état divin, ici et maintenant ». (Metta Sutta)

Ensuite nous prenons clairement conscience du lâcher-prise qui s’opère, de l’esprit qui s’allège et nous le ressentons comme un encouragement à poursuivre sur cette voie – sans jamais nous détourner de notre objectif, même si, parfois, nous manquons d’attention.

2. Voir et développer les pensées positives

C’est peut-être plus facile, mais nous n’y pensons pas forcément : lorsque nous avons une pensée de générosité, de pardon ou d’intérêt pour les autres, apprécions la bonté foncière qui en est à l’origine et réjouissons-nous de cette qualité qui nous habite. En voyant les sentiments positifs que ce type de pensées procure, choisissons de les développer.

Autre proposition pour le Vassa : remplacer « je » par « il y a »

Le Bouddha a enseigné la voie qui mène à la libération de la souffrance. Pendant quarante ans il a donné de nombreux discours allant tous dans ce sens, mais abordant le sujet sous des angles différents. Il a notamment déclaré :
« En comprenant correctement la notion de ‘je’, le méditant met fin à la souffrance. L’éradication du ‘je’ est la pleine réalisation du nibbanā ici et maintenant. »

Il a donné un conseil similaire à son fils Rahula lorsque celui-ci est devenu moine :
« Vois toute chose avec une sagesse parfaite : ceci n’est pas à moi, ceci n’est pas moi, ceci n’est pas personnel. »

Voilà une indication très précise pour notre pratique. Une pensée négative survient : « Cette pensée n’est pas à moi, pas moi, pas personnelle ». Une sensation douloureuse apparaît : « Pas à moi, pas moi, pas personnelle. »

Il existe plusieurs exercices qui peuvent nous faire sentir, ne serait-ce que brièvement, l’absence de « moi ». Faire l’expérience d’anattā, le fameux non-soi qui peut paraître si ésotérique, est en réalité à notre portée à chaque instant. Voici donc un exercice très simple que nous pouvons pratiquer intérieurement à tout moment de la journée. Il se compose de deux étapes:
1. Remplacer « je » par « il y a » et observer le changement de perspective que cela provoque.
2. Pénétrer dans la sensation physique du ressenti et permettre à « ce qui est » de véritablement être.

Prenons un exemple : Vous marchez dans la rue et vous avez naturellement conscience de : « Je suis en train de marcher ». Si vous vous souvenez de cet exercice à ce moment-là, vous sentirez combien le « je » crée une tension et vous éloigne de la sensation réelle de marcher. Vous décidez alors de changer de perspective en déclarant intérieurement : « Il y a la marche » ou bien « ce corps marche ». Aussitôt une détente et une ouverture se produisent, ainsi qu’une conscience du ressenti physique de la marche.

Souvenons-nous de cette anecdote dans laquelle un disciple désespéré demande à son maître de l’aider à pacifier son esprit. Le maître lui répond : « Apporte-moi ton esprit et je le pacifierai ».
Après de longues méditations, le disciple revient et dit : « Je ne trouve pas mon esprit ». Autrement dit, il n’avait rien trouvé d’assez stable et fixe pour pouvoir clairement et définitivement le présenter comme étant « son esprit ».
« Tu vois, répond le maître, je l’ai déjà pacifié ».
Me disciple s’éveille alors à cette réalité : il n’y a rien que l’on puisse appeler « mon esprit », juste des manifestations physiques et mentales extrêmement rapides et toujours limitées, toujours changeantes et toujours conditionnées.

P.S. De nombreux autres exercices existent pour travailler dans le sens de la libération de l’illusion du « moi », notamment dans le livre d’Ajahn Tiradhammo, Au-delà de la fabrication du moi et dans celui de Jeanne Schut, Quand le moi s’efface.