Les trésors de sagesse qu’il nous a légués

Ajahn Dune Atulo

Traduction de Jeanne Schut

Extraits du livret PDF disponible ici.

Bienvenue dans le Dhamma

Le 18 décembre 1979, le roi et la reine de Thaïlande sont venus voir Luang Pu à titre privé. Après avoir pris des nouvelles de sa santé et de son bien-être, ils ont posé des questions sur le Dhamma. Le roi a dit : « Quand on décide d’abandonner les kilesa2 qui obscurcissent l’esprit lesquelles doivent être abandonnées en premier ? »

Luang Pu a répondu : « Tous les kilesa apparaissent ensemble dans l’esprit. Posez toute votre attention juste là, au niveau de l’esprit. Et, quel que soit le kilesa qui apparaîtra en premier, ce sera celui qu’il faudra abandonner en premier. »

À propos des quatre Nobles Vérités

Un moine aguerri de la tradition méditative est venu rendre hommage à Luang Pu le premier jour de la Retraite des Pluies de 1956. Après lui avoir donné des instructions et un certain nombre d’enseignements sur des sujets profonds, Luang Pu a résumé ainsi les quatre Nobles Vérités :

« L’esprit qui s’évade est à l’origine de la souffrance.La conséquence d’un esprit qui s’évade est la souffrance. L’esprit qui observe l’esprit est la Voie. La conséquence de l’esprit qui observe l’esprit est la cessation de la souffrance. »

Au-dessus et au-delà des mots

Un jour, un laïc très instruit qui bavardait avec Luang Pu lui a dit : « Je crois vraiment que, de nos jours, il y a plus de moines que l’on croit qui ont atteint la Voie, ses fruits et le Nibbāna3. Alors, pourquoi ne le font-ils pas savoir publiquement pour que ceux qui sont intéressés par la pratique sachent quel niveau d’éveil ils ont atteint ? Ce serait une façon de leur donner de l’espoir et de les encourager à faire tous les efforts dont ils sont capables. »

Luang Pu a répondu : « Ceux qui se sont éveillés ne parlent pas de ce à quoi ils se sont éveillés parce que cela se situe au-dessus et au-delà de tous les mots. »

Vrai mais pas pour de vrai

Il est normal que les gens qui commencent à pratiquer la concentration aient des doutes sur leurs expériences. Ils peuvent, par exemple, avoir des visions étranges ou commencer à voir des parties de leur propre corps. De nombreuses personnes sont venues voir Luang Pu en lui demandant de les libérer de leurs doutes ou de leur donner des conseils pour poursuivre leur pratique. Plusieurs disaient que, quand ils méditaient, ils voyaient l’enfer ou le paradis, ou des sphères paradisiaques ou encore une image du Bouddha dans leur corps. Et ils demandaient : « Ce que j’ai vu était-il vrai ? »

À quoi Luang Pu répondait : « La vision que vous avez eue était réelle mais ce que vous avez vu dans cette vision ne l’était pas. »

Lâcher les visions

Il arrivait alors que la personne demande : « Vous dites que toutes ces visions sont extérieures à moi, que je ne peux en faire aucun usage et que, si je m’y accroche, je n’avancerai pas. Est-ce parce que j’ai entretenu trop longtemps ces visions que je ne peux pas les éviter ? Chaque fois que je m’assois pour méditer, dès que l’esprit s’apaise, il va directement à ce niveau-là. Pouvez-vous me donner un conseil sur la façon de lâcher efficacement les visions ? »

Luang Pu répondait : « Oh, certaines de ces visions peuvent être très amusantes et nous absorber complètement, vous savez, mais si vous y restez attaché, c’est une perte de temps. Il existe une méthode très simple pour les abandonner : ne pas regarder ce qui se présente dans la vision mais voir ce qui voit. Alors les choses que vous ne voulez pas voir disparaîtront d’elles-mêmes. »

S’arrêter pour avoir la connaissance

En mars 1964, un grand nombre de moines à la fois érudits et méditants vint rendre hommage à Luang Pu. Il s’agissait du premier groupe de « missionnaires du Dhamma ». Ils venaient aussi pour demander à Luang Pu des enseignements et des conseils pour mener à bien leur tâche de transmission du Dhamma. Luang Pu leur a donné un enseignement au plus haut niveau, pour qu’ils l’enseignent à d’autres mais aussi pour qu’ils l’intègrent eux-mêmes à leur pratique et atteignent ainsi ce niveau de vérité.

