Le Sutta Nipata

Extraits de Questions au Bouddha

Traduction de Jeanne Schut

Mangala Sutta – Les bénédictions

AINSI AI-JE ENTENDU. À une certaine occasion, le Bouddha résidait au monastère d’Anathapindika, dans le bosquet de Jeta, près de Savatthi. Bien après la tombée de la nuit, un déva dont la splendeur infinie illuminait tout le bosquet, se présenta devant le Bouddha. Il s’approcha, le salua respectueusement et se tint debout sur le côté. Puis il s’adressa au Bouddha en ces termes :
« Beaucoup de dévas et d’humains, aspirant au bien,
se posent des questions à propos des bénédictions.
Faites-nous savoir, nous vous en prions
quelle est la plus grande des bénédictions. »

Le Bouddha
Ne pas fraterniser avec les insensés,
honorer ceux qui sont dignes d’être honorés,
se rapprocher des sages, écouter leurs réflexions –
telle est la plus grande bénédiction.

Résider dans un lieu approprié,
avoir accompli de bonnes actions dans le passé,
toujours honnêtement se comporter –
telle est la plus grande bénédiction.

Avoir de vastes connaissances, de l’habileté,
avoir pratiqué la discipline, l’avoir maîtrisée,
s’exprimer avec des mots justes, pleins de bonté –
telle est la plus grande bénédiction.

Toujours soutenir ses parents,
être bon envers femme et enfants,
dans ses activités être paisible et cohérent –
telle est la plus grande bénédiction.

Donner avec générosité,
aider ses proches, amis et familiers,
être irréprochable dans ses actions –
telle est la plus grande bénédiction.

S’abstenir de faire le mal, y renoncer,
éviter toute boisson alcoolisée
toujours développer des qualités –
telle est la plus grande bénédiction.

Être honnête, humble et déférent,
Satisfait, joyeux reconnaissant,
écouter le Dhamma au bon moment –
telle est la plus grande bénédiction.

Accepter les réprimandes, être patient
se rapprocher des sages le plus souvent
et parler du Dhamma au bon moment –
telle est la plus grande bénédiction.

Être à la fois fervent et modéré
comprendre les Nobles Vérités
réaliser le Nibbana, l’extinction –
telle est la plus grande bénédiction.

Un esprit qui demeure serein
face aux aléas du quotidien
libéré du chagrin, et de l’appréhension –
telle est la plus grande bénédiction.

Ceux qui se comportent ainsi
avancent paisiblement dans la vie,
invincibles en toutes situations –
telle est leur plus grande bénédiction.


Utthana Sutta – Réveillez-vous !

Réveillez-vous ! Asseyez-vous et méditez !
À quoi bon dormir ?
Comment peut dormir le blessé
après qu’une flèche l’ait frappé ?

Réveillez-vous ! Asseyez-vous et méditez !
Entraînez-vous résolument pour trouver la paix !
Ne laissez pas Mara vous mentir ni la mort vous cueillir
sans conscience, en flagrant délit de négligence.

Les humains et certains dévas malheureux,
sont freinés par l’attachement : dominez-le !
Ne laissez pas passer le moment présent
car si vous ne profitez pas de l’instant,
après la mort, vous le regretterez amèrement.

La négligence est toujours poussière ;
la poussière suit de près la négligence.
Soutenu par la connaissance et la diligence,
arrachez la flèche qui vous transperce !


Kama Sutta – Les plaisirs sensoriels

Celui qui désire un plaisir sensoriel et l’obtient
se réjouira de l’avoir obtenu, c’est certain.
Mais, lorsque s’évanouira le plaisir,
ce mortel, enflammé par le désir,
comme transpercé par une flèche, va souffrir.
Celui qui, pleinement conscient,
évite ces plaisirs comme on évite un serpent,
transcende le grand obstacle de l’attachement

Il existe de nombreux objets de convoitise :
champs, terre et or, bétail et chevaux,
esclaves et serviteurs, épouses et famille.
Lorsqu’un homme les a convoités,
écrasé par la faiblesse et par l’adversité,
la souffrance, de toutes parts, l’envahit
comme un bateau échoué, d’eau se remplit.

Celui qui demeure présent et conscient
doit donc éviter le piège du désir et de l’attachement.
En y renonçant, il pourra traverser le courant
comme un bateau renfloué atteint la rive éloignée.