Maha Kassapa et la simplicité de la vie dans la forêt
Traduction de Jeanne Schut
Maha Kassapa est l’un des principaux disciples du Bouddha. Après la mort du Bouddha, c’est lui qui a présidé le premier Concile où ont été récités tous les enseignements du Bouddha (Sutta) ainsi que les préceptes que devaient observer moines et nonnes (Vinaya).
Du fait de ce dialogue avec le Bouddha recueilli sous le nom de Jinna Sutta (« l’âge avancé »), Maha Kassapa est considéré comme le père de la Tradition de la forêt.
Ainsi ai-je entendu. À une certaine occasion, tandis que le Bouddha résidait près de Raj Gaya, dans le Jardin des Bambous, sanctuaire des écureuils, Maha Kassapa alla le voir. Il s’inclina devant lui puis s’assit sur le côté. Le Bouddha s’adressa à lui : « Tu es âgé maintenant, Maha Kassapa. Tes vêtements de chanvre usé sont lourds pour toi. Porte donc les robes de moine qu’offrent les laïcs, mange à la table de ceux qui t’invitent, et viens vivre près de moi. »
« Vénérable, pendant de nombreuses années j’ai vécu dans la forêt et j’ai prôné la vie dans la forêt. J’ai quêté ma nourriture et j’ai prôné le fait de quêter sa nourriture. J’ai porté des haillons et j’ai prôné le fait de porter des haillons. Je n’ai eu qu’un ensemble de trois robes et j’ai prôné le fait de n’avoir qu’un seul ensemble de trois robes. J’ai été humble et j’ai prôné l’humilité. Je me suis satisfait de tout et j’ai prôné le contentement. J’ai vécu en solitaire et j’ai prôné la solitude. J’ai été sans attaches et j’ai prôné le détachement. J’ai persévéré avec ardeur et j’ai prôné l’ardeur dans la pratique. »
« Mais, Maha Kassapa, quelle raison impérieuse vois-tu qui justifie que pendant de nombreuses années, tu aies vécu dans la forêt et que tu aies prôné la vie dans la forêt ; que tu aies quêté ta nourriture et que tu aies prôné le fait de quêter sa nourriture ; que tu aies porté des haillons et que tu aies prôné le fait de porter des haillons ; que tu n’aies eu qu’un ensemble de trois robes et que tu aies prôné le fait de n’avoir qu’un seul ensemble de trois robes ; que tu aies été humble et que tu aies prôné l’humilité ; que tu te sois satisfait de tout et que tu aies prôné le contentement ; que tu aies vécu en solitaire et que tu aies prôné la solitude ; que tu aies été sans attaches et que tu aies prôné le détachement ; que tu aies persévéré avec ardeur et que tu aies prôné l’ardeur dans la pratique ? »
« Vénérable, je vois deux raisons impérieuses qui font que j’aie vécu [ainsi] pendant de nombreuses années : d’une part, pour l’ici et maintenant, il m’est agréable de vivre de cette manière ; d’autre part, je le fais pour les générations à venir. Je me dis qu’ils penseront peut-être : ‘Il semble que les disciples de l’Éveillé et ceux qui se sont éveillés après lui ont vécu longtemps dans la forêt et ont prôné la vie dans la forêt ; ont quêté leur nourriture et ont prôné le fait de quêter sa nourriture ; ont porté des haillons et ont prôné le fait de porter des haillons ; n’ont eu qu’un ensemble de trois robes et ont prôné le fait de n’avoir qu’un ensemble de trois robes ; ont été humbles et ont prôné l’humilité ; ont été satisfaits de tout et ont prôné le contentement ; ont vécu en solitaires et ont prôné la solitude ; ont été sans attaches et ont prôné le détachement ; ont persévéré avec ardeur ont prôné l’ardeur dans la pratique.’ »
« Bien, Kassapa. Très bien. Il est évident que tu pratiques pour le bonheur du plus grand nombre, par compassion pour le monde, pour le bien-être, le bénéfice et le bonheur des êtres humains et divins. Continue donc à porter tes vêtements de chanvre usé, va quêter ta nourriture et vis dans la forêt. »