Pour conclure, il leur a donné quelques paroles de sagesse à emporter avec eux et contempler : « Vous pouvez penser tant que vous voudrez, vous n’en obtiendrez pas la connaissance. C’est seulement quand vous cesserez de penser que vous aurez la connaissance. Cependant, vous dépendez de la pensée pour obtenir la connaissance. »

Pourquoi souffrent-ils ?

Une femme d’âge moyen vint un jour rendre hommage à Luang Pu. Elle décrivit sa situation sociale qui était bonne et expliqua qu’elle n’avait jamais manqué de rien. Pourtant, dit-elle, elle était très perturbée à cause de son fils qui était désobéissant, agité et qui s’était engagé dans toutes sortes d’occupations malsaines. Il était en train de dilapider la fortune de ses parents et de leur briser le cœur ; c’était vraiment insupportable pour eux. Elle demanda à Luang Pu de la conseiller pour qu’elle parvienne à moins souffrir mais aussi pour que son fils cesse de mal se comporter.

Luang Pu lui a donné quelques conseils et lui a aussi appris à apaiser son esprit et à savoir lâcher prise. Après son départ, il a déclaré : « De nos jours, les gens souffrent à cause de leurs pensées. »

Paroles inspirées

Luang Pu a enchaîné avec un enseignement.

Il a dit : « Les choses matérielles sont déjà là, dans le monde, parfaites et complètes. Les gens qui n’ont pas la capacité et le discernement voulus ne peuvent pas en profiter, de sorte qu’ils ont du mal à pourvoir à leurs besoins. Ceux qui ont la capacité et le discernement nécessaires peuvent jouir des biens de ce monde en quantité, et leur vie est facile et agréable en toutes circonstances. Quant aux Nobles Êtres, ils essaient de se comporter de façon à se libérer de toutes ces choses, à entrer dans un état où ils n’ont rien du tout parce que, dans le domaine du monde, on possède ce que l’on a mais, dans le domaine du Dhamma, on a ce que l’on ne peut pas posséder. »

Encore des paroles inspirées

« Quand on peut séparer l’esprit de toutes les choses qui l’encombrent, il n’est plus lié à la souffrance. Que les sensations qui lui arrivent par les yeux, les oreilles, le nez, la langue ou le toucher soient agréables ou désagréables ne dépend que de la façon dont l’esprit s’emploie à les façonner. Si l’esprit manque de sagesse, il interprète mal les choses et, quand il interprète mal les choses, il tombe sous l’influence trompeuse de tout ce qui nous attache, physiquement et mentalement. Les conséquences néfastes et les châtiments dont nous souffrons physiquement peuvent être soulagés par les autres, jusqu’à un certain point. Quant aux conséquences néfastes qui ont pour effet d’obscurcir l’esprit et de le rendre esclave du désir, nous devons apprendre à nous en libérer par nous-mêmes. 

« Les Nobles Êtres se sont libérés des deux types de conséquences néfastes. Voilà pourquoi l’insatisfaction et la souffrance ne peuvent les atteindre. »

Toujours plus de paroles inspirées

« Quand un homme se rase la tête et la barbe et revêt le vêtement ocre, c’est le symbole de son statut de moine – mais uniquement à l’extérieur. C’est seulement quand il se libère des complications du mental et que son cœur est délivré de toute préoccupation insignifiante que l’on peut vraiment l’appeler ‘moine’.

« Quand une tête a été rasée, les petits insectes comme les poux ne peuvent pas s’y loger. De même quand un esprit s’est libéré de ses préoccupations et de ses élucubrations, la souffrance ne peut absolument plus s’y loger. Quand ceci devient votre état d’esprit normal, on peut dire que vous êtes véritablement un moine. »


1. Mouvement réformateur du Theravada en Thaïlande lancé par le prince Mongkut en 1833.

2. Kilesa : mot pāli parfois traduit par « impuretés » ou « poisons de l’esprit ». Les kilesa incluent la peur, la colère, la jalousie, le désir, etc.

3. Nibbāna en pāli ou nirvana en sanskrit : l’éveil à la réalité ultime des choses, l’éradication de la cause de la souffrance.